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Programme de rétablissement : Épaulard populations résidentes du nord et du sud

Bruit sous-marin

Au moment de la rédaction du rapport de situation du COSEPAC sur les épaulards  (Baird 2001), les connaissances scientifiques sur les effets du bruit sous-marin sur les mammifères marins étaient plutôt embryonnaires. Des recherches effectuées antérieurement avaient porté principalement sur les sources de bruit puissantes ayant le potentiel de causer des dommages physiques immédiats ou même la mort plutôt que de s’attarder aux sources de bruit permanentes, de faible niveau (Richardson et al. 1995). Depuis, on a rapidement pris conscience que le bruit constitue une menace importante qui contribue à la dégradation de l’habitat marin et compromet la vie marine (IUCN 2004, IWC 2004).  Selon des estimations, les niveaux de bruit sous-marins ambiants (de fond) ont augmenté en moyenne de 15 dB au cours des 50 dernières années dans l’ensemble des océans du monde (NRC 2003). 

Les épaulards ont évolué dans l’obscurité sous-marine en utilisant grosso modo le bruit de la même manière que les animaux terrestres se servent de leur vision, à savoir pour détecter des proies, communiquer entre eux et sonder leur environnement à l’affût d’information. Le bruit anthropique peut s’interposer avec toutes ces activités d’une manière critique; il brouille notamment les communications entre les individus, il réduit le rayon à l’intérieur duquel les groupes sociaux arrivent à se détecter, il voile l’écholocation et en réduit conséquemment le rayon à l’intérieur duquel les épaulards peuvent détecter leurs proies, provoquant potentiellement le déplacement de leurs zones  préférées d’alimentation, en éloignant les proies et en altérant l’audition de manière temporaire ou permanente. Dans des cas extrêmes, le bruit peut causer la mort (Bain and Dahlheim 1994, Barrett-Lennard et al. 1996; Erbe 2002, Bain 2002, NRC 2003,  Au et al. 2004). 

Nous examinons ci-après les difficultés liées à l’utilisation et à l’interprétation des réactions comportementales chez les épaulards que produit le bruit dans le but d’en mesurer les perturbations. Les occasions de quantifier les réactions physiologiques au bruit anthropique sont beaucoup plus rares, mais l’expérience offre un aperçu des mécanismes par lesquels le bruit sous-marin pourrait affecter les mammifères tant à l’échelle de l’individu que d’une population. Au nombre des réactions physiologiques au bruit anthropique mesurés chez les mammifères marins, on retient le déplacement provisoire, voire permanent, du seuil d’audition, la production d’hormones liées au stress et la meurtrissure de tissus qui ont probablement été provoquées par la formation de bulles d’air ou de phénomènes de résonnance (Ketten et al. 1993, Crum and Mao 1996, Evans and England 2001, Finneran 2003, Jepson et al. 2003, Fernandez et al. 2004).  Les mammifères marins, y compris les épaulards, seraient particulièrement sensibles à la résonnance en raison de la présence de petites bulles d’air dans leurs sinus et dans leur oreille moyenne, dans leurs poumons et de la présence de petites bulles de gaz dans leur intestin. On ne comprend pas bien par quel mécanisme le son à haute intensité entraînerait des effets mortels et non mortels chez les cétacés (Piantadosi and Thalmann 2004, Fernandez et al. 2004). On a cependant observé que des sources anthropiques de bruit intense, notamment les sonars militaires de basse et moyenne fréquence, ont été reliés à des échouements et des mortalités de masse partout dans le monde; cette question commande instamment une étude plus approfondie. Les animaux déjà affectés par des facteurs d’agression anthropiques, notamment les contaminants environnementaux, pourraient être particulièrement vulnérables au stress supplémentaire que représente le bruit. (Sih et al. 2004).

Les sons se propagent par ondes qui se déplacent beaucoup plus rapidement dans l’eau que dans l’air (1530 c. 340 m/s). Les caractères de la sensation auditive, ce qu’on appelle en langage spécialisée la « tonie » et la « sonie » ou force sonore, possèdent des analogues physiques.  La tonalité aiguë ou grave d’un son peut être décrite en fonction de sa fréquence et se mesure en hertz (Hz). Chez l’homme, l’échelle des fréquences audibles varie environ de 20 à 20 000 hertz (20 kHz) et l’oreille humaine perçoit avec plus d’acuité les sons émis entre 600 et 2000 Hz. La sensibilité auriculaire maximale des épaulards est de quelque 20 kHz, bien que le mammifère semble réagir à des sons variant de 75 Hz à plus de 100 kHz (Hall and Johnson 1972, Syzmanski et al. 1999).  Les appels des épaulards contiennent de l’énergie sur toute la plage de fréquences et de nombreux « clics » d’écholocation sont centrés à 20 kHz.

La force sonore d’un son (la « sonie ») se décrit en fonction de sa pression. À des fins d’uniformité, les unités de mesure employées dans le présent document sont les dB RMS (rms : hauteur moyenne quadratique) relativement à 1 mPa.  Par convention, on compare les sources de bruit en fonction de leurs « niveaux d’émission » en estimant le niveau qui serait mesuré à un (1) mètre de la source sonore sous-marine. Généralement, plus une source sonore est éloignée, plus le niveau de la réception sonore est atténué, bien que les caractéristiques physiques et océanographiques de l’environnement marin puissent avoir un effet sur la vitesse d’atténuation (diminution) d’un son. Dans des conditions uniformes, les sons de fréquence supérieure s’atténuent beaucoup plus rapidement que ceux de fréquence basse en plein océan. Mais un certain nombre de facteurs agissent sur la propagation du son et les sons de fréquence supérieure peuvent avoir une plus grande  portée que les sons de fréquence basse dans les eaux peu profondes ou dans les lieux où le lit du fond marin est complexe. La température, la salinité, la profondeur, la topographie du fond et d’autres facteurs physiques doivent tous être pris en compte pour prédire avec précision l’intensité du son qui se rend jusqu’à l’épaulard.

Les caractéristiques de certaines sources du bruit sous‑marin sont brièvement décrites au tableau 2. Il importe de considérer la durée d’exposition au son, son volume et sa fréquence. Ainsi, certains sons sont continus alors que d’autres sont des signaux sonores pulsés produits de façon intermittente. La composition des fréquences varie également et s’étend des sons à bande large, commeceux produits par les relevéssismiques, aux sons à bande étroite comme ceux produits par les sonars militaires qui n’émettent que dans une plage de fréquences limitée.

Les sons à des niveaux reçus de 120 dB perturbent habituellement le comportement de 50 % des cétacés exposés (Richardson et al., 1995). Williams et al. (2002) ont observé des changements comportementaux chez les résidents du Nord à des niveaux reçus estimés à environ 105 110 dB. Cependant, en raison de l’utilisation croissante de bruit fort à basse fréquence (p. ex. tomographie acoustique sous marine et sonar actif à basse fréquence) qui peut être détecté à des milliers de kilomètres, des pressions ont été exercées pour que le seuil d’intervention réglementaire soit relevé. Aux États Unis, le National Marine Fisheries Service (NMFS) s’active présentement à mettre au point des directives exhaustives sur les niveaux de son qui risquent de provoquer des réponses comportementales chez les mammifères marins, voire des blessures; cette initiative s’inscrit dans le cadre de la loi américaine sur la protection des mammifères marins (Marine Mammal Protection Act - MMPA).  Dans l’attente de directives officielles, le NMFS utilise un niveau intérimaire d’exposition au bruit pour les sources de bruit impulsif de 180 dBRMS re 1µPa, comme était le seuil pour la perte temporaire ou permanente de l’audition pour les cétacés et qu’à 160 dBRMS re 1µPa on provoque un désordre comportemental (NMFS 2005b).

Tableau 2 : La structure du signal, les plages de fréquences et les niveaux d’émissions du bruit anthropique. Modification du Tableau 2-1b dans NRC (2003) et du Tableau 6.8 dans Richardson et al. (1995).

SourceStructure du signalPlage de fréquences Niveaux d’émissions (dB exprimé relativement à mPa à 1 m)
Relevés sismiquesBruit impulsif

Bande large

>0 Hz à >100kHz

>240

Sonar militaire

   surveillance

   arme tactique/

contre offensive

signal sonore pulsé

signal sonore pulsé

signal sonore pulsé

et impulsions à large bande

<1kHz

>1kHz à < 10kHz

>10kHz à 100kHz

>230

de 200 à235+

de 190 à 220

Construction  impulsions à large bande et signal sonore pulsé<10kHz à 10+kHzS/O
Dragage impulsions à large bande et signal sonore pulsé<10Hz à <10kHzS/O
Explosionsbruit impulsifbande large>240
Navigation commerciale bruit continu10Hz à >1kHzde 160 à 200
Sonars commerciauxsignal sonore pulsé28kHz à >200kHzde 160 à 210

Le sonar militaire

Le sonar militaire actif est utilisé pour des opérations militaires de détection, de localisation et de classification de cibles (NRC 2003). Contrairement aux systèmes de sonar passif qui écoutent les bruits, les unités de sonar actif transmettent des ondes sonores pulsées selon des fréquences de <1 à >100 kilohertz et des niveaux d’émission de 200 à 235 dB (ou plus) exprimés relativement à 1 µPa à 1 m selon l'application (Evans et England, 2001). La preuve voulant que ces sources de bruit sous-marin peuvent constituer une menace considérable pour les cétacés devient de plus en plus étoffée. Le sonar militaire actif a été associé à un nombre grandissant d’échouages de baleines à bec et de rorquals à bosse (de nombreux incidents résumés dans IWC, 2004). En octobre 2004, le Parlement européen a invité ses pays membres à suspendre l'utilisation de tous les sonars militaires à haute intensité jusqu'à ce que des recherches plus approfondies puissent déterminer quelles en sont les répercussions sur la vie marine (résolution P6 TA du Parlement européen, 2004).

Pour des raisons de sécurité, il est difficile d’obtenir des renseignements sur les caractéristiques du sonar militaire actif, et la plupart des informations disponibles proviennent de l'équipement de la marine militaire des États-Unis. Étant donné que la marine militaire américaine est engagée dans des opérations communes avec les militaires canadiens dans le détroit de Géorgie et au large de la côte occidentale de l'île de Vancouver, et que les baleines résidant au nord, de même que celles vivant au sud sillonnent les eaux territoriales américaines, la menace que le sonar actif peut représenter doit être examinée et des mesures préventives devraient être considérées par les deux organismes militaires. Les épaulards méridionaux peuvent être particulièrement vulnérables puisqu'ils passent de longues périodes de temps dans les eaux de l'état de Washington, où un grand secteur d’exercices navals se déroule parallèlement à la côte.

Les sonars militaires actifs peuvent être classés selon les catégories suivantes : les sonars de surveillance (à basse fréquence, <1 kHz), les sonars tactiques (à moyenne fréquence, de 1 à 10 kilohertz), et les sonars offensifs ou contre-offensifs (à haute fréquence, de >10 à 100 kilohertz) (voir le tableau 2). Les sonars tactiques peuvent avoir des portées de détection de 10s du km, et les sonars actifs de surveillance peuvent détectés dans un rayon d’action de 100s du kilomètre (NRC 2003; Tomaszeski 2004). L'utilisation du sonar de SURTASS (système de détecteurs de surveillance en réseaux remorqués) LFA (actif de basse fréquence) est controversée en raison des préoccupations concernant ses effets potentiels sur la vie marine (EIS 2007). On interdit maintenant à la marine des États-Unis de déployer ces unités, sauf dans un secteur occidental de l'océan Pacifique et durant les périodes de guerre (Malakoff 2003), bien que le gouvernement des États-Unis en appelle actuellement de cette décision. 

Le département canadien de Recherche et de développement pour la défense (RDDC) a effectué des recherches pour étudier le sonar tactique actif à basse fréquence à l’aide du sonar remorqué intégré actif et passif (TIAPS) au large de la côte Atlantique (Bottomely et Theriault, 2003). Le niveau maximal d’émission du système de TIAPS était de 223 dB relatifs à 1 µPaà 1m (J. Theriault, Recherche et développement pour la défense Canada, communication personnelle, 2007). Des mesures d’atténuation furent appliquées (pour plus de détails, voir Bottomely et Theriault, 2003) et aucun incident mettant en cause les mammifères marins n'a été rapporté. Il n’existe aucun plan pour faire l’acquisition de ce sonar particulier pour l'usage militaire canadien, et la politique actuelle en matière de défense exige que toutes les acquisitions et les essais des systèmes de sonar à venir incluent des considérations environnementales (D. Freeman, département de la défense nationale, communication personnelle, 2007).

Les systèmes de sonar tactique à moyenne fréquence fonctionnant entre 1 et 10 kHz sont utilisés pour détecter des mines et des sous-marins. Ils ont été associés à des cas d’échouements de masse aux Bahamas, aux îles Canaries, en Grèce et dans le golfe de la Californie (IWC 2004). On a relevé que des exercices de sonar de moyenne fréquence effectués par le USS Shoup, le 5 mai 2003, dans le détroit de Haro correspondaient au changement de comportement des membres du groupe J qui se nourrissaient 47 kilomètres plus loin, et qui s’est avéré être le comportement le plus extrême par rapport à toute autre perturbation qu’on ait pu observé jusqu’alors. Le groupe a été aperçu tentant de fuir le secteur alors que le bateau était situé à 22 kilomètres de distance et finalement les membres du groupe se sont séparés et ont quitté le secteur dans des directions différentes, alors l'USS Shoup était dans un rayon de 3 kilomètres (D. Bain, observation personnelle et communication personnelle; K.C. Balcomb, dans Wiles, 2004). Jusqu'à 100 marsouins de Dall et un rorqual rostre ont également été vus fuyant le secteur à toute vitesse. L'étude intensive sur l’échouement simultané de 11 marsouins communs n'a pu révéler aucun signe déterminant de traumatisme acoustique, mais la cause de la mort n’a pu être déterminée pour six animaux, et la possibilité qu’un traumatisme acoustique ait contribué aux décès des cinq marsouins restants n’a pu être éliminée (on a observé des lésions conformes au traumatisme acoustique et à d’autres causes; NMFS 2004). De plus, tous les membres du groupe J étaient toujours vivants plus de deux ans après l'incident.

La marine canadienne possède cinq principaux types d'émetteurs de sonars militaires. Le sonar SQS 510 est le premier sonar de moyenne fréquence utilisé pour la recherche anti-sous-marine et le plus puissant. Il est actuellement installé sur 6 navires de la côte occidentale. En  comparaison, le sonar SQS 53C de la marine des États-Unis, comme celui utilisé sur l'USS Shoup, émet 10 fois plus d'énergie que le sonar 510 canadien. La marine canadienne utilise également des sonars immergés à l’aide d’hélicoptères et des bouées acoustiques actives, bien que celles-ci émettent beaucoup moins d'énergie que le 510 (D. Freeman, département de la défense nationale, communication personnelle, 2007).

La marine canadienne utilise le sonar actif pendant les exercices de formation et les essais d’équipement dans des secteurs d’entrainement indiqués. Cependant, les opérations de sonar peuvent également avoir lieu dans d'autres eaux le long de la côte Pacifique. Pour atténuer les impacts potentiels de l'utilisation de sonar, le personnel de bord du ministère de la Défense nationale (MDN) reçoit une formation pour identifier et détecter les mammifères marins. Selon la politique actuelle, l’ordre 46-13 du commandement maritime pour l’atténuation des répercussions sur les mammifères marins est d'éviter la transmission par sonar lorsque la présence d’un cétacé est observée à l’intérieur du périmètre défini de la zone d'action propre à chaque type de sonar. Cependant, une évaluation de l'efficacité de l'ordre du commandement maritime, plus précisément la capacité des observateurs à détecter les mammifères marins dans la zone d'influence, n'a pas été complétée jusqu'ici. Ces zones sont délimitées en utilisant les seuils provisoires de la National Marine Fisheries Service (NMFS) sur la perturbation comportementale potentielle (160 dB) et sur les dommages physiques (180 dB) (D. Freeman, MDN, communication personnelle, 2007). Des inquiétudes persistent concernant certaines incidences pouvant se produire au-delà de l'horizon visible, et elles seront difficiles, voire impossibles à observer ou à atténuer.  

Les rayons d’action des essais canadiens sont également utilisés par d'autres marines militaires pour tester l’équipement et former le personnel. Elles suivent les procédures canadiennes pour l'utilisation de ces portées, qui comprennent l'évaluation et la réduction des conséquences sur les mammifères marins (D. Freeman, MDN, communication personnelle, 2005). En effectuant des exercices conjoints dans les eaux canadiennes, les autres marines militaires reçoivent des directives qui comprennent des protocoles d’atténuation des émissions de sonars, avant et pendant les exercices. Bien qu’on en sache peu au sujet de la distribution des épaulards résidents au large, particulièrement au cours des mois d'hiver, ils peuvent être vulnérables à l'utilisation du sonar dans les secteurs plus au large. Il n'y a aucune zone d'exercice de sonar militaire actif dans les secteurs d'habitat essentiel proposés, qui a été identifiée jusqu'ici.

Relevés sismiques

On emploie les canons à air effectuer des levés géophysiques pour détecter et surveiller des failles sismiques et d’autres structures, comme les gisements de pétrole et de gaz sous le plancher océanique. Sauf indication contraire, l’information suivante sur les caractéristiques des relevés sismiques provient du NRC (2003). À l’instar des sonars militaires, les relevés sismiques produisent des bruits d’intensité élevée. La majeure partie de leur énergie est concentrée aux fréquences se situant entre 5 et 300 Hz et à des niveaux de pression maximale de 260 dB exprimés relativement à 1 mPa à 1 m. Cependant, à la différence des sonars militaires, les batteries de canons à air utilisées pour effectuer des relevés sismiques produisent des sons à bande large qui s’étendent à plus de 100 kHz (Calambokidis et al., 1998).

Les méthodes de relevé actuelles font appel à un ou plusieurs canons à air qui sont remorqués derrière un bateau. La taille des batteries de canons à air varie de 2000 à 8000 po3, en fonction de l’application. Les impulsions sonores projetées par ces canons pénètrent la surface du plancher océanique sur des distances pouvant atteindre jusqu’à 10 km de profondeur. Les batteries sont remorquées à approximativement 2,6 m/s (5 nœuds) et les canons à air sont déclenchés toutes les 10 à 12 secondes. La question de savoir si les épaulards sont capables de nager sur la longue distance requise pour éviter ces sources sonores doit être étudiée. Les sons produits dans le cadre de relevés sismiques par de puissantes batteries de canons à air ont été détectés à plus de 3 000 km de leur source (Niekurk et al., 2004).

Le MPO reçoit occasionnellement des demandes de permis provenant de l’industrie, d’organismes gouvernementaux comme Ressources naturelles Canada et des universités pour effectuer des levés géophysiques. Lorsque le rapport du COSEPAC sur la situation des épaulards a été rédigé (Baird, 2001) le moratoire fédéral et provincial sur l’exploration pétrolière et gazière était en vigueur. Depuis 2001, le gouvernement provincial de la C.‑B. a levé ce moratoire et a demandé que le gouvernement fédéral fasse de même. Alors qu’il y a une sensibilisation accrue aux effets potentiels du bruit d’intensité élevée sur la vie marine (UICN, 2004; CBI, 2004), il faut considérer les effets potentiels des sons de haute intensité et de bande large sur les épaulards. Le MPO élabore actuellement des normes relatives aux relevés sismiques, et l’ébauche d’une politique visant l’atténuation de leurs répercussions (MPO, 2005a) est actuellement en cours de révision à la suite d’une consultation publique. Dans la région du Pacifique, chaque projet de relevé sismique est examiné et des mesures d’atténuation sont élaborées sur une base ponctuelle en fonction des espèces préoccupantes présentes dans la zone visée par le relevé.

Des observations systématiques des cétacés ont été effectuées au cours de relevés sismiques dans les eaux du Royaume‑Uni et ont montré que les épaulards et d’autres cétacés étaient généralement observés à une plus grande distance durant les périodes de mise à feu des batteries de canons à air (Stone, 2003). Dans d’autres secteurs, des études comportementales ont révélé des réactions mixtes aux relevés sismiques. Les baleines grises de Californie et les baleines boréales ont semblé éviter les relevés sismiques (Malme et Miles, 1987; Ljungblad et al., 1988; Myrberg, 1990). Des cachalots macrocéphales mâles et des rorquals à bosse qui s’alimentaient n’ont pas évité les relevés sismiques (Malme et al., 1985; Madsen et al., 2002). Durant un relevé sismique effectué dans le détroit de Puget, on a obtenu des résultats mixtes entre les espèces, certaines, comme les baleines grises, présentant des réactions ambiguës au relevé alors que d’autres, comme les marsouins communs, ne tolérant qu’un niveau d’exposition relativement bas avant de quitter la zone (Calambokidis et al., 1998).

Pour des raisons morales évidentes, aucune étude expérimentale sur les effets physiques des relevés sismiques sur les cétacés n’a été effectuée. Cependant, la structure interne de l’oreille du cétacé ressemble à celle du poisson et des mammifères terrestres (Fay et Popper, 2000). Il a été montré qu’un petit canon à air (20 po3) causait une perte d’audition permanente chez les poissons en captivité (McCauley et al., 2003); il est donc possible que les canons à air puissent être capables d’endommager l’oreille d’un cétacé incapable d’éviter la source sonore. Puisqu’il est connu que l’épaulard est extrêmement dépendant du son pour s’orienter, nager, repérer les proies et les attraper, communiquer et interagir socialement, les conséquences d’une grave perte d’audition pourraient être mortelles.

Sonar commercial

Des systèmes de sonars commerciaux sont utilisés dans une grande variété de bateaux notamment pour la pêche, la navigation (sondeur de profondeur), la cartographie du fond marin et la détection d’obstacles (p. ex. sonar latéral). Ils font généralement partie de l’équipement standard de tout bateau faisant plus de 5 m. Ces sonars produisent typiquement des sons de bande étroite à des fréquences plus hautes et des puissances plus faibles que les sonars militaires. Les sons à haute fréquence se concentrent plus facilement dans des faisceaux étroits et s’atténuent plus rapidement que des sons à basse fréquence. Ainsi, le volume d’eau où leur incidence se fait sentir est moindre. Il existe de nombreux modèles de sonars commerciaux, mais seuls les appareils fonctionnant en dessous de 100 kHz, soit la limite supérieure de l’audition des épaulards, suscitent des inquiétudes. Les épaulards peuvent sans doute éviter ces sources de bruit lorsque les bateaux sont largement dispersés, mais lorsque ceux-ci sont concentrés dans des zones de trafic maritime intense, les épaulards pourraient n’avoir d’autre choix que de traverser des zones fortement soumises à des ondes acoustiques.

Transport

Le transport commercial a nettement augmenté ces dernières années. Ainsi, entre 1995 et 1999, la flotte mondiale de navires commerciaux a augmenté de 12 % (NRC, 2003). Il existe peu d’études ayant mesuré les changements survenus avec le temps dans les niveaux du bruit sous-marin de fond, mais les études qui ont été réalisées indiquent que l’accroissement du trafic maritime serait responsable de l’augmentation du bruit ambiant notée au cours des 100 dernières années (p. ex. Andrew et al.,2002). Dans l’hémisphère Nord, le bruit relié au transport constitue la principale source de bruit ambiant entre 10 à 200 Hz (NRC, 2003). Bien que l’énergie liée au transport se concentre à de basses fréquences, les navires produisent également des niveaux importants de bruit de haute fréquence. On n’a pas fait d’études sur les conséquences de ces sources chroniques de bruit sur les épaulards.

Autorisation d’approche à faible distance

Certaines activités peuvent perturber ou blesser les épaulards parce qu’elles exigent un contact physique avec l’animal ou que des bateaux s’approchent à faible distance des épaulards pour des périodes prolongées. En conséquence, au Canada et aux États‑Unis, les chercheurs et les cinéastes de films doivent obtenir une autorisation fédérale si leur projet requiert des approches à faible distance ou un contact physique avec les épaulards. Les approches à faible distance peuvent perturber les baleines physiquement et acoustiquement. Une grande partie de la recherche sur les épaulards est menée à l’aide de bateaux dont la taille varie de quelques mètres à plus de 30 mètres, bien qu’une partie de la recherche soit effectuée à terre (p. ex. Orcalab, sur l’île de Hanson, le programme de surveillance à l’ouest de l’île Cracroft, dans le détroit de Johnstone). Pour un épaulard, un bateau situé à 10 m sera environ 20 dB plus bruyant qu’un bateau situé à 100 m (Richardson et al. 1995). Les études d’identification photographiques exigent que toutes les baleines dans le groupe soient photographiées afin que la rencontre soit considérée complète, et pour prendre des photographies de bonne qualité, il faut habituellement s’approcher à moins de 30 m des épaulards (approximativement 10 dB de plus qu’à 100 m). Le prélèvement de fragments de proie, qui fournit un aperçu du régime alimentaire des épaulards résidents, nécessite l’approche de la zone où un épaulard a fait surface après qu’il ait terminé de s’alimenter activement. La biopsie à l’aide de dards, une méthode employée dans les études génétiques et les études sur les contaminants, requiert également que les bateaux s’approchent à faible distance, et la biopsie des juvéniles fait partie des recommandations récentes découlant de l’atelier sur les cétacés (Cetacean Systematics Workshop) tenu en avril et mai 2004 par la NOAA à La Jolla en Californie (Waples et Clapham, 2004). Les risques pour la santé peut‑être liés à la biopsie de juvéniles n’ont pas été évalués. Les instruments de marquage satellite et les enregistreurs de temps et de profondeur sont appliqués aux épaulards de manière externe. Ils sont utilisés pour surveiller les mouvements des épaulards, mais ils peuvent les perturber pendant l’application initiale ou le temps qu’ils adhèrent à la peau. Des technologies plus récentes faisant appel à des instruments de marquage satellite et à des enregistreurs de temps et de profondeur qui sont implantés dans la couche épidermique ou le muscle posent un risque supplémentaire de blesser l’épaulard.

Autres formes de perturbation

Le nombre de bateaux sur l’eau a augmenté considérablement ces dernières années. Cette augmentation du trafic pourrait perturber les épaulards, simplement parce qu’un plus grand nombre de bateaux traversent l’habitat des épaulards et affectent peut‑être la manière dont ils se déplacent dans l’espace disponible. Cela est d’autant plus évident lorsque des épaulards doivent interrompre leurs activités normales pour éviter une collision. Même si les collisions entre les baleines et les bateaux sont relativement rares, elles peuvent causer, lorsqu’elles se produisent, des dommages importants ou encore la mort (Ford et al., 2000).

Les motomarines ou « Jet Ski » seraient une autre source potentielle de perturbation ou de dommages causés aux épaulards. Les motomarines sont capables de manœuvres beaucoup plus erratiques ou imprévisibles que les bateaux à grande vitesse classiques. En conséquence, elles posent un risque de collision pour les épaulards et pour d’autres espèces sauvages. Les motomarines ont été interdites dans les îles de San Juan et dans des secteurs du sanctuaire marin national de la baie de Monterey, mais elles n’ont pas été interdites dans les eaux côtières de la Colombie-Britannique, sauf dans les eaux intérieures du port de Vancouver. On n’a pas rapporté de niveaux de bruit sous‑marin associés aux motomarines.

Non seulement les épaulards résidents doivent-ils passer dans des zones où le trafic maritime est intense, comme le détroit de Johnstone et le détroit de Georgia, mais ils doivent également contourner des bateaux de pêche commerciale et sportive au saumon dans des « zones névralgiques » considérées également comme étant de bonnes zones d’alimentation pour les épaulards. Cela comprend des zones à proximité de camps de pêche sportive. Ce conflit pour l’espace peut forcer les épaulards à modifier leurs comportements d’alimentation pour réussir à attraper des proies ou pour éviter une collision ou un enchevêtrement (voir la section 2.2.5).

Certaines activités industrielles comme la construction, le forage, le battage de pieux, le dragage et la pose de conduites sont également susceptibles de perturber les épaulards. La construction est aussi une source du bruit sous-marin. Les structures physiques, y compris les parcs à filets pour l’aquaculture et les structures permanentes (p. ex. les quais) peuvent endommager des aires d’alimentation, comme des peuplements d’algues brunes, ou déplacer physiquement les épaulards résidents des zones dans lesquelles ils circulent depuis longtemps. Si l’industrie de la pisciculture continue de croître sur la côte Nord, l’installation de parcs à filet peut devenir un problème pour les résidents du Nord.

2.2.4 Déversement accidentel d’hydrocarbures

Bien que la probabilité que les épaulards résidents du nord et du sud soient exposés à un déversement accidentel d’hydrocarbures soit faible, l’impact d’un tel événement peut être catastrophique. Ces deux populations sont vulnérables à un déversement accidentel d’hydrocarbures en raison du trafic intense de navires-citernes qui font l’aller‑retour dans le détroit de Puget et le détroit de Georgia (Baird, 2001; Grant et Ross, 2002) et de l’expansion proposée du trafic de navires‑citernes dans les eaux de la région nord et de la région centrale de la côte de la C.‑B. En 2003, 746 navires‑citernes et chalands ont transporté plus de 55 milliards de litres de pétrole et de carburant via le détroit de Puget (WDOE, 2004). Si le moratoire sur l’exploration et le développement pétrolier et gazier est levé en Colombie‑Britannique, l’extraction et le transport de pétrole poseraient un risque supplémentaire aux épaulards résidents du Nord.

Les épaulards ne semblent pas tenter d’éviter les hydrocarbures, comme on a pu le constater lors du déversement de l’Exxon Valdez en 1989 dans le détroit du Prince Williams en Alaska. Moins d’une semaine après le déversement, les épaulards résidents d’un groupe familial ont été observés faisant surface directement dans la nappe (Matkin et al.,999). Sept individus du groupe ont été déclarés manquants à ce moment-là et, en l’espace d’une année, treize épaulards du groupe sont morts. Ce taux de mortalité était sans précédent, et il y avait une forte corrélation spatiale et temporelle entre le déversement et les décès (Dahlheim et Matkin, 1994; Matkin et al., 1999). Les épaulards sont probablement morts des effets de l’inhalation de vapeurs de pétrole (Matkin et al.,1999). L’exposition à des hydrocarbures, soit par inhalation ou par ingestion, entraînerait des changements comportementaux, une inflammation des membranes muqueuses, une congestion des poumons, une pneumonie ainsi que des troubles hépatiques et neurologiques (Geraci et St. Aubin, 1982).

2.2.5  Mortalité accidentelle due à la pêche

Selon les rapports anecdotiques et l’absence de marques de filets sur les photographies d’identification, les épaulards restent rarement empêtrés dans un engin de pêche, mais le nombre réel de baleines emprisonnées n’est pas connu à ce jour (Baird. 2001). On a trouvé des engins de pêche à la ligne commerciale ou sportive dans l’estomac de plusieurs épaulards échoués, et on ne sait pas si cela est la cause de la mort (Ford et al., 1998). Quelques enchevêtrements ont été rapportés en C.‑B., en Alaska et en Californie (Pike et MacAskie, 1969; Guenther et al., 1995; Barlow et al., 1994; Heyning et al.,1994), mais ils n’ont habituellement pas entraîné la mort. Il est probable qu’à l’heure actuelle, les pêches posent peu de menaces directes aux populations d’épaulards. Cependant, on sait que les épaulards d’autres secteurs ont appris à prendre des poissons d’un engin de pêche et ce comportement, une fois adopté, peut s’étendre rapidement dans toute une population. Dans de nombreuses parties du monde, ce problème, appelé déprédation, est grave (Donogue et al., 2002) et pourrait affecter les épaulards résidents dans l’avenir. Là où la déprédation se produit, les méthodes de dissuasion, les enchevêtrements ou les prises à l’hameçon accidentelles accroissent les taux de blessures ou de mortalité chez les baleines.