Sauter l'index du livret et aller au contenu de la page

Programme de rétablissement de l'oponce de l'Est (Opuntia humifusa) au Canada

4. Détermination des menaces

Trois menaces importantes pèsent sur les trois populations indigènes existantes d'oponce de l'Est aux deux sites (deux populations au parc national de la Pointe Pelée [PNPP] et une à la réserve naturelle provinciale de la Pointe Fish [RNPPF]) : la perte d'habitat causée par la succession végétale, la perte d'habitat convenable attribuable à l'altération des régimes de perturbations naturelles et la cueillette (tableau 1).

Tableau 1 : Tableau de classification des menaces

MenaceÉtendueCertitude causaleOccurrenceFréquenceGravitéNiveau de préoccupation globale
Succession végétaleRépandueÉlevéeEn coursContinueÉlevéeÉlevé
Altération des régimes de perturbations naturellesRépandueÉlevée (populations des rives)En cours (populations des rives)ContinueÉlevéeModéré
CueilletteRépandueÉlevée (RNPPF), Modérée (PNPP)En coursRécurrenteModéréeModéré


4.1 Perte et détérioration de l'habitat convenable

La perte d'habitat convenable décrite ci après menace de faire disparaître les quelques petites populations canadiennes d'oponce de l'Est, déjà exposées à un environnement dynamique et rigoureux, en raison des phénomènes stochastiques (aléatoires).

4.1.1 Succession végétale

La succession végétale a entraîné la perte ou la détérioration de l'habitat de l'oponce de l'Est. En raison de l'altération des régimes de perturbations naturelles, l'oponce de l'Est doit faire concurrence directement à d'autres espèces végétales à mesure que se poursuit la succession végétale. L'oponce de l'Est ne tolère pas une telle concurrence, qui constitue la plus grande menace imminente qui pèse sur l'espèce et une des préoccupations principales. Cette menace, considérée comme grave, est présente dans les trois populations indigènes existantes.

4.1.2 Altération des régimes de perturbations naturelles

L'érosion des rivages entraîne la perte d'individus et d'habitat parce qu'elle nuit au processus de transport des sédiments du lac Érié (COSEPAC2000). Dans le passé, au parc national de la Pointe Pelée, des individus d'oponce de l'Est ont déjà été transplantés dans des endroits loin des rivages afin d'éviter qu'ils soient détruits par des tempêtes (Klinkenberg et Klinkenberg 1984).

4.2 Cueillette

La cueillette de spécimens, en tout ou en partie, représentant des individus génétiquement uniques, à des fins horticoles constitue depuis toujours une menace pour les populations canadiennes indigènes d'oponce de l'Est aux deux sites, plus particulièrement pour la petite population de la réserve naturelle provinciale de la Pointe Fish (Service canadien des parcs 1991, COSEPAC2000). En 2009, deux incidents liés à une cueillette ou à une tentative de cueillette ont été signalés au parc national de la Pointe Pelée (V. L. McKay comm. pers., L. Ritchie comm. pers., 2009).

4.3 Autres menaces

Voici des menaces que l'on considère comme potentielles ou historiques et dont les effets sur les populations d'oponce de l'Est sont jugés peu préoccupants pour l'instant.

  • Maladie: Des activités de surveillance de la population du parc national de la Pointe Pelée ont révélé que les parcelles d'oponces comportant plus de 75 tiges qui poussent dans des milieux recevant moins de 30 pour 100 de lumière étaient atteintes d'une forme de mildiou indéterminée compromettant leur santé et leur survie (Chiarot 1992).
  • Espèces non indigènes envahissantes: Les plantes non indigènes envahissantes constituent une menace importante pour les habitats où l'oponce de l'Est est présent. Des cas d'exclusion compétitive de l'oponce de l'Est par l'hémérocalle (espèce Hemerocallis), la centaurée maculée (Centaurea maculosa) et le mélilot blanc (Melilotus alba) ont été répertoriés (Service canadien des parcs 1991). La présence d'autres espèces ligneuses envahissantes accélère la succession naturelle.
  • Perte de l'intégrité génétique par l'introduction de gènes non indigènes: En cas de plantation d'oponces " exotiques " dans le voisinage immédiat des populations indigènes, la pollinisation croisée pourrait entraîner l'altération de la constitution génétique de la plante indigène.
  • Perte de l'intégrité génétique par l'isolement génétique de petites populations: L'isolement génétique peut causer des variations aléatoires dans la fréquence d'apparition d'un gène dans une petite population, qui deviendrait alors davantage le fruit du hasard que le résultat d'une sélection naturelle. Ce processus peut nuire à la constitution génétique de la population et créer des différences dans la population principale (effet fondateur). La conséquence de cette dérive génétique est plus marquée dans les petites populations isolées qui risquent de devenir moins résistantes.
  • Circulation hors sentier: Le parc national de la Pointe Pelée affiche un taux de fréquentation élevé en haute saison. Les visiteurs quittent parfois les sentiers balisés, ce qui cause la compaction du sol, l'introduction d'espèces exotiques et le piétinement d'espèces en péril (Geomatics International Inc. 1994). Les effets de cette menace perçue doivent être clarifiés et quantifiés. Bien qu'une circulation accrue de piétons puisse avoir des répercussions, ce type de perturbation permet de maintenir le caractère dénudé de l'écosystème des savanes des flèches de sable du lac Érié, ce qui en fait un habitat convenable pour l'oponce de l'Est.
  • Introduction d'espèces non indigènes envahissantes, y compris des organismes nuisibles et des maladies exotiques: Cette menace se rapporte principalement à une éventuelle invasion par la pyrale du Nopal (Cactoblastis cactorum), espèce sud américaine originaire de l'Argentine, du Paraguay, de l'Uruguay et du sud du Brésil. Les larves se nourrissent des raquettes de l'oponce; les blessures qui en résultent donnent accès aux agents pathogènes secondaires et entraînent des conséquences souvent fatales pour la plante (Zimmermann et al. 2000). Bien que la présence de la pyrale du Nopal ait été répertoriée en Floride, l'Agence canadienne d'inspection des aliments estime que cette espèce adaptée au climat tropical ne constitue pas une menace, car on croit qu'elle serait incapable de survivre à la rigueur de l'hiver canadien. Par contre, les effets sur l'oponce de l'Est pourraient être catastrophiques si ce n'était pas le cas.