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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le marsouin commun (population de l’océan Pacifique) au Canada – Mise à jour

Facteurs limitatifs et menaces

Plusieurs facteurs limitatifs potentiels ont été identifiés, de sources anthropiques et naturelles, mais leurs impacts réels sur la ou les populations de la Colombie-Britannique ne sont pas clairs. Les facteurs anthropiques entrent dans deux catégories : 1) impacts aigus (ceux qui causent directement la mort des animaux); 2) impacts à long terme, notamment la perte d’habitat, les changements dans la disponibilité des proies, les perturbations causées par les bateaux et les autres sources de bruit, ou des facteurs qui peuvent entraîner une baisse des taux de reproduction ou compromettre le système immunitaire.

Jusqu’à environ 1900, les marsouins communs étaient régulièrement tués par les membres des Premières nations en Colombie-Britannique (Boas, 1909; Drucker, 1951; Suttles, 1951; Barnett, 1955; Waterman, 1973). Aujourd’hui, la principale cause de mortalité directe des marsouins communs sont les captures accidentelles par les pêches. Les marsouins communs semblent se prendre très souvent dans les engins de pêche (Jefferson et Curry, 1994). En Colombie-Britannique, on a signalé que des animaux étaient tués par les pêches au filet maillant du saumon et de l’aiguillat, par la pêche à la traîne du saumon et la pêche au chalut du merlu (Pike et MacAskie, 1969; Stacey et al., 1989; Langelier et al., 1990; Baird et al., 1991; Guenther et al., 1993, 1995; Baird et Guenther, 1995). La disparition complète des animaux de la zone très exploitée du Puget Sound ainsi que la baisse apparente du nombre d’individus dans des zones autour de Victoria et du détroit de Haro sont des indicateurs de la vulnérabilité de l’espèce aux activités humaines. Il existe peu de signes d’une recolonisation du sud du Puget Sound au cours des 20 dernières années (Flaherty et Stark, 1982; Osmek et al., 1996), ce qui laisse croire que, après la disparition d’une population locale, une recolonisation par les individus des zones environnantes est peu probable (voir aussi Chivers et al., 2002).

On ne sait pas très bien si la mortalité accidentelle limite la croissance des populations. Stacey et al. (1990) ont utilisé une enquête par questionnaire pour examiner la mortalité des petits cétacés causée par les pêches en Colombie-Britannique. Ils ont estimé qu’il y avait au moins de 43 à 59 morts par année chez trois espèces différentes (marsouin commun, marsouin de Dall et dauphin à flancs blancs du Pacifique). Plus récemment, Hall et al. (2002) ont estimé la mortalité des marsouins communs à l’aide d’un questionnaire et de rapports d’observateurs des pêches (5 pour 100 des bateaux de pêche avec observateurs embarqués dans le sud de la Colombie-Britannique). On n’a rapporté aucun problème avec les pêches du saumon (à la senne et à la traîne) en 2001. Toutefois, la même année, la pêche au filet maillant du saumon en Colombie-Britannique a tué 80 marsouins communs. D’après le sondage auprès des titulaires de permis (de 1997 à 2001), les captures accessoires de marsouins communs s’élèvent à < 100 dans toute la province (Hall et al., 2002). Toutefois, les enquêtes par questionnaire sont réputées être négativement biaisées quand il s’agit d’estimer la mortalité accidentelle des cétacés (Lien et al., 1994).

Les influences anthropiques qui pourraient causer une baisse des taux de reproduction sont notamment les effets de l’accumulation de toxines persistantes, des perturbations causées par le trafic maritime et l’éloignement des marsouins de leur habitat principal à cause des forts bruits sous-marins (par exemple les dispositifs d’effarouchement des phoques à grande amplitude utilisés dans les stations aquacoles). Pour ce qui est des effets des toxiques, ils peuvent être importants tant à long terme qu’à court terme. Parmi tous les cétacés du détroit de Georgia, ce sont les marsouins communs qui semblent présenter les plus fortes teneurs en dioxines et en furanes. Ils présentent aussi de grandes concentrations d’organochlorés et de métaux lourds (Muir et Norstrom, 1990; Baird et al., 1994; Jarman et al., 1996). Ces fortes teneurs peuvent influer sur la reproduction, la fonction immunitaire et la fonction endocrinienne (Ross et al., 1996a, 1996b, 2000). La suppression de la fonction immunitaire peut entraîner des impacts aigus (immédiats) sur les individus ou sur la population entière. Par exemple, la mortalité massive de phoques communs (Phoca vitulina) associée à l’épidémie de morbillivirus dans le nord de l’Europe en 1988, qui a réduit de plus de 50 pour 100 la population, a peut-être exacerbé les effets immunotoxiques des contaminants (Ross et al., 1996a, 1996b; de Swart et al., 1996). Toutefois, on ne sait toujours pas si les toxiques ont des répercussions sur les marsouins communs de la Colombie-Britannique. Une autre source de mortalité (surtout chez les jeunes animaux) pourrait être l’ingestion de débris marins (Kastelein et Lavaleije, 1992; Baird et Hooker, 2000).

Le marsouin commun semble être facilement perturbé par les bateaux et d’autres sources de bruits sous-marins de grande amplitude telles que les dispositifs acoustiques utilisés dans les piscicultures (Nichol et Sowden, 1995). Les traversiers entre le sud de l’île de Vancouver et le continent naviguent souvent dans des zones où l’on observe fréquemment des marsouins communs (Keple, 2002). Aucune information ne permet d’évaluer les impacts du trafic maritime à grande vitesse (et bruyant) ni de quantifier les impacts des sources de bruit associées aux piscicultures. Cependant, étant donné la vaste répartition de ces exploitations dans la province et l’utilisation fréquente de dispositifs acoustiques, il est possible que cette source de perturbation touche les populations.

Les effets indirects, dont la réduction du nombre de proies en raison de la détérioration de l’habitat ou de la surpêche, peuvent également être importants. Il est néanmoins difficile d’évaluer l’ampleur de cette menace. Par ailleurs, il faut noter que le hareng, une des proies importantes en Colombie-Britannique et ailleurs, est actuellement désigné comme « menacé » dans l’État du Washington aux termes de l’Endangered Species Act des États-Unis.

Parmi les facteurs limitatifs naturels figurent les maladies, la prédation par les épaulards (Orcinus orca) ou les requins, les interactions compétitives ou agonistiques avec les autres cétacés (dont le marsouin de Dall) et les mortalités massives dues aux biotoxines. En Colombie-Britannique, la prédation par les requins est probablement rare (un seul cas documenté – Baird et Guenther, 1995, mais voir aussi Arnold, 1972; Anselmo et van Bree 1995), mais celle par les épaulards est fréquente (voir par exemple Morton, 1990; Baird et Dill, 1995). Les taux de mortalité causée par les épaulards n’ont pas été calculés, mais ils varient sans doute d’une zone à l’autre de la province et dépendent en partie de l’abondance relative des autres proies que préfèrent les épaulards se nourrissant de mammifères (Baird et Dill, 1995). Read (1999) affirme que, dans certaines zones, il est possible que les interactions agonistiques avec le dauphin à gros nez (Tursiops truncatus) jouent un rôle dans la détermination des limites de l’aire de répartition du marsouin commun (voir Ross et Wilson, 1996). En Colombie-Britannique, deux cas évidents d’interactions agonistiques avec les dauphins à flancs blancs du Pacifique ont été signalés (Baird, 1998; Morton, 1999). Osmek et al. (1995) ont analysé le rôle possible des interactions de compétition avec les marsouins de Dall dans le déclin des populations de marsouins communs dans le sud du Puget Sound. Le régime alimentaire des deux espèces au sud de l’île de Vancouver se chevauche nettement (Walker et al., 1998). On signalait très peu de marsouins de Dall dans le détroit de Georgia dans les années 1950 et 1960 (Pike et MacAskie, 1969); ils sont pourtant relativement communs aujourd’hui (R.W. Baird, données inédites). Pareillement, dans le sud du Puget Sound, à l’époque où les marsouins communs abondaient (années 1940), on ne voyait jamais de marsouins de Dall (Osmek et al., 1995), alors que cette espèce est maintenant relativement commune dans la région (Osborne et al., 1988; Miller, 1990). Les biotoxines et les épidémies pourraient, en théorie, causer des mortalités massives. Le marsouin commun est le cétacé qui s’échoue le plus souvent sur les rivages de la Colombie-Britannique (Baird et Guenther, 1995). Tous les échouages concernent des individus seuls, et la plupart d’entre eux (plus de 90 p. 100) sont déjà morts quand on les trouve. Plusieurs maladies qui contribuent à la morbidité du marsouin commun en Colombie-Britannique ont été identifiées, notamment la cholangite parasitaire, la gastrite zygomyotique, la pneumonie parasitaire, la pneumonie suppurée et la broncho-pneumonie parasitaire (Guenther et Baird, 1993). Contrairement à la côte Est des États-Unis, où il y a un pic printanier des échouages (Polacheck et al., 1995), on les observe surtout à la fin du printemps et à l’été (mai à septembre) en Colombie-Britannique (Baird et Guenther, 1995). Baird et Guenther (1995) affirment que ces résultats sont principalement dus à l’effort de recherche, bien que la pêche estivale du saumon dans la province (qui capture accidentellement des marsouins communs) soit aussi partiellement responsable. Deux mortalités à petite échelle (concernant dans chaque cas quelques dizaines d’animaux) ont été rapportées au sud de la Colombie-Britannique. La cause de ces deux événements n’a pas été déterminée (Baird et al., 1994; T. Guenther, comm. pers.). Une mortalité à petite échelle au large de la côte de l’État du Washington en 1992 semblait être causée par un empoisonnement aux biotoxines (Osmek et al., 1996).