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Grenouille à pattes rouges (Rana aurora)

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COSEPAC
Résumé

Grenouille à pattes rouges
Rana aurora

Information sur l’espèce

La grenouille à pattes rouges (Rana aurora) est l’une des six espèces indigènes de ranidés, ou « vraies grenouilles » (famille des Ranidés), de l’ouest de l’Amérique du Nord. Deux sous-espèces sont reconnues : la grenouille du Nord à pattes rouges (R. a. aurora), présente au Canada, et le R. a. draytonii (« California Red-legged Frog »). Il s’agit d’une grenouille de taille moyenne, les adultes mesurant en général entre 50 et 70 mm de longueur, aux membres relativement longs et aux pattes palmées.

Répartition

L’aire de répartition de la grenouille du Nord à pattes rouges s’étend depuis le sud-ouest de la Colombie-Britannique jusqu’au nord-ouest de la Californie. Au Canada, l’espèce est présente dans l’ensemble de l’île de Vancouver, sur plusieurs îles du détroit de Georgia et sur la partie continentale adjacente du sud-ouest de la Colombie-Britannique, où son aire de répartition chevauche celle de la grenouille maculée de l’Oregon (R. pretiosa), espèce désignée rare. En 2001, on a rapporté des observations en plusieurs endroits de l’île Graham, dans les îles de la Reine-Charlotte, où l’espèce a vraisemblablement été introduite.

Habitat

La grenouille à pattes rouges occupe des forêts humides de faible altitude. Ses habitats de reproduction sont aquatiques, et ses habitats d’alimentation, terrestres. Les individus se reproduisent dans des étangs, des fossés, des sources, des marais ainsi que sur les rives de grands lacs et dans les sections de rivières aux eaux calmes, généralement là où la végétation émergente est abondante. Les individus métamorphosés passent la plupart du temps sur la terre ferme et occupent divers types de forêts; c’est toutefois dans les peuplements anciens et humides qu’ils sont le plus abondants. Les zones de coupe à blanc entravent leurs déplacements, en particulier quand les conditions sont sèches.

Biologie

La grenouille à pattes rouges se reproduit pendant une courte période au début du printemps. Les mâles lancent leurs appels de reproduction surtout sous l’eau; ceux-ci peuvent donc passer inaperçus. On compte jusqu’à 1 300 œufs par ponte. Les œufs éclosent généralement vers la fin du printemps, et les têtards se métamorphosent en juillet-août. On relève le taux de mortalité le plus élevé au stade de têtard.

Les adultes se déplacent entre les sites de reproduction aquatiques et les sites d’alimentation terrestres, parfois sur de nombreux kilomètres. L’hibernation a lieu sous l’eau ou sur la terre ferme.

Taille et tendances des populations

Bien qu’on ne dispose d’aucune estimation récente des populations dans quelque emplacement que ce soit, il n’y a aucune bonne raison de croire que le nombre d’adultes reproducteurs au Canada est assez faible pour que la population corresponde à l’un ou l’autre des critères quantitatifs du COSEPAC. Les relevés effectués depuis 1997 indiquent que l’espèce demeure répandue dans son aire de répartition connue. Dans la vallée du cours inférieur du fleuve Fraser, certains signes indiquent que les polluants sont en partie responsables de la rareté des grenouilles à pattes rouges dans les secteurs agricoles, mais des facteurs liés à l’habitat entrent probablement aussi en jeu. Seules quelques sources font état de la présence de l’espèce dans la région côtière au nord de Vancouver et près de la limite septentrionale de son aire de répartition, et son abondance dans ces régions demeure inconnue. Les tendances des populations de grenouilles à pattes rouges sont inconnues, car les données disponibles relativement à la présence et à l’absence ne reflètent pas nécessairement l’abondance de l’espèce.

Facteurs limitatifs et menaces

La limite septentrionale de l’aire de répartition naturelle de la grenouille à pattes rouges se trouve dans le sud de la Colombie-Britannique. Les menaces anthropiques qui pèsent sur l’espèce sont notamment la fragmentation des habitats, l’assèchement des milieux humides, la perte et la modification des habitats forestiers, la disparition de la végétation riveraine, la pollution des habitats de reproduction causée par les pesticides, les herbicides et les engrais, et l’introduction d’espèces de poissons non indigènes pour la pêche récréative et de ouaouarons dans les habitats aquatiques. L’aire de répartition de l’espèce chevauche les secteurs les plus peuplés de la province; les régions de faible altitude occupées par l’espèce sont également celles qui ont connu le plus grand développement. La modification des habitats se poursuit; la fragmentation est particulièrement préoccupante, compte tenu des migrations saisonnières entre les habitats forestiers et les sites de reproduction dans les milieux humides.

Importance de l’espèce

Le déclin des populations d’amphibiens dans le monde entier a été largement couvert par la presse populaire et par les bulletins de nouvelles. En raison de ses besoins d’espace relativement grands et de son lien étroit avec les forêts humides, les berges des cours d’eau et les milieux humides, la grenouille à pattes rouges est devenue un symbole de l’importance de la nature, de la santé des écosystèmes forestiers et de l’importance des liens entre les éléments de l’ensemble d’un paysage.

Protection actuelle ou autres désignations de statut

En Colombie-Britannique, la grenouille à pattes rouges figure sur la liste bleue provinciale des espèces en péril (c’est-à-dire les espèces considérées comme particulièrement sensibles ou vulnérables aux activités humaines ou aux perturbations naturelles). Le Rana aurora fait partie de la stratégie de gestion des espèces sauvages désignées (Identified Wildlife Management Strategy, ou IWMS), version 2004, qui prévoit des lignes directrices précises pour la gestion des habitats. Cependant, les modalités de mise en œuvre de ces lignes directrices sont encore passablement incertaines. La loi ne s’applique pas aux terres privées, dont de grandes concessions privées d’exploitation forestière de l’île de Vancouver se trouvent au cœur de l’aire de répartition de l’espèce. La Wildlife Act de la Colombie-Britannique interdit la capture, la possession et le commerce de tous les vertébrés indigènes, y compris les amphibiens. Cette loi a une efficacité limitée pour protéger les grenouilles, car elle est difficile à mettre en application et ne couvre pas les dommages aux habitats.