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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la Pie-grièche migratrice (Lanius ludovicianus excubitorides) au Canada - Mise à jour

Biologie

Reproduction

La Pie-grièche migratrice de la sous-espèce excubitorides est présente l’été dans la moitié nord de son aire de reproduction, ce qui comprend le sud des provinces des Prairies, au Canada. Les pies-grièches arrivent dans les lieux de reproduction au Canada d’avril à juin, élèvent en général une seule couvée de 4 à 6 jeunes et entreprennent ensuite leur migration automnale en août ou en septembre.

Les deux parents participent apparemment au choix du site de nidification et rassemblent le matériel nécessaire à la construction du nid, que la femelle construit seule toutefois (Yosef, 1996). La femelle pond un œuf par jour et la ponte compte en moyenne de 5 à 6 œufs. Les femelles incubent les œufs seules et sont largement nourries par leur partenaire pendant la période de ponte et d’incubation. Cette dernière dure environ 16 jours. Les femelles couvent les oisillons pendant les premiers 4 à 5 jours, les mâles fournissant la majeure partie de la nourriture pendant cette période. Le séjour au nid dure en moyenne de 17 à 18 jours, et les parents continuent de nourrir les jeunes pendant la période qui suit l’envol.

Si le premier essai de nidification échoue au début de la saison, le couple tentera en général de construire un nouveau nid à quelques centaines de mètres du premier. Il est rare que l’on observe une seconde couvée (après l’envol réussi d’une première couvée) dans la partie septentrionale de l’aire de répartition (comprenant l’aire canadienne), mais cela est fréquent plus au sud (Yosef, 1996).

Survie

Haas et Sloane (1989) ont observé un taux de retour de 28 p. 100 chez les mâles adultes et de 5 p. 100 chez les femelles adultes au Dakota du Nord. Dans le cadre d’une étude, 1,2 p. 100 des juvéniles et 32 p. 100 des adultes ont été revus l’année suivante en Alberta, les pourcentages étant de 0,85 p. 100 chez les juvéniles et de 16 p. 100 chez les adultes au Manitoba (Collister et De Smet, 1997). Il est évident que ces taux de retour ne reflètent pas les taux de survie, car les adultes et les juvéniles quittent en général leur lieu de reproduction et de naissance pour se disperser (voir « Déplacements et dispersion », ci-dessous). L’absence de mesure précise du taux de survie des adultes et des juvéniles nuit aux tentatives visant à prévoir avec exactitude la viabilité des populations locales.

Il semble que la mortalité chez les juvéniles après l’envol soit élevée, 33 p. 100 à 46 p. 100 des jeunes qui ont pris leur envol mourant dans les 7 à 10 premiers jours qui suivent l’envol selon Yosef (1996). Cependant, d’autres études (voir p. ex. Blumton, 1989) ont montré que le taux de survie des jeunes après l’envol était relativement élevé. Par conséquent, on ne peut déterminer avec certitude si les taux de survie des jeunes après l’envol sont élevés en général, ou si le fait que certains juvéniles parcourent de longues distances au moment de la dispersion après leur envol (Blumton, 1989; Haas, 1995) entraîne une sous-estimation de leurs taux de survie.

Déplacements et dispersion

Collister et De Smet (1997) ont résumé les données sur la dispersion quant aux lieux de reproduction et aux lieux de naissance chez la pie-grièche en Alberta et au Manitoba. En Alberta, ils ont trouvé pour les adultes que la distance moyenne entre les lieux de nidification dans des années successives était de 1,9 km. Dans la même région, des jeunes pies-grièches baguées avant l’envol ont été recapturées en moyenne à 12,4 km de leur lieu de naissance. Au Manitoba, la distance moyenne entre les lieux de nidification successifs était de 3,1 km et la distance moyenne de dispersion par rapport au lieu de naissance était de 15,4 km. Cependant, le taux de fidélité au lieu de nidification était considérable, avec 50 p. 100 (10 sur 20) des mâles adultes et 27 p. 100 (3 sur 11) des femelles adultes se reproduisant dans le même territoire entre les captures. La dispersion pour ce qui est des lieux de reproduction était plus grande chez les femelles dans les deux régions visées, mais la différence entre les sexes n’était significative qu’au Manitoba (fidélité au lieu chez 23 p. 100 des mâles et chez 9 p. 100 des femelles). Il semble que le succès de la nidification jusqu’à l’envol avait eu une incidence sur la fidélité au lieu de reproduction au Manitoba, car 7 p. 100 des adultes qui ont réussi à élever des jeunes sont revenus dans le même territoire, tandis que seulement 2,3 p. 100 de ceux qui avaient échoué sont revenus.

La récupération de pies-grièches baguées au Canada donne à penser que la majeure partie de la population des Prairies hiverne dans le centre-sud des États-Unis (Burnside, 1987). Deux pies-grièches baguées au stade d’oisillons en Alberta ont été récupérées en hiver dans le centre du Texas, et quatre pies-grièches baguées en Saskatchewan ont été retrouvées dans le centre du Missouri (1 oiseau), le sud de l’Oklahoma (1) et au Texas (2).

Interactions interspécifiques

On a observé des pies-grièches pourchassant une grande diversité d’oiseaux, probablement pour défendre leur aire d’alimentation (Cadman, 1985; Collister, 1994; Woods, 1994). Le Moqueur polyglotte (Mimus polyglottos) et la Chevêche des terriers (Athene cunicularia) volent parfois de la nourriture dans les caches des pies-grièches (Yosef, 1996). Les jeunes pies-grièches ayant atteint l’âge de l’envol sont attaquées et harcelées par un certain nombre d’espèces de passereaux (Smith, 1991). Aucune indication ne permet de penser que la compétition interspécifique a contribué aux déclins des populations de Pies-grièches migratrices à l’échelle locale ou à la grandeur de l’aire de répartition.

Les pies-grièches adultes attaquent et pourchassent une grande variété de prédateurs potentiels de leur nid (voir Yosef, 1996). En Alberta, Collister (1994) a observé des chats féraux, des Pies bavardes (Pica pica), des belettes à longue queue (Mustela frenata) et des couleuvres à nez mince (Pituophis melanoleucus) pillant des nids de pie-grièche. Il est possible que ce genre de prédation soit plus commun dans les habitats agricoles fragmentés, mais il n’y a actuellement aucune donnée confirmant l’hypothèse selon laquelle les taux de prédation dans les nids de pie-grièche seraient plus élevés dans ce genre d’habitats.

Comportement et adaptabilité

Perturbations – On suppose en général que la Pie-grièche migratrice tolère les perturbations anthropiques autour de son nid, mais les indications sont contradictoires (Porter et al., 1975; Siegel, 1980; Kridelbaugh, 1983) quant à la fréquence à laquelle les pies-grièches abandonnent le nid à la suite de perturbations. Cependant, les taux d’abandon sont généralement peu élevés. Une seule étude (Campbell, 1975) a évalué l’effet des perturbations sur la recherche de nourriture. La principale découverte de Campbell est que les oiseaux en quête de nourriture sont souvent victimes de collisions avec des véhicules. On pense que ce type de mortalité est particulièrement fréquent en hiver, quand les pies-grièches concentrent leurs activités d’alimentation le long des routes (Miller, 1931; Cadman, 1986).

Alimentation et recherche de nourriture – Opportuniste, la Pie-grièche migratrice s’adapte en général au bassin de proies disponible (Miller, 1931; Craig, 1978). Elle se nourrit principalement d’insectes pendant la saison de reproduction, mais la proportion de vertébrés dans son alimentation augmente pendant les mois d’hiver. Plusieurs études (voir la section « Perturbations » ci-dessus) ont montré qu’en hiver, la pie-grièche s’alimente surtout le long des routes.