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Programme de rétablissement : Épaulard populations résidentes du nord et du sud

2. Menaces

2.1 Menaces historiques

Au premier siècle après J.‑C, l’historien romain, Pliny, fut le premier à décrire l’épaulard. Il en donne la description suivante : une énorme masse de chair armée de dents acérées. Depuis, les écrits dépeignent souvent les épaulards comme des animaux sanguinaires, destructeurs, féroces et dangereux pour les humains. Néanmoins, les épaulards ont été rarement chassés, sauf par les baleiniers japonais, norvégiens et russes. Les pêcheurs contemporains ont perçu l’épaulard comme un concurrent pour le poisson et une menace pour leur subsistance (Olesiuk et al., 1990; Ford et al., 2000). Dans les années 1960 et au début des années 1970, la capture d’épaulards vivants destinés à des aquariums a réduit les populations locales, dont certaines de façon radicale.

2.1.1 Récolte et captures vivantes

Les épaulards ont fait l’objet d’une chasse commerciale, mais, en général, l’exploitation baleinière visait d’autres espèces de baleines. Au Canada, il existe seulement quelques documents sur les prélèvements d’épaulards, dont la plupart se sont déroulés sur la côte Est et dans l’Arctique (p. ex. Mitchell et Reeves, 1988; Reeves et Mitchell, 1988). Toutefois, un grand nombre de baleines ont été capturées dans d’autres parties du monde. Les Japonais ont tué 60 épaulards par année entre 1948 et 1957 (Nishiwaki et Heta, 1958). Les baleiniers norvégiens ont prélevé 2 345 épaulards entre 1938 et 1981(Øien, 1988). L’ancienne URSS a capturé environ 25 épaulards par année dans l’Antarctique et a prélevé 906 baleines en une saison (Berzin et Vladimirov, 1983). En 1982, la Commission baleinière internationale a recommandé l’arrêt de la chasse aux épaulards jusqu’à ce qu’on comprenne mieux l’incidence de ces prélèvements sur les populations. On n’a rapporté aucun prélèvement d’épaulards depuis, bien que de petits nombres puissent encore faire l’objet de captures, sans que ce ne soit déclaré. Ainsi, des tests génétiques ont révélé la présence d’épaulard dans des viandes vendues sur les marchés japonais et coréens (Baker et al., 2000).

À la fin des années 1960 et au début des années 1970, les épaulards étaient très prisés par les aquariums publics. Bien qu’ils aient été capturés dans différentes régions du monde, la majorité des épaulards prélevés provenait des eaux du Pacifique Nord‑Est. Entre 1962 et 1974, 68 épaulards ont été capturés dans cette zone, dont 47 qu’on sait ou présume être des résidents du Sud (Olesiuk et al., 1990). Cette récolte a manifestement eu une incidence majeure sur la communauté d’épaulards résidents du Sud, qui comptait seulement 70 individus en 1974, et a vraisemblablement affecté la productivité de la communauté pendant de nombreuses années après la fin des captures vivantes en 1975.

2.1.2 Tirs intentionnels

Dans le passé, l’attitude négative envers les épaulards qui se manifestait en C.‑B. a conduit le gouvernement et des particuliers à s’acharner contre des populations locales en leur tirant dessus. En 1960, le ministère fédéral des Pêches a installé une mitrailleuse terrestre près de camps de pêche sportive situés le long de la rivière Campbell, dans l’intention de réduire le nombre d’épaulards (Ford et al., 2000). Heureusement, cette mitrailleuse n’a jamais été utilisée. Dans les années 1960 et 1970, environ le quart des épaulards capturés vivants pour des aquariums présentait des blessures par balles (Ford et al., 2000). L’attitude de la société envers les épaulards a changé depuis 1974, et il est maintenant rare qu’on observe des blessures par balle récentes, voire jamais, sur des baleines en C.‑B. et dans l’État de Washington (Ford et al., 2000); pourtant, des tirs occasionnels pourraient limiter la croissance de la population.

2.1.3 Appareils de harcèlement acoustique

Des fermes aquacoles de l’État de Washington et de la C.‑B. ont utilisé des appareils de harcèlement acoustique émettant de forts signaux sous-marins pour réduire la déprédation par les phoques communs et les lions de mer. Certains signaux peuvent être entendus dans un rayon pouvant aller jusqu’à 50 km (Morton et Symonds, 2002). L’usage de ces appareils dans une ferme située au nord de l’île de Vancouver a été associé à des diminutions significatives des épaulards résidents et migrateurs dans les eaux environnantes (Morton et Symonds, 2002). On a également constaté que l’abondance du marsouin commun chutait de façon dramatique lorsque de tels dispositifs étaient utilisés (Olesiuk et al., 2002). Ces appareils ne sont plus en usage dans les piscicultures de la C.‑B. ou de l’État de Washington. Ils sont encore employés à Ballard Locks, à Seattle, pour effaroucher les lions de mer, mais la configuration du chenal limite l’intensité du bruit s’échappant en pleine mer (Bain, 1996).

2.2 Menaces courantes

Une variété de menaces auraient une incidence directe sur les populations d’épaulards résidents du nord et du sud en Colombie‑Britannique, en raison particulièrement de la petite taille de leur population. Parmi ces menaces, mentionnons les contaminants environnementaux (y compris les déversements d’hydrocarbures), la disponibilité réduite des proies, la perturbation et la pollution par le bruit. Chacune de ces menaces est discutée plus en détail ci‑après. D’autres menaces, comme la mortalité causée par les engins de pêches, posent un danger pour des populations de cétacés dans d’autres régions et pourraient peut‑être avoir un effet sur les épaulards résidents. Le changement climatique affecte des écosystèmes entiers, et il est probable que, pour survivre, les épaulards devront s’adapter aux conséquences engendrées par les changements locaux touchant leurs proies de prédilection. On ignore comment les menaces actuelles peuvent agir en synergie pour affecter les épaulards, mais chez d’autres espèces, il a été démontré que des facteurs d’agression multiples produisent des effets marqués et souvent mortels, surtout chez des individus présentant des concentrations élevées de contaminants environnementaux (Sih et al., 2004).

Les menaces anthropiques affectent les résidents du Sud et du Nord à des degrés différents, selon le type de menace. Ainsi, les résidents du Nord seraient plus vulnérables aux relevés sismiques réalisés sur la côte Nord, surtout si le moratoire sur l’exploration pétrolière et gazière est levé, tandis que les résidents du Sud seraient davantage vulnérables aux contaminants environnementaux présents dans les eaux où ils passent une bonne partie de leur temps.

2.2.1 Contaminants environnementaux

Bon nombre de polluants chimiques et biologiques peuvent affecter directement ou indirectement les épaulards résidents (polluants organiques persistants [POP], bactéries résistantes aux antibiotiques et espèces exotiques, etc.). Nous décrivons ci‑après les principaux types de contaminants, leurs sources et leurs effets possibles sur les épaulards (lorsqu’ils sont connus). Pour consulter la liste des acronymes mentionnés dans la présente section, voir l’annexe A. On peut compter sur les doigts de la main le nombre d’études mesurant les concentrations des contaminants présents chez les épaulards et, évidemment, aucune expérience de contrôle n’a été réalisée pour évaluer comment ces contaminants les affecteraient directement. Toutefois, on connaît mieux les effets des contaminants sur d’autres espèces comme les pinnipèdes et, dans bien des cas, ces effets peuvent être extrapolés aux épaulards, en particulier parce que les processus physiologiques qui se manifestent chez différentes espèces de mammifères sont semblables. Ross (2000) a décrit sommairement une méthode extrapolative basée sur le « poids de la preuve » pour les mammifères marins.

Malgré l’importance que revêt l’évaluation des effets directs des contaminants, Fleeger et al.(2003) soulignent également la nécessité de considérer leurs effets « indirects » sur la structure des communautés ainsi que sur les individus et leur comportement. L’examen de 150 études a révélé que la contamination entraînait des changements dans l’abondance des espèces et dans la structure de la communauté. Soixante pour cent des communautés soumises à l’expérimentation affichaient une réduction du nombre de prédateurs de niveaux trophiques supérieurs, ce qui masquait ou rehaussait les effets directs des contaminants chez les individus ou les espèces ou en compliquait l’interprétation.

Polluants organiques persistants (POP)

Il existe probablement des milliers de produits chimiques qu’il reste à détecter chez les épaulards en liberté en C.‑B., mais quelques classes principales retiennent particulièrement l’attention à l’heure actuelle. Selon des études récentes sur les contaminants environnementaux affectant les épaulards résidents et migrateurs en C.‑B. et dans l’État de Washington, ces animaux sont parmi les mammifères les plus contaminés au monde (Ross et al., 2000, 2002). Les épaulards sont vulnérables à l’accumulation de fortes concentrations de POP parce que ce sont des animaux longévifs qui se nourrissent au sommet de la chaîne alimentaire (Ross et al., 2000, 2002; Rayne et al., 2004; Ross, 2006). En général, les POP sont persistants, se bioaccumulent dans les tissus adipeux et possèdent des propriétés toxiques, des caractéristiques qui ont amené les autorités de la planète à intensifier l’examen de la réglementation entourant ces produits chimiques. Les POP comprennent des contaminants « hérités », dont les biphényles polychlorés (BPC) et le pesticide organochloré DDT, dont l’usage n’est plus largement répandu dans les pays industrialisés mais qui persistent dans l’environnement. Les POP, communément appelés les « douze salopards », sont couverts par la Convention de Stockholm qui vise à éliminer graduellement l’utilisation des produits chimiques faisant l’objet de préoccupations écotoxicologiques générales. Les POP comprennent également la dibenzodioxine polychlorée (PCDD) et le dibenzofuranne polychloré (PCDF ou furannes), des sous‑produits de la combustion incomplète, de la fabrication de pesticides et de l’utilisation (maintenant réglementée) de chlore et de pentachlorophénol élémentaires (PCP) dans les procédés de traitement de la pulpe et du blanchiment de papier et de traitement du bois respectivement. Ces dernières années, la réglementation a entraîné une réduction du rejet de tels contaminants dans l’environnement marin (Hagen et al., 1997).

Parmi les contaminants de « préoccupation courante » pour les pays industrialisés, on trouve la nouvelle génération des polybutylènes téréphtalates (PBT), des ignifugeants comme l’éther diphénylique polybromé (PBDE) ainsi que des pesticides actuellement en usage. Le tableau 1 donne la liste des POP qui suscitent des inquiétudes pour les épaulards résidents, et le lecteur intéressé peut consulter l’étude de Grant et Ross (2002) pour obtenir un résumé plus complet de ce qui est connu au sujet des risques que posent les contaminants aux épaulards résidents du Sud. Les acronymes de nombreux contaminants sont énumérés à l’annexe A.

Biphényles polychorés (BPC)

Étonnamment, on a décelé chez les épaulards résidents du Sud et du Nord des concentrations élevées de BPC comparativement à celles trouvées chez des mammifères marins dans d’autres parties du monde (Ross et al., 2000). Les concentrations de BPC détectées chez les résidents du Sud et les migrateurs excèdent les concentrations relevées chez les bélugas du Saint‑Laurent (Delphinapterus leucas) par un facteur de 2 à 4, et sont considérablement plus élevées que les seuils associés à des troubles reproducteurs, à des anomalies squelettiques, à l’immunotoxicité et à des perturbations endocriniennes chez les pinnipèdes (étude de Ross, 2000). Ross et al. (2000) ont constaté que les concentrations de BPC augmentent avec l’âge chez les épaulards mâles, mais diminuent chez les femelles qui se reproduisent. En effet, à l’instar de ce qui a été observé chez d’autres mammifères, y compris les humains, les femelles reproductrices transmettent les BPC à leur progéniture, en particulier à l’aîné, pendant la gestation et la lactation (Tanabe et Tatsukawa, 1992; Borrell et al., 1995; Ylitalo et al., 2001).

Dioxines et furannes

Les dioxines et les furannes se sont révélés être faiblement présents dans la graisse des populations d’épaulards résidents ou migrateurs en C.-B. (Ross et al., 2000). Cela s’expliquerait en partie par les faibles concentrations de dioxines et de furannes dans leur régime alimentaire, mais également par le fait que les épaulards métaboliseraient et excréteraient des composés comme la dioxine plus efficacement que les BPC (Ross, 2000).