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Programme de rétablissement : Épaulard populations résidentes du nord et du sud

1. Contexte

1.1 Renseignements sur les espèces

Le rapport de situation et le résumé de l’évaluation concernant les épaulards résidents sont disponibles auprès du secrétariat du Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) (www.cosepac.gc.ca).

Résumé des résultats d’évaluation du COSEPAC

Nom commun : épaulard, orque.

Nom scientifique: Orcinus orca.

Résumé d’évaluation:  Évaluation en 1999, réexamen et révision en 2001.

Désignation du COSEPAC : Les épaulards résidents du Sud sont considérés « en voie de disparition » et les épaulards résidents du Nord sont considérés « menacés ».

Situation en vertu de la LEP : Épaulards résidents du Sud , espèce en voie de disparition inscrite à l’Annexe 1.

Épaulards résidents du Nord, espèce menacée inscrite à l’Annexe 1.

Justification de la désignation : La population d’épaulards résidents du Sud est de petite taille et a diminué de 17 % entre 1995 et 2001 et compte actuellement 85 membres. La population d’épaulards résidents du Nord est également de petite taille (205 membres) et a diminué de 7 % entre 1997 et 2003. En saison, les épaulards sont exposés à un trafic maritime intense. La disponibilité de leurs proies est réduite comparativement aux niveaux historiques. Des concentrations élevées de polluants organiques persistants peuvent compromettre leur système immunitaire et reproductif, menant à une diminution du taux de mise bas ou à une augmentation du taux de mortalité.

Présence au Canada : Océan Pacifique

Historique du statut : En avril 1999, les deux populations d’épaulards résidents du Pacifique Nord ont été désignées « menacées ». En novembre 2001, la population résidente du Sud a été désignée « en voie de disparition » alors que celle du Nord demeurait « menacée ».

1.1.1 Descriptionde l’espèce

L’épaulard est le plus grand membre de la famille des dauphins (delphinidés). Sa taille, ses couleurs contrastées (noir et blanc) et sa grande nageoire dorsale constituent ses principaux signes distinctifs. La coloration de l’épaulard est surtout noire sur le dos et blanche sur le ventre, avec une tache ovale blanche derrière chaque œil. Derrière la nageoire dorsale se trouve une tache en forme de selle de couleur grise. La forme de cette tache et de la nageoire dorsale ainsi que les creux et les cicatrices à ces endroits sont uniques à chaque épaulard. En examinant des photographies de la nageoire dorsale, de la tache en forme de selle et parfois de la tache derrière l’œil, les chercheurs peuvent différencier les individus (Ford et al., 2000). Les épaulards sont sexuellement dimorphes. Les mâles peuvent atteindre une longueur de 9 m et peser jusqu’à 5 568 kg, alors que les femelles sont plus petites : 7,7 m de longueur et un poids avoisinant les 4 000 kg (Dahlheim et Heyning, 1999). Chez les mâles adultes, la grande nageoire dorsale de forme triangulaire mesure souvent jusqu’à 1,8 m de haut, tandis que chez les juvéniles et les femelles adultes, cette nageoire dorsale mesure 0,9 m ou moins. Chez les mâles adultes, les nageoires pectorales en forme de pagaie et les nageoires caudales sont plus longues et plus larges et, enfin, les pointes des nageoires caudales sont recourbées vers le bas (Bigg et al., 1987).

Actuellement, la plupart des chercheurs considèrent que les épaulards appartiennent à une espèce, l’Orcinus orca, qui présente des variations régionales en termes de régime alimentaire, de coloration et de signature vocale (Heyning et Dahlheim, 1988; Ford et al,. 2000; Barrett-Lennard et Ellis, 2001). Récemment, il a été proposé de classer les populations antarctiques en deux et peut-être même trois espèces distinctes (Mikhalev et al., 1981; Berzin et Vladimorov, 1983; Pitman et Ensor, 2003), mais, à l’heure actuelle, ce classement ne fait pas l’objet d’une acceptation largement répandue (Reeves et al., 2004). De plus, selon des études génétiques récentes, l’ADN mitochondrial présenterait une faible variation générale, suggérant ainsi que la ségrégation de la population, indiquée par les différences morphologiques décrites ci-devant, est relativement nouvelle (Barrett-Lennard, 2000; Hoelzel et al., 2002).

Trois formes distinctes ou écotypes d’épaulards vivent dans les eaux canadiennes du Pacifique, soit les épaulards migrateurs, océaniques et résidents. Ces formes sont sympatriques, mais isolées socialement et présentent des différences génétiques, morphologiques, comportementales et alimentaires (Ford et al., 1998, 2000; Barrett-Lennard et Ellis, 2001). Les épaulards migrateurs se nourrissent de mammifères marins, surtout de phoques communs (Phoca vitulina), de marsouins et de lions de mer (Ford et al., 1998). Ils voyagent en petits groupes acoustiquement inactifs et sont des prédateurs furtifs (Ford et Ellis, 1999). Un expert peut reconnaître les épaulards migrateurs à leurs nageoires dorsales qui tendent à être pointues et à leurs taches en forme de selle qui sont larges et d’un gris uniforme (Ford et al., 2000). Les chercheurs ne connaissent pas aussi bien les épaulards océaniques que les résidents et les migrateurs, mais pensent qu’ils sont piscivores (Ford et al., 2000; Heise et al., 2003). Les épaulards océaniques se déplacent en grands groupes acoustiquement actifs de 30 épaulards ou plus, recourant à l’écholocation et aux appels à caractère social (Ford et al., 2000). La nageoire dorsale des épaulards océaniques est plus arrondie que celle des épaulards migrateurs et leur tache en forme de selle peut être d’un gris uniforme ou contenir une zone de couleur noire.

Les épaulards résidents sont les mieux connus des trois écotypes. Ils se nourrissent exclusivement de poissons et de céphalopodes et voyagent en groupes acoustiquement actifs de 10 à 25 individus ou davantage du (Ford et al., 2000). Les pointes de leur nageoire dorsale tendent à être arrondies sur le bord avant et leur angle est passablement abrupt sur le bord arrière. Leur tache en forme de selle peut être d’un gris uniforme ou contenir une zone de couleur noire. L’organisation sociale des épaulards résidents est très structurée. L’unité fondamentale est la lignée maternelle, comprenant tous les survivants d’une lignée femelle natale. Une lignée maternelle typique est composée d’une femelle adulte, de sa progéniture et de celle de ses filles. Les deux sexes demeurent leur vie durant au sein de leur lignée maternelle (Bigg et al., 1990). Les systèmes sociaux dans lesquels les deux sexes demeurent avec leur mère leur vie durant ont été décrits uniquement dans le cas d’une autre espèce mammifère, les globicéphales noirs, Globicephala melas (Amos et al., 1993). Bigg et al. (1990) ont défini les groupes familiaux comme des groupes d’individus de lignées maternelles étroitement liées, qui se déplacent, cherchent de la nourriture, socialisent et se reposent les uns avec les autres pendant au moins 50 % du temps et ont prédit que les groupes familiaux, tout comme les lignées maternelles, allaient se maintenir pendant bon nombre de générations. Ford et Ellis (2002) ont cependant démontré que les modèles d’association entre individus de différentes lignées maternelles chez les résidents du Nord ont évolué au cours de la dernière décennie de façon telle que certains groupes identifiés par Bigg et al. ne répondent plus maintenant au critère de 50 % du temps. Selon leur analyse, on pourrait mieux définir les groupes familiaux comme des groupes de transition auxquels appartiennent des individus de lignées maternelles récemment séparées.

Chaque groupe familial d’épaulards résidents possède un dialecte unique composé d’environ une dizaine de cris discrets (Ford, 1989, 1991). Ces dialectes se distinguent, de sorte que chaque groupe présente une signature acoustique unique. Les dialectes ont probablement été appris des mères et des autres membres de la famille et ils se révèlent très stables dans le temps (Ford et al., 2000). La fonction de ces dialectes n’est pas entièrement comprise, quoiqu’ils semblent jouer un rôle important dans le choix d’un partenaire d’accouplement (Barrett-Lennard 2000, voir la section 1.4.1, Culture). Malgré qu’ils aient des dialectes distincts, certains groupes partagent des cris et des variantes de cris. Les groupes qui partagent un ou plus d’un cri appartiennent à un même clan.

On considère que les épaulards résidents qui partagent une aire de répartition commune et qui s’associent, du moins à l’occasion, font partie de la même communauté ou population. En Colombie-Britannique, les épaulards résidents font partie de deux communautés distinctes, celle du Nord et celle du Sud. On ne les a pas observés en interaction et des études génétiques ont révélé qu’il y avait rarement, voire jamais, de croisement entre les deux populations (Barrett‑Lennard et Ellis, 2001). La communauté d’épaulards résidents du Nord est composée de trois clans et celle des épaulards résidents du Sud, d’un seul clan.

L’existence de deux populations distinctes d’épaulards résidents vivant dans les eaux de Washington et de la Colombie‑Britannique a été reconnue par les gouvernements du Canada et des États‑Unis. En 2001, le COSEPAC a attribué aux résidents du Nord le statut de population « menacée » et aux résidents du Sud celui de population « en voie de disparition ». Aux États‑Unis, les mammifères marins bénéficient d’une protection fédérale en vertu de la Marine Mammal Protection Act (MMPA) et s’ils sont désignés, en vertu de l’Endangered Species Act (ESA). Les résidents du Sud ont été désignés comme décimés (depleted) en vertu de la MMPA en 2003. En février 2006, les épaulards résidents du Sud étaient désignés au titre d’espèce « en voie de disparition » en vertu de l’ESA. En juin 2004, le Washington State Department of Fisheries and Wildlife a ajouté les résidents du Sud à sa liste d’espèces en voie de disparition.

1.2 Répartition

1.2.1 Aire de répartition générale

Les épaulards ont été observés dans tous les océans du globe, mais ils se concentrent généralement dans des zones hautement productives et à des latitudes allant de moyennes à élevées (Forney et Wade, sous presse). Ils peuvent tolérer des eaux dont les températures sont polaires ou tropicales et ont été observés aussi bien dans des eaux peu profondes (plusieurs mètres) qu’à des profondeurs océaniques. (Baird, 2001).

1.2.2 Aire de répartition dans les eaux canadiennes du Pacifique

On trouve des épaulards dans les trois océans entourant le Canada et parfois dans la baie d’Hudson et le golfe du Saint-Laurent, mais ils semblent rares dans les océans Atlantique et Arctique (COSEPAC, 2003). En Colombie‑Britannique, on a noté leur présence dans presque toutes les zones d’eau salée, y compris dans de nombreux bras de mer, des canaux étroits et des baies profondes (Baird, 2001). Les trois écotypes d’épaulards de la Colombie‑Britannique (océaniques, migrateurs et résidents) ne semblent pas interagir socialement, malgré le fait que leurs aires de répartition se chevauchent (Ford et al., 2000). Les épaulards océaniques ont été observés le plus souvent sur le plateau continental au large de la côte Ouest, mais on les trouve occasionnellement dans des eaux intérieures protégées (Ford et al., 2000). Les épaulards migrateurs sillonnent toute la région, comme le font les épaulards résidents (Ford et Ellis, 1999; Ford et al., 2000). Des épaulards résidents et des épaulards migrateurs ont parfois été vus à proximité l’un de l’autre, mais rarement en interaction (Ford et Ellis, 1999). À la figure 1, on peut voir de nombreux noms de lieux mentionnés dans le texte, ainsi que les aires de répartition générale des résidents du Nord et des résidents du Sud.

Figure 1 : Côte de la Colombie-Britannique et nord‑ouest de l’État de Washington montrant les aires de répartition générales des épaulards résidents du nord et du sud

Figure 1 : Côte de la Colombie-Britannique et nord‑ouest de l’État de Washington montrant les aires de répartition générales des épaulards résidents du nord et du sud

La communauté d’épaulards résidents du Sud est constituée d’un seul clan acoustique, le clan J, qui est composé de trois groupes familiaux (appelés J, K et L) comprenant 20 lignées maternelles en tout (Ford et al., 2000). L’aire de répartition connue de cette communauté s’étend du nord de la Colombie‑Britannique jusqu’au centre de la Californie (Ford et al., 2000; données non publiées, programme de recherche sur les cétacés, Pêches et Océans Canada, Station de biologie du Pacifique, Nanaimo, C.‑B., PRC-MPO). Pendant l’été, on trouve habituellement les membres de cette communauté dans les eaux au large du sud de l’île de Vancouver et du nord de l’État de Washington, où ils se rassemblent pour intercepter le saumon migrateur. La principale zone de concentration des résidents du Sud est le détroit de Haro et les environs du sud‑est de l’île de Vancouver (figure 2), mais ils sont généralement vus dans le détroit de Juan de Fuca et au sud du détroit de Georgia (Ford et al., 2000). Des trois groupes familiaux d’épaulards résidents du Sud, le groupe J est le plus souvent observé dans les eaux intérieures au cours de l’année et semble rarement quitter la zone du détroit de Georgia, du détroit de Puget et du détroit de Juan de Fuca (Ford et al., 2000). On a noté la présence des groupes K et L le plus souvent à l’ouest du détroit de Juan de Fuca et en dehors des rives extérieures de l’État de Washington et de l’île de Vancouver. Contrairement au groupe J, les groupes K et L quittent habituellement les eaux côtières à l’hiver et y retournent en mai et juin. On en connaît peu sur leur habitat au cours de cette période, mais ils ont été aperçus aussi loin au sud qu’à Monterey Bay (Californie) et aussi loin au nord que l’île Langara, à l’extérieur de Haida Gwaii (Ford et al., 2000; Black et al., 2001, données non publiées, PRC-MPO).

Résidents du Nord

La communauté d’épaulards résidents du Nord est constituée de trois clans acoustiques (A, G et R) et elle comprend 34 lignées maternelles. Son aire de répartition s’étend de la baie Glacier, en Alaska, à Grays Harbour, dans l’État de Washington (Ford et al., 2000, données non publiées, PRC-MPO). De juin à octobre, les résidents du Nord fréquentent les zones allant du centre de l’île de Vancouver jusqu’au sud-est de l’Alaska, plus particulièrement le détroit de Johnstone et le détroit de la Reine‑Charlotte (figure 1), au large du nord-est de l’île de Vancouver (Ford et al., 2000). On connaît mal leur aire de répartition durant d’autres périodes de l’année. On note parfois la présence en hiver de petits groupes d’épaulards résidents du Nord dans le détroit de Johnstone et dans d’autres eaux intérieures de la côte de la C.‑B. (Ford et al., 2000), mais de telles observations sont rares même lorsqu’on tient compte des changements saisonniers dans l’effort d’observation.

Il n’existe pas de preuves que les clans soient limités à des régions particulières en fonction de l’aire de répartition de leur communauté, mais certains démontrent une préférence apparente pour des zones distinctes (Ford et al., 2000). Par exemple, les épaulards les plus souvent observés au large du nord‑est de l’île de Vancouver appartiennent au clan A, alors que la plupart des ceux observés au large de la côte ouest de l’île font partie du clan G et que le clan R semble préférer la partie Nord de l’aire de répartition de la communauté. L’aire des résidents du Nord chevauche celle des résidents du Sud et celle d’une communauté d’épaulards appelés résidents du sud de l’Alaska. Les résidents du Nord n’ont jamais été vus avec les membres de la communauté d’épaulards résidents du Sud et bien qu’on les ait observés une fois voyageant à proximité d’un groupe d’épaulards résidents du sud de l’Alaska (Dahlheim et al., 1997), il n’est pas certain qu’il y a eu interaction sociale entre les deux. Les études génétiques effectuées n’ont pas exclu la possibilité d’accouplements occasionnels entre les membres de la communauté d’épaulards résidents du Nord et celle des épaulards résidents du sud de l’Alaska (Barrett‑Lennard et Ellis, 2001).