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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le fissident pygmée (Fissidens exilis) au Canada

Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC
sur le
fissident pygmée
Fissidens exilis
au Canada

fissident pygmée

Espèce préoccupante 2005

COSEPAC
Comité sur la situation des espèces en péril au Canada



COSEWIC
Committee on the Status of Endangered Wildlife in Canada

Les rapports de situation du COSEPAC sont des documents de travail servant à déterminer le statut des espèces sauvages que l’on croit en péril. On peut citer le présent rapport de la façon suivante :

COSEPAC. 2005. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le fissident pygmée (Fissidens exiilis) au Canada. Comité sur la situation des espèces en péril au Canada. Ottawa . vii + 20 p.

Note de production

Le COSEPAC aimerait remercier Jennifer Doubt qui a rédigé le rapport de situation sur le fissident pygmée (Fissidens exiilis)en vertu d’un contrat avec Environnement Canada. René Belland, coprésident (mousses et lichens) du Sous-comité de spécialistes des plantes et lichens du COSEPAC, a supervisé le présent rapport et en a fait la révision.

Pour obtenir des exemplaires supplémentaires, s’adresser au :

Secrétariat du COSEPAC
a/s Service canadien de la faune
Environnement Canada
Ottawa (Ontario)
K1A 0H3

Tél. : (819) 997-4991 / (819) 953-3215
Téléc. : (819) 994-3684
Courriel du COSEPAC@ec.gc.ca
Site web du COSEPAC

Also available in English under the title COSEWIC assessment and status report on the pygmy pocket moss Fissidens exiilis in Canada.

Photo de la couverture

Fissident pygmée – Illustration de Steere, 1950.

©Sa Majesté la Reine du chef du Canada, 2005.

PDF : CW69-14/437-2005F-PDF
ISBN 0-662-74202-8
HTML : CW69-14/437-2005F-HTML
ISBN 0-662-74203-6

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COSEPAC Sommaire de l’évaluation

Sommaire de l’évaluation – Mai 2005

Nom commun : Fissident pygmée

Nom scientifique : Fissidens exiilis

Statut : Préoccupante

Justification de la désignation : Il s’agit d’une mousse dont la répartition est limitée dans l’est de l’Amérique du Nord, mais qui est répandue en Europe. La présence de quelques populations a été confirmée au Canada, principalement en Ontario, où elles se trouvent dans des zones très peuplées et aménagées et où l’on sait que les habitats naturels sont largement exposés à de graves menaces. Bien qu’elle soit de nature cryptique, cette espèce pousse souvent avec d’autres petites espèces dont l’aire de répartition est bien documentée. L’espèce préfère les régions boisées, où on la trouve généralement poussant sur l’argile brute ou des sols remaniés. La plupart de ses emplacements sont situés dans des zones bénéficiant d’un certain degré de protection en matière de conservation.

Répartition : Ontario, Québec

Historique du statut : Espèce désignée « préoccupante » en mai 2005. Évaluation fondée sur un nouveau rapport de situation.

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COSEPAC Résumé

Fissident pygmée
Fissidens exilis

Information sur l’espèce

Le Fissidens exilis (fissident pygmée) est une minuscule mousse vert-brun ou vert foncé appartenant à la famille des Fissidentacées, qui se caractérise par des feuilles dont la partie inférieure forme une sorte de gouttière embrassant la tige. Le F. exilis se distingue des autres espèces du genre par certains caractères de ses feuilles : leur gouttière est ouverte à son extrémité supérieure et présente une bande intramarginale formée de cellules allongées caractéristiques et séparée de la marge par plusieurs rangs de cellules.

Répartition

Le Fissidens exilis a été signalé dans les îles Britanniques, dans le centre et le nord de l’Europe, en Scandinavie, au Japon et en Nouvelle-Zélande. En Amérique du Nord, le F. exilis a été découvert en 1947, à Cleveland, en Ohio. Depuis, des spécimens de l’espèce ont été récoltés dans dix autres États de l’est des États-Unis. Au Canada, le Fissidens exilis a été récolté dans cinq localités du sud de l’Ontario (dont deux dans le comté d’Essex et une dans chacun des comtés de Kent, Haldimand-Norfolk et Waterloo) ainsi que dans deux localités du sud du Québec (dans le parc de la Gatineau et, selon une publication, dans l’île de Montréal).

Habitat

On trouve généralement le Fissidens exilis sur un sol argileux, humide et dénudé. Il pousse habituellement en forêt, souvent sur des sols perturbés par des activités humaines ou des phénomènes naturels. Il peut être associé à des mousses éphémères (à cycle vital extrêmement court), notamment des genres Ephemerum et Micromitrium. Il est possible que des facteurs climatiques limitent l’habitat du F. exilis aux régions méridionales de l’Ontario et du Québec. Le substrat ne semble pas constituer un facteur limitatif, car les sols argileux perturbés sont fréquents au Canada. Au moins quatre des sept sites canadiens du F. exilis bénéficient d’une certaine protection.

Biologie

Très peu de publications traitent de la biologie du Fissidens exilis. L’espèce se disperse par ses spores, qui produisent en germant un protonéma – structure verte et filamenteuse où prend naissance la plante feuillée, c’est-à-dire la partie identifiable du gamétophyte. Le protonéma se répand dans le sol et y persiste même après le développement de la plante feuillée. L’humidité est indispensable à la photosynthèse, à la croissance du gamétophyte et à la fécondation des oosphères par les anthérozoïdes. Chez le F. exilis, cette fécondation peut être autogame ou allogame. En l’absence de perturbations répétées restreignant le couvert de mousses et de plantes herbacées, le sol dénudé constituant le microhabitat du F. exilis risque de raréfier par l’effet de la compétition des autres plantes, qui oblige le F. exilis à se disperser vers de nouveaux substrats. Les spores, qui arrivent à maturité en hiver, constituent probablement le principal moyen de dispersion.

Taille et tendances des populations

Aucune des personnes ayant récolté des spécimens de Fissidens exilis au Canada avant 2002 n’ont noté l’abondance de l’espèce au moment de la récolte. D’ailleurs, il est difficile d’estimer l’abondance de cette espèce, car cette dernière ne peut pas être identifiée avec certitude sur le terrain et tend à se mêler à d’autres petites espèces de Fissidens. Aucune des populations déjà signalées n’a été retrouvée durant les travaux de terrain de 2002, peut-être à cause de l’imprécision des indications sur les lieux de récolte, de la nature éphémère du substrat privilégié par le F. exilis, ou des difficultés pratiques liées à la détection d’une espèce rare et cryptique parmi un foisonnement d’espèces apparentées semblables et plus répandues. Les travaux de terrain de 2002 ont néanmoins permis de découvrir une nouvelle population, constituée de trois colonies dispersées occupant en tout environ 860 cm².

Facteurs limitatifs et menaces

Le climat pourrait faire partie des facteurs limitant la répartition et la taille des populations canadiennes du Fissidens exilis : ces populations se trouvent à la limite nord de la répartition nord-américaine de l’espèce, qui atteint pourtant des latitudes bien plus septentrionales en Europe. Au Canada, le F. exilis se rencontre dans des régions très peuplées et développées, où, comme chacun sait, les milieux naturels sont gravement menacés. Les préférences particulières de l’espèce en matière d’habitat qui sont assez méconnues sont probablement aussi un facteur limitatif. Le F. exilis est une plante minuscule et cryptique qui ne peut pas être identifiée avec certitude sur le terrain et qui doit peut-être se disperser fréquemment pour coloniser de nouveaux substrats dénudés, à mesure que d’autres plantes occupent son habitat. Ces facteurs rendent très difficile une détermination précise de la répartition et de l’abondance de l’espèce et pourraient expliquer que la découverte du F. exilis en Amérique du Nord soit aussi récente, alors que l’ensemble de son aire de répartition sur ce continent avait fait l’objet d’herborisations intensives.

Importance de l’espèce

Le Fissidens exilis compte un très petit nombre de sites canadiens connus et atteint la limite nord de sa répartition nord-américaine dans le sud de l’Ontario et du Québec.

Protection actuelle ou autres désignations de statut

Aucune loi, réglementation, règle coutumière ou circonstance particulière ne protège actuellement le Fissidens exilis. À l’échelle mondiale, on a attribué à cette mousse la cote G3G4. En Ontario, on lui a attribué la cote S1.

Historique du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d’une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale-provinciale sur la faune. Le Comité a été créé  pour satisfaire au besoin d’une classification nationale des espèces sauvages en péril qui soit unique et officielle et qui repose sur un fondement scientifique solide. En 1978, le COSEPAC (alors appelé Comité sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. En vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP) promulguée le 5 juin 2003, le COSEPAC est un comité consultatif qui doit faire en sorte que les espèces continuent d’être évaluées selon un processus scientifique rigoureux et indépendant.

Mandat du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) évalue la situation, au niveau national, des espèces, des sous-espèces, des variétés ou d’autres unités désignables qui sont considérées comme étant en péril au Canada. Les désignations peuvent être attribuées aux espèces indigènes comprises dans les groupes taxinomiques suivants : mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons, arthropodes, mollusques, plantes vasculaires, mousses et lichens.

Composition du COSEPAC

Le COSEPAC est composé de membres de chacun des organismes responsables des espèces sauvages des gouvernements provinciaux et territoriaux, de quatre organismes fédéraux (le Service canadien de la faune, l’Agence Parcs Canada, le ministère des Pêches et des Océans et le Partenariat fédéral d’information sur la biodiversité, présidé par le Musée canadien de la nature), de trois membres ne relevant pas de compétences, ainsi que des coprésident(e)s des sous-comités de spécialistes des espèces et des connaissances traditionnelles autochtones. Le Comité se réunit au moins une fois par année pour étudier les rapports de situation des espèces candidates.

Définitions (Novembre 2004)

Espèce sauvage
Espèce, sous-espèce, variété ou population géographiquement ou génétiquement distincte d’animal, de plante ou d’une autre organisme d’origine sauvage (sauf une bactérie ou un virus) qui est soit indigène du Canada ou qui s’est propagée au Canada sans intervention humaine et y est présente depuis au moins cinquante ans.

Disparue (D)
Espèce sauvage qui n’existe plus.

Disparue du pays (DP)
Espèce sauvage qui n’existe plus à l’état sauvage au Canada, mais qui est présente ailleurs.

En voie de disparition (VD)Note de bas de page1
Espèce sauvage exposée à une disparition de la planète ou à une disparition du pays imminente.

Menacée (M)
Espèce sauvage susceptible de devenir en voie de disparition si les facteurs limitants ne sont pas renversés.

Préoccupante (P)Note de bas de page2
Espèce sauvage qui peut devenir une espèce menacée ou en voie de disparition en raison de l'effet cumulatif de ses caractéristiques biologiques et des menaces reconnues qui pèsent sur elle.

Non en péril (NEP)Note de bas de page3
Espèce sauvage qui a été évaluée et jugée comme ne risquant pas de disparaître étant donné les circonstances actuelles.

Données insuffisantes (DI)Note de bas de page4, Note de bas de page5
Espèce sauvage pour laquelle l’information est insuffisante pour évaluer directement ou indirectement son risque de disparition.

 

Service canadien de la faune

Le Service canadien de la faune d’Environnement Canada assure un appui administratif et financier complet au Secrétariat du COSEPAC.

 

Notes de bas de page

Note de bas de page 1

Appelée « espèce disparue du Canada » jusqu’en 2003.

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Note de bas de page 2

Appelée « espèce en danger de disparition » jusqu’en 2000.

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Note de bas de page 3

Appelée « espèce rare » jusqu’en 1990, puis « espèce vulnérable » de 1990 à 1999.

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Note de bas de page 4

Autrefois « aucune catégorie » ou « aucune désignation nécessaire ».

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Note de bas de page 5

Catégorie « DSIDD » (données insuffisantes pour donner une désignation) jusqu’en 1994, puis « indéterminé » de 1994 à 1999.

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Information sur l’espèce

Nom et classification

Le Fissidens exilis Hedw. est une mousse de la famille des Fissidentacées et de l’ordre des Fissidentales. Au sein du genre Fissidens, l’espèce appartient à la section Aloma Müll. Hal. (Beever, 1999). Le nom du genre, Fissidens, signifie « dent fendue » et fait allusion aux dents qui entourent l’orifice de la capsule renfermant les spores, alors que le nom de l’espèce, exilis, signifie « petit » ou « mince ».

Les noms suivants sont considérés comme des synonymes de Fissidens exilis : F. bloxamii Wilson (Steere, 1950), Bryum viridulum Dicks., Dicranum exile (Hedw.) Muhl., Schistophyllum exile (Hedw.) Lindb., Skitophyllum exile (Hedw.) Bach. Pyl. et Hypnum minutum Wilson (Missouri Botanical Garden, 2002). L’espèce a également déjà été considérée comme une variété du F. bryoides, du F. viridulus ou du Dicranum palmatum.

Description

Steere (1950) offre la description la plus complète du Fissidens exilis, mais l’espèce est également bien décrite et illustrée par Crum et Anderson (1981). Ces descriptions sont résumées ci-dessous. Les illustrations de Steere (1950) sont reproduites à la figure 1. Les termes techniques employés dans la description ci-dessous sont définis dans Magill (1990); leurs équivalents anglais sont en outre définis dans Crum et Anderson (1981).

Note de bas de page1Figure 1. Illustrations du Fissidens exilis tirées de Steere (1950)

  • A. Plante feuillée, portant un sporophyte (x 21).
  • B-C. Gros plan de plantes feuillées (x 33).
  • D. Feuille, présentant la morphologie caractéristique des Fissidens(x 63) :
    • a. lame engainante
    • b. lame dorsale
    • c. lame apicale
    • d. nervure
  • E. Cellules de la marge de la lame engainante, avec bande intramarginale (x 408).
  • F. Cellules du sommet de la lame engainante, à la jonction avec la nervure (x 408).
  • G. Cellules de la lame apicale, depuis la marge jusqu’à près de la nervure (x 408).
  • H. Cellules du sommet de la feuille (x 408).
  • I. Capsule, avec péristome (x 63).

Figure 1. Illustrations du Fissidens exilis tirées de Steere (1950). A. Plante feuillée, portant un sporophyte (x 21). B-C. Gros plan de plantes feuillées (x 33). D. Feuille, présentant la morphologie caractéristique des Fissidens (x 63) : a. lame engainante, b. lame dorsale, c. lame apicale, d. nervure. E. Cellules de la marge de la lame engainante, avec bande intramarginale (x 408). F. Cellules du sommet de la lame engainante, à la jonction avec la nervure (x 408). G. Cellules de la lame apicale, depuis la marge jusqu’à près de la nervure (x 408). H. Cellules du sommet de la feuille (x 408). I. Capsule, avec péristome (x 63).

Généralités : La plante feuillée du F. exilis est de couleur vert foncé à brun foncé. Il s’agit d’une plante minuscule – sa hauteur ne dépasse pas 1,0 à 2,0 mm – qui pousse isolément ou en groupes (mais non en groupes assez denses pour former un gazon). Elle est parfois mêlée à d’autres espèces de Fissidens(Molnar, 1975; Steere, 1950). La plante est dressée, ou procombante à sa base, et elle n’est pas ramifiée. Le protonéma (précurseur filamenteux et chlorophyllien de la plante feuillée identifiable) est persistant et abondant, indépendant ou associé à la plante feuillée. En raison de sa couleur et de sa petite taille, le F. exilis est très difficile à détecter sur le terrain et impossible à identifier avec certitude sans microscope. Il faut également noter que d’autres petites espèces du genre Fissidens (dont le F. bryoideset le F. taxifolius, qui ne dépassent pas 8 mm de hauteur) ont été récoltées en grand nombre dans le sud de l’Ontario (Ireland et Ley, 1992).

Feuilles : Les feuilles sont disposées sur un seul plan et réunies en 2 à 4 paires de taille variable rassemblées au sommet de la tige; la dernière paire est celle dont les feuilles sont les plus grandes (de 1 à 2,0 mm de longueur). Les feuilles sont oblongues-lancéolées et courbées; leur sommet est aigu ou obtus, et apiculé.

Chez toutes les mousses du genre Fissidens, les feuilles sont distiques (disposées en deux rangées) et ont une morphologie particulière : la portion inférieure de la moitié adaxiale (interne) de chaque feuille est dédoublée en deux « lames engainantes », qui forment une sorte de gouttière embrassant la tige et la base des feuilles suivantes (figure 1). La moitié abaxiale (externe) de la feuille est appelée « lame dorsale », alors que la portion supérieure (non dédoublée) de la moitié adaxiale est appelée « lame apicale ». Chez le F. exilis, les lames engainantes mesurent environ la moitié de la longueur de la feuille et ne sont pas soudées à leur sommet, sauf à proximité de la nervure de la feuille, car une des lames devient plus étroite vers le sommet et se termine près de la nervure. La lame dorsale ne descend pas jusqu’à la base de la feuille.

La nervure de la feuille est large et se prolonge jusqu’à quelques cellules du sommet. La marge de la feuille est essentiellement entière; cependant, la présence de cellules dont l’extrémité fait saillie peut conférer un aspect légèrement denté à la marge de la lame apicale et particulièrement denté à celle des lames engainantes.

Les feuilles périgoniales (entourant les « inflorescences » mâles) sont surtout constituées de lames engainantes, la lame apicale étant remplacée par une épine courte ou longue. Les marges de ces feuilles paraissent fortement dentées, en raison de cellules dont l’extrémité fait saillie. Les feuilles périchétiales (entourant les « inflorescences » femelles) sont beaucoup plus grandes que les feuilles ordinaires, mais d’aspect semblable.

Cellules foliaires : Les cellules foliaires du F. exilis sont lisses, à parois épaisses et incolores. Les cellules supérieures des lames apicale et dorsale sont polygonales, isodiamétriques, d’un diamètre de 8 à 15 µm. Les cellules des lames engainantes sont plus grandes, plus longues et de forme moins régulière. La marge est bordée de quelques rangs de cellules à parois épaissies. Les cellules basales sont très allongées; chez la plupart des feuilles, ce groupe de cellules se prolonge vers le haut en une bande intramarginale (séparée de la marge par deux ou trois rangs de cellules).

Soie : La soie (tige supportant la capsule) est pâle et devient rougeâtre avec l’âge. Sa longueur varie de 2 à 5 mm.

Capsule : La capsule (renfermant les spores) est ovoïde ou courtement cylindrique, dressée, longue de 0,5 à 0,8 mm. Après la chute de l’opercule (couvercle de la capsule), la capsule se contracte sous son orifice. L’opercule est de forme conique-rostrée, avec un bec droit ou courbé recouvert au début du développement de la capsule par une petite coiffe. Comme l’indique le nom du genre, les dents rouges du péristome (entourant l’orifice de la capsule) sont divisées à leur extrémité.

Sexualité : Le F. exilis est rhizautoïque, ce qui signifie que les androcées (« inflorescences » mâles renfermant les anthéridies qui produisent les anthérozoïdes) sont situées sur des protonémas enfouis dans la boue, à la base de la plante feuillée, qui porte les gynécées (« inflorescences » femelles renfermant les archégones qui produisent les oosphères). Souvent, les androcées sont elles-mêmes enfouies dans le sol, à la base de la plante feuillée et peuvent ainsi paraître dissociées de la plante, ce qui a porté Steere (1950) à conclure que le F. exilis est une espèce dioïque (dont les androcées et les gynécées sont portés par des individus distincts).

Steere (1950) relève des similitudes entre le Fissidens exilis et le F. pauperculus, le F. closteriet le F. pellucidus, mais fait valoir que « la marge curieusement différenciée, de cellules allongées et de cellules à parois épaissies » permet de distinguer aisément le F. exilis. Steere estime également que l’examen de spécimens d’herbier de F. minutulus, F. viridulus et F. bryoides pourrait mener à la découverte de nouvelles populations de F. exilis.

Notes de bas de page

Note de bas de page 1

Mise en garde : le format original du schéma n’est peut-être pas reproduit avec exactitude dans la figure. Les échelles fournies devraient être utilisées seulement comme indicateurs de taille relative. Des mesures réelles de longueur sont indiquées dans le texte.

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Répartition

Aire de répartition mondiale

Le Fissidens exilis a été signalé dans les îles Britanniques, dans le centre et le nord de l’Europe et en Scandinavie (Steere, 1950) ainsi qu’au Japon (Iwatsuki et Noguchi, 1973). Il est également présent en Nouvelle-Zélande, où on croit qu’il a été introduit (Beever, 1999). NatureServe (2005) signale que l’espèce existe également en Algérie et en Amérique du Sud. En Amérique du Nord, la répartition du F. exilis semble analogue à celle des nombreuses espèces associées aux forêts de feuillus de l’est du continent (voir entre autres Argus et Pryer, 1990). En Europe, le F. exilis atteint des latitudes beaucoup plus nordiques qu’en Amérique du Nord.

En Amérique du Nord, le Fissidens exilis a été découvert en 1947, à Cleveland, en Ohio (Steere, 1950). Depuis, des spécimens ont été récoltés dans dix autres États de l’est des États-Unis (Crum et Anderson, 1981; Missouri Botanical Garden, 2002; New York Botanical Garden, 2002) et dans deux provinces canadiennes, l’Ontario et le Québec (figure 2). On ignore pourquoi toutes les populations d’Amérique du Nord n’ont été découvertes qu’au cours des quelque 55 dernières années, puisque la région avait été relativement bien étudiée du point de vue botanique.

Figure 2. Aire de répartition approximative du Fissidens exilis en Amérique du Nord. Les losanges noirs indiquent les sites dont les coordonnées sont connues. Les losanges blancs indiquent les États où le F. exilis a été signalé, mais où les sites de cette espèce ne sont pas situés au moyen de coordonnées exactes dans les bases de données en ligne (Missouri Botanical Garden, 2002; New York Botanical Garden, 2002).

Figure 2.  Aire de répartition approximative du Fissidens exilis en Amérique du Nord.

Aire de répartition canadienne

Au Canada, le Fissidens exilis a été récolté dans cinq localités du sud de l’Ontario, réparties entre les comtés d’Essex (deux localités), de Kent, de Waterloo et de Haldimand-Norfolk, ainsi que dans deux localités du sud du Québec, respectivement situées dans l’île de Montréal et dans le parc de la Gatineau, près de l’extrémité sud de la limite entre l’Ontario et le Québec (annexe 1). La station de Montréal constitue la première mention canadienne de l’espèce (Molnar, 1975), mais aucun spécimen appuyant cette mention n’a été retrouvé, ni dans l’herbier du campus Macdonald de l’Université McGill (MTMG), où le spécimen aurait été déposé (Molnar, 1975), ni dans les grands herbiers de l’est de l’Amérique du Nord que nous avons consultés. Cela pourrait signifier que le spécimen a été annoté, ce qui laisse planer un doute sur cette mention. Le premier spécimen ontarien a été signalé par Oldham (1983).

Les travaux de terrain menés en 2002 dans le cadre de la préparation du présent rapport ont consisté à rechercher les espèces minuscules de Fissidens dans plus de 30 localités du sud de l’Ontario et du Québec, étudiées en même temps pour les rapports de situation du COSEPAC sur le Bryoandersonia illecebra et l’Helodium paludosum. Des spécimens de Fissidens ont ainsi été récoltés dans 11 de ces localités, dont trois où le F. exilis avait déjà été signalé. Nous avons cherché ces mousses le long des chemins menant aux localités ainsi que dans les localités elles-mêmes, pendant une à cinq heures par localité. Nous avons ainsi récolté 46 spécimens de référence, dont un seul s’est révélé être un F. exilis. La plupart des autres spécimens étaient des F. taxifolius. Étant donné l’intensité de ces recherches, on peut conclure que la petite taille de l’espèce et la difficulté de la détecter sur le terrain ne peuvent pas à elles seules expliquer le petit nombre de spécimens récoltés au Canada.

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Habitat

Besoins en matière d’habitat

Comme Beever (1999) l’indique, les mousses du genre Fissidens, à l’instar de nombreuses bryophytes, ont besoin de conditions micro-environnementales très précises. Le F. exilis pousse généralement sur un sol humide et dénudé, souvent argileux. On le trouve surtout en terrain boisé, mais des spécimens ont également été récoltés au bord de chemins et dans des plaines inondables, où le sol avait été perturbé (Crum et Anderson, 1981; étiquettes d’herbier). L’espèce peut être associée à des mousses éphémères (à cycle vital extrêmement court), notamment des genres Ephemerum et Micromitrium (Crum et Anderson, 1981), dont on connaît les préférences pour les petites superficies de milieux temporaires.

À Montréal, le F. exilis aurait été récolté dans un sol argileux sous le couvert d’une plantation d’épinettes (Picea) et de mélèzes (Larix), à l’Arboretum Morgan de l’Université McGill. Dans le comté d’Essex, le F. exilis a été découvert en plaine inondable et au bord de rivières, sur de l’argile, en forêt décidue mature de type carolinien (annexe 1). Dans le comté de Kent, l’espèce a été trouvée sur la boue dénudée bordant un sentier, dans une forêt d’érables et de hêtres établie en terrain élevé. Aucune indication d’habitat n’accompagne les spécimens récoltés au parc de la Gatineau et dans les comtés de Waterloo et de Haldimand-Norfolk.

Tendances en matière d’habitat

Les forêts décidues matures de type carolinien, comme celles où ont été découvertes les sites des comtés d’Essex et de Kent, sont de plus en plus rares au Canada, et de nombreuses espèces caroliniennes sont en voie de disparition au Canada. Par contre, comme le F. exilis a été trouvé dans le parc de la Gatineau et l’aurait été dans une plantation de conifères de Montréal et qu’il a été récolté aux États-Unis au bord de chemins et dans d’autres milieux modifiés par les humains, il se peut que cette espèce n’ait pas absolument besoin d’un milieu situé en forêt tempérée mature et que son habitat soit donc plus abondant qu’on ne le croit. La répartition connue de l’espèce (figure 2) semble révéler des contraintes climatiques, et l’espèce pourrait être sensible aux modifications accompagnant le changement à long terme du climat.

Protection et propriété

Les sols argileux dénudés se rencontrent dans de nombreux boisés protégés privés ou publics du sud de l’Ontario et du Québec. Cependant, comme les besoins en matière d’habitat du F. exilis ne sont pas connus en détail, il est probable que seulement une fraction de ces boisés, inconnue, pourrait héberger des populations de l’espèce.

Un des sites du comté d’Essex, celui de la rivière aux Canards, se trouve sur un terrain privé, mais ce dernier est adjacent à une zone de conservation, la Canard Valley Conservation Area (CVCA), où on trouve en abondance de l’argile dénudée. La CVCA figure dans la liste des secteurs du comté d’Essex jugés les plus intéressants, du point de vue botanique, par Varga et Allen (1990). Bien qu’il se soit avéré, après vérification en laboratoire, que les 15 spécimens de bryophytes récoltés par J. Doubt dans la CVCA en 2002 n’étaient pas des F. exilis, des recherches approfondies devraient être menées dans ce secteur. L’autre site du comté d’Essex, celui du ruisseau Cedar, se trouve dans la zone d’intérêt naturel et scientifique du ruisseau Cedar. Cette zone a été acquise récemment par l’organisme The Nature Conservancy (Ron Gould, comm. pers., 2005), qui lui assurera une certaine protection par des mesures d’intendance et par voie de zonage municipal. Selon Eagles et Beechey (1985), il s’agit de la plus importante zone naturelle privée du comté d’Essex, en raison de sa superficie, de son potentiel pour la recherche et l’éducation ainsi que de sa grande valeur esthétique et historique. L’importance nationale et provinciale de la zone d’intérêt naturel et scientifique du ruisseau Cedar est largement reconnue par les autorités locales et provinciales, comme en témoigne le vif intérêt qu’elles manifestent à l’endroit des activités qui s’y déroulent.

Les sites de F. exilis des comtés de Kent et de Haldimand-Norfolk se trouvent sur des terrains administrés par des offices de protection de la nature et sont par le fait même protégés contre certains impacts. La zone où se trouve le site de Sinclair’s Bush, dans le comté de Kent, abrite sept espèces de plantes rares et bénéficie d’une désignation spéciale dans le cadre du Programme de la région carolinienne du Canada. Toutefois, seulement quatre acres de cette zone appartiennent réellement à l’office de protection de la nature (Valerie Towsley, comm. pers., 2002). La municipalité encourage les mesures volontaires de conservation au moyen de programmes incitatifs, mais l’absence de réglementation municipale en matière de coupe de bois et les fortes pressions exercées en faveur du développement ont récemment abouti au déboisement et à l’aménagement de routes dans les parties privées de la zone. Il faut souligner que le F. exilis a été observé le long d’un sentier et que sa persistance pourrait dépendre de perturbations associées au passage des marcheurs. On peut présumer que les populations du parc de la Gatineau et de l’arboretum Morgan (à Montréal) sont protégées; cependant, leur degré de protection ne peut être évalué, puisqu’on ignore leur position exacte et les conditions dans lesquelles elles ont été découvertes. De même, les effets des infrastructures, des travaux d’aménagement et des activités des visiteurs sur les populations ne peuvent être déterminés.

Le secteur dit « Sudden Tract », où se trouve la population de F. exilis du comté de Waterloo, est constitué principalement d’une forêt régionale de propriété municipale (Chris Gosselin, comm. pers., 2003). En 1976, la forêt et certains terrains privés adjacents ont été officiellement désignés comme « secteur écosensible » (Environmentally Sensitive Policy Area no. 52), ce qui leur vaut une protection contre le développement. La valeur exceptionnelle de Sudden Tract pour la conservation d’espèces rares (plantes, oiseaux et salamandres) est bien admise, et on s’emploie à la faire connaître. Les activités humaines telles que la randonnée pédestre ainsi que les mesures d’aménagement visant à préserver les espèces et processus naturels pourraient avoir un effet sur les populations locales de plantes.

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Biologie

Très peu de données ont été publiées sur la biologie du Fissidens exilis. Cependant, comme il s’agit d’une mousse acrocarpe autoïque poussant sur le sol, elle doit présenter les caractéristiques biologiques résumées ci-dessous.

Généralités

Le cycle vital des mousses comporte quatre stades principaux, chacun se caractérisant par des exigences écologiques particulières.

  • Dispersion : Les mousses comme le Fissidens exilis se dispersent au moyen de leurs spores, qui s’échappent dans l’atmosphère à travers les dents du péristome entourant l’orifice apical de la capsule. Dès qu’une spore entre en contact avec un substrat favorable se trouvant dans un micro-habitat adéquat, elle germe et produit une structure filamenteuse appelée protonéma.
  • Établissement : Le protonéma peut être très sensible au dessèchement et exige un taux d’humidité élevé. C’est à partir du protonéma que se développent les individus feuillés du gamétophyte.
  • Croissance :Le gamétophyte du F. exilis se multiplie de manière végétative par l’expansion du protonéma à partir des individus feuillés déjà présents. Le protonéma, à son tour, génère de nouveaux individus feuillés. Chez les mousses acrocarpes, l’expansion d’une colonie exige l’apparition de nouveaux individus feuillés. L’humidité est indispensable à l’activité photosynthétique et à la croissance.
  • Reproduction : Le gamétophyte produit des oosphères (œufs) non mobiles et des anthérozoïdes (spermatozoïdes) flagellés, et il faut la présence d’eau libre pour que ces structures puissent entrer en contact. Après la fécondation, l’oosphère, toujours enfermée dans le gamétophyte, se développe en un sporophyte dont la tige, appelée « soie », se termine par une capsule remplie de spores.

Reproduction

Tel que le précise la description de l’espèce, le Fissidens exilis est autoïque, ce qui signifie que les anthéridies, qui produisent les anthérozoïdes, et les archégones, qui produisent les oosphères, sont produits par un même gamétophyte. Cela permet l’autofécondation; ainsi, il n’est pas nécessaire que des individus mâles et femelles distincts poussent à proximité pour assurer la production de spores. Au moins cinq des sept spécimens de F. exilis récoltés au Canada portaient des sporophytes (un des deux autres spécimens n’a pas été retrouvé) (annexe 1). Les spores arrivent à maturité en hiver (Steere, 1950).

Survie

Chez le Fissidens exilis, la persistance du protonéma pourrait jouer un rôle dans la survie de l’espèce. Enfoui dans le substrat et donc à l’abri des pertes d’eau et des perturbations mineures de la surface du sol, le protonéma pourrait constituer un important « réservoir de propagules » assurant la survie des populations pendant les périodes où les conditions environnementales empêchent la croissance et la reproduction des individus feuillés. La persistance du protonéma pourrait également faciliter l’expansion des colonies, en se propageant aux substrats adjacents. 

Le Fissidens exilis a besoin d’un sol argileux dénudé, ce qui le rend sensible aux effets de la succession végétale. Dans les milieux périodiquement soumis à des perturbations (berges de cours d’eau, plaines inondables, etc.), le sol peut demeurer dénudé, ou de nouvelles superficies de sol dénudé peuvent apparaître à mesure que d’autres sont recouvertes par la végétation. Par contre, dans les milieux où les perturbations ne se répètent pas, le F. exilis peut finir par être éliminé par la succession végétale. Or, les populations des espèces occupant des substrats dispersés et temporaires peuvent être plus difficiles à suivre que celles des espèces occupant des milieux plus permanents, car elles se déplacent plus fréquemment.

Dispersion

Comme il a été mentionné précédemment, le F. exilis est autoïque. L’autofécondation est donc possible, et la production de spores est probable. Or, la production de spores est très importante pour les espèces « nomades » poussant sur des substrats dispersés et temporaires qui se renouvellent régulièrement dans chaque localité (voir entre autres During, 1979). Il est possible que les perturbations répétées du sol, qui caractérisent les milieux riverains privilégiés par le F. exilis, fragmentent les protonémas enfouis dans la terre. Dans le cas où cette forme de dispersion serait importante, les corridors riverains constitueraient une autre voie de dispersion. Cependant, on ne dispose d’aucune donnée démographique permettant d’établir les taux et les modes de dispersion de l’espèce et sa capacité de colonisation.

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Taille et tendances des populations

Les tendances de chaque population canadienne du Fissidens exilis sont impossibles à déterminer, car les populations déjà connues n’avaient pas été décrites en détail au moment de leur découverte et n’ont pas été retrouvées dans le cadre des travaux menés en vue du présent rapport. La difficulté de retrouver les populations connues ne signifie pas que celles-ci soient en déclin ou disparues, puisque les recherches sur le terrain n’ont pas été suffisamment ciblées, à cause du peu d’information détaillée existant sur la position de ces populations. En outre, le protonéma persistant de l’espèce, sans doute plus fréquent que le très éphémère gamétophyte feuillé, ne peut pas être identifié avec certitude, même au niveau de la famille; par conséquent, les populations non représentées par des individus feuillés au moment des recherches sur le terrain passeraient inaperçues. Il est également possible que les récoltes faites par J. Doubt en 2002 n’aient pas permis de détecter des individus feuillés de F. exilis parce que les petites espèces de Fissidens sont abondantes dans les substrats boueux du sud de l’Ontario et tendent à se mélanger. En l’absence de caractères permettant d’identifier l’espèce sur le terrain, les chercheurs doivent se contenter de récolter des échantillons jugés représentatifs et de les identifier par la suite en laboratoire. Or, les espèces rares ont moins de chances d’être découvertes par cette méthode aléatoire (mais inévitable). Enfin, une espèce poussant sur sol dénudé (perturbé) devrait normalement se disperser et coloniser de nouveaux milieux à mesure que la succession végétale faisant suite à la perturbation entraîne une compétition croissante et une accumulation de litière végétale. La persistance à long terme dans un lieu précis n’est probablement pas dans la nature du F. exilis, mais on peut s’attendre à ce que l’espèce persiste dans un secteur plus grand où apparaissent régulièrement des îlots de substrat adéquat. Malgré tous ces facteurs, la rédactrice du présent rapport a pu découvrir une population de F. exilis constituée de trois colonies dispersées occupant en tout environ 860 cm².

En 2002, des travaux de terrain ont été menés dans plus de 30 localités du sud de l’Ontario et du Québec. Il s’agissait de localités où le F. exilis, l’Helodium paludosum ou le Bryoandersonia illecebra avaient déjà été observés et où des travaux étaient en cours en vue de rapports du COSEPAC, ou encore de localités susceptibles d’accueillir ces espèces. Dans 11 de ces localités, des espèces minuscules de Fissidens ont été observées, et des spécimens de ces mousses ont été prélevés en vue de leur identification en laboratoire; un seul d’entre eux était un F. exilis. Des travaux de terrain supplémentaires comportant un échantillonnage intensif de l’ensemble de l’aire de répartition canadienne présumée du F. exilis permettraient probablement de découvrir ou retrouver des populations (Wilf Schofield, comm. pers., 2004).

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Facteurs limitatifs et menaces

Le climat compte parmi les facteurs qui limitent la répartition et la taille des populations canadiennes du Fissidens exilis, puisque ces populations se trouvent à l’extrémité septentrionale de l’aire de répartition nord-américaine de l’espèce. Les populations canadiennes de F. exilis se trouvent dans une région densément peuplée du pays, où la pollution de l’air et de l’eau ainsi que la destruction et la fragmentation des milieux naturels ont affecté la survie de nombreuses espèces végétales (voir entre autres Argus et Pryer, 1990, Klinkenberg et al., 1990, Lamb et Rhynard, 1994, Maycock, 1963, ainsi qu’Oldham, 1990). Cependant, dans l’aire de répartition du F. exilis, les sols dénudés semblant convenir à l’espèce demeurent abondants, même dans les zones protégées où le couvert végétal naturel peut s’implanter librement. Les activités humaines, y compris les mesures d’aménagement aux fins de récréation et de conservation, risquent de menacer la survie de l’espèce, même dans les zones protégées (voir la section « Protection et propriété »), surtout si les responsables ignorent la présence de l’espèce. On connaît mal les besoins particuliers du F. exilis en matière d’habitat, notamment quant à l’âge de la forêt et à l’ombre, mais ces besoins pourraient expliquer l’apparente rareté de l’espèce.

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Importance de l'espèce

Le Fissidens exilis a été récolté dans sept localités du Canada depuis 1973, dont seulement trois ont été retrouvées au cours de la présente décennie. L’extrémité nord de l’aire de répartition nord-américaine de l’espèce se trouve dans le sud de l’Ontario et du Québec.

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Protection actuelle ou autres désignations de statut

À l’échelle mondiale, on attribue actuellement au Fissidens exilis la cote G3G4 (NatureServe, 2005), qui traduit une certaine incertitude : la cote G3 est réservée aux espèces rares à peu fréquentes, qui comptent généralement 20 à 100 sites connus dans le monde et peuvent être sensibles aux perturbations à grande échelle; la cote G4 est attribuée aux espèces communes, qui comptent généralement plus de 100 sites et ne font pas l’objet de menaces imminentes (Centre d’information sur le patrimoine naturel de l’Ontario, 2002). En Ontario, on a attribué au F. exilis la cote S1 (mars 2000), qui signifie que l’espèce compte au plus cinq sites dans la province (Centre d’information sur le patrimoine naturel de l’Ontario, 2002). Aux États-Unis, dans l’État de New York, on a attribué à l’espèce la cote SU, qui signifie que sa situation est « incertaine en raison de la nature cryptique de la plante » (Clemants et Ketchledge, 1993). Au Québec, il n’existe aucune base de données centralisée sur les occurrences des mousses rares.

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Résumé technique

Fissidens exilis

Fissident pygmée – Pygmy pocket moss

Répartition au Canada :

Ontario, Québec

Information sur la répartition

Superficie de la zone d’occurrence (km²) :

Préciser la tendance dans la zone d’occurrence (en déclin, stable, en expansion, inconnue).

Stable

Y a-t-il des fluctuations extrêmes dans la zone d’occurrence (ordre de grandeur > 1)?

Non

Superficie de la zone d’occupation (km²)

< 1 km²

Préciser la tendance dans la zone d’occupation (en déclin, stable, en expansion, inconnue).

Inconnue

Y a-t-il des fluctuations extrêmes dans la zone d’occupation (ordre de grandeur > 1)?

Non

Nombre d’emplacements existants (connus ou supposés).

7

Préciser la tendance du nombre d’emplacements (en déclin, stable, en croissance, inconnue).

Inconnue

Y a-t-il des fluctuations extrêmes du nombre d’emplacements (ordre de grandeur > 1)?

Non

Tendance de l’habitat : préciser la tendance de l’aire, de l’étendue ou de la qualité de l’habitat (en déclin, stable, en croissance ou inconnue).

Inconnue

Information sur la population

Durée d’une génération (âge moyen des parents dans la population : indiquer en années, en mois, en jours, etc.).

Vivace – durée d’une génération inconnue

Nombre d’individus matures (reproducteurs) au Canada (ou préciser une gamme de valeurs plausibles).

Un emplacement observé en 2002 comprenait trois colonies couvrant au total 860 cm².

Tendance de la population quant au nombre d’individus matures en déclin, stable, en croissance ou inconnue.

Inconnue

S’il y a déclin, % du déclin au cours des dernières/prochaines dix années ou trois générations, selon la plus élevée des deux valeurs (ou préciser s’il s’agit d’une période plus courte).

S.O.

Y a-t-il des fluctuations extrêmes du nombre d’individus matures (ordre de grandeur > 1)?

S.O.

La population totale est-elle très fragmentée (la plupart des individus se trouvent dans de petites populations, relativement isolées [géographiquement ou autrement] entre lesquelles il y a peu d’échanges, c.-à-d. migration réussie de < 1 individu/année)?

Oui

Énumérer les populations et donner le nombre de populations dans chacune.

Une population comprend trois colonies couvrant au total 860 cm².

Préciser la tendance du nombre de populations (en déclin, stable, en croissance, inconnue).

Inconnue

Y a-t-il des fluctuations extrêmes du nombre de populations (ordre de grandeur > 1)?

Inconnues

Menaces (réelles ou imminentes pour les populations ou les habitats)

Les activités anthropiques, y compris la gestion à des fins récréatives et de conservation, sont susceptibles de toucher la survie de l’espèce, même sur des sites protégés (comme il est mentionné sous la section « Protection et propriété »), surtout si les gestionnaires ne sont pas au courant de la présence de l’espèce.

Effet d’une immigration de source externe

La présence de l’espèce a-t-elle été constatée ailleurs (au Canada ou à l’extérieur)?

Oui

Statut ou situation des populations de l’extérieur?

Inconnu

Une immigration a-t-elle été constatée ou est-elle possible?

Inconnue

Des individus immigrants seraient-ils adaptés pour survivre au Canada?

Oui

Y a-t-il suffisamment d’habitat disponible au Canada pour les individus immigrants?

Oui

Analyse quantitative

S.O.

Statut et justification de la désignation

Statut : Préoccupante

Code alphanumérique : S.O.

Application des critères

Critère A (Population globale en déclin) : Données non disponibles.

Critère B (Petite aire de répartition, et déclin ou fluctuation) : Correspond au critère de la catégorie « menacée », B2a, (zone d’occupation de moins de 500 km², sept sites, et populations canadiennes extrêmement fragmentées). Par contre, un déclin de l’habitat ou de la zone d’occupation ne peut être montré (b).

Critère C (Petite population globale et déclin) : Pas de données disponibles concernant la taille de la population.

Critère D (Très petite population ou aire de répartition limitée) : La zone d’occupation est inférieure à 20 km², et on compte sept sites au Canada. Par contre, l’espèce ne correspond pas au critère de la catégorie « menacée », D2, car il n’existe aucune preuve indiquant que l’espèce pourrait devenir en voie de disparition ou disparaître du pays à court terme, puisque les sites sont dispersés sur une grande étendue géographique et que la plupart des sites bénéficient de certaines mesures de conservation.

Critère E (Analyse quantitative) : Sans objet.


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Remerciements et experts contactés

Nous remercions Mike Oldham pour sa précieuse correspondance concernant ses spécimens de F. exilis. Anne Godbout et d’autres membres du personnel de l’Arboretum Morgan ont été d’une aide inestimable en facilitant la préparation et l’exécution des travaux de terrain à Montréal. Mike Shchepanek et Pak Yau Wong, du Musée canadien de la nature, ont permis l’accès aux spécimens et fourni les moyens de les examiner et de les consigner.

Le financement pour la préparation du présent rapport de situation a été fourni par le Service canadien de la faune, Environnement Canada.

Experts contactés

  • Ron Gould. Biologiste des espèces en péril, bureau du district d’Aylmer du ministère des Richesses naturelles de l’Ontario.
  • Chris Gosselin. Gestionnaire de la planification environnementale pour la région de Waterloo qui gère le site Sudden Tract où a été observé le F. exilis en 1995.
  • Deb Jacobs. Biologiste des espèces en péril au bureau de Chatham du ministère des Richesses naturelles de l’Ontario responsable de la zone d’intérêt naturel et scientifique Cedar Creek du comté d’Essex où a été observé le F. exilis.
  • Linda Ley. Bryologiste expérimentée qui possède une expérience d’envergure en ce qui concerne les collections, les collectionneurs et l’histoire relative aux collections du Musée canadien de la nature et qui a identifié les spécimens de F. exilis du ministère des Richesses naturelles cités dans le présent rapport, Ottawa (Ontario).
  • Mike Oldham. Au service du Centre d'information sur le patrimoine naturel de l’Ontario, il a récolté le F. exilis dans le comté d’Essex et géré les données de l’Ontario sur les occurrences d’espèces rares.
  • Marcia Waterway. Herbier de l’Université McGill (campus MacDonald).
  • Rene Belland. Bryologiste expérimenté qui a fait des récoltes de façon considérable au Canada, Devonian Botanic Garden, Edmonton (Alberta).
  • Robert Ireland. Bryologiste expérimenté qui a identifié plusieurs spécimens du F. exilis au Canada, Annandale (Virginie).
  • Valerie Towsley. Au service de l’Office de la protection de la nature de la Thames inférieure, elle a géré la zone de Conservation Sinclair’s Bush où a été observé le F. exilis en 2002.
  • Wilf Schofield. Bryologiste expérimenté qui a fait des récoltes de façon considérable au Canada, Department of Biology, University of British Columbia.

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Sources d’information

Argus, G.W., et K.M. Pryer. 1990. Les plantes vasculaires rares du Canada : notre patrimoine naturel, Musée canadien de la nature, Ottawa, Canada, 191 p.

Beever, J.E. 1999. Studies of Fissidens (Bryophyta: Musci) in New Zealand: a synopsis and key to taxa, New Zealand Journal of Botany 37:659-670.

CIPN (Centre d'information sur le patrimoine naturel de l’Ontario) 2002. Listes des espèces accessibles en ligne.

Clemants, S.E., et E.H. Ketchledge. 1993. New York Natural Heritage Program Rare Moss Status List (en anglais seulement).

Crum, H.A., et L.E. Anderson. 1981. Mosses of Eastern North America, Columbia University Press, New York, 1328 p.

During, H.J. 1979. Life strategies of bryophytes: A preliminary review, Lindbergia 5:2-18.

Eagles, P.F.J., et T.J. Beechey (éd.). 1985. Critical Unprotected Natural Areas in the Carolinian Life Zone of Canada, Final Report, Identification Subcommittee, Carolinian Canada, Conservation de la nature Canada, Fondation du patrimoine ontarien et World Wildlife Fund (Canada), 400 p.

Ireland, R.R., et L.M. Ley. 1992. Atlas of Ontario Mosses, Syllogeus No. 70, Musée canadien de la nature, Ottawa, Canada, 138 p.

Iwatsuki, Z., et A. Noguchi. 1973. Index muscorum Japonicarum, Journal of the Hattori Botanical Laboratory 37:299-418.

Klinkenberg, R., J.M. Bowles et M. Kanter. 1990. Summary report on the Kent-Elgin Natural Areas Survey, in G.M. Allen, P.F.J. Eagles et S.D. Price (éd.), Conserving Carolinian Canada: Conservation Biology in the Deciduous Forest Region, University of Waterloo Press, Waterloo, Canada, 346 p.

Lamb, L., et G. Rhynard. 1994. Plants of Carolinian Canada, Federation of Ontario Naturalists, Don Mills, Canada, 51 p.

Magill, R.E. (éd.). 1990. Glossarium polyglottum Bryologiae: A multilingual glossary for bryology, Missouri Botanical Garden, St. Louis, États-Unis, 297 p.

Maycock, P.F. 1963. The phytosociology of the deciduous forests of extreme southern Ontario, Canadian Journal of Botany 41:379-438.

Missouri Botanical Garden. 2002. Banque de données de l’herbier accessible en ligne (disponible en anglais seulement).

Molnar, L. 1975. New distribution data on two mosses, Fissidens exilis and Thuidium pygmaeum, in Quebec, The Canadian Field Naturalist 89:324-325.

NatureServe. 2005. NatureServe Explorer: An On-line Encyclopedia of Life (disponible en anglais seulement).

New York Botanical Garden. 2002. Index de l’herbier accessible en ligne (disponible en anglais seulement).

Oldham, M.J. 1990. Provincially rare plants of the Carolinian zone, in G.M. Allen, P.F.J. Eagles et S.D. Price (éd.), Conserving Carolinian Canada: Conservation Biology in the Deciduous Forest Region, University of Waterloo Press, Waterloo, Canada, 346 p.

Oldham, M.J. 1983. Fissidens exilis, a moss new to Ontario, Ontario Field Biologist 37:38.

Steere, W.C. 1950. Notes on Fissidens. II. The discovery of Fissidens exilis in North America, The Bryologist 53:131-136.

Varga, S., et G.M. Allen. 1990. County/regional municipality vascular plant floras for the Carolinian zone of Canada, in G.M. Allen, P.F.J. Eagles et S.D. Price (éd.), Conserving Carolinian Canada: Conservation Biology in the Deciduous Forest Region, University of Waterloo Press, Waterloo, Canada, 346 p.

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Sommaire biographique des rédacteur du rapport

Jennifer C. Doubt est titulaire d’un B.Sc. en botanique de la University of Guelph (1995). En 2001, elle a obtenu une M.Sc. en écologie des bryophytes à la University of Alberta pour ses travaux sur la diversité des bryophytes dans le parc national des Lacs-Waterton, en Alberta. Elle travaille actuellement à titre de botaniste-conseil à Edmonton, en Alberta, se spécialisant dans l’inventaire et l’identification des bryophytes ainsi que dans les relevés et les évaluations d’espèces rares. Elle est réputée dans l’ouest du Canada en tant que formatrice dans le domaine de l’identification de ces plantes et participante à la surveillance des espèces rares de l’Alberta. Elle a récolté et identifié plus de 10 000 spécimens de bryophytes et possède une vaste expérience de terrain partout au Canada.

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Collections examinées

Une liste des spécimens de Fissidens exilis récoltés au Canada figure à l’annexe 1.

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Annexe 1

La colonne « Herbier » indique les établissements où les spécimens ont été déposés (Musée canadien de la nature [CANM], Université McGill [MTMG] et Devonian Botanic Garden [DBG]). Le numéro de dépôt du spécimen est également indiqué dans cette colonne, s’il est disponible. La colonne « Sporophytes » indique la présence ou l’absence de sporophytes dans le spécimen.

Récoltes canadiennes connues du Fissidens exilis
HerbierSporophytesLien de récolte / HabitatHerborisateur No de récolte DateIdentifié ou examiné par

CANM

290756

Oui

Canada , Ontario, comté d’Essex, canton d’Anderdon, « Canard River Kentucky Coffee Tree Woods »

Sur mottes d’argile, dans un boisé en plaine inondable

M.J. Oldham

B-255

Le 24 mars 1984

R.R. Ireland,

1985

CANM

275055

Oui

Canada, Ontario, comté d’Essex, canton de Colchester South

Boisé de feuillus mature dominé par le chêne

M.J. Oldham

B-35

Le 26 mars 1981

R.R. Ireland,

1982

DBGNon

Canada, Ontario, comté de Kent, municipalité de Chatham-Kent. Zone de conservation de Sinclair’s Bush (Office de protection de la nature de la Thames inférieure)

Sur boue dénudée (sans débris ni plantes herbacées), dans une forêt d’érables et de hêtres

J.C. Doubt

9348

Le 16 août 2002

J.C. Doubt,

2003

Min. des Richesses naturelles de l’OntarioOui

Canada, Ontario, comté de Haldimand-Norfolk, canton de Walsingham, Zone de conservation du ruisseau Deer (Office de conservation de la nature de la pointe Long), au sud de Langton

Végétation de type FOM3-1

MRNO

10-17-5350-47250

Le 22 juin 1995

L.M. Ley
Min. des Richesses naturelles de l’OntarioOui

Canada, Ontario, comté de Waterloo, canton de North Dumfries, Sudden Tract (région de Waterloo), au sud-ouest de Cambridge

Végétation de type FOD6-5 (forêt de feuillus)

MRNO

10-17-5500-47900

Le 23 septembre 1995

L.M. Ley

CANM

291533

OuiCanada, Québec, comté de Gatineau, parc de la Gatineau.

J. Ranger

Juin 1982

R.R. Ireland, 1985

MTMG?

(cité par Molnar, 1975)

Spécimen non disponible à MTMG

Canada, Québec, ouest de l’île de Montréal, campus Macdonald de l’Université McGill, Arboretum Morgan

Sur sol argileux, dans une plantation d’épinettes et de mélèzes

L. Molnar

Automne 1973

R.R. Ireland

 

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