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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le fissident pygmée (Fissidens exilis) au Canada

Biologie

Très peu de données ont été publiées sur la biologie du Fissidens exilis. Cependant, comme il s’agit d’une mousse acrocarpe autoïque poussant sur le sol, elle doit présenter les caractéristiques biologiques résumées ci-dessous.

Généralités

Le cycle vital des mousses comporte quatre stades principaux, chacun se caractérisant par des exigences écologiques particulières.

  • Dispersion : Les mousses comme le Fissidens exilis se dispersent au moyen de leurs spores, qui s’échappent dans l’atmosphère à travers les dents du péristome entourant l’orifice apical de la capsule. Dès qu’une spore entre en contact avec un substrat favorable se trouvant dans un micro-habitat adéquat, elle germe et produit une structure filamenteuse appelée protonéma.
  • Établissement : Le protonéma peut être très sensible au dessèchement et exige un taux d’humidité élevé. C’est à partir du protonéma que se développent les individus feuillés du gamétophyte.
  • Croissance :Le gamétophyte du F. exilis se multiplie de manière végétative par l’expansion du protonéma à partir des individus feuillés déjà présents. Le protonéma, à son tour, génère de nouveaux individus feuillés. Chez les mousses acrocarpes, l’expansion d’une colonie exige l’apparition de nouveaux individus feuillés. L’humidité est indispensable à l’activité photosynthétique et à la croissance.
  • Reproduction : Le gamétophyte produit des oosphères (œufs) non mobiles et des anthérozoïdes (spermatozoïdes) flagellés, et il faut la présence d’eau libre pour que ces structures puissent entrer en contact. Après la fécondation, l’oosphère, toujours enfermée dans le gamétophyte, se développe en un sporophyte dont la tige, appelée « soie », se termine par une capsule remplie de spores.

Reproduction

Tel que le précise la description de l’espèce, le Fissidens exilis est autoïque, ce qui signifie que les anthéridies, qui produisent les anthérozoïdes, et les archégones, qui produisent les oosphères, sont produits par un même gamétophyte. Cela permet l’autofécondation; ainsi, il n’est pas nécessaire que des individus mâles et femelles distincts poussent à proximité pour assurer la production de spores. Au moins cinq des sept spécimens de F. exilis récoltés au Canada portaient des sporophytes (un des deux autres spécimens n’a pas été retrouvé) (annexe 1). Les spores arrivent à maturité en hiver (Steere, 1950).

Survie

Chez le Fissidens exilis, la persistance du protonéma pourrait jouer un rôle dans la survie de l’espèce. Enfoui dans le substrat et donc à l’abri des pertes d’eau et des perturbations mineures de la surface du sol, le protonéma pourrait constituer un important « réservoir de propagules » assurant la survie des populations pendant les périodes où les conditions environnementales empêchent la croissance et la reproduction des individus feuillés. La persistance du protonéma pourrait également faciliter l’expansion des colonies, en se propageant aux substrats adjacents. 

Le Fissidens exilis a besoin d’un sol argileux dénudé, ce qui le rend sensible aux effets de la succession végétale. Dans les milieux périodiquement soumis à des perturbations (berges de cours d’eau, plaines inondables, etc.), le sol peut demeurer dénudé, ou de nouvelles superficies de sol dénudé peuvent apparaître à mesure que d’autres sont recouvertes par la végétation. Par contre, dans les milieux où les perturbations ne se répètent pas, le F. exilis peut finir par être éliminé par la succession végétale. Or, les populations des espèces occupant des substrats dispersés et temporaires peuvent être plus difficiles à suivre que celles des espèces occupant des milieux plus permanents, car elles se déplacent plus fréquemment.

Dispersion

Comme il a été mentionné précédemment, le F. exilis est autoïque. L’autofécondation est donc possible, et la production de spores est probable. Or, la production de spores est très importante pour les espèces « nomades » poussant sur des substrats dispersés et temporaires qui se renouvellent régulièrement dans chaque localité (voir entre autres During, 1979). Il est possible que les perturbations répétées du sol, qui caractérisent les milieux riverains privilégiés par le F. exilis, fragmentent les protonémas enfouis dans la terre. Dans le cas où cette forme de dispersion serait importante, les corridors riverains constitueraient une autre voie de dispersion. Cependant, on ne dispose d’aucune donnée démographique permettant d’établir les taux et les modes de dispersion de l’espèce et sa capacité de colonisation.