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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur les épinoches du lac Misty (épinoche lentique du lac Misty et épinoche lotique du lac Misty) au Canada

Biologie

On dispose de peu de renseignements sur la biologie spécifique de l’une ou l’autre des formes de l’épinoche du lac Misty. Jusqu’à ce que des études supplémentaires soient effectuées, on présume que les caractéristiques biologiques de ces épinoches sont, pour la plupart, semblables à celles d’autres populations de Gasterosteus (pour des études sur la biologie générale voir Wooton, 1976 et Bell et Foster, 1994).

Cycle vital et reproduction

Généralement, c’est l’épinoche mâle qui assure les soins à la progéniture en protégeant et en ventilant le nid et en continuant de défendre les jeunes et d’en prendre soin jusqu’à ce qu’ils soient aptes à se rendre dans le couvert pour s’y alimenter (Scott et Crossman, 1973). Les œufs éclosent après une période d’incubation de sept à dix jours environ, selon la température de l’eau. En général, la période de reproduction des épinoches à trois épines débute en avril et se termine en septembre (Scott et Crossman, 1973). McPhail (1994) a décrit la période de reproduction pour la paire d’épinoches du lac Misty : chez les deux formes, la reproduction débute en avril et se termine en juillet (les femelles gravides étaient trouvées en abondance pendant les mois de mai et juin).

Moodie (1972) a décrit le cycle vital de la forme lentique trouvée dans le bassin hydrographique du lac Mayer. Elle se reproduit au cours de son troisième été. Avant de mourir, les mâles peuvent effectuer environ cinq cycles de nidification au cours d’une même saison de reproduction. On ne connaît pas le nombre de pontes produites par les femelles, mais il est probablement inférieur à cinq. Reimchen (1992) a découvert que la forme lentique présente dans le lac Drizzle est atypique, car elle subsiste bien au-delà de la première saison de reproduction. Ces poissons peuvent vivre jusqu’à huit ans, soit environ le double de l’âge des autres populations d’épinoches à trois épines qui ont été étudiées.

En s’appuyant sur des données de fréquence des tailles des poissons échantillonnés en 2005, Baker (comm. pers., 2006) a pu fournir certains renseignements préliminaires sur le cycle vital de la paire du lac Misty. Les poissons trouvés dans le tributaire se reproduisent à un âge plus précoce que les poissons trouvés dans le lac ou dans l’effluent. Les femelles du lac se reproduisent depuis l’âge d’un an jusqu’à l’âge de cinq ans et les âges de reproduction de deux, trois et quatre ans sont relativement communs (une seule femelle de cinq ans se trouvait dans l’échantillonnage). Les poissons de l’effluent semblaient présenter les mêmes caractéristiques que les poissons du lac. Les femelles du tributaire présentaient un cycle vital différent, se reproduisant surtout à l’âge d’un an et de deux ans et où très peu étaient âgées de plus de trois ans (environ 90 p. 100 des femelles examinées étaient âgées de deux ans ou moins). Les épinoches du tributaire produisent plus d’œufs par frai que les poissons du lac ou de l’effluent; la taille des œufs ne diffère pas entre les trois habitats, mais ceux-ci sont assez gros comparativement aux œufs des autres populations d’épinoches.

Herbivores/prédateurs

Les épinoches à trois épines sont l’objet d’une forte prédation par les poissons (y compris la prédation cannibalique des nids par d’autres épinoches) et par les oiseaux piscivores (Scott et Crossman, 1973).

Physiologie

Il n’existe aucune donnée publiée sur la physiologie des épinoches occupant le bassin versant du lac Misty.

Déplacements et dispersion

Les études de Hendry et al. (2002) ont révélé que les épinoches lentiques placées dans un environnement lotique se déplaceront en aval, mais jamais en amont. Les individus lotiques ont tendance à demeurer dans le site de remise en liberté, mais, lorsqu’ils se déplacent, ils peuvent le faire dans les deux directions (en aval et en amont). Ces observations ont été appuyées par les travaux de Moore et Hendry (2005) portant sur le flux génétique entre les populations.

Relations interspécifiques

La forme lentique coexiste avec la truite fardée (Oncorhynchus clarkii), la truite arc-en-ciel (O. mykiss), le saumon coho (O. kisutch), la Dolly Varden (Salvelinus malma) et le chabot piquant (Cottus asper). La forme lotique coexiste avec la truite fardée, le saumon coho et la Dolly Varden.

Le régime alimentaire n’a pas été étudié, mais d’après les différences dans la morphologie de la bouche et des branchicténies, la forme lentique serait adaptée pour se nourrir de zooplancton dans les eaux libres du lac tandis que la forme lotique serait adaptée pour se nourrir de macroinvertébrés benthiques (Lavin et McPhail, 1986; McPhail, 1994).

Adaptabilité

Bien que différentes formes de Gasterosteus semblent avoir connu une évolution rapide à la suite de la dernière époque glaciaire, il est évident que les formes d’épinoches à trois épines dépendent de la stabilité de l’environnement pour conserver leurs différences adaptatives (plus spécifiquement, le maintien du régime sélectif). Par conséquent, elles sont vulnérables à des changements soudains dans leur environnement, y compris ceux provoqués par l’introduction d’espèces et la modification de l’habitat. Cette vulnérabilité a été démontrée par la récente et rapide disparition de la paire benthique-limnétique du lac Hadley, provoquée par l’introduction de la barbotte brune (Ameiurus nebulosus) (Hatfield 2001) et par l’effondrement de la paire d’épinoches benthique et limnétique du lac Enos, peut-être provoqué par des modifications dans l’habitat causées par l’introduction de l’écrevisse du Pacifique (Pacifastacus leniusculus) (COSEPAC, 2002).