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Grenouille à pattes rouges (Rana aurora)

Taille et tendances des populations

Taille des populations

Le nombre d’adultes dans les sites de reproduction varie entre des centaines et des milliers, selon la grandeur et les caractéristiques des milieux humides, mais il n’existe que peu d’information quantitative sur le sujet. Bien qu’il y ait très peu d’estimations des populations de grenouilles à pattes rouges, tout semble indiquer qu’il existe plus d’adultes reproducteurs au Canada qu’il n’en faut pour que les populations correspondent à l’un ou l’autre des critères quantitatifs du COSEPAC. Waye (1999) a présenté une synthèse des connaissances sur la taille des populations de grenouilles à pattes rouges en Colombie-Britannique et aux États-Unis. Deux études de marquage-recapture dans des sites de reproduction ont été menées de 1968 à 1970 dans le sud de la Colombie-Britannique (Licht, 1969, 1971, 1974; Calef, 1973a, b). Selon Calef (1973a, b), au lac Marion, près de Squamish, le nombre de masses d’œufs, indicateur du nombre de femelles reproductrices, était de 618 une année et de 620 une autre année; pour les deux années, le nombre moyen de mâles adultes était respectivement estimé à 1 770 (écart-type = 280) et à 3 600 (écart-type = 775). D’après Licht (1969, 1974), dans des marais près de Vancouver, le nombre de masses d’œufs était de 6 une année et de 33 une autre année; le nombre estimé d’adultes des deux sexes était respectivement de 531 individus (écart-type = 19). Il n’existe aucune information sur la taille actuelle des populations dans ces sites ou d’autres sites de reproduction de la province ni sur la densité des habitats terrestres.

Les populations de grenouilles à pattes rouges connaissent probablement des fluctuations importantes d’une année à l’autre et à plus long terme, comme c’est le cas chez bien d’autres espèces d’Anoures à reproduction aquatique (Pechmann et Wilbur, 1994). Cependant, comme les populations n’ont pas été étudiées sur plusieurs années, l’ampleur des fluctuations sur plusieurs années est inconnue.

 

Répartition et persistance des populations

Dans l’île de Vancouver, la répartition de l’espèce est, selon des données historiques et récentes, relativement étendue (figure 3). L’île semble demeurer un point chaud pour les populations canadiennes de l’espèce, même si les habitats continuent d’être modifiés par l’exploitation forestière, le développement urbain, l’agriculture et d’autres activités humaines, ainsi que par la prolifération des espèces introduites. Des relevés systématiques d’amphibiens à reproduction aquatique, y compris la grenouille à pattes rouges, ont été menés récemment (depuis 1998) dans des milieux humides de la baie Clayoquot sur la côte ouest de l’île (Beasley et al., 2000), sur des terres forestières du sud-est et du nord de l’île (Wind, 2003) et près de Victoria (Govindarajulu, 2003 et données inédites). Un projet de recherche sur les interactions entre la grenouille à pattes rouges et les activités forestières a été réalisé dans le nord de l’île de Vancouver (Chan-McLeod, 2003a). D’autres renseignements sur les emplacements peuvent être obtenus auprès de chercheurs qui étudient d’autres espèces d’amphibiens (crapaud de l’Ouest : Davis, comm. pers.), auprès du public par l’intermédiaire du Frog Watch Program de la province et auprès de travailleurs sur le terrain rencontrés par hasard.

Dans la baie Clayoquot, la grenouille à pattes rouges a été observée dans 26 p. 100 des 148 milieux humides étudiés en 1998-1999 (Beasley et al., 2000). Sa fréquence d’occurrence était semblable à celle de la rainette du Pacifique (33 p. 100) et du triton à peau rugueuse (22 p. 100). La salamandre foncée était l’amphibien le plus souvent rencontré (dans 61 p. 100 des milieux humides), alors que le crapaud de l’Ouest était rare (dans 1 p. 100 des milieux humides). La répartition de la grenouille à pattes rouges était inégale dans les quatre bassins versants étudiés; celle-ci n’a pas été observée dans l’un d’eux, alors que sa fréquence d’occurrence dans les trois autres variait de 18 à 50 p. 100.

Wind (2003) a mené des relevés dans 116 milieux humides du nord de l’île de Vancouver et dans 97 autres dans le sud-est de l’île. Ces milieux humides se trouvaient dans des zones de forêt et des secteurs récemment déboisés. Des amphibiens ont été observés dans 41 p. 100 des milieux humides étudiés. Dans l’ensemble, la grenouille à pattes rouges a été observée dans 21 p. 100 des milieux humides, dans des sites se trouvant tant dans des zones déboisées (de 0 à 5 ans) que dans des peuplements anciens (plus de 150 ans). La grenouille à pattes rouges était l’amphibien le plus fréquent dans le sud-est, suivi de la rainette du Pacifique et du triton à peau rugueuse. Dans le nord, par contre, la salamandre foncée était de loin l’amphibien le plus fréquent, suivie de la grenouille à pattes rouges et de la rainette du Pacifique. Cette différence de fréquence entre le nord et le sud-est pourrait être attribuable à l’altitude plus élevée des sites étudiés dans le nord.

Govindarajulu (2003 et données inédites) a effectué des relevés dans des milieux humides de la péninsule Saanich, près de Victoria, dans le sud de l’île de Vancouver, dans le cadre de ses travaux de mémoire sur les effets du ouaouaron sur les amphibiens indigènes. Elle a repéré des grenouilles à pattes rouges dans 15 lacs et étangs, la plupart sur le côté ouest de la péninsule, d’où le ouaouaron est absent. Plusieurs autres milieux humides, en particulier sur le côté est de la péninsule, abritaient exclusivement des ouaouarons. Ce type de répartition ainsi que des études expérimentales des interactions entre ces deux espèces indiquent que la grenouille à pattes rouges est en voie d’être délogée de cette région par le ouaouaron (voir la section « Facteurs limitatifs et menaces »). Le ouaouaron influe peut-être sur la répartition de la grenouille à pattes rouges dans un vaste territoire le long de la côte est de l’île de Vancouver, de même que dans les basses-terres continentales.

On ne dispose que de données sporadiques sur la répartition de l’espèce dans d’autres régions de l’île de Vancouver. Par exemple, on retrouve encore l’espèce dans les Jordan Meadows, un grand complexe de milieux humides du sud-ouest de l’île de Vancouver, d’où le crapaud de l’Ouest a disparu au cours de la dernière décennie pour une raison inconnue (Davis et Gregory, 2003). Cependant, il n’existe aucune information quantitative sur l’abondance de la grenouille à pattes rouges à cet endroit. Cette population devrait faire l’objet d’une étude en vue d’y détecter la présence de maladies épidémiques, qui peuvent toucher une multitude d’espèces d’amphibiens, se propager rapidement et décimer les populations. Nombre de portions de l’île de Vancouver, par exemple la plus grande partie de la côte ouest, les montagnes centrales et l’extrême nord, n’ont pas fait l’objet de relevés systématiques des amphibiens, et la situation actuelle des populations y est inconnue.

On dispose de peu d’information sur la répartition et l’abondance actuelles de l’espèce dans la plupart des régions de la Colombie-Britannique continentale. La seule exception est la région de Delta, au sud de Vancouver, où la Corporation of Delta a évalué la répartition et la situation des poissons et des amphibiens dans les bassins versants du district en se fondant sur des relevés historiques et récents (R. Rithaler, comm. pers.). La grenouille à pattes rouges était présente dans 10 des 23 bassins versants de la région de Delta de 1990 à 2002; aucune disparition complète d’un bassin versant n’a été relevée en comparant ces données avec les renseignements antérieurs à 1990 (Rithaler 2002, 2003). L’espèce est considérée comme peu commune dans le district, bien qu’elle soit observée régulièrement dans certains secteurs (R. Rithaler, comm. pers.). Le ouaouaron et la grenouille verte, deux espèces introduites répandues dans la région de Delta, ont été observées respectivement dans 18 et 17 bassins versants de 1990 à 2002 (Rithaler, 2002, 2003). La modification des habitats, en particulier l’enlèvement de la végétation riveraine et le dragage de chenaux, semble avoir favorisé la prolifération de ces espèces introduites et la disparition de la grenouille à pattes rouges de certains milieux humides de la région de Delta (R. Rithaler, comm. pers.).

De Solla et al. (2002a, b) ont étudié les effets des polluants agricoles sur les amphibiens dans la vallée du cours inférieur du fleuve Fraser. La grenouille à pattes rouges était surtout présente en périphérie des terres agricoles de la prairie de Sumas lors de relevés menés au milieu des années 1990. Des études subséquentes en enclos expérimental indiquaient que cette répartition pourrait être attribuable à un mauvais succès d’éclosion en eaux contaminées (De Solla et al., 2002a). Deux autres relevés menés au milieu des années 1990 ont révélé la présence de l’espèce dans 14 sites de la vallée du cours inférieur du fleuve Fraser, mais non dans les 25 sites abritant des habitats apparemment convenables (Haycock, 1996 et Knopp, 1996, in Waye, 1999). Haycock (1998) a mené d’autres relevés d’amphibiens dans des milieux humides des basses terres du Fraser et a synthétisé les observations de Knopp (1996, 1997) dans cette région. Alors que la grenouille maculée de l’Oregon (Rana pretiosa) a pratiquement disparu, la grenouille à pattes rouges a été observée dans 50 p. 100 des sites étudiés et était considérée comme un amphibien commun dans les basses terres du Fraser. Cependant, de grandes portions d’habitat ont été détruites ou sérieusement détériorées dans cette région.

Il n’existe que quelques anciens relevés (années 1940) portant sur la Sunshine Coast et plus au nord; la répartition passée et présente de l’espèce dans ces régions est pratiquement inconnue.

 

Tendances des populations

Au cours des dernières décennies, le R. a. draytonii a subi des déclins de population soudains, y compris des disparitions locales, dans la majeure partie de son aire de répartition californienne (questions traitées dans Stebbins et Cohen, 1995). Bien que l’exploitation et les pertes d’habitats aient sans doute contribué à ce déclin, en particulier dans les paysages modifiés par l’humain, on explique mal ce déclin dans les régions éloignées. Le transport éolien de pesticides agricoles semble y jouer un rôle important (Davidson et al., 2002).

Alors que les tendances des populations du R. a. draytonii ont reçu beaucoup d’attention, on en sait relativement peu sur celles de la grenouille du Nord à pattes rouges. Depuis le milieu des années 1970, des déclins de populations ont eu lieu dans la partie sud de son aire de répartition, soit la vallée de la Willamette, dans l’État de l’Oregon (Blaustein et al., 1994b), mais l’espèce semble demeurer relativement commune au moins dans certaines régions de l’État de Washington, y compris dans des paysages modifiés par l’humain (Ostergaard et al., 2003).

En Colombie-Britannique, l’aire de répartition de l’espèce chevauche les paysages fortement urbanisés et modifiés de la vallée du cours inférieur du fleuve Fraser et du sud et du sud-est de l’île de Vancouver, où l’assèchement des milieux humides, le déboisement, l’enlèvement de la végétation riveraine et la pollution ont fort probablement favorisé la perte de sites de reproduction et la disparition de populations locales au cours du siècle dernier. Les habitats continuent à disparaître et à se fragmenter à une vitesse alarmante dans ces régions (voir la sous-section « Habitat, Tendances »), et les prédateurs et compétiteurs introduits, comme le ouaouaron, compromettent souvent la qualité des habitats restants (Govindarajulu, 2003). Cependant, les tendances des populations et de leur répartition n’ont pas été suivies systématiquement, et il existe peu de documents sur les déclins ou les disparitions des populations.

Le peu d’information sur la répartition semble indiquer que l’espèce demeure présente dans la plus grande partie de son aire de répartition connue en Colombie-Britannique (figure 3). Les mentions de répartition datant de 1997 à aujourd’hui indiquent que l’espèce demeure relativement répandue dans certaines portions de son aire de répartition dans l’île de Vancouver (voir la section « Répartition et persistance des populations » précédemment). Cependant, les données relatives à la présence et à l’absence recueillies lors de ces relevés ne reflètent pas nécessairement l’abondance de l’espèce. Même des déclins importants de population peuvent passer inaperçus si l’on se fie uniquement à ce genre de données. Dans la vallée du cours inférieur du fleuve Fraser, certains indices semblent indiquer que les polluants agricoles seraient en partie responsables de la rareté de ces grenouilles en périphérie des zones agricoles dans la prairie de Sumas (De Solla et al., 2002a), mais la perte d’habitats aquatiques et terrestres est également un facteur probable. Il n’existe aucune information sur les tendances historiques ou récentes des populations de la Sunshine Coast ou des régions au nord de Powell River.

Waye (1999) propose d’effectuer des relevés dans des sites historiques et d’autres régions où l’on trouve des habitats favorables à l’espèce, en différents secteurs de l’aire de répartition de l’espèce en Colombie-Britannique, afin de lever certaines incertitudes sur ses tendances de répartition et sa situation. De tels relevés n’ont pas été entrepris à ce jour, mais plusieurs études récentes sur les amphibiens de l’île de Vancouver, menées dans le cadre de divers projets, ont permis d’approfondir nos connaissances sur la fréquence d’occurrence de l’espèce dans les milieux humides. À l’avenir, les relevés devraient viser la Sunshine Coast et la vallée du cours inférieur du fleuve Fraser, pour lesquelles on dispose de relativement peu d’information récente sur l’espèce. Un suivi intensif des tendances des populations dans des sites choisis, soit sur lesquels on dispose de données historiques, soit sur lesquels un déclin important d’autres espèces a été observé, serait également souhaitable.