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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le lapin de Nuttall de la sous-espèce nuttallii (Sylvilagus nuttallii nuttallii) au Canada - Mise à jour

Biologie

Comme il est possible que les sous-espèces aient des cycles biologiques différents, les renseignements présentés dans cette section se limitent principalement aux études menées sur le S. n. nuttallii. Seules deux études ont été réalisées sur la sous-espèce au Canada. Elles portaient sur la répartition générale, l’habitat et l’écologie des populations (Sullivan et al., 1989; Carter et al., 1993). Les données sur la reproduction et les habitudes alimentaires sont tirées de recherches faites en Oregon et en Idaho. Fait à noter, il n’existe aucune donnée sur les déplacements de cette espèce.

Cycle vital et reproduction

Le S. n. nuttallii est herbivore. Des études réalisées en Oregon et en Idaho (Johnson et Hansen, 1979; MacCraken et Hanse, 1982) ont montré qu’il se nourrit principalement de graminées, notamment d’agropyre (Agropyron sp.), de stipe (Stipa sp.) et de brome des toits (Bromustectorum). Des herbacées non graminoïdes et des arbustes, comme l’armoise tridentée et le genévrier commun, font également partie de son régime alimentaire.

En Oregon, la saison de reproduction s’étend de janvier à la fin de juillet (Powers et Verts, 1971). On a trouvé des femelles gravides de février à juillet. L’accouplement semble synchronisé chez les femelles, celles-ci s’accouplant immédiatement après la mise bas. La population estivale contient donc plusieurs cohortes bien définies de juvéniles issus de différentes portées. En Oregon, on a observé que les femelles produisaient de trois à quatre portées, et quelques rares femelles en produisaient cinq (Powers et Verts, 1971). La taille moyenne des portées était de 4,6 petits d’après le compte d’embryons, les portées étant plus petites au début et à la fin de la saison de reproduction. Les femelles atteignent rarement lamaturité sexuelle pendant l’été de leur naissance, et la reproduction chez les S. n. nuttallii de moins de un an est rare. La durée de génération est d’environ un an (McKay et Verts, 1978). Les données sur la reproduction pour la population canadienne sont rares. La saison de reproduction s’étend probablement de mars à juillet. Cowan et Guiguet (1956) ont fait état de portées de seulement deux rejetons, les femelles produisant deux ou trois portées par an, mais ils n’ont pas indiqué la source de leurs données.

Les S. nuttallii adultes sont solitaires et n’interagissent que pendant la saison de reproduction (Orr, 1940; Verts et Gehman, 1991). Sullivan et al. (1989) ont relevé que le rapport des sexes (proportion de mâles) variait d’une année à l’autre, avec des estimations de 0,57, 0,44 et 0,16 respectivement pour les années 1984, 1985 et 1986 dans leurs quadrillages d’étude de la vallée de l’Okanagan. Les femelles ont présenté un taux de survie supérieur à celui des mâles. En Oregon, on a observé une mortalité des cohortes juvéniles élevée (de 40 p. 100 à 80 p. 100), liée aux précipitations et à la qualité des aliments estivaux (McKay et Verts, 1978; Hundertmark, 1982). La mortalité accrue à l’automne et au début de l’hiver a été associée aux basses températures. Les individus peuvent vivre jusqu’à quatre ans (Verts et Carraway, 1998).

Prédateurs

La prédation n’a pas été étudiée dans la population canadienne. Les prédateurs potentiels dans le sud des vallées de l’Okanagan et de la Similkameen comprennent le Grand-duc d’Amérique (Bubo virginiana), la Buse à queue rousse (Buteo jamaicensis), l’Aigle royal (Aquila chrysaetos), le blaireau d’Amérique (Taxidea taxus), le lynx roux (Lynx rufus) et le coyote (Canis latrans).

Physiologie

Les besoins et les adaptations physiologiques de cette espèce n’ont pas été étudiés. Pour mieux digérer la cellulose, le S. nuttallii réingère ses fèces, adaptation observée chez la plupart des lièvres et des lapins. Aucune recherche n’a été faite sur les besoins en eau de cette espèce dans les environnements secs, mais selon Verts et al. (1984), la disponibilité d’eau serait un facteur critique pour la survie des juvéniles.

Déplacements et dispersion

Il n’existe aucune estimation de la taille du domaine vital du S. nuttallii, ni aucune donnée sur sa dispersion ou ses déplacements sur de longues distances. La tendance générale observée chez la plupart des espèces de Sylvilagus est que les mâles ont un domaine vital plus grand que celui des femelles, et que la superficie du domaine vital augmente pendant la saison de reproduction.

Relations interspécifiques

On a observé une sympatrie de deux espèces de Léporidés avec le S. nuttallii en Colombie-Britannique : le L. townsendii et le L. americanus. Le L. townsendii occupait des steppes arbustives semblables à celles occupées par le S. nuttallii et avait un régime alimentaire similaire, mais il semble avoir disparu de la Colombie-Britannique (Nagorsen, 2005). Il est possible que le déclin des populations de ce grand lièvre pendant les années 1940 et 1950 ait favorisé l’expansion de l’aire de répartition du S. nuttallii en Colombie-Britannique. On trouve le L. americanus sur l’ensemble du territoire de la Colombie-Britannique, où il est largement sympatrique avec le S. nuttallii. Toutefois, le L. americanus est associé à des habitats forestiers situés à une altitude supérieure à celle de l’habitat du S. nuttallii. La compétition entre ces deux espèces est peu probable du fait qu’elles occupent des habitats différents.

Adaptabilité

Verts et Carraway (1998) ont noté plusieurs adaptations qui ont permis à l’espèce de survivre dans des environnements secs : le fait de grimper aux arbres, l’activité crépusculaire ou nocturne et le mode de vie solitaire. L’une des adaptations les plus frappantes du S. nuttallii est son activité arboricole jusqu’à 3 m au-dessus du sol. Verts et al.(1984) ont conclu que ce lapin grimpait aux arbustes de genévrier pendant la sécheresse estivale pour s’abreuver des gouttes d’eau formées par condensation sur les branches et pour manger le feuillage succulent.