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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le marsouin commun au Canada - Mise à jour

Structure des sous - populations

Le National Marine Fisheries Service des États-Unis (2005) continue de citer de nombreuses sources de données afin d’étayer l’hypothèse originale de Gaskin (1984, 1992) voulant qu’il existe quatre sous-populations distinctes de marsouins communs dans l’Atlantique Nord-Ouest, soit les sous-populations : 1) du golfe du Maine et de la baie de Fundy; 2) du golfe du Saint-Laurent; 3) de Terre-Neuve-et-Labrador–et–Labrador; 4) de l’ouest du Groenland. Ces sources comprennent des analyses de l’ADN mitochondrial (ADNmt) (Wang et al., 1996; Rosel et al., 1999a, 1999b), des contaminants organochlorés (Westgate et al., 1997; Westgate et Tolley, 1999), des métaux lourds (Johnston, 1995) et des paramètres du cycle vital (Read et Hohn, 1995). Chacune de ces études n’est pas aussi approfondie que ce qui serait souhaité, mais l’ensemble des données suggère qu’il existe plusieurs sous-populations de marsouins communs dans les eaux de l’est du Canada.

Les différences entre les études génétiques et celles sur les contaminants organochlorés chez les marsouins communs des eaux canadiennes sont illustrées au tableau 1. Malheureusement, toutes les études ont en grande partie utilisé des échantillons provenant des mêmes individus. Toutefois, trois mesures non corrélées ont été effectuées sur l’ADNmt, les microsatellites et les contaminants. Une variation importante des données séquentielles de la région de contrôle de l’ADNmt a indiqué l’existence de trois sous-populations dans l’est du Canada, soit Terre-Neuve-et-Labrador, golfe du Saint-Laurent ainsi que baie de Fundy et golfe du Maine, de même qu’une quatrième dans l’ouest du Groenland (Wang et al., 1996; Rosel et al., 1999a; tableau 1). Les sous-populations du golfe du Maine et de la baie de Fundy et de Terre-Neuve-et-Labrador et Labrador ont toutes les deux révélé une différenciation importante des deux autres sous-populations. Toutefois, il a été impossible de différencier les marsouins du golfe du Saint-Laurent de ceux de l’ouest du Groenland sur le plan génétique. Tolley et al. (2001) ont suggéré que cette faible différenciation était peut-être due au fait que la colonisation des zones septentrionales était récente, après la glaciation du Pléistocène, et qu’il s’était peut-être écoulé un temps insuffisant pour permettre une différenciation importante dans les fréquences des haplotypes mitochondriaux.

Contrairement à l’analyse de l’ADN mitochondrial, les marqueurs de microsatellites ont révélé peu de différenciation entre ces quatre sous-populations putatives (Rosel et al., 1999a). Cependant, la distance génétique entre elles était semblable à celle révélée par les haplotypes d’ADNmt (Rosel et al., 1999a), même après avoir doublé le nombre de marqueurs nucléaires utilisés, augmentant ainsi de façon importante la taille de l’échantillon pour les quatre zones, et incorporé des spécimens d’autres zones terre-neuviennes (P. Rosel, comm. pers., décembre 2005). Les spécimens de Terre-Neuve-et-Labrador utilisés dans l’analyse publiée de 1999 provenaient tous de la côte sud (G. Stenson, comm. pers.). Il est donc probable que le flux de gènes apportés par le mâle est suffisant pour maintenir l’homogénéité chez les marqueurs nucléaires, tandis que la philopatrie des femelles maintient les différences génétiques dans l’ADNmt (Wang et al., 1996; Rosel et al., 1999a).

Un certain mélange de marsouins des diverses sous-populations s’effectue en dehors de la saison de reproduction, qui a lieu à la fin du printemps ou au début de l’été. Les fréquences des haplotypes mitochondriaux laissent supposer que des individus des quatre sous-populations de l’Atlantique Nord-Ouest s’échouent le long de la côte est des États-Unis (Rosel et al., 1999a) durant l’hiver. Des haplotypes uniques au golfe du Saint-Laurent et à l’ouest du Groenland sont apparus dans un échantillon d’individus échoués et 8 des 28 haplotypes présents étaient uniques à l’échantillon hivernal, ce qui donne à penser que les populations sources n’ont pas été échantillonnées avec une intensité suffisante pour déceler toute leur diversité (Rosel et al. 1999a).

Les marsouins communs des trois sous-populations canadiennes montraient des concentrations de composés organochlorés très différentes dans les tissus (Westgate et Tolley, 1999; tableau 1), ce qui indique que les trois sous-populations, dans l’ensemble, se nourrissent à des endroits différents à certains moments de l’année. Les concentrations de composés organochlorés des individus de la sous-population de Terre-Neuve-et-Labrador et Labrador étaient nettement plus faibles que celles des individus des sous-populations du golfe du Saint-Laurent ainsi que de la baie de Fundy et golfe du Maine.

Tableau 1. Sommaire des différences entre trois sous-populations canadiennes, telles que révélées dans le cadre d’études génétiques et des contaminants. Abréviations : TNL = Terre-Neuve-et-Labrador, GSL= Golfe du Saint-Laurent, GDM = golfe du Maine et baie de Fundy, ECA = États du centre du littoral de l’Atlantique, et OG = Ouest du Groenland. Toutes les différences totalisées sont significatives à a = 0,05 dans l’ensemble du tableau en supposant trois comparaisons, aveca= 0,017 critique pour la différence par paire la plus importante, 0,025 pour la différence suivante et 0,05 pour la plus faible. Le seuil de signification pour les comparaisons par paire est noté « ns » poura> 0,05, * pour 0,05 => a> 0,01, ** pour 0,01 => a> 0,001, et *** pour a< 0,001.
Comparaisons au Canada
Étude TestTNL c. GSLGSL c. GDMTN c. GDM Comparaison avec d’autres sous-populations
Wang et al. (1996) Distance génétique exprimée en % de divergence nucléotidique  
 deux sexes1ns0,01 **0,011 *** Les 3 sous-populations diffèrent entièrement de celles du Pacifique Nord-Est
 femelles *******  
Rosel et al. (1999a) Distance génétique exprimée en Fst a global 
 deux sexes20,020 *0,042 **0,095 *****Les 3 diffèrent d’ECA; GSL et OG ne diffèrent pas
 mâles20,051 **Ns0,062 ***Les 3 diffèrent d’ECA; GSL et OG ne diffèrent pas
 femelles2Ns0,115 **0,131 *****GDM et OG ne diffèrent pas
       ECA et TNL ne diffèrent pas (petit n femelles pour ECA)
 deux sexes3nsnsnsns 
   Remarque : les distances génétiques ont montré les mêmes tendances que ci-dessus, mais n’étaient pas significativement différentes l’une de l’autre.
Tolley et al. (2001) Distance génétique exprimée en Fst   
 deux sexes20,020 *0,042 **0,091 *** Diffèrent tous de la Norvège, seul GDM diffère de l’Islande,
       tandis que GSL et OG ne diffèrent pas
        
Westgate et Tolley (1999) Ordre de concentrations a global 
 mâles4TNL < GSLGSL < GDMTNL < GDM*** 
 mâles5TNL < GSLnsTNL < GDM*** 
 mâles6TNL < GSLGSL < GDMTNL < GDM*** 
 femelles4TNL < GSLGSL < GDMTNL < GDM*** 
 femelles5nsnsnsns 
 Femelles6nsnsTNL < GDM* 
   Remarque : concentrations à TNL toujours les plus basses, parfois beaucoup plus que celles des deux autres sous-populations.
Précisions sur les tests
1BDF n = 72, GDM n = 21, GSL n = 47, TNL n = 48, Pacifique Nord-Est n = 16
 RFLP de l’ADNmt, analyse de contingence du khi carré utilisée pour comparer les fréquences
2 et 3BDF et GDM n = 80, GSL n = 40, TNL n = 42, OG n = 50, ECA n = 41
2Séquençage de la boucle d de l’ADN mitochondrial, analyse de la variance moléculaire (AMOVA) pour comparaisons
37 loci de microsatellite, AMOVA
4BDF n = 86, GDM n = 15, GSL n = 58, TNL n = 29, Pacifique Nord-Est n = 16
 Séquençage de la boucle d de l’ADN mitochondrial, analyse de la variance moléculaire (AMOVA) pour comparaisons
5,6 et 7BDF et GDM n = 51 mâles, 50 femelles; GSL n = 31 mâles, 27 femelles; TNL n = 42 18 mâles,11 femelles
5Concentration de BPC, analyse de la covariance pour chaque sexe; covariable = âge
6Concentration de CHB (boranes chlorés), analyse de la covariance pour chaque sexe; covariable = âge
7Concentration de composés organochlorés, analyse de la covariance pour chaque sexe; covariable = âge