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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Bec-croisé des sapins (percna) au Canada

Importance de l’espèce

Rôle écologique

Les becs-croisés représentent la quintessence des oiseaux des forêts boréales mondiales. Dans la forêt boréale, les becs-croisés sont répartis là où ils trouvent des graines de conifères en quantité suffisante, et leur présence est donc un indicateur direct de la disponibilité des cônes dans un secteur. Les forêts non exploitées ou matures constituent un habitat important pour les becs-croisés parce qu’elles offrent les récoltes de cônes les plus abondantes et les plus stables (Newton, 1972; Benkman, 1993b; Holimon et al., 1998). À Terre-Neuve, le Bec-croisé des sapins a souffert des effets de dégradations de l’habitat qui se sont traduites par une réduction de la disponibilité des graines. Un retour aux niveaux de population historiques, à l’époque où le Bec-croisé des sapins était commun, indiquerait que l’écosystème forestier indigène est en santé et fonctionnel.

 

Endémisme et spéciation

Le Bec-croisé des sapins de la sous-espèce percna est endémique au Canada. D’après les preuves disponibles, il semble que son aire de reproduction soit restreinte à l’île de Terre-Neuve. Étant donné qu’une étude récente a conclu que les Becs-croisés des sapins de l’Amérique du Nord devraient être considérés comme un groupe d’espèces jumelles plutôt que de sous-espèces (Groth, 1993b), la menace qui pèse sur l’unité taxinomique percna est d’importance. Si ce taxon venait à disparaître, c’est probablement une espèce et non une sous-espèce qui serait disparue.

En tant qu’espèce, le Bec-croisé des sapins n’est généralement pas en péril en Amérique du Nord (NatureServe, 2002), mais d’autres formes du Bec-croisé des sapins sont aussi en déclin. Ainsi, il est possible qu’une population de Becs-croisés des sapins vivant dans les collines Cypress à la frontière de l’Alberta et de la Saskatchewan soit disparue (Benkman et al., 2001; Parchman et Benkman, 2002). Par ailleurs, des populations de Becs-croisés des sapins de la Nouvelle-Angleterre (Dickerman, 1987)et des Maritimes, au Canada (Erskine, 1992), ont connu un déclin important au début du 20e siècle par suite de l’exploitation intensive du pin blanc. D’après les données des Recensements des oiseaux de Noël, le Bec-croisé des sapins serait également en déclin en Ontario (E. Dunn, comm. pers., 2004). Parmi les autres formes du genre Loxia qui sont en péril, mentionnons le Bec-croisé d’Hispaniola (L. megaplaga), qui est menacé par l’exploitation forestière et la fragmentation des forêts du pin indigène Pinus occidentalis dont il dépend (Benkman, 1994; Smith, 1997), et le Bec-croisé d’Écosse, qui pourrait dépendre au moins en partie des peuplements de pins indigènes en Grande-Bretagne (Summers et al., 2002). Ce sont deux espèces de becs-croisés à gros bec, endémiques à une île et s’alimentant dans les pins.