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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la Tortue musquée (Sternotherus odoratus) au Canada

Mise à jour
Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC
sur la
Tortue musquée
Sternotherus odoratus
au Canada

tortue musquée

Espèces menacée 2002

COSEPAC
Comité sur la situation des espèces en péril au Canada



COSEWIC
Committee on the Status of Endangered Wildlife in Canada

Les rapports de situation du COSEPAC sont des documents de travail servant à déterminer le statut des espèces sauvages que l’on croit en péril. On peut citer le présent rapport de la façon suivante :

Nota : Toute personne souhaitant citer l’information contenue dans le rapport doit indiquer le rapport comme source (et citer l’auteur); toute personne souhaitant citer le statut attribué par le COSEPAC doit indiquer l’évaluation comme source (et citer le COSEPAC). Une note de production sera fournie si des renseignements supplémentaires sur l’évolution du rapport de situation sont requis.

COSEPAC. 2002. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la tortue musquée (Sternotherus odoratus) au Canada. Comité sur la situation des espèces en péril au Canada. Ottawa. vi + 19 p.

Edmonds, J. 2002. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la tortue musquée (Sternotherus odoratus) au Canada. Comité sur la situation des espèces en péril au Canada. Ottawa. Pages 1-19.

Pour obtenir des exemplaires supplémentaires, s’adresser au :

Secrétariat du COSEPAC
a/s Service canadien de la faune
Environnement Canada
Ottawa (Ontario)
K1A 0H3

Tél. : 819-953-3215
Téléc. : 819-994-3684
Courriel du COSEPAC
Site web de COSEPAC

Also available in English under the title COSEWIC assessment and update status report the stinkpot Sternotherus odoratus in Canada.

Illustration de la couverture

Tortue musquée – Marisa Bonofiglio, Woodbridge, Ontario.

© Sa Majesté la Reine du chef du Canada, 2003
de catalogue CW69-14/298-2003F-IN
ISBN 0-662-89051-5

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Sommaire de l’évaluation

Sommaire de l’évaluation – Mai 2000

Nom commun : Tortue musquée

Nom scientifique: Sternotherus odoratus

Statut : Espèce menacée

Justification de la désignation : Cette espèce a disparu de presque toute la moitié sud de son aire de répartition et elle est vulnérable à l’aménagement des rivages et au taux de mortalité accru causé par les moteurs hors-bord. Les causes particulières du déclin de l’espèce sont incertaines, mais l’espèce ne semble pas bien adaptée aux activités anthropiques accrues.

Répartition : Ontario et Québec

Historique du statut : Espèce désignée « menacée » en mai 2002. Évaluation fondée sur un nouveau rapport de situation.

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Résumé

Tortue musquée
Sternotherus odoratus

Informationsur l'espèce

La tortue musquée (Sternotherus odoratus) est une petite tortue d’eau douce de la famille des Kinosternidés. Sa dossière brun-noir dépasse rarement 13 cm de longueur, et son plastron, petit et jaunâtre, a une charnière. Les mâles se distinguent des femelles par les zones écailleuses bien visibles qu’ils portent à la face intérieure des cuisses. Cette tortue dégage une odeur musquée provenant de glandes situées sous les bords de sa dossière, et elle est farouche.

Répartition

Au Canada, on trouve l’espèce à quelques endroits disséminés dans le Centre-Sud de l’Ontario ainsi qu’à un seul petit site au Québec, au nord d’Ottawa-Hull. On la trouve aussi le long du bord méridional du Bouclier canadien, depuis la baie Georgienne jusqu’à l’axe de Frontenac dans la région d’Ottawa-Hull.

Habitat

La tortue musquée a besoin d’un plan d’eau peu profond où le substrat est meuble et le débit faible, sinon nul. Au Canada, elle est toutefois relativement commune dans la baie Georgienne. Son habitat de nidification varie, mais doit être situé à proximité de l’eau et exposé directement au soleil. Très aquatique, l’espèce quitte rarement l’eau. Sur terre, elle est peu à l’aise et maladroite.

Biologie

Au Canada, les femelles ne pondent pas plus d’une couvée de 2 à 7 œufs par année, à la fin juin ou au début juillet. Elles peuvent revenir nicher dans le même secteur d’une année à l’autre. La tortue musquée est omnivore, mais se nourrit surtout de mollusques aquatiques et d’insectes. Elle hiberne, souvent en groupe, lorsque la température de l’eau est inférieure à 10 ºC. Les pics de reproduction ont lieu au printemps et à l’automne, lorsque les tortues se trouvent à proximité des hibernacula. Les populations de tortues musquées sont constituées en majorité d’adultes, le succès de la nidification et le recrutement étant très faible et la survie des adultes, relativement élevée. En conséquence, toute augmentation de la mortalité chez les adultes peut avoir de lourdes répercussions néfastes, fort difficiles sinon impossibles à surmonter pour les populations.

Taille et tendances des populations

Bien que le corpus des connaissances sur la biologie de l’espèce aux États-Unis soit passablement volumineux, seulement une population a été étudiée au Canada. D’après les mentions du relevé herpétofaunique de l’Ontario et de l’Atlas herpétologique de Hamilton, la tortue musquée aurait disparu de tous les anciennes localités de l’espèce dans le Sud-Ouest de l’Ontario et sur la rive nord du lac Ontario à l’Ouest du comté de Prince Edward. À l’heure actuelle, on la trouve en petit nombre dans le parc national de la Pointe-Pelée et dans de petits étangs près de Port Franks, à proximité d’Ipperwash, sur le lac Huron. Ces deux « populations » semblent être de petite taille et sont probablement isolées. On signale aussi parfois la présence de l’espèce dans la rivière Détroit. Elle survit en outre à plusieurs endroits le long du bord méridional du Bouclier canadien, mais on en a estimé l’abondance qu’à un seul site à la baie Georgienne. Les tendances démographiques sont inconnues. Il se pourrait qu’il n’y ait aucun échange entre les tortues du Bouclier et celles du Sud-Ouest de l’Ontario à l’heure actuelle.

Facteurs limitatifs et menaces

La forte circulation des bateaux à moteur et la pêche intense augmentent la mortalité chez les adultes. Mais la plus lourde menace à peser sur la tortue musquée est sans doute la destruction de son habitat, attribuable au premier chef au drainage des milieux humides et à l’aménagement des berges.

Protection actuelle ou autres désignations

En Ontario comme au Québec, la loi interdit de chasser et de récolter les tortues musquées.

Mandat du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) détermine le statut, au niveau national, des espèces, des sous-espèces, des variétés et des populations sauvages  canadiennes importantes qui sont considérées comme étant en péril au Canada. Les désignations peuvent être attribuées à toutes les espèces indigènes des groupes taxinomiques suivants : mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons, lépidoptères, mollusques, plantes vasculaires, mousses et lichens.

Composition du COSEPAC

Le COSEPAC est composé de membres de chacun des organismes fauniques des gouvernements provinciaux et territoriaux, de quatre organismes fédéraux (Service canadien de la faune, Agence Parcs Canada, ministère des Pêches et des Océans, et le Partenariat fédéral sur la biosystématique, présidé par le Musée canadien de la nature), de trois membres ne relevant pas de compétence, ainsi que des coprésident(e)s des sous-comités de spécialistes des espèces et des connaissances traditionnelles autochtones. Le Comité se réunit pour étudier les rapports de situation des espèces candidates.

Définitions

Espèce
Toute espèce, sous-espèce, variété ou population indigène de faune ou de flore sauvage géographiquement définie.

Espèce disparue (D)
Toute espèce qui n’existe plus.

Espèce disparue du Canada (DC)
Toute espèce qui n’est plus présente au Canada à l'état sauvage, mais qui est présente ailleurs.

Espèce en voie de disparition (VD)Note de bas de page1
Toute espèce exposée à une disparition ou à une extinction imminente.

Espèce menacée (M)
Toute espèce susceptible de devenir en voie de disparition si les facteurs limitatifs auxquels elle est exposée ne sont pas renversés.

Espèce préoccupante (P)Note de bas de page2
Toute espèce qui est préoccupante à cause de caractéristiques qui la rendent particulièrement sensible aux activités humaines ou à certains phénomènes naturels.

Espèce non en péril (NEP)Note de bas de page3
Toute espèce qui, après évaluation, est jugée non en péril.

Données insuffisantes (DI)Note de bas de page4
Toute espèce dont le statut ne peut être précisé à cause d’un manque de données scientifiques.

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d’une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale-provinciale sur la faune. Le comité avait pour mandat de réunir les espèces sauvages en péril sur une seule liste nationale officielle, selon des critères scientifiques. En 1978, le COSEPAC (alors appelé CSEMDC) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. Les espèces qui se voient attribuer une désignation lors des réunions du comité plénier sont ajoutées à la liste.

Service canadien de la faune

Le Service canadien de la faune d’Environnement Canada assure un appui administratif et financier complet au Secrétariat du COSEPAC.

 

Notes de bas de page

Note de bas de page 1

Appelée « espèce en danger de disparition » jusqu’en 2000.

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Note de bas de page 2

Appelée « espèce rare » jusqu’en 1990, puis « espèce vulnérable » de 1990 à 1999.

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Note de bas de page 3

Autrefois « aucune catégorie » ou « aucune désignation nécessaire ».

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Note de bas de page 4

Catégorie « DSIDD » (données insuffisantes pour donner une désignation) jusqu’en 1994, puis « indéterminé » de 1994 à 1999.

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Information sur l'espèce

Description

La tortue musquée (Sternotherus odoratus) est connue en anglais sous le nom de « stinkpot ». Ce petit reptile au tempérament farouche est ainsi appelée à cause de l’odeur musquée qui se dégage de quatre glandes situées sous sa dossière, à la périphérie (Logier, 1939). C’est une petite tortue d’eau douce dont la dossière fortement bombée dépasse rarement 13 cm de longueur. La couleur de la dossière va du gris-brun ou au noir, et celle du plastron, du jaune au brun. Le plastron est petit et doté d’une charnière unique peu apparente. La peau de la tortue musquée va du gris au noir, et de nombreux individus portent deux lignes pâles bien visibles de chaque côté de la tête. La queue des mâles, munie au bout d’un ongle corné, est plus longue que celle des femelles; les surfaces de peau exposées entre les écailles du plastron sont également plus grandes chez les mâles (Cook, 1984). Les mâles ont aussi deux zones écailleuses bien visibles à la face interne de chacune de leurs pattes de derrière.

Taxinomie

Cette espèce fait partie de la famille des Kinosternidés, qui compte quatre genres et 22 espèces (Cook, 1984). D’après les données morphologiques, il serait peut-être plus exact de considérer le genre Sternotherus comme un sous-genre du genre Kinosternon (Iverson, 1991), et de renommer en conséquence la tortue musquée Kinosternon odoratus. Cette proposition taxinomique suscite encore bien des débats, et les biologistes considèrent toujours le Sternotherus et le Kinosternon comme deux genres distincts (Ernst et al.,1994; Iverson, 1998; Crother, 2000). La tortue musquée est la seule espèce de la famille des Kinosternidés à vivre au Canada.

Recherche

L’écologie du S. odoratus a été étudiée dans la presque totalité de son aire de répartition, dont le Michigan (Risley, 1933), l’Oklahoma (Mahmoud, 1969), le Sud-Est de la Pennsylvanie (Ernst, 1986), la Virginie (Mitchell, 1988), l’Alabama (Dodd, 1989), et l’Ontario (Edmonds et Brooks, 1996; Edmonds, 1998). La plupart des recherches ont recueilli des données démographiques sur l’espèce (Tinkle, 1961; Wade et Gifford, 1964; Bancroft et al., 1983; Ernst, 1986; Dodd, 1989; Mitchell, 1988; Meylan et al., 1992; Edmonds et Brooks, 1996) ou portaient sur certains aspects de la biologie de sa reproduction (Risley, 1933; Tinkle, 1961; Lindsay, 1965; Mahmoud, 1967; Gibbons, 1970; McPherson et Marion, 1981a,b; Mitchell, 1985a,b; Ernst, 1986). Quelques études se sont également penchées sur le comportement de la tortue : cycles d’activité (Risley, 1933; Mahmoud, 1969; Ernst, 1986), domaine vital et déplacements (Risley, 1933; Williams, 1952; Mahmoud, 1969; Ernst, 1986; Mitchell, 1988; Edmonds, 1998), parade nuptiale (Mahmoud, 1967; Ernst, 1986), habitudes de nidification (Lindsay, 1965; Ernst, 1986), et habitudes alimentaires (Mahmoud, 1968).

Au Canada, la recherche sur la tortue musquée se résume en gros à de simples mentions d’observation (p. ex. Brunton, 1981; Brunton et McIntosh, 1985; Chabot et St. Hilaire, 1991; Bendall, 1959), compilées dans le Résumé herpétofaunique de l’Ontario (Weller et Oldham, 1986) et par le Centre d’information sur le patrimoine naturel de l’Ontario (CIPN), à Peterborough (Ontario). Bendall (1959) a rapporté avoir trouvé 12 carapaces de tortue musquée dans un nid de Pygargue à tête blanche au site biologique de l’Université Queen’s au lac Opinicon. Lindsay (1965) a décrit le comportement de nidification du S. odoratus dans le district de Frontenac, en Ontario. La seule étude fouillée sur la tortue musquée au Canada porte sur une population de l’embouchure de la baie Twelve Mile, dans la baie Georgienne, en Ontario (Edmonds et Brooks, 1996; Edmonds, 1998). Entre 1991 et 1997, les paramètres démographiques de cette population (sex-ratio, taille corporelle, taux de croissance, etc.) ont été estimés et comparés à ceux de populations du sud (États-Unis) (Edmonds et Brooks, 1996; Edmonds, 1998). De plus, en 1995 et en 1996, on a radiopisté des individus et décrit leurs profils de déplacement (Edmonds, 1998).

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Répartition

L’aire de répartition de la tortue musquée s’étend de la Floride jusqu’au sud de l’Ontario et du Québec, et est bordée à l’ouest par une ligne contournée allant du Wisconsin jusqu’au centre du Texas. Au Canada, on trouve l’espèce depuis le Sud de l’Ontario jusqu’à 46 ºN environ (figure 1). En Ontario, la plupart des tortues musquées ont été observées le long du bord méridional du Bouclier précambrien (canadien) (figures 1 et figure2). On a également signalé l’espèce en divers endroits près des berges des lacs Huron, Érié et Ontario. Les endroits les plus au nord où on l’a observée se trouvent dans les comtés de Hull et de Pontiac, au Québec, immédiatement au nord de l’Outaouais (figure 1). Ces observations récentes au Québec révèlent que l’aire de répartition de la tortue dans cette province s’étend plus au nord que ce que l’on croyait auparavant (Chabot et St. Hilaire, 1991).

Figure 1. Aire de répartition de la tortue musquée (Sternotherus odoratus) en Amérique du Nord

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Figure 2. Lieux où la tortue musquée (Sternotherus odoratus) a été observée en Ontario.

Figure 2. Lieux où la tortue musquée (Sternotherus odoratus) a été observée en Ontario.

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Habitat

Espèce très aquatique, la tortue musquée peut occuper tout plan d’eau peu profond où le débit est faible et le substrat meuble (Cook, 1984). Au Canada, on l’a observée dans des lacs, des ruisseaux, des marais, des étangs et des rivières (p. ex. Lindsay, 1965; Brunton, 1981; Chabot et St. Hilaire, 1991; Edmonds et Brooks, 1996; CIPN, données inédites). La tortue musquée préfère les eaux peu profondes et fréquente rarement les plans d’eau dont la profondeur dépasse 2 m (Mahmoud, 1969; Edmonds, 1998). En Oklahoma, la végétation dominante des milieux qu’elle fréquente est composée de plantes des genres Chara et Myriophyllum (Mahmoud, 1969). Une population du district de Parry Sound (Ontario) vit en association avec une végétation variée incluant des graminées (poacées), des cypéracées, des joncacées, des quenouilles (Typha sp.), des ériocaulons (Eriocaulon sp.), des brasénies (Brasenia sp.), des cornifles (Ceratophyllum sp.), des élodées (Elodea sp.), des nénuphars (Nuphar variegatum), des lis d’eau (Nymphaea odorata), des pontédéries (Pontederia cordata), des potamots (Potamogeton sp.), des sagittaires (Sagittaria sp.), des utriculaires (Utricularia sp.) et des vallisnéries (Vallisneria sp.) (Edmonds, 1998). Au Québec, on a observé la tortue musquée en association avec l’Elodea canadensis, l’Hydrocharis morsus-ranae, le Sagittaria lanifolia, le Nymphaea odorata et le Potamogeton ephydrus (Chabot et St. Hilaire, 1991). La tortue musquée a besoin d’un substrat meuble dans lequel elle peut s’enfouir pour hiberner (Ernst et al., 1994).

En général, la tortue musquée ne s’aventure pas sur la terre ferme, sauf les femelles au moment de la ponte. L’habitat de nidification peut varier énormément. Certaines femelles pondent directement sur le sol, tandis que d’autres creusent des nids bien formés pouvant atteindre 10 cm de profondeur. La plupart des nids sont des trous peu profonds aménagés dans des matières végétales en décomposition, du terreau de feuilles, du bois pourrissant (par exemple sous une souche ou une tronc couché), ou des buttes de rats musqués (Ernst et al., 1994). Dans le parc national de la Pointe-Pelée, on a trouvé des œufs de tortue musquée dans une butte de rat musqué; au lac Mellon, on a trouvé 12 œufs dans une pièce de bois pourrissante faisant partie d’un quai (CIPN, données inédites). Dans deux populations du Bouclier précambrien, les nids étaient situés à proximité du rivage dans des crevasses rocheuses peu profondes remplies de gravier ou de terre (Lindsay, 1965; Edmonds et Brooks, données inédites). Ces crevasses se trouvaient dans des surfaces rocheuses directement exposées au soleil. Il se pourrait que ces tortues aient choisi cet habitat de nidification atypique parce que la plupart des matières végétales en décomposition dans la région (Bouclier précambrien) ne sont pas directement exposées au soleil. Sous les latitudes septentrionales, l’ensoleillement direct pourrait être nécessaire pour maintenir une température d’incubation suffisante pour assurer le développement complet de l’embryon (Bobyn et Brooks, 1994). Un manque de sites de nidification assez chauds pourrait donc être un facteur limitatif pour la tortue musquée dans le centre et l’est de l’Ontario.

On trouve un grand nombre d’habitats qui conviennent à la tortue musquée dans tout le Centre-Sud de l’Ontario, particulièrement dans la région du Bouclier canadien. L’urbanisation ne cesse cependant d’empiéter sur bien des milieux humides de la province, surtout à proximité des lacs Ontario et Érié, où vivent (vivaient) certaines populations de tortues musquées. De même, l’aménagement des berges en vue de la construction de chalets et les activités récréatives détruisent des habitats propices à l’espèce dans les régions du Bouclier précambrien où elle est présente.

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Biologie

Reproduction

Chez la tortue musquée, les pics de reproduction ont lieu au printemps et à l’automne au moment où les tortues se rassemblent dans les sites d’hibernation (Risley, 1933; McPherson et Marion, 1981b; Mendonça, 1987). La parade nuptiale et l’accouplement ont été décrits en détail (Mahmoud, 1967), mais le régime d’accouplement (polygyne, aléatoire, etc.) demeure inconnu. Il pourrait y avoir des couvées à paternité multiple. Les femelles peuvent stocker pendant tout l’hiver du sperme viable provenant d’un partenaire de l’automne (Gist et Jones, 1989); on a même déjà signalé le cas d’une femelle ayant copulé avec deux mâles au cours de la même saison de reproduction (Ernst, 1986).

L’âge et la taille des animaux à maturité varient selon la latitude. Ainsi, par rapport aux tortues du sud, celles vivant au nord atteignent la maturité à un âge et à une taille supérieurs (Tinkle, 1961; Edmonds et Brooks, 1996). Les mâles atteignent la maturité plus tôt et à une plus petite taille que les femelles (Tinkle, 1961; Mahmoud, 1967; McPherson et Marion, 1981a,b; Mitchell, 1988; Edmonds, 1998). Dans la population de la baie Twelve Mile, ils ont atteint la maturité lorsque leur carapace avait en moyenne 63,6 mm de longueur (soit à l’âge de 5 ou 6 ans), alors que chez les femelles la maturité est survenue lorsque la carapace avait en moyenne 80,7 mm de longueur (soit à l’âge de 8 ou 9 ans) (Edmonds, 1998).

La nidification peut avoir lieu entre février et juillet, selon la latitude où se trouve la population. Au Canada, elle a généralement lieu entre juin et le début juillet (Logier, 1939; Lindsay, 1965; Johnson, 1989; Edmonds, 1998). La fréquence de ponte varie aussi selon la latitude : au sud, les femelles pondent de 2 à 4 couvées par année, tandis qu’au nord, elles ne pondent qu’une fois ou moins par année (Risley, 1933; Tinkle, 1961; Gibbons, 1970; McPherson et Marion, 1983; Edmonds, 1998). La taille des couvées augmente en fonction de la taille de la mère (Gibbons, 1970) et peut varier de 1 à 9 œufs (Ernst et al., 1994). Le temps d’incubation varie de 65 à 86 jours (Ernst et al., 1994). Souvent, plusieurs femelles font leur nid au même endroit (Cagle, 1937; Edgren, 1942). La tortue musquée femelle peut rester fidèle au même site de nidification année après année. Pendant l’étude radiotélémétrique de la population de la baie Twelve Mile, 7 des 10 femelles suivies, dont le domaine vital s’étendait en moyenne sur 28 ha, ont nidifié le long du rivage d’une même anse de 2,5 ha (Edmonds, 1998). Trois femelles ont été suivies deux années de suite, et deux d’entre elles ont nidifié dans la même anse les deux années (la troisième n’était pas gravide la seconde année) (Edmonds et Brooks, données inédites).

En Ontario, le comportement de nidification de la tortue musquée n’a été décrit que deux fois. Au lac Big Clear, les femelles ont pondu des couvées uniques de 2 à 6 œufs (moyenne de 4) entre le 27 juin et le 23 juillet (Lindsay, 1965). Dans la baie Twelve Mile, elles ont pondu des couvées uniques de 3 à 7 œufs (N = 10 couvées, moyenne = 4,7 œufs, erreur-type = 0,12) entre le 6 juin et le 20 juillet (Edmonds, 1998; Edmonds et Brooks, données inédites). Dans ces deux populations ontariennes, les nids étaient aménagés dans des crevasses rocheuses peu profondes remplies de gravier ou de terre, à proximité des berges. Ces crevasses se trouvaient dans des surfaces rocheuses exposées directement au soleil.

Lindsay (1965) a noté que plusieurs nids de tortue musquée situés près du rivage se trouvaient exposés à cause de l’action des vagues. Les données sont insuffisantes pour estimer le succès de la nidification, la survie des nouveau-nés ou les taux de recrutement dans les populations de tortues musquées. Le cycle de vie des tortues d’eau douce est tel que le recrutement et la survie des tout jeunes individus sont habituellement faibles (Iverson, 1990; Congdon et al., 1993).

Physiologie

La tortue musquée est ectotherme et régule sa température corporelle par l’entremise de la température du milieu où elle se trouve. Il est rare qu’elle émerge de l’eau pour s’exposer au soleil; elle préfère le faire depuis la surface de l’eau. Cette tortue peut être active quand sa température corporelle se situe entre 10 et 34 ºC, sa température idéale sur le terrain étant de 24 ºC (Mahmoud, 1967). Lors d’expériences en laboratoire, les tortues musquées n’ont accepté de manger que lorsque leur température corporelle se situait entre 13 et 35 ºC (Mahmoud, 1967). Hors de l’eau, cette tortue se déshydrate rapidement et présente relativement vite des signes de détresse (Ernst, 1968).

Habitudes alimentaires

La tortue musquée est omnivore. Elle se nourrit de bivalves, d’escargots, d’écrevisses, d’insectes aquatiques, de vers de terre, d’œufs de poisson, de ménés, de têtards, de charogne, d’algues et de certaines parties des plantes vasculaires (Lagler, 1943; Mahmoud, 1968; Bancroft et al., 1983). Les mollusques et les insectes aquatiques constituent toutefois son alimentation de base. La tortue recherche activement sa nourriture en se déplaçant sur le substrat et en plongeant la tête dans la boue meuble, le sable et la végétation en décomposition.

Croissance et survie

Le profil de croissance de la tortue musquée est logarithmique. Le taux de croissance des jeunes est supérieur à celui des tortues plus âgées, et à mesure que les tortues vieillissent, leur croissance tend vers une asymptote (Edmonds, 1998). Les mâles et les femelles atteignent respectivement la maturité à 58 et 74 p. 100 de leur taille maximale (Edmonds, 1998). Une tortue musquée en captivité a vécu plus de 54 ans (Snider et Bowler, 1992). Deux tortues sauvages de Pennsylvanie avaient au moins 27 et 28 ans au moment de leur dernière capture (Ernst, 1986). On sait peu de choses sur la mortalité par âge chez cette espèce. Dans une population de la Virginie, les taux annuels de survie dans tous les groupes d’âge chez les mâles et les femelles ont été estimés à 84 à 86 p. 100 (Mitchell, 1988). Cette estimation est toutefois biaisée du fait de la courte durée de l’étude (trois ans) par rapport à la longévité de ces tortues (27 ans et plus). En effet, dans un aussi court laps de temps, on risque de confondre les émigrations temporaires ou les comportements cryptiques avec des mortalités. La plupart des populations de tortues musquées sont constituées en majorité d’adultes (Ernst, 1986; Dodd, 1989; Edmonds et Brooks, 1996). Chez les espèces de tortues d’eau douce, les taux de mortalité des nouveau-nés et des jeunes sont en général très élevés et le taux de mortalité des adultes très faible (Brooks et al., 1990; Iverson, 1990; Congdon et al., 1993). Les populations qui présentent une telle courbe de survie peuvent supporter des périodes de recrutement faible ou nul; par contre, des taux de mortalité anormalement élevés chez les adultes peuvent avoir de lourdes répercussions néfastes sur la population, toute augmentation de ces taux, si faible soit-elle (1-2 p. 100 par année), pouvant entraîner le déclin, voire la disparition d’une population (Brooks et al., 1990; Congdon et al., 1993; Compton, 1999).

Hibernation

La tortue musquée hiberne sous l’eau, enfouie sous environ 30 cm de boue. Elle commence à hiberner lorsque la température de l’eau est inférieure à 10 ºC (Ernst et al., 1994). Parfois, les tortues se rassemblent en grand nombre dans des hibernacula propices (Ernst et al., 1994).

Déplacements et migration

Rien n’indique que la tortue musquée soit territoriale. Les estimations de l’étendue des domaines vitaux varient énormément selon les populations : 0,05 ha dans une population de la Floride (Mahmoud, 1969), 1,50 ha dans une autre de Pennsylvanie (Ernst, 1986), et moyennes (polygone convexe minimum) variant de 50 (femelles) à 155 ha (mâles) dans une population ontarienne (Edmonds, 1998). Comme la tortue musquée sort rarement de l’eau, son domaine vital est vraisemblablement confiné à un seul plan d’eau (Ernst et al., 1994). Pendant la saison d’activité, les tortues se dispersent à partir de leur site d’hibernation. Les mâles se déplacent en général davantage que les femelles (Ernst, 1986; Edmonds, 1998). Les femelles d’une population du district de Parry Sound pourraient avoir limité leurs déplacements parce qu’elles étaient forcées d’utiliser un site de nidification particulier vu la rareté des sites propices (Edmonds, 1998).

Comportement

Dans la mesure où leur habitat demeure intact, les populations de tortues musquées peuvent habituellement coexister avec les populations humaines. Toutefois, deux menaces potentielles continuent de peser sur elles. La première tient au fait que les tortues musquées sont souvent capturées alors qu’elles essaient de manger les appâts accrochés aux hameçons : les pêcheurs les tuent alors souvent ou elles meurent des suites des blessures causées par l’hameçon (Mahmoud, 1969). La deuxième menace vient de la circulation des bateaux à moteur. Comme elles prennent le soleil à la surface de l’eau, les tortues musquées peuvent être blessées ou tuées par les hélices des bateaux qui passent sur elles (Bancroft et al., 1983; Edmonds, 1998). Les bateaux à moteur étaient l’une des principales causes de mortalité dans une population de tortues musquées de Floride (Bancroft et al., 1983).

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Taille et tendances des populations

Les données sont insuffisantes pour estimer l’effectif total de l’espèce au Canada. L’effectif semble fragmenté dans l’ensemble du Centre-Sud de l’Ontario. On a signalé la présence de tortues musquées dans 28 districts de la province entre 1881 et 1997 (CIPN, données inédites) (tableau 1). À certains endroits, les populations sont assez abondantes : dans la baie Twelve Mile, par exemple, on a marqué 575 individus entre 1991 et 1997 (Edmonds, 1998); au lac Big Clear, on en a observé 69 dans le cadre de relevés occasionnels réalisés entre 1983 et 1990 (CIPN, données inédites; R. Saumure, comm. pers.). Dans certains autres districts, on présume la présence d'une population sur la foi d’une seule observation. Au Québec, on n’a trouvé des tortues musquées que dans deux comtés (Hull et Pontiac) (Chabot et St. Hilaire, 1991), et dans les deux cas, on n'a observé qu'un petit nombre d’individus.

Pour 11 (41 p. 100) des 27 districts ontariens où l’on avait signalé la présence de la tortue musquée, il n’y a eu aucune mention de l’espèce depuis 1984 (tableau 1). Il se pourrait que les populations d’un grand nombre de ces districts aient disparu (M. Oldham, comm. pers.). La plupart de ces 12 districts sont situés dans l’extrême sud-ouest de la province, région soumise à une activité agricole intense et à une expansion urbaine. Bien que les tortues musquées soient très discrètes et qu’on ne puisse normalement les observer que si on les cherche délibérément (Bendall, 1959; Lamond, 1994), il est étonnant qu’elles semblent avoir disparu de la plupart des régions fortement développées où le nombre d’observateurs potentiels est plus élevé (p. ex. district de Hamilton-Wentworth; Lamond, 1994). Quoiqu’il en soit, il serait sage de faire des recherches dans les régions où il y a longtemps que l'on a mentionné la présence de tortues afin d’y confirmer ou d’y infirmer leur disparition.

Tableau 1. Liste des districts ontariens où l’on a signalé la présence du Sternotherus odoratus. Première et dernière années où la présence de l’espèce a été signalée (CIPN, données inédites)
DistrictPremière mentionDernière mention
Peel (MRNote de bas de pagea)
1969
1969
Sudbury (MR)
1970
1970
Durham (MR)
1974
1975
Hastings
1977
1977
Halton (MR)
1977
1977
Hamilton-Wentworth
1932
Kent
1970
1978
Nipissing
1978
1978
Niagara (MR)
1979
1979
Brant
1979
1980
Simcoe
1961
1984
Haldimand-Norfolk (MR)
1978
1985
Ottawa-Carleton (MR)
1958
1987
Northumberland
1973
1987
Lennox et Addington
1988
1988
York
1858
1988
Essex
1881
1989
Frontenac
1931
1989
Lanark
1926
1989
Prince Edward
1941
1990
Lambton
1957
1990
Renfrew
1992
1992
Peterborough
1958
1992
Victoria
1993
1993
Leeds et Grenville
1936
1994
Muskoka
1925
1995
Parry Sound
1973
1997

Notes de bas de page

Note de bas de page a

MR = municipalité régionale.

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Note de bas de page b

Tiré de Lamond (1994).

Retour à la référence de la note de bas de pageb

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Facteurs limitatifs et menaces

Les œufs et les nouveau-nés des tortues sont très sensibles aux températures extrêmes ainsi qu'aux périodes de précipitations ou de sécheresse anormalement intenses. Comme l’espèce niche à proximité des berges (Lindsay, 1965; Ernst, 1986; Edmonds, données inédites), une hausse anormale du niveau des eaux après la ponte risque de noyer les œufs. Par ailleurs, l’augmentation de la circulation des bateaux à moteur et de la pêche peut accroître le taux de mortalité chez les adultes. La plus lourde menace à peser sur les populations de tortues musquées reste cependant la destruction de l’habitat, attribuable notamment à l’aménagement des berges, au drainage des milieux humides et à la pollution (Ernst et al., 1994). L’aménagement des berges peut détruire les sites de nidification déjà peu nombreux, en particulier dans les secteurs les plus froids de l’aire de répartition canadienne de l’espèce dans le Centre de l’Ontario. La baisse du niveau des eaux ne met généralement pas en péril les tortues musquées, étant donné que celles-ci préfèrent les eaux peu profondes. Ces tortues sont toutefois très vulnérables à la déshydratation lorsqu’elles sont hors de l’eau (Ernst, 1968) et ne peuvent survivre dans les zones complètement drainées. Lorsque cela est possible, les tortues musquées vont se déplacer sur la terre ferme pour passer d’une région drainée jusqu’à un plan d’eau situé à proximité (Ernst, 1986), mais ce genre de déplacement demeure risqué. En effet, ces tortues se déshydratent rapidement dès qu’elles sont hors de l’eau; extrêmement gauches sur la terre ferme, elles y sont en outre exposées à un large éventail de prédateurs à cause de leur petite taille et de leur locomotion ridiculement lente et malhabile. Le drainage d’un site d’hibernation couramment utilisé peut tuer une grande partie d’une population. Ainsi, 450 tortues musquées sont mortes en Ohio à la suite du drainage d’un chenal où elles hibernaient (Thomas et Trautman, 1937). L’altération de l’habitat, combinée à une pêche intense, serait la cause de la disparition de la tortue musquée dans la région de Hamilton (Lamond, 1994).

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Protection actuelle et autres désignations

En Ontario, la tortue musquée figure sur la liste des « reptiles spécialement protégés » en vertu de l’annexe 9 de la Loi sur la protection du poisson et de la faune de 1997. Au Québec, elle est protégée en vertu de la Loi sur la conservation et la mise en valeur de la faune et de la Loi sur les espèces menacées et vulnérables. Dans ces deux provinces, il est illégal de chasser, piéger, conserver, vendre, acheter ou transporter des spécimens vivants sans une autorisation du gouvernement.

L’organisme The Nature Conservancy a attribué à cette espèce la cote « G5 » (très commune) à l’échelle mondiale. L'espèce est en effet très commune dans l’Est des États-Unis, pays où on peut la trouver dans les commerces d’animaux de compagnie. La demande est toutefois plus faible que l’offre. (Ces tortues sont actuellement vendues 10 $ pièce.) Ce commerce pratiqué aux États-Unis ne menace guère les tortues musquées du Canada. La tortue musquée est cotée « S4 » (commune) en Ontario, et « S1 » (sévèrement en péril) au Québec.

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Résumé du rapport de situation

La population canadienne de tortues musquées a certainement connu un déclin. La plupart des populations locales du Sud-Ouest de l’Ontario pourraient avoir disparu, probablement à cause du développement agricole et urbain. Le drainage des milieux humides continue de mettre gravement en péril les populations dans les régions en développement. De même, l’accroissement des activités récréatives (p. ex. la navigation de plaisance, la pêche) et le développement de milieux humides demeurés relativement intacts se traduira sans doute par une augmentation de la mortalité chez les tortues adultes et par la destruction d’habitats de nidification sur les berges. La situation est préoccupante, car le faible taux de recrutement et la maturité tardive (8-10 ans) de l’espèce, associés à sa longévité élevée (> 25 ans), nuisent au rétablissement des populations et entraînent à long terme de forts déclins des effectifs. Malgré leur caractère limité, les données indiquent que les tortues musquées ont en grande partie disparu d'une importante portion de leur aire de répartition originale dans le Sud de l’Ontario et sont aujourd’hui confinées en gros à la région de la baie Georgienne et au Sud-Est de la province. Les régions d’où elles semblent avoir disparu sont celles qui ont été le plus altérées par l’agriculture, l’urbanisation et la construction de chalets. On construit aussi de plus en plus de chalets dans les régions encore occupées par cette tortue. Si l’on se fie aux disparitions apparentes dans la province, les populations de tortues musquées de la baie Georgienne et du Sud-Ouest de l’Ontario sont probablement isolées les unes des autres et, même à l’intérieur de chacune de ces régions, les populations sont souvent séparées et éparpillées. Comme l’espèce est peu mobile, il est peu probable que sa disparition d’une région puisse être empêchée par l’immigration depuis une autre région; lorsque l’espèce disparaît d'un endroit, c'est probablement pour toujours. La tortue musquée devrait donc être désignée espèce menacée.

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Résumé technique

Sternotherus odoratus

Tortue musquée – Stinkpot

Répartition au Canada :

Ontario et Québec

Information sur la répartition

Zone d’occurrence (km²):

93 600 km²

Préciser la tendance (en déclin, stable, en expansion inconnue):

En déclin

Y a-t-il des fluctuations extrêmes dans la zone d’occurrence (ordre de grandeur > 1)?

Non

Zone d’occupation (km²):

Non calculée

Préciser la tendance (en déclin, stable, en expansion ou inconnue):

En déclin

Y a-t-il des fluctuations extrêmes dans la zone d’occupation (ordre de grandeur > 1)?

Non

Nombre d’emplacements existants:

Inconnu

Préciser la tendance du nombre d’emplacements (en déclin, stable, en croissance ou inconnue):

En déclin (43 % des districts)

Y a-t-il des fluctuations extrêmes du nombre d’emplacements (ordre de grandeur > 1)?

Non

Tendance de l’habitat : préciser la tendance de l’aire, de l’étendue ou de la qualité de l’habitat (en déclin, stable, en croissance ou inconnue).

En déclin

Information sur la population

Durée d’une génération (âge moyen des parents dans la population : indiquer en années, en mois, en jours, etc.):

15 ans et plus

Nombre d’individus matures (reproducteurs) au Canada (ou préciser une gamme de valeurs plausibles):

Inconnu

Tendance de la population quant au nombre d’individus matures (en déclin, stable, en croissance ou inconnue):

Probablement en déclin

S’il y a déclin, % du déclin au cours des dernières/prochaines dix années ou trois générations, selon la plus  élevée des deux valeurs (ou préciser s’il s’agit d’une période plus courte).

30-40 % au cours des 18 dernières années (d'après l'absence de mentions dans 12 districts depuis 1984).

Y a-t-il des fluctuations extrêmes du nombre d’individus  matures (ordre de grandeur > 1)?

Non

La population totale est-elle très fragmentée (la plupart des individus se trouvent dans de petites populations relativement isolées [géographiquement ou autrement] entre lesquelles il y a peu d’échanges, c.-à-d. migration réussie de < 1 individu/année)?

Oui

Énumérer chaque population et donner le nombre d’individus matures dans chacune.

Inconnu

Préciser la tendance du nombre de populations (en déclin, stable, en croissance ou inconnue).

Inconnue

Y a-t-il des fluctuations extrêmes du nombre de populations (ordre de grandeur > 1)?

Non

Menaces (réelles ou imminentes pour les populations ou les habitats)

  • Altération de l'habitat causée par le drainage des milieux humides, les activités récréatives et le développement.
  • Aménagement des rives diminuant le nombre déjà limité de sites de nidification, particulièrement dans le Bouclier canadien où ces sites sont probablement le plus restreints.
  • Pollution de l'habitat.
  • Mortalité causée par les hélices de bateau ou les hameçons.

Effet d’une immigration de source externe

L’espèce existe-t-elle ailleurs (au Canada ou à l’extérieur)?

Oui, aux États-Unis.

Statut ou situation des populations de l’extérieur?

Stable

Une immigration a-t-elle été constatée ou est-elle possible?

Non

Des individus immigrants seraient-ils adaptés pour survivre à l’endroit en question?

Peut-être, voir le rapport.

Y a-t-il suffisamment d’habitat disponible pour les individus immigrants à l’endroit en question?

On ne sait pas.

Analyse quantitative

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Remerciements

Le présent rapport a été rendu possible grâce à l'aide généreuse de Mike Oldham du Centre d'information sur le patrimoine naturel de l'Ontario, qui m'a fourni la plupart des données difficiles à trouver et des publications obscures citées dans ce rapport. Raymond Saumure m'a fait part de son expérience des tortues musquées. Ronald J. Brooks et Sarah M. Holt m'ont prodigué de précieux conseils pour la rédaction. Le projet a été financé par le Service canadien de la faune d'Environnement Canada.

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Ouvrages cités

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L'auteur

Jonathan Edmonds a obtenu son B.Sc. spécialisé en biologie à la University of Guelph en 1995. De 1992 à 1997, il a travaillé à la baie Georgienne comme naturaliste-interprète et biologiste pendant l’été. Il y a notamment participé à un programme de marquage des tortues musquées. Ce projet a donné lieu à une publication, à plusieurs communications et à un mémoire de maîtrise. En 1998, monsieur Edmonds a terminé sa maîtrise sour la direction de R.J. Brooks au département de zoologie de la University of Guelph.

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Autorités consultées

Ronald J. Brooks, Département de zoologie, University of Guelph. Guelph (Ontario)  N1G 2W1

John B. Iverson, Département de biologie, Earlham College. Richmond, Indiana, U.S.A., 47374

Michael J. Oldham, Centre d’information sur la patrimoine naturel, ministère des Richesses naturelles de l’Ontario, 300 Water Street, Peterborough (Ontario)  K9J 8M5

Raymond Saumure, Département des sciences des ressources naturelles, Université McGill. 21 111, chemin Lakeshore, Ste-Anne-de-Bellevue (Québec)  H9X 3V9

Collection Vivante, Biodôme de Montréal, 4777, ave. Pierre-de-Coubertin, Montréal (Québec)  H1V 1B3.

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