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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le marsouin commun au Canada - Mise à jour

Facteurs limitatifs et menaces

Chasse

L’examen archéologique de tertres côtiers révèle que les marsouins étaient exploités par les peuples autochtones de l’est du Canada avant l’arrivée des Européens, même si le nombre d’os de marsouins trouvés dans ces tertres est assez faible. On rencontre beaucoup plus fréquemment des pinnipèdes dans ces fouilles archéologiques et ils étaient vraisemblablement beaucoup plus importants dans le régime alimentaire de ces peuples (D. Johnston, comm. pers.). Les marsouins communs étaient chassés par les Autochtones dans les régions de l’est du Canada au XIXe et au début du XXe siècle (Leighton, 1937). Le nombre de prises n’a pas été enregistré, mais, dans la baie de Fundy, plusieurs centaines de marsouins étaient vraisemblablement capturés chaque année. Les chasseurs travaillaient en canots par temps calme, quand il était possible de suivre et d’approcher les marsouins; ils utilisaient des fusils de chasse pour blesser ou tuer les bêtes. Le petit lard et les coussinets adipeux mandibulaires servaient à faire de l’huile, et la viande était utilisée pour la consommation humaine (Leighton, 1937). Des membres de la tribu Passamaquoddy, dans le Maine, ont continué sporadiquement à chasser un peu jusqu’à la fin du XXe siècle, les dernières bêtes ayant été prises en 1997 (Waring et al., 2001). Des marsouins sont encore pris à l’occasion par des chasseurs autochtones dans la partie de leur aire de répartition située dans l’est du Canada et par des résidants non autochtones de Terre-Neuve-et-Labrador, du Labrador et peut‑être même du Québec. Par exemple, un marsouin de 96 cm a été tué par un chasseur dans le fjord de Pangnirtung en octobre 1988 (D. Pike, comm. pers.).

Mortalité accidentelle dans les pêches (prises accessoires)

Les prises accessoires dans les pêches commerciales constituent la menace récente la plus importante envers le marsouin commun dans l’est du Canada. La majorité de ces prises accessoires ont lieu dans des filets maillants calés utilisés pour capturer le poisson de fond, comme la morue (Gadus morhua); ces prises accessoires existent depuis l’invention des filets maillants dans les pêches nord‑américaines, en 1880, par Spencer Baird, alors commissaire de Fish and Fisheries aux États‑Unis. Dans le premier rapport sur l’efficacité de ces filets, Collins (1886) note que « […] en plus des diverses espèces de gadidés qui ont été prises, des marsouins (appelés localement « puffers ») ont aussi été pris […] »

Des prises accessoires considérables de marsouins communs ont eu lieu au cours des dernières décennies dans tout l’est du Canada et dans le secteur américain de la population de la baie de Fundy et du golfe du Maine (voir Stenson, 2003, pour un examen approfondi). L’ampleur de cette menace a changé considérablement au cours des dernières années dans l’est du Canada et dans le golfe du Maine, en raison de l’épuisement des stocks de poisson de fond et des réductions subséquentes de l’effort de pêche. Cependant, les activités de pêche augmenteront au fur et à mesure que les stocks de poissons se rétabliront, ce qui entraînera probablement une hausse des prises accessoires de marsouins communs, à moins que des mesures d’atténuation ne soient prises ou que d’autres techniques de pêche ne soient utilisées (Stenson, 2003:284).

D’importantes prises accessoires de marsouins communs ont eu lieu à Terre-Neuve-et-Labrador dans les années 1970 et 1980. La plupart des estimations de prises accessoires totales, extrapolées à partir de sondages téléphoniques et de journaux de bord, atteignaient à peine quelques milliers d’individus chaque année (J. Lien, in ministère des Pêches et des Océans, 2001). Cependant, selon Lien : « demander aux pêcheurs le nombre d’individus capturés de façon accessoire et les additionner ne donne pas forcément de bonnes estimations » (ministère des Pêches et des Océans, 2001). Néanmoins, il est clair que les marsouins communs étaient une prise accessoire courante à Terre-Neuve-et-Labrador pendant cette période, surtout dans les filets maillants à poisson de fond.

Les profils de l’effort de pêche avec des filets maillants à poisson de fond ont changé radicalement après le moratoire sur la pêche à la morue dans la subdivision 2J3KL de l’OPANO en 1992 et durant les autres fermetures subséquentes de pêche aux poissons de fond, bien que les incidences réelles de ces changements dans les pratiques de pêche sur les prises accessoires de marsouins n’aient pas été documentées. Des marsouins sont pris au cours de pêches indicatrices aux poissons de fond avec des filets maillants à Terre-Neuve-et-Labrador (destinées à surveiller les stocks de morue épuisés). Le nombre de prises accessoires au cours de pêches indicatrices à la morue avec des filets maillants, en 2002, a été estimé à l’aide de combinaisons de multiplicateurs de taux d’activités de pêche et de prises accessoires tirés de rapports de pêcheurs et d’observateurs à bord (Lawson et al., 2004). Lawson et al. (2004) ont conclu que 1 500 à 3 000 marsouins avaient été pris au cours de cette pêche en 2002. Il existe en outre une importante pêche avec des filets maillants pour la lompe (Cyclopterus lumpus), pendant laquelle environ 15 000 phoques du Groenland (Phoca groenlandica) ont été pris chaque année depuis 1994 (Walsh et al., 2001). Il est bien connu que cette pêche entraîne des prises de marsouins communs, même si aucune estimation de ces prises accessoires n’a été publiée. Des données tirées de journaux de bord existent pour les dix dernières années et il serait peut‑être possible d’utiliser ces données pour estimer la mortalité annuelle par prises accessoires des marsouins communs pendant cette pêche (B. Sjare, comm. pers.). En outre, il est connu que la pêche semi‑hauturière au flétan noir (Reinhardtius hippoglossoides) ainsi que la grande pêche à la baudroie (Lophius americanus) et à la raie (Raja sp.) à Terre-Neuve-et-Labrador prennent des marsouins communs (Lawson et al., 2004). La vaste pêche au hareng (Clupea harengus) et au poissons de fond tels que la plie rouge (Pseudopleuronectes americanus) pour servir d’appât à homard contribue peut-être aussi à la mortalité chez les marsouins (Lawson et al., 2004). Bien que les récents efforts déployés afin d’évaluer l’ampleur des prises accessoires lors de la pêche

semi-hauturière à la morue constituent une nette amélioration par rapport à la situation qui a perduré à Terre-Neuve-et-Labrador pendant des décennies, il y a encore un besoin criant d’obtenir des estimations exhaustives reflétant le niveau réel des prises de cette sous‑population de marsouin par la pêche.

Les renseignements sur les prises accessoires de marsouins communs dans le golfe du Saint‑Laurent proviennent de questionnaires expédiés par la poste aux pêcheurs en 1989, 1990 et 1994 (Fontaine et al., 1994; Larrivée, 1996; ministère des Pêches et des Océans, 2001) ainsi qu’en 2000 et en 2001, de même que de programmes d’observateurs à bord ayant couvert les pêches commerciales et indicatrices tout au long de 2002 (Lesage et al., 2004, sous presse). On a reconnu de nombreux problèmes quant à l’analyse et à l’interprétation de ces données, mais il est généralement accepté que la mortalité annuelle par prises accessoires dans les années 1980 et au début des années 1990 s’établissait à quelques milliers. La plupart des prises accessoires avaient lieu en été dans les filets maillants à poisson de fond, le long de la rive nord inférieure ainsi que le long des côtes de la péninsule gaspésienne et de la baie des Chaleurs (Fontaine et al., 1994). Tout comme à Terre-Neuve-et-Labrador, il y a eu dernièrement un changement considérable dans les pêches commerciales du golfe du Saint‑Laurent,avec des déclins et des pénuries de recrutement à grande échelle de poisson de fond, ce qui a entraîné la fermeture de pêches. Les activités de pêche diminuant dans leur ensemble, les prises accessoires ont également diminué, peut-être de 24 à 63 p. 100 depuis la fin des années 1980, mais elles demeurent « non négligeables » (quelques milliers; Lesage et al., 2004) et elles sont toujours considérées comme préoccupantes en ce qui a trait à la capacité des populations de marsouins à y faire face (Lesage et al., sous presse).

Les prises accessoires de marsouins communs dans des pêches commerciales de la baie de Fundy ont été documentées depuis le début des années 1980 (Gaskin, 1984; Read et Gaskin, 1988). Comme dans les autres secteurs de l’est du Canada, les prises accessoires les plus nombreuses ont lieu dans les pêches de poissons de fond au filet maillant. L’ampleur de ces prises accessoires a été estimée au cours des dernières années, par le MPO au Canada et par le National Marine Fisheries Service (NMFS) aux États‑Unis. Ces deux organismes installent des observateurs indépendants à bord d’un échantillon de bateaux de pêche, afin d’estimer un taux de prises accessoires pêchées. Ce taux est ensuite extrapolé à l’ensemble de la pêche en utilisant quelques données métriques de l’effort de pêche total (voir Bravington et Bisack, 1996; Bisack, 1997; Trippel et al., 1996; et Waring et al., 2001 pour plus de détails). Les estimations de prises accessoires de marsouins communs, jusqu’en 2001, produites pour la baie de Fundy, le golfe du Maine et les États du centre du littoral de l’Atlantique, sont présentées au tableau 3. On estime que toutes ces prises accessoires de la baie de Fundy et du golfe du Maine, ainsi que la majorité des prises accessoires des États du centre du littoral de l’Atlantique, ont été tirées de la sous‑population de marsouins communs de la baie de Fundy et du golfe du Maine (tableau 3). Les estimations globales les plus récentes des prises accessoires pour cette sous‑population s’établissent à 477 (CV = 0,17) (National Marine Fisheries Service, 2005).

Tout comme à Terre-Neuve-et-Labrador et dans le golfe du Saint‑Laurent, l’effort de pêche aux poissons de fond avec filets maillants a subi des changements profonds dans l’aire de répartition de cette sous‑population méridionale. Dans la baie de Fundy, diverses mesures de conservation des pêches ont été utilisées pour réduire la mortalité causée par la pêche des morues et autres poissons de fond, y compris des fermetures temporelles de pêches commerciales. En 1995, le ministère des Pêches et des Océans a mis en œuvre une Stratégie de conservation du marsouin commun pour la baie de Fundy. Dans le cadre de cette stratégie, un plafond annuel de 110 marsouins communs a été fixé pour les prises accessoires dans la baie de Fundy, après quoi la pêche serait fermée. Des fermetures de pêches temporelles‑géographiques ont été utilisées comme mesures de conservation des pêches dans le golfe du Maine, ainsi qu’une multitude d’autres outils destinés à conserver et à remettre en état les stocks surpêchés de morues et d’autres poissons de fond. Ces mesures ont réduit considérablement l’effort de pêche dans les pêches commerciales, tant canadiennes qu’américaines. En outre, dans les eaux américaines du golfe du Maine et des États du centre du littoral de l’Atlantique, les prises accessoires de marsouins communs sont maintenant réglementées dans le cadre de deux Plans de réduction des prises (voir ci‑après). Dans leur ensemble, toutes ces mesures de conservation ont considérablement réduit les prises accessoires de marsouins communs de la sous‑population de la baie de Fundy et du golfe du Maine au cours des dernières années.

 

Tableau 3. Estimations des prises accessoires de marsouins communs (avec les coefficients de variation (CV) entre parenthèses, le cas échéant) dans les pêches aux poissons de fond avec des filets maillants dans la baie de Fundy, le golfe du Maine et les États du centre du littoral de l’Atlantique.
AnnéeBaie de FundyGolfe du MaineCentre du littoral de l’AtlantiqueTotal
1990n.d.2 900 (0,32)n.d.
1991n.d.2 000 (0,35)n.d.
1992n.d.1 200 (0,21)n.d.
19934241 400 (0,18)n.d.
19941012 100 (0,18)n.d.
1995871 400 (0,27)103 (0,57)1 590
1996201 200 (0,25)311 (0,31)1 531
199743782 (0,22)572 (0,35)1 397
199838332 (0,46)446 (0,36)816
199932270 (0,28)53 (0,49)355
200028507 (0,37)21 (0,76)536
20017353 (0,97)26 (0,95)152

Les données sont tirées de Bravington et Bisack (1996), de Bisack (1997), de Trippel et al. (1996), de Waring et al. (2001) et de Trippel et Shepherd (2004). Les données ne sont pas disponibles (n.d.) avant 1993 pour la baie de Fundy ni avant 1995 pour les États du centre du littoral de l’Atlantique. Les totaux sont fournis uniquement pour les années au cours desquelles il existe des estimations pour les trois secteurs.


De petits nombres de marsouins communs sont pris dans le cadre d’autres pêches dans tout l’est du Canada, y compris dans les filets dérivants de surface pour la pêche au hareng et au maquereau et dans les pêches à fascines pour le hareng, en particulier dans la baie de Fundy. La mortalité dans cette dernière pêche a été réduite à quelques marsouins par an grâce à un programme coopératif géré par des biologistes et des pêcheurs sur l’île Grand Manan au Nouveau‑Brunswick (Read, données inédites). Par le passé, d’importantes prises accessoires avaient lieu dans le cadre de pêches au saumon au filet maillant à Terre-Neuve-et-Labrador et dans l’ouest du Groenland, mais elles ont probablement beaucoup diminué. La pêche commerciale au saumon à Terre-Neuve-et-Labrador a été fermée en 1992. À Terre-Neuve-et-Labrador, les quotas de saumon ont été réduits tout au long des années 1990, jusqu’à la fermeture complète de la pêche en 1998 (G. Stenson, comm. pers.). L’ampleur de la pêche commerciale au saumon a diminué régulièrement au Groenland au cours des années 1980 et 1990; elle a été fermée en 1997, a rouvert pendant une année en 2001, et est fermée depuis (G. Stenson, comm. pers.). Le nombre des prises accessoires actuelles de marsouins communs dans les pêches côtières locales à petite échelle de poissons, de mollusques et de crustacés pour la subsistance ainsi que dans certaines grandes pêches commerciales est incertain,en raison du manque de surveillance.

Dégradation de l’habitat

Parmi les autres menaces potentielles pour l’espèce, citons la perte d’habitat attribuable à l’utilisation de dispositifs de harcèlement acoustique (DHA) autour des sites de mariculture du saumon dans la baie de Fundy (Strong et al., 1995). Des inquiétudes ont été exprimées à propos de la prolifération de DHA à haute amplitude utilisés pour dissuader les pinnipèdes de s’approcher des sites de mariculture du saumon dans la baie de Fundy et ailleurs (Taylor et al., 1997). Ces dispositifs produisent des sons à haute intensité à des fréquences comprises dans le domaine des fréquences audibles des marsouins communs. Pendant les expériences effectuées dans la baie de Fundy, aucun marsouin ne s’est approché à moins de 645 m d’un DHA commercial actif et les densités de marsouins ont été réduites considérablement dans son voisinage (Johnston, 2002). Des expériences effectuées en Colombie‑Britannique avec des DHA et des marsouins communs ont montré des résultats semblables (Olesiuk et al., 2002), et des apparitions moins nombreuses d’autres cétacés odontocètes dans le voisinage de DHA actifs ont également été documentées (Morton, 2000; Morton et Symonds, 2002). Ces dispositifs ont été largement utilisés dans l’industrie de la mariculture dans la baie de Fundy (Johnston et Woodley, 1998) et il existe un potentiel d’exclusion à grande échelle de l’habitat des marsouins communs dans cette région. Dans le passé, on s’est inquiété du niveau de contamination organochlorée (CO) anthropogénique chez les marsouins communs (voir par exemple Gaskin, 1992). Des données récentes existent sur les charges de CO dans les trois sous‑populations de l’est du Canada (Westgate et al., 1997). Les biphényles polychlorés (BPC) et les boranes chlorés sont les principaux contaminants. En règle générale, les concentrations de contaminants organochlorés augmentent selon un gradient nord‑sud, les marsouins de la baie de Fundy et ceux du golfe du Maine présentant les niveaux les plus élevés. Westgate et al. (1997) ont également mentionné que les niveaux de BPC et de DDT (dichlorodiphényltrichloroéthane) avaient diminué considérablement par rapport à ceux documentés par Gaskin et al. (1971, 1976, 1983). Les concentrations récentes de CO sont semblables aux niveaux actuels rapportés dans d’autres populations de marsouins communs (Westgate et al., 1997). Les effets immédiats ou ultimes de ces charges de CO sur les marsouins communs ne sont pas encore certains. Cet individu est l’une des espèces indicatrices utilisées par le Comité scientifique de la Commission baleinière internationale (CBI) dans son programme « Pollution 2000+ », qui vise à fournir des renseignements sur les incidences des polluants sur la santé des cétacés. Les résultats de ce programme ne sont pas encore connus.

La dégradation et la perte d’habitats provoquées par l’exploration et la production pétrolières constituent des menaces dans plusieurs secteurs de l’aire de cette espèce dans l’est du Canada, en particulier dans certaines zones du golfe du Saint‑Laurent et le long de la plate‑forme Scotian. Un harcèlement acoustique ou un déplacement pourrait survenir pendant l’exploration sismique, en particulier si de telles activités se déroulent relativement près de la côte, dans les aires d’alimentation préférées, ou à l’intérieur des corridors migratoires. Aucune étude n’a été menée sur les répercussions de ces activités sur les marsouins communs.

Enfin, les principales espèces de proies des marsouins communs, en particulier le hareng, sont exploitées par des pêches commerciales dans tout l’est du Canada; par conséquent, il existe bien un potentiel d’épuisement de ces ressources de proies par la surpêche. Toutefois, à l’heure actuelle, rien ne prouve que la biologie des populations de n’importe laquelle des populations de marsouins communs a été touchée par la pêche pour ces proies.