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Grenouille à pattes rouges (Rana aurora)

Habitat

La grenouille à pattes rouges vit dans les forêts humides de basse altitude et a besoin d’habitats de reproduction aquatiques et d’habitats d’alimentation terrestres dans une configuration spatiale convenable pour passer par les différents stades de son cycle biologique. L’hibernation peut avoir lieu sur le sol forestier ou dans l’eau (Licht, 1969), mais les besoins précis de l’espèce en sites d’hibernation sont méconnus.

 

Altitude

L’espèce a été observée à des altitudes variant du niveau de la mer à 860 m dans l’État de Washington et à 1 427 m d’altitude dans l’État de l’Oregon (Leonard et al., 1993). En Colombie-Britannique, l’occurrence la plus élevée en altitude a été relevée à 1 040 m (E. Wind, données inédites), mais la plupart des occurrences dans la province sont observées à des altitudes inférieures à 500 m. Dans la région de la baie Clayoquot, sur la côte ouest de l’île de Vancouver, Beasley et al. (2000) ont observé plus de grenouilles à pattes rouges dans les milieux humides situés à moins de 500 m d’altitude (taux d’occupation de 30 p. 100) que dans ceux situés à plus de 500 m d’altitude (taux d’occupation de 14 p. 100); le site le plus élevé était à 710 m d’altitude. Wind (2003 et données inédites) a mené des relevés d’amphibiens dans 236 milieux humides à des altitudes variant entre le niveau de la mer et 1 200 m. L’altitude moyenne d’occurrence de l’espèce était de 515 m, mais la plupart des sites étaient à plus basse altitude (mode = 180 m).

 

Habitats de reproduction aquatiques

La grenouille à pattes rouges se reproduit dans une variété de plans d’eau permanents et temporaires, comme des trous, des étangs, des fossés, des sources, des marais, les rives de grands lacs et les sections de rivières aux eaux calmes (Blaustein et al., 1995 et les références qui s’y trouvent). Les sites de reproduction se trouvent généralement dans des zones où la végétation émergente est abondante (Adams, 1999; Ostergaard et Richter, 2001). Dans les sites de reproduction, les femelles pondent leurs œufs dans des eaux calmes, à des endroits ensoleillés pendant au moins une partie de la journée (Licht, 1969).

Dans les Puget Lowlands de l’État de Washington, les milieux humides où l’on a retrouvé le plus souvent cette espèce ont une faible pente et sont exposés au sud; ces seules caractéristiques des habitats pouvaient expliquer 63 p. 100 de la variation dans l’occupation des milieux humides (Adams, 1999). Les habitats de reproduction dans les plans d’eau permanents étaient le plus souvent de vastes milieux humides dont la structure est complexe. Dans l’État de Washington, Ostegaard et al. (2003) ont observé des individus se reproduisant dans des étangs de collecte des eaux pluviales (c’est-à-dire de petits réservoirs naturels ou modifiés pour le stockage des eaux pluviales). La présence de l’espèce a été positivement corrélée avec la complexité du milieu humide, laquelle est mesurée en calculant le rapport entre la couverture de végétation émergente et les eaux libres et le pourcentage du couvert forestier environnant. Les masses d’œufs étaient les plus nombreuses dans les étangs où le couvert forestier comptait pour 30 p. 100 de la superficie à moins de 200 m des bords de l’étang. Dans la baie Clayoquot, à l’île de Vancouver, les grenouilles à pattes rouges étaient plus fréquemment observées dans des marécages et des tourbières que dans d’autres types de milieux humides comme les étangs, les marais et les sections peu profondes de grands plans d’eau (Beasley et al., 2000).

Adams (2000) a rapporté que le taux de survie des têtards de grenouilles à pattes rouges dans des enclos expérimentaux était très variable d’un site à l’autre, mais tendait à être plus faible dans les milieux humides permanents que dans les milieux humides temporaires. Cette différence était peut-être due aux gradients d’habitat ou aux effets indirects des prédateurs indigènes ou exotiques. Ces études semblent indiquer que les plans d’eau permanents, qui abritent plus de prédateurs, peuvent constituer des habitats puits plutôt que des habitats sources pour le recrutement dans les populations. On doit donc garder à l’esprit que les données faisant uniquement état de la présence ou de l’absence de l’espèce ne permettent pas nécessairement de conclure qu’un habitat de reproduction est adéquat ou non puisque ces données ne contiennent aucune information sur la survie des grenouilles juvéniles.

 

Habitats d’alimentation terrestres

Les individus métamorphosés passent une bonne partie de leur vie dans des habitats terrestres. Les adultes sont souvent observés au sol à proximité de milieux humides ou sur les berges boisées de cours d’eau (Blaustein et al., 1995 et références qui s’y trouvent). En dehors de la saison de reproduction, le R. a. draytonii demeure dans un rayon de 130 m de son site de reproduction aquatique (Bulger et al., 2003). La grenouille du Nord à pattes rouges est moins attachée aux plans d’eau et aux habitats riverains que le R. a. draytonii, qui est plus aquatique (Hayes et Miyamoto, 1984). Par contre, une étude dans le nord de l’île de Vancouver a révélé que les individus suivis par télédétection étaient relativement sédentaires et demeuraient généralement à 36 m ou moins de la rive de cours d’eau forestiers (Chan-McLeod, 2003a; voir aussi la section « Déplacements et dispersion »). Lorsque les conditions sont propices, ces grenouilles peuvent être observées sur le sol des forêts loin des plans d’eau; on a observé des individus à une distance de 200 à 300 m d’un plan d’eau pendant des nuits pluvieuses (Nussbaum et al., 1983).

Les grenouilles à pattes rouges habitent des types variés de forêts de stades différents, mais semblent plus abondantes dans les peuplements anciens et humides (questions traitées dans Waye, 1999; Blaustein et al., 1995; voir aussi la section « Facteurs limitatifs et menaces » pour connaître les liens avec la foresterie). Dans les monts Cascades de l’État de Washington, l’espèce affiche la plus forte abondance dans les peuplements mûrs et la plus faible abondance dans les jeunes peuplements (Aubry et Hall, 1991). L’abondance est négativement corrélée avec l’élévation et l’inclinaison du terrain. Les captures sont également associées à des conditions modérément humides dans des peuplements forestiers anciens; les peuplements vieux et très humides semblent un peu moins bien adaptés. Grâce à l’étude d’un ensemble plus récent de séries temporelles dans une forêt secondaire dominée par le douglas taxifolié, Aubry (2000) a constaté que l’espèce est plus abondante dans les peuplements approchant le stade de révolution (de 50 à 70 ans) que dans les peuplements plus jeunes, où seules de rares captures ont été réalisées. Les peuplements approchant le stade de révolution avaient un couvert fermé et comptaient des arbres d’une hauteur de 30 à 45 m; la couche d’herbes et d’arbustes s’était rétablie, mais la quantité de gros débris ligneux était faible comparativement à celle des peuplements vieux. Selon une étude menée dans l’État de Washington et l’État de l’Oregon, l’espèce était la plus abondante dans des habitats de faible altitude et relativement peu inclinés, mais il n’y avait aucune corrélation entre le stade des peuplements (classés comme vieux, mûrs ou jeunes) et l’abondance (Bury et al., 1991). Il est possible que les relations entre l’espèce et le stade des forêts varient selon l’emplacement géographique, le type de forêt, l’humidité ou d’autres conditions.

Dans l’île de Vancouver et les îles Gulf, les mentions de répartition et les observations anecdotiques indiquent que l’espèce est commune dans des forêts secondaires. On la trouve parfois dans des jardins de banlieue et des étangs saisonniers sur des pâturages et des terres agricoles adjacents à des forêts. Dans l’île de Vancouver, Wind (2003) a observé l’espèce dans des milieux humides situés autant dans des zones récemment déboisées que dans des forêts anciennes. L’abondance relative et les caractéristiques de survie n’ont pas été étudiées (voir la sous-section « Facteurs limitatifs et menaces, Effets de l’exploitation forestière » pour une analyse des effets du déboisement sur l’espèce). Les données relatives à la présence et à l’absence sont insuffisantes pour déterminer la distribution de l’abondance et savoir si certains habitats constituent en réalité des puits de dispersion, où les populations se maintiennent par l’immigration plutôt que par la reproduction (recrutement).

 

Habitats de dispersion

Dans le présent rapport, les habitats de dispersion sont définis comme les habitats que doivent traverser les grenouilles pour accéder aux différents habitats saisonniers qu’elles occupent durant leur cycle biologique, par exemple les habitats situés entre les habitats d’alimentation terrestres et les habitats de reproduction aquatiques, de même que les habitats qui séparent des sous-populations ou des groupes spatialement distincts. On a postulé que les zones riveraines constituent des couloirs qu’empruntent les grenouilles à pattes rouges pour traverser des habitats inhospitaliers, mais ce postulat est peu étayé. Bulger et al. (2003) ont rapporté que, lors de migrations, des R. a. draytonii ont pu traverser de nombreux habitats terrestres jusqu’à plus de 500 m de tout point d’eau; aucune association avec une communauté végétale ou une topographie particulière n’a été relevée. Les auteurs ont conclu que les habitats de dispersion de l’espèce n’avaient pas de caractéristiques particulières et étaient largement distribués, ce qui complique d’autant plus leur protection. Cependant, les habitats qui conservent l’humidité pendant une sécheresse sont probablement plus favorables à la dispersion que les zones déboisées.

D’après les travaux de Chan-McLeod (2003b) dans le nord de l’île de Vancouver, des adultes déplacés dans le cadre d’expériences étaient attirés par les zones riveraines de cours d’eau larges (3 m de largeur) et non par les cours d’eau étroits (1,5 m de largeur et moins). Cependant, les grenouilles évitaient les parties non boisées des ruisseaux dans les zones déboisées et ne les empruntaient pas comme couloirs de déplacement; leurs déplacements le long de ruisseaux avec zones tampons riveraines n’ont pas été étudiés. Les déplacements dans les zones de coupe à blanc augmentaient les jours de pluie, alors que ces zones constituaient des obstacles aux déplacements les jours chauds et secs. Une autre expérience menée dans le nord de l’île de Vancouver a révélé que les grenouilles déplacées se dirigeaient au hasard dans des zones déboisées sans réussir à utiliser les bosquets d’arbres résiduels comme tremplin; cependant, des déplacements dirigés vers des bosquets d’arbres résiduels de grande taille sont observés lorsque ceux-ci se trouvent à une courte distance (de 5 à 50 m) (Chan-McLeod et Moy, version non définitive). Les auteurs ont supposé que les habitats ouverts, comme les zones de coupe à blanc, pouvaient constituer des habitats puits, où les grenouilles en dispersion ou en migration peuvent subir une forte mortalité en raison de la prédation ou de la dessiccation.

On a observé que ces grenouilles traversaient des routes, surtout les nuits pluvieuses (Nussbaum et al., 1983). La mortalité sur les routes peut être très élevée là où les couloirs de dispersion traversent des autoroutes ou des routes principales (Beasley, 2003; B. Beasley, comm. pers.).

 

Tendances

Au cours du siècle dernier, les habitats de la grenouille à pattes rouges ont été affectés par les activités humaines dans la plupart de l’aire de répartition de l’espèce en Colombie-Britannique. La détérioration et la perte d’habitats sont importantes dans le sud et l’est de l’île de Vancouver, la vallée du cours inférieur du fleuve Fraser et certaines parties de la Sunshine Coast. Le taux et l’irréversibilité de la dégradation des habitats sont les plus élevés dans ces régions à cause de l’agriculture, de l’urbanisation, de l’exploitation forestière et de l’introduction d’espèces exotiques. Le ouaouaron (R. catesbeiana) est une espèce exotique particulièrement préoccupante, car sa présence nuit aux populations de grenouilles à pattes rouges (Govindarajulu, 2003; voir la sous-section « Facteurs limitatifs et menaces, Espèces introduites »). Bien que le ouaouaron et la grenouille verte (Rana clamitans), une autre espèce exotique, soient les plus abondants dans les zones habitées par l’humain, ces espèces ont commencé à coloniser les milieux humides et les zones rurales, détériorant ainsi la qualité des sites de reproduction de la grenouille à pattes rouges. Dans l’aire de répartition de la grenouille à pattes rouges, le ouaouaron est présent dans la plus grande partie des basses-terres continentales, le sud-est de l’île de Vancouver (de Victoria à Parksville) et dans quelques-unes des îles Gulf (Govindarajulu, 2003). La grenouille verte, présente dans plusieurs localités du sud-est de l’île de Vancouver et des basses-terres continentales, peut également nuire aux amphibiens indigènes, mais les interactions possibles avec cette espèce n’ont pas été étudiées.

La détérioration des habitats dans les régions plus éloignées du nord et de l’ouest de l’île de Vancouver et sur la partie continentale côtière au nord de Powell River est surtout attribuable à l’exploitation forestière sur des terres de la Couronne. Les impacts des activités forestières sur les terres de la Couronne assujetties à la Forest and Range Practices Act pourraient être moins graves et de plus courte durée que les impacts d’autres activités humaines, dans la mesure où les milieux humides sont protégés et où on laisse les forêts se régénérer. Cependant, la construction de routes risque particulièrement de détériorer irréversiblement les milieux humides et d’entraîner une mortalité additionnelle.

Île de Vancouver

Les zones urbaines et agricoles, qui couvraient environ 4 p. 100 de la superficie de l’île (soit environ 1 200 km2) en 1989 (BC Ministry of Forests, 1991), sont en expansion rapide. L’agriculture et l’urbanisation causent des changements sévères et à long terme dans les habitats. Les habitats forestiers et humides des basses altitudes (moins de 500 m au-dessus du niveau de la mer) chevauchent en grande partie les zones d’habitation humaine dans le sud et l’est de l’île de Vancouver. Ces habitats ont été endommagés et fragmentés de manière permanente par l’assèchement des milieux humides, la pollution des plans d’eau et le déboisement. La population humaine du sud de l’île de Vancouver a augmenté de 2,7 p. 100 entre 1996 et 2001 et continue de s’accroître rapidement (Statistique Canada, 2003). On a construit récemment une autoroute à deux voies qui longe la côte à l’intérieur des terres entre Campbell River et Nanaimo. Cette autoroute a facilité le développement dans la région.

L’exploitation forestière a touché une bonne partie des forêts de faible altitude habitées par la grenouille à pattes rouges. L’imagerie par satellite révèle qu’en 1989 environ 45 p. 100 des terres de l’île étaient couvertes de forêts immatures (BC Ministry of Forests, 1991). On estime que la plupart de ces forêts immatures sont le résultat de l’exploitation forestière puisque, dans cette région, les feux de forêt, les invasions de ravageurs et les chablis sont relativement rares (MacKinnon et Eng, 1995). L’exploitation forestière se poursuit à un rythme intense depuis les 14 dernières années. En 1999, l’imagerie par satellite a révélé qu’environ 70 p. 100 des forêts des basses et moyennes altitudes (à l’exclusion des forêts de pruches subalpines, des muskegs et des sols nus) sont immatures (Sierra Club, 2003). La partie sud-est de l’île, entre Campbell River et Victoria, est constituée principalement de concessions forestières privées qui ont été intensivement exploitées; presque toute la forêt de peuplement vieux des basses et moyennes altitudes a été coupée. Les parties nord et ouest de l’île sont des terres de la Couronne, où l’on trouve davantage de peuplements vieux. Cependant, la plupart de cette région est devenue une mosaïque de zones de coupe à blanc récentes, de jeunes forêts et de parcelles de peuplement vieux. Les zones protégées constituent l’exception (voir la section « Protection et propriété » plus loin).

Les effets de l’exploitation forestière sur les grenouilles se font probablement sentir à moyen terme, et on peut s’attendre à ce que les habitats s’améliorent à mesure que les forêts secondaires vieillissent et que les milieux humides se rétablissent. Dans le sud de l’île, par contre, la coupe de forêts secondaires de basse altitude est en progression, et les habitats régénérés sont encore une fois malmenés. On prévoit que les nouvelles lignes directrices de la stratégie de gestion des espèces sauvages désignées (Identified Wildlife Management Strategy, ou IWMS) protègent dans une certaine mesure les habitats restants dans les forêts secondaires mûres et les forêts de peuplement vieux (voir la section « Protection et propriété » plus loin).

Basses-terres continentales

Les basses-terres continentales, région longeant la vallée du cours inférieur du fleuve Fraser de Vancouver à Hope, englobe environ 10 p. 100 de l’aire de répartition canadienne de la grenouille à pattes rouges. Cette région était probablement une partie importante de l’aire de répartition de l’espèce en Colombie-Britannique dans le passé. En effet, elle abritait autrefois des habitats productifs et étendus de forêts et de milieux humides de faible altitude. Avant le début du XIXe siècle, la vallée du cours inférieur du fleuve Fraser comptait de vastes forêts d’arbres géants avec des marécages et des milieux humides de grande étendue le long des cours d’eau (Boyle et al., 1997). Depuis la colonisation de la région par les Européens, la plupart de la forêt de peuplement vieux a disparu, et les milieux humides, qui occupaient auparavant 10 p. 100 du territoire, n’en occupaient plus que 1 p. 100 en 1990 (Boyle et al., 1997). La détérioration des habitats dans les basses-terres continentales a été très marquée au cours du siècle dernier à cause de nombreuses modifications permanentes au paysage. Le développement urbain et l’agriculture continuent de s’intensifier dans la région, qui connaît l’une des croissances les plus rapides au Canada. La population humaine des basses-terres continentales a augmenté de 8,3 p. 100 entre 1996 et 2001 (Statistique Canada, 2003). Cette croissance ne se limite plus à Vancouver; elle touche aussi les collectivités de la vallée du cours inférieur du fleuve Fraser entre Surrey et Chilliwack. Par conséquent, la pression se fait fortement sentir pour développer les terres de la région, y compris les derniers peuplements de forêt mûre et les milieux humides. L’agriculture dans la vallée du cours inférieur du fleuve Fraser a causé de grandes pertes d’habitats en conséquence de l’assèchement des milieux humides, de la pollution et du déboisement. Les habitats qui restent sont très fragmentés, ce qui menace les populations de grenouilles à pattes rouges, en particulier là où la disparition des habitats se poursuit et où les espèces exotiques prolifèrent.

Côte centre-sud (Sunshine Coast vers le nord jusqu’aux îles Bramham et le Rivers Inlet)

Sur la Sunshine Coast, le développement résidentiel le long de la côte entre Gibsons et Powell River a augmenté au cours de la dernière décennie, ce qui s’est traduit par la détérioration et la perte de milieux humides et du couvert forestier adjacent. L’exploitation forestière touche également de grands secteurs, en particulier dans les habitats de faible altitude le long de la côte (Sunshine Coast Regional District, 2003; carte du couvert forestier).

Les pertes permanentes d’habitats sont relativement mineures dans les régions côtières au nord de Powell River, où la population humaine est très faible. L’exploitation forestière a lieu surtout sur des terres de la Couronne et atteint son maximum entre Powell River et Knight Inlet, en particulier dans les régions à faible altitude et dans les îles. De grands secteurs de forêt de peuplement vieux existent toujours au nord de Knight Inlet (BC Ministry of Forests, 2003). On a bien peu de relevés d’amphibiens dans la région côtière centrale de la Colombie-Britannique, et la limite septentrionale de l’aire de répartition de la grenouille à pattes rouges (au nord du 51degré de latitude nord) le long de la côte sont inconnues. Bien qu’il soit possible que la région côtière centrale soit moins productive pour l’espèce à cause du climat rigoureux et du terrain accidenté, cette région est relativement vierge et pourrait abriter une portion importante de la population de la province. Des relevés sont requis dans la région pour préciser la répartition de l’espèce.

 

Protection et propriété

Parcs et autres zones protégées

Dans l’île de Vancouver, environ 13 p. 100 des terres sont protégées. Vingt-quatre pour cent des terres de l’île sont privées, dont 75 p. 100 appartiennent à des intérêts forestiers privés (Sierra Club, 2003; van Kooten, 1995). La plupart des terres privées forestières et des développements urbains et agricoles se trouvent dans la partie sud-est de l’île de Vancouver. Cette région semble importante pour la grenouille à pattes rouges; la majorité des sites d’occurence historiques s’y trouvent. Il se peut que l’abondance des forêts de basse altitude et des sites de reproduction en milieux humides y soit pour quelque chose, bien que les relevés reflètent probablement des données d’observation partielles. Pourtant, peu de terres sont protégées dans cette région. En 2003, la réserve de parc national du Canada des Îles-Gulf a été créée au large de la côte sud-est de l’île de Vancouver. Ce nouveau parc est composé principalement de terres qui faisaient déjà partie de parcs provinciaux ou régionaux, mais certaines nouvelles acquisitions y ont été incluses. Plusieurs secteurs du parc abritent des habitats pour la grenouille à pattes rouges. Dans le nord et l’ouest de l’île de Vancouver, la plupart des terres appartiennent à la Couronne et sont exploitées par des compagnies forestières.

Dans les basses-terres continentales, très peu de terres sont protégées. Celles qui le sont font partie de petits parcs ceinturés de zones urbaines ou rurales développées. Nombre des sites connus habités par la grenouille à pattes rouges dans la vallée du cours inférieur du fleuve Fraser se trouvent dans ces parcs et, bien que les terres soient protégées, la détérioration et la fragmentation des habitats y sont préoccupantes (Waye, 1999). Les milieux humides des basses-terres continentales sont menacés par l’étalement urbain, qui peut entraîner la perte directe d’habitats, la dégradation d’habitats due à la fragmentation, la contamination par des polluants transportés dans les égouts pluviaux, la modification des réseaux hydrographiques et l’introduction et la prolifération d’espèces exotiques (Schaefer, 1994; R. Rithaler, comm. pers.).

On compte relativement peu de zones protégées sur la Sunshine Coast et la côte centre-sud, où la majorité des terres sont zonées pour l’exploitation forestière. Les principaux parcs existants ou proposés dans la région sont ceux du cap Caution et de l’île Bramham, Ahnuhati, Smokehouse, Broughton, Desolation Sound et Tetrahedron. Seulement 3,6 p. 100 des terres de la Sunshine Coast sont actuellement protégées, par comparaison à 12 p. 100 dans l’ensemble de la province (Sunshine Coast Regional District, 2002).

Réglementation et lignes directrices relatives à l’exploitation forestière

La Forest and Range Practices Act contient certaines dispositions sur la protection des habitats de la grenouille à pattes rouges, soit les mesures décrites dans le Riparian Management Area Guidebook et les mesures générales sur les espèces sauvages (General Wildlife Measures, ou GWM) prévus par l’IWMS. Le Riparian Guidebook recommande l’établissement de zones tampons de couvert forestier vierge en bordure des grands milieux humides et cours d’eau. Cependant, les petits milieux humides (moins de 0,5 ha), largement utilisés par la grenouille à pattes rouges, ne sont pas visés par les dispositions du Riparian Guidebook.

L’IWMS prévoit des lignes directrices pour la protection et la gestion de la grenouille à pattes rouges par la création de zones d’habitats fauniques, et par des mesures connexes prévues dans les GWM. La priorité pour les zones d’habitats fauniques sera l’établissement d’un réseau de petits milieux humides éphémères et permanents (un minimum de trois milieux humides distants de moins de 300 m), en particulier dans les secteurs où les grenouilles sont présentes (Maxcy, 2003). La taille des zones d’habitats fauniques est généralement inférieure à 10 ha. Parmi les autres caractéristiques des zones d’habitats fauniques possibles, on prévoit une grande complexité structurelle des habitats terrestres et aquatiques, un substrat humique dans les milieux humides, un couvert forestier et végétal autour des milieux humides, l’absence de poissons prédateurs et de ouaouarons, une altitude de faible à moyenne (moins de 850 m du niveau de la mer) et la présence d’eau jusqu’à tard dans l’été. Jusqu’à présent, aucune zone d’habitats fauniques pour la grenouille à pattes rouges n’a été créée ni proposée.

À l’heure actuelle, l’IWMS ne stipule pas quel pourcentage des milieux humides doit être protégé des activités forestières pour assurer la viabilité des populations de grenouilles dans une région donnée. Les GWM contiennent des dispositions sur le tracé des chemins forestiers pour réduire le plus possible la mortalité par les véhicules, sur le maintien des régimes hydrologiques et de la végétation émergente des milieux humides et sur la conservation du couvert forestier et des gros débris ligneux dans les secteurs entourant les milieux humides. Bien que ces mesures puissent considérablement protéger les habitats, de nombreuses incertitudes persistent quant à leur mise en œuvre. En outre, peu de ces mesures ont été mises à l’épreuve, et leur efficacité est jusqu’ici inconnue.  

La Forest and Range Practices Act prévoit également des mesures de protection de nature plus générale, comme une limite de taille des zones de coupe à blanc et des dispositions sur les parcelles boisées et les zones de conservation, qui pourraient protéger les habitats de la grenouille à pattes rouges. Toutes les mesures de protection des habitats fauniques sur les terres forestières privées, dans lesquelles se trouvent de grandes portions de l’habitat de l’espèce dans le sud de l’île de Vancouver et dans les basses-terres continentales, sont actuellement prises de manière volontaire seulement.

Planification urbaine et initiatives de protection

Les administrations municipales et régionales des basses-terres continentales, de l’île de Vancouver et de la Sunshine Coast ont préparé des plans d’utilisation des terres, des règlements municipaux et des règles de zonage qui offrent une certaine protection des habitats en milieux humides. Les promoteurs sont tenus de se conformer aux règlements municipaux, d’atténuer les impacts et de protéger les habitats fauniques, dans la mesure du possible. Récemment, une série de pratiques de gestion exemplaires à l’échelle de la province pour les amphibiens et les reptiles a été élaborée par le Ministry of Water, Land and Air Protection (Ovaska et al., 2003). Les pratiques de gestion exemplaires proposent des lignes directrices et des mesures précises à l’intention des promoteurs et des gouvernements locaux souhaitant protéger ou restaurer des habitats pour ces animaux. Malheureusement, les zones protégées et les projets de restauration dans les cadres urbains et ruraux tendent à être de petite échelle, et les habitats sont souvent très fragmentés. Ils n’apportent probablement que des bienfaits mineurs pour la grenouille à pattes rouges, qui a besoin de grandes sections de forêt autour des milieux humides.

En 2003, la municipalité de Delta (au sud de Vancouver) est devenue la première municipalité de Colombie-Britannique à évaluer la répartition et la situation des amphibiens de sa collectivité. La municipalité a mis sur pied In-Stream Works Windows, un programme détaillé visant à protéger les amphibiens et leurs habitats dans les zones riveraines (R. Rithaler, comm. pers.). Les organisations de conservation, comme Canards Illimités, Nature Trust of BC et The Land Conservancy, acquièrent, protègent et restaurent des milieux humides et les habitats terrestres adjacents dans le sud-ouest de la Colombie-Britannique. Certains projets, comme ceux des milieux humides du lac Cheam, des milieux humides de l’île Codd, du marais Pitt-Addison, de la tourbière Burns et de la tourbière Blaney, pourraient être de taille suffisante pour protéger à la fois les milieux humides et le couvert forestier adjacent indispensables à la grenouille à pattes rouges.