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Grenouille à pattes rouges (Rana aurora)

Résumé du rapport de situation

Le présent rapport résume la biologie, la répartition et la vulnérabilité des populations canadiennes de grenouilles à pattes rouges, en mettant l’accent sur les nouvelles informations disponibles depuis la rédaction du premier rapport de situation par Waye (1999). L’aire de répartition de la grenouille à pattes rouges au Canada se limite au sud-ouest de la Colombie-Britannique, où l’espèce est présente dans l’île de Vancouver, plusieurs îles du détroit de Georgia et les terres continentales adjacentes. Une nouvelle population a été découverte dans l’île Graham, dans les îles de la Reine-Charlotte en 2002; cette population est probablement le résultat d’une introduction humaine.

Les relevés dans les milieux humides et les observations fortuites depuis 1998 indiquent que la grenouille à pattes rouges demeure relativement répandue dans l’île de Vancouver et certaines régions de la Colombie-Britannique continentale. L’île de Vancouver demeure un point chaud des populations canadiennes de cette espèce. La répartition et la situation de l’espèce sur la Sunshine Coast et les régions côtières continentales au nord de Powell River sont méconnues, et la limite septentrionale de l’aire de répartition de l’espèce est indéfinie. Des relevés sont requis sur la côte centre-sud au nord de Vancouver (jusqu’à Rivers Inlet), car cette région englobe encore de vastes forêts relativement vierges qui pourraient constituer un refuge pour les grenouilles. À l’heure actuelle, on ignore si cette région est une partie importante de l’aire de répartition de l’espèce ou si elle y est périphérique.

La population canadienne de grenouilles à pattes rouges compte des dizaines de milliers d’adultes, peut-être plus, mais on ne dispose d’information précise sur la taille et les tendances des populations dans aucune région. L’aire de répartition de l’espèce semble diminuer dans les régions où le ouaouaron s’est établi, ce qui laisse entrevoir des déclins, voire des disparitions locales, dans les habitats affectés dans le sud de l’île de Vancouver. Par contre, la grenouille à pattes rouges demeure apparemment abondante dans certains secteurs de l’île de Vancouver où le crapaud de l’Ouest a subi des disparitions locales au cours de la dernière décennie. Certains déclins pourraient toutefois passer inaperçus parce que : (1) les relevés de l’espèce sont relatifs à la présence et à l’absence et aucune estimation de l’abondance n’a été faite récemment; (2) la plupart des secteurs de l’aire de répartition de l’espèce n’ont pas fait l’objet de relevés systématiques ou n’ont pas été étudiés du tout. Dans le passé, les pertes importantes d’habitats dans les milieux humides et les forêts se sont traduites par des disparitions et des déclins locaux dans les régions peuplées du sud et de l’est de l’île de Vancouver et des basses-terres continentales. La destruction et la fragmentation des habitats se poursuivent à un taux alarmant.

Les populations de grenouilles à pattes rouges sont vulnérables parce que : (1) une grande proportion de l’aire de répartition canadienne de l’espèce chevauche le sud-ouest densément peuplé de la province; (2) les populations sont particulièrement vulnérables aux coupes à blanc, et l’exploitation transforme rapidement des peuplements vieux et des forêts secondaires mûres en jeunes forêts au stade préclimacique; (3) les espèces introduites, en particulier le ouaouaron, qui s’étend rapidement, semblent affecter l’utilisation des sites de reproduction dans les milieux humides et le succès reproducteur; (4) les Ranidés semblent particulièrement susceptibles aux maladies, et des chytridiomycètes ont été isolés chez deux autres espèces du genre Rana en Colombie-Britannique; (5) les habitats sont de plus en plus fragmentés à cause de la transformation et de l’assèchement des terres et d’autres activités humaines. Les populations de cette espèce sont, par leur nature, vulnérables aux extinctions locales et à la fragmentation des habitats. On peut s’attendre à ce que la détérioration des habitats et le changement climatique planétaire intensifient les effets d’isolement et les extinctions locales et nuisent aux espèces d’amphibiens qui ont besoin de beaucoup d’espace, comme la grenouille à pattes rouges.

Une ébauche de lignes directrices de gestion de l’espèce a été préparée dans le cadre de l’IWMS aux termes de la BC Forest and Range Practices Act. Les mesures prévues par ces lignes directrices deviendront obligatoires sur les terres forestières publiques dans un proche avenir et aideront à protéger les habitats et les populations. L’IWMS prévoit des lignes directrices pour la protection et la gestion de la grenouille à pattes rouges par l’établissement de zones d’habitat faunique et de mesures générales sur les espèces sauvages (General Wildlife Measures, ou GWM). Cependant, de nombreuses incertitudes persistent quant à la mise en œuvre de ces lignes directrices; en outre, ces dernières ne sont pas obligatoires sur les terres privées, notamment les grandes forêts privées de l’île de Vancouver.