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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le fissident pygmée (Fissidens exilis) au Canada

COSEPAC Résumé

Fissident pygmée
Fissidens exilis

Information sur l’espèce

Le Fissidens exilis (fissident pygmée) est une minuscule mousse vert-brun ou vert foncé appartenant à la famille des Fissidentacées, qui se caractérise par des feuilles dont la partie inférieure forme une sorte de gouttière embrassant la tige. Le F. exilis se distingue des autres espèces du genre par certains caractères de ses feuilles : leur gouttière est ouverte à son extrémité supérieure et présente une bande intramarginale formée de cellules allongées caractéristiques et séparée de la marge par plusieurs rangs de cellules.

Répartition

Le Fissidens exilis a été signalé dans les îles Britanniques, dans le centre et le nord de l’Europe, en Scandinavie, au Japon et en Nouvelle-Zélande. En Amérique du Nord, le F. exilis a été découvert en 1947, à Cleveland, en Ohio. Depuis, des spécimens de l’espèce ont été récoltés dans dix autres États de l’est des États-Unis. Au Canada, le Fissidens exilis a été récolté dans cinq localités du sud de l’Ontario (dont deux dans le comté d’Essex et une dans chacun des comtés de Kent, Haldimand-Norfolk et Waterloo) ainsi que dans deux localités du sud du Québec (dans le parc de la Gatineau et, selon une publication, dans l’île de Montréal).

Habitat

On trouve généralement le Fissidens exilis sur un sol argileux, humide et dénudé. Il pousse habituellement en forêt, souvent sur des sols perturbés par des activités humaines ou des phénomènes naturels. Il peut être associé à des mousses éphémères (à cycle vital extrêmement court), notamment des genres Ephemerum et Micromitrium. Il est possible que des facteurs climatiques limitent l’habitat du F. exilis aux régions méridionales de l’Ontario et du Québec. Le substrat ne semble pas constituer un facteur limitatif, car les sols argileux perturbés sont fréquents au Canada. Au moins quatre des sept sites canadiens du F. exilis bénéficient d’une certaine protection.

Biologie

Très peu de publications traitent de la biologie du Fissidens exilis. L’espèce se disperse par ses spores, qui produisent en germant un protonéma – structure verte et filamenteuse où prend naissance la plante feuillée, c’est-à-dire la partie identifiable du gamétophyte. Le protonéma se répand dans le sol et y persiste même après le développement de la plante feuillée. L’humidité est indispensable à la photosynthèse, à la croissance du gamétophyte et à la fécondation des oosphères par les anthérozoïdes. Chez le F. exilis, cette fécondation peut être autogame ou allogame. En l’absence de perturbations répétées restreignant le couvert de mousses et de plantes herbacées, le sol dénudé constituant le microhabitat du F. exilis risque de raréfier par l’effet de la compétition des autres plantes, qui oblige le F. exilis à se disperser vers de nouveaux substrats. Les spores, qui arrivent à maturité en hiver, constituent probablement le principal moyen de dispersion.

Taille et tendances des populations

Aucune des personnes ayant récolté des spécimens de Fissidens exilis au Canada avant 2002 n’ont noté l’abondance de l’espèce au moment de la récolte. D’ailleurs, il est difficile d’estimer l’abondance de cette espèce, car cette dernière ne peut pas être identifiée avec certitude sur le terrain et tend à se mêler à d’autres petites espèces de Fissidens. Aucune des populations déjà signalées n’a été retrouvée durant les travaux de terrain de 2002, peut-être à cause de l’imprécision des indications sur les lieux de récolte, de la nature éphémère du substrat privilégié par le F. exilis, ou des difficultés pratiques liées à la détection d’une espèce rare et cryptique parmi un foisonnement d’espèces apparentées semblables et plus répandues. Les travaux de terrain de 2002 ont néanmoins permis de découvrir une nouvelle population, constituée de trois colonies dispersées occupant en tout environ 860 cm².

Facteurs limitatifs et menaces

Le climat pourrait faire partie des facteurs limitant la répartition et la taille des populations canadiennes du Fissidens exilis : ces populations se trouvent à la limite nord de la répartition nord-américaine de l’espèce, qui atteint pourtant des latitudes bien plus septentrionales en Europe. Au Canada, le F. exilis se rencontre dans des régions très peuplées et développées, où, comme chacun sait, les milieux naturels sont gravement menacés. Les préférences particulières de l’espèce en matière d’habitat qui sont assez méconnues sont probablement aussi un facteur limitatif. Le F. exilis est une plante minuscule et cryptique qui ne peut pas être identifiée avec certitude sur le terrain et qui doit peut-être se disperser fréquemment pour coloniser de nouveaux substrats dénudés, à mesure que d’autres plantes occupent son habitat. Ces facteurs rendent très difficile une détermination précise de la répartition et de l’abondance de l’espèce et pourraient expliquer que la découverte du F. exilis en Amérique du Nord soit aussi récente, alors que l’ensemble de son aire de répartition sur ce continent avait fait l’objet d’herborisations intensives.

Importance de l’espèce

Le Fissidens exilis compte un très petit nombre de sites canadiens connus et atteint la limite nord de sa répartition nord-américaine dans le sud de l’Ontario et du Québec.

Protection actuelle ou autres désignations de statut

Aucune loi, réglementation, règle coutumière ou circonstance particulière ne protège actuellement le Fissidens exilis. À l’échelle mondiale, on a attribué à cette mousse la cote G3G4. En Ontario, on lui a attribué la cote S1.

Historique du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d’une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale-provinciale sur la faune. Le Comité a été créé  pour satisfaire au besoin d’une classification nationale des espèces sauvages en péril qui soit unique et officielle et qui repose sur un fondement scientifique solide. En 1978, le COSEPAC (alors appelé Comité sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. En vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP) promulguée le 5 juin 2003, le COSEPAC est un comité consultatif qui doit faire en sorte que les espèces continuent d’être évaluées selon un processus scientifique rigoureux et indépendant.

Mandat du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) évalue la situation, au niveau national, des espèces, des sous-espèces, des variétés ou d’autres unités désignables qui sont considérées comme étant en péril au Canada. Les désignations peuvent être attribuées aux espèces indigènes comprises dans les groupes taxinomiques suivants : mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons, arthropodes, mollusques, plantes vasculaires, mousses et lichens.

Composition du COSEPAC

Le COSEPAC est composé de membres de chacun des organismes responsables des espèces sauvages des gouvernements provinciaux et territoriaux, de quatre organismes fédéraux (le Service canadien de la faune, l’Agence Parcs Canada, le ministère des Pêches et des Océans et le Partenariat fédéral d’information sur la biodiversité, présidé par le Musée canadien de la nature), de trois membres ne relevant pas de compétences, ainsi que des coprésident(e)s des sous-comités de spécialistes des espèces et des connaissances traditionnelles autochtones. Le Comité se réunit au moins une fois par année pour étudier les rapports de situation des espèces candidates.

Définitions (Novembre 2004)

Espèce sauvage
Espèce, sous-espèce, variété ou population géographiquement ou génétiquement distincte d’animal, de plante ou d’une autre organisme d’origine sauvage (sauf une bactérie ou un virus) qui est soit indigène du Canada ou qui s’est propagée au Canada sans intervention humaine et y est présente depuis au moins cinquante ans.

Disparue (D)
Espèce sauvage qui n’existe plus.

Disparue du pays (DP)
Espèce sauvage qui n’existe plus à l’état sauvage au Canada, mais qui est présente ailleurs.

En voie de disparition (VD)Note de bas de page1
Espèce sauvage exposée à une disparition de la planète ou à une disparition du pays imminente.

Menacée (M)
Espèce sauvage susceptible de devenir en voie de disparition si les facteurs limitants ne sont pas renversés.

Préoccupante (P)Note de bas de page2
Espèce sauvage qui peut devenir une espèce menacée ou en voie de disparition en raison de l'effet cumulatif de ses caractéristiques biologiques et des menaces reconnues qui pèsent sur elle.

Non en péril (NEP)Note de bas de page3
Espèce sauvage qui a été évaluée et jugée comme ne risquant pas de disparaître étant donné les circonstances actuelles.

Données insuffisantes (DI)Note de bas de page4, Note de bas de page5
Espèce sauvage pour laquelle l’information est insuffisante pour évaluer directement ou indirectement son risque de disparition.

 

Service canadien de la faune

Le Service canadien de la faune d’Environnement Canada assure un appui administratif et financier complet au Secrétariat du COSEPAC.

 

Notes de bas de page

Note de bas de page 1

Appelée « espèce disparue du Canada » jusqu’en 2003.

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Note de bas de page 2

Appelée « espèce en danger de disparition » jusqu’en 2000.

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Note de bas de page 3

Appelée « espèce rare » jusqu’en 1990, puis « espèce vulnérable » de 1990 à 1999.

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Note de bas de page 4

Autrefois « aucune catégorie » ou « aucune désignation nécessaire ».

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Note de bas de page 5

Catégorie « DSIDD » (données insuffisantes pour donner une désignation) jusqu’en 1994, puis « indéterminé » de 1994 à 1999.

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