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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur les épinoches du lac Misty (épinoche lentique du lac Misty et épinoche lotique du lac Misty) au Canada

Facteurs limitatifs et menaces

En règle générale, pour que l’isolation reproductive subsiste entre des formes divergentes d’épinoches, il est essentiel que le régime sélectif spécifique à la divergence soit maintenu. Des changements au régime sélectif peuvent briser les barrières reproductives et entraîner l’hybridation (comme pour la paire benthique-limnétique du lac Enos, sur l’île de Vancouver). Des populations peuvent également disparaître en raison d’introductions d’espèces (comme dans le lac Hadley, sur l’île Lasqueti, à proximité de l’île de Vancouver). L’hybridation pourrait ne pas être un phénomène aussi préoccupant chez les paires lentiques-lotiques puisque la plupart des poissons de forme lotique semblent se reproduire dans le tributaire, sans contact avec les sites de nidification des poissons de forme lentique (McPhail, 1994).

Le Misty Lake Ecological Reserve Purpose Statement (BC Parks, 2003) fait état de plusieurs problèmes de gestion potentiels : les répercussions potentielles d’une contamination par les hydrocarbures et les pesticides provenant de la route et de la halte routière adjacentes, de changements dans la qualité de l’eau et de changements hydrologiques entraînés par de l’exploitation forestière à proximité, d’introductions d’espèces non indigènes (poissons et plantes) et d’utilisations récréatives non conformes du lac (le canotage et la pêche illégale, qui peuvent augmenter les possibilités de répercussions nuisibles comme des changements dans la communauté aquatique). Si des écrevisses sont libérées dans le lac, cela pourrait nuire à la population du lac, comme il a été observé dans le lac Enos, également situé sur l’île de Vancouver (COSEPAC, 2002). Selon Moodie (1984), l’augmentation de l’activité des castors (Castor canadensis) représente une menace pour les épinoches géantes du lac Mayer, dans les îles de la Reine-Charlotte, car elle est susceptible d’entraîner une fluctuation des niveaux d’eau du lac. Toujours selon Moodie, des niveaux d’eau fluctuants peuvent avoir une incidence sur la disponibilité des sites de nidification. Dans le cas de la population lotique du lac Misty, les barrages de castors érigés dans le tributaire peuvent temporairement faire obstacle aux déplacements des poissons. Cependant, le castor est indigène à l’île de Vancouver et il ne semble pas être une menace sérieuse dans cette région.

Moore (comm. pers., 2005 et 2006) a enregistré, dans le tributaire, une augmentation du développement des algues à la suite de l’ouverture du couvert forestier du ruisseau par l’exploitation forestière. Ces algues épaisses et filamenteuses, qui occupent des sites peu profonds et où la pénétration lumineuse est bonne, pourraient avoir une incidence sur l’utilisation de l’habitat. Toute répercussion liée aux algues est cependant susceptible d’être temporaire, car leur densité diminuera au fur et à mesure que la végétation rivulaire se régénérera. Les répercussions cumulatives de l’exploitation forestière – l’érosion, la sédimentation, la modification du débit et les changements à l’échelle de la communauté benthique – pourraient être préoccupantes, en particulier pour l’habitat situé dans le tributaire. Cependant, aucune répercussion à long terme perceptible résultant d’activités forestières antérieures dans le bassin versant n’a été observée à ce jour. Au bord des petits ruisseaux, la feuillaison printanière se produit assez rapidement. Certains arbustes (comme le mûrier, la ronce remarquable, l’airelle rouge, etc.) et les aulnes poussent et fournissent de l’ombre relativement rapidement sur la côte. Selon les calendriers d’abattage de 2006, le bloc sera éloigné de quelques mètres du ruisseau de manière à laisser sur place un certain couvert forestier qui fournira également de l’ombre. Les épinoches occupent surtout les zones profondes du cours d’eau et non les sites peu profonds ayant été décrits, bien qu’il soit possible qu’elles utilisent ces derniers à certains moments (elles y effectuent peut-être un peu de recherche de nourriture). Il est improbable qu’elles dépendent beaucoup de ces zones, car elles seraient alors exposées à une plus forte pression de prédation. Bref, bien que ce bassin versant ait été exposé à des activités forestières par le passé, aucune répercussion perceptible durable sur les populations d’épinoches n’a été observée à ce jour. Toutefois, l’exploitation forestière future demeure un sujet de préoccupation, selon l’étendue des activités et leur proximité par rapport à l’habitat de l’épinoche.