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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le marsouin commun au Canada - Mise à jour

Protection actuelle ou autres désignations de statut

La gestion du marsouin commun, comme celle des autres mammifères marins, relève du Règlement sur les mammifères marins (DORS/93‑56) de la Loi sur les pêches du Canada. Toutefois, ce règlement ne comporte pas de dispositions pour aborder les prises accessoires de mammifères marins dans les pêches commerciales, principale menace qui pèse sur les marsouins communs dans l’est du Canada. Des expériences ont été tentées dans la baie de Fundy pour élaborer des mesures d’atténuation, comme l’utilisation d’avertisseurs acoustiques ou d’émetteurs d’ultrasons (Trippel et al., 1999; Cox et al., 2001) et de filets maillants équipés d’avertisseurs acoustiques (Trippel et al., 2003). Jusqu’à présent, aucune de ces mesures n’a cependant été mise en œuvre dans une quelconque pêche au filet maillant dans l’est du Canada. Les principales mesures protectrices, pour les marsouins communs de l’est du Canada, sont des restrictions imposées à l’effort de pêche au filet maillant dans le but de conserver les stocks de poissons de fond dans la baie de Fundy, dans le golfe du Saint‑Laurent et à Terre-Neuve-et-Labrador.

En octobre 1994, le Ministère des Pêches et Océans Canada (MPO) a publié une version provisoire du Plan de conservation du marsouin commun pour la baie de Fundy. Ce plan avait pour but « d’aider la population de marsouins communs de la baie de Fundy et du golfe du Maine à croître jusqu’à un niveau où les prises accessoires effectuées par les entreprises de pêche n’affecteront pas énormément la viabilité de la population. » Pour atteindre cet objectif, plusieurs mesures devaient être prises, notamment des consultations avec l’industrie de la pêche et les organismes de réglementation américains. Le Plan fixe un plafond de 110 marsouins communs par année dans la partie canadienne de son aire (à savoir la baie de Fundy). La mise en œuvre du Plan par le MPO comportait une surveillance pendant la saison des prises accessoires de marsouins (par l’intermédiaire d’un programme indépendant chargé des prises accessoires) et des données sur l’effort de pêche commerciale (sorties quotidiennes des bateaux de pêche à filets maillants). Les pêcheurs ont été avertis avant la saison au moyen de réunions de consultation annuelles que si on s’attendait à voir les prises accessoires dépasser 110 individus, la pêche serait fermée pour le reste de la saison. Le texte définitif de la Stratégie de conservation du marsouin commun du MPO pour la baie de Fundy a été signé par le directeur général régional (région des Maritimes) en novembre 1995. Des examinateurs du document actuel ont mentionné que cette stratégie est toujours en vigueur.

Dans l’est du Canada, l’aire des marsouins communs s’étend jusqu’aux États-Unis, où l’espèce est protégée en vertu de la Marine Mammal Protection Act (MMPA) de 1972. La limite de prélèvement annuelle maximale autorisée pour chaque stock de mammifères marins aux États-Unis est désignée sous le nom de « niveau potentiel de prélèvement biologique » (PPB) (Wade, 1998b; Read et Wade, 2001). L’actuel PPB pour les marsouins communs dans la baie de Fundy et le golfe du Maine est de 747 individus (Waring et al., 2001). Les stocks de mammifères marins pour lesquels la mortalité anthropogénique dépasse le PPB sont désignés comme stratégiques. Une fois qu’un stock est déclaré stratégique, des mesures de gestion doivent être formulées pour ramener les niveaux de mortalité et de blessures graves au-dessous du PPB. Généralement, une équipe de réduction des prises est formée pour s’attaquer aux situations dans lesquelles les prises accessoires dépassent le PPB. Ces équipes comprennent des représentants des groupes intervenants, dont les pêcheurs, les chercheurs, les groupes de conservation et les gestionnaires, qui négocient un plan visant à ramener la mortalité anthropogénique sous le PPB à l’intérieur d’une période précise (voir Bache, 2001, et Young, 2001, pour obtenir une description détaillée).

Deux équipes de réduction des prises (ERP) ont été constituées aux États-Unis pour s’occuper des prises accessoires de marsouins communs de la sous‑population de la baie de Fundy et du golfe du Maine dans les pêches commerciales : l’ERP du marsouin commun du golfe du Maine (formée en février 1996) et l’ERP du marsouin commun du centre du littoral de l’Atlantique (formée en février 1997). Ces deux équipes ont recommandé des mesures visant à réduire les prises accessoires de marsouins communs dans les pêches commerciales. Ces mesures ont été publiées ensemble sous le nom de Harbor Porpoise Take Reduction Plan Regulations par le National Marine Fisheries Service (NMFS) des États-Unis en décembre 1998 (consulter le site Internet http://www.nero.nmfs.gov/porptrp/). Ce règlement regroupe un mélange complexe de mesures, notamment un calendrier et des secteurs complètement fermés à la pêche aux poissons de fond avec des filets maillants, un calendrier et des secteurs dans lesquels des avertisseurs sonores (ou émetteurs d’ultrasons) sont exigés sur les filets maillants pour le poisson de fond (Kraus et al., 1997) ainsi qu’une série de modifications requises à la structure et à l’utilisation des filets maillants pour le poisson de fond.

Il est clair (tableau 3)que les prises accessoires de marsouins communs étaient en baisse depuis un certain temps avant la mise en application de ce règlement en 1998. Cette réduction était attribuable en partie à des mesures de conservation visant à diminuer les prises accessoires de marsouins, mises en application par le New England Fisheries Management Council dès 1994. Ces mesures englobaient la fermeture de toutes les pêches aux poissons de fond avec des filets maillants dans certains secteurs du golfe du Maine (Murray et al., 2000). Pendant cette période, des changements considérables sont intervenus dans la pêche au filet maillant en raison des mesures de gestion des pêches conçues pour conserver les stocks appauvris de poissons de fond dans le golfe du Maine et dans les États du centre du littoral de l’Atlantique.

En janvier 1993, le NMFS a proposé d’inscrire la sous‑population des marsouins communs de la baie de Fundy et du golfe du Maine sur la liste des espèces menacées en vertu de la Endangered Species Act (NMFS, 1993) des États‑Unis. Cette inscription a été proposée parce qu’il existait des mesures réglementaires inadéquates au Canada et aux États-Unis pour s’attaquer aux prises accessoires de marsouins communs dans les pêches commerciales. Le suivi de cette proposition a été reporté pendant plusieurs années car le New England Fisheries Management Council et les deux équipes de réduction des prises élaboraient des stratégies visant à réduire les prises accessoires de marsouins dans les pêches au filet maillant. En janvier 1999, le NMFS a décidé que l’inscription proposée n’était pas justifiée parce que les programmes de réduction des prises accessoires mis en œuvre au Canada et aux États-Unis étaient suffisants pour inverser toute baisse de l’abondance et veiller à ce que les prises soient viables (NMFS, 1999). Dans le cadre de cette décision, Wade (1998a) a effectué une analyse de viabilité de la population (AVP) des marsouins communs de la baie de Fundy et du golfe du Maine. À l’aide des données sur l’abondance de 1991 à 1995 et sur les prises accessoires de 1992 à 1996 (voir les tableaux tableau2 et tableau3), Wade a estimé que la probabilité globale d’extinction d’ici 20 ans était faible (< 0,005), mais qu’elle était élevée d’ici 100 ans (0,28 à 0,72). En réduisant les prises accessoires à un quart des niveaux de 1992 à 1996, on éliminait le risque d’extinction d’ici 20 ans et on rendait le risque global d’extinction d’ici 100 ans très faible (0,00 à 0,01). L’estimation de l’abondance de 1999 était nettement plus importante que les estimations de 1991 à 1995 (tableau 2) et les prises accessoires en 1999 étaient inférieures au quart de la valeur moyenne de 1992 à 1996 (tableau 3). En août 2001, le NMFS a communiqué son intention de retirer cette sous‑population de la liste de espèces candidates en vertu de la Endangered Species Act (NMFS 2001).

Le marsouin commun est classé vulnérable dans la Liste rouge de l’UICN en raison des réductions soupçonnées de la zone d’occurrence et de la qualité de son habitat et à cause des niveaux élevés de prises accessoires dans la presque totalité de son aire (The IUCN Red List of Threatened Species, en anglais seulement).