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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la Pie-grièche migratrice (Lanius ludovicianus excubitorides) au Canada - Mise à jour

Facteurs limitatifs et menaces

On a établi une corrélation entre la conversion et la dégradation de l’habitat, d’une part, et le déclin des populations de pies-grièches dans toute l’Amérique du Nord, d’autre part (Yosef, 1996). Telfer (1993) a signalé un déclin de 39 p. 100 dans des pâturages non améliorés entre 1946 et 1986 dans les régions des provinces des Prairies où la Pie-grièche migratrice a connu les déclins les plus importants. Telfer (loc. cit.) a également étudié l’utilisation de l’habitat par la pie-grièche dans les quartiers d’hiver au Texas et a constaté qu’il ne restait que 17 p. 100 des prairies indigènes. Samson et Knopf (1994) ont signalé une perte considérable de prairies indigènes en Alberta (61 p. 100 des prairies mixtes), en Saskatchewan (81 p. 100 des prairies mixtes et 85p. 100 des prairies à graminées courtes) et au Manitoba (99 p. 100 des prairies à graminées hautes et des prairies mixtes), ainsi que plus au sud le long de la partie occidentale et centrale des Grandes Plaines. Il est donc probable que la perte considérable de prairies indigènes (habitat d’alimentation préféré; Bent, 1950) dans l’ensemble des aires de reproduction, de migration et d’hivernage a également eu une incidence négative importante sur les populations de la Pie-grièche migratrice de la sous-espèce excubitorides.

Les causes exactes de la mortalité ne sont pas déterminées, mais il est clair que le taux de mortalité chez les jeunes ayant récemment pris leur envol est élevée. Collister (1994) a constaté en Alberta un taux de mortalité de 33 p. 100 une année et de ≥ 53 p. 100 une autre année chez les jeunes pies-grièches dans les dix premiers jours suivant l’envol. En Indiana, Burton (1990) a trouvé un taux de mortalité de 46 p. 100 chez les jeunes pies-grièches pendant la première semaine suivant l’envol.

On possède beaucoup d’indications concernant les effets négatifs des pesticides sur la Pie-grièche migratrice (voir le compte rendu dans Yosef, 1996). Les déclins des populations de cette espèce ont coïncidé avec l’introduction de composés organochlorés aux États-Unis et au Canada (Yosef, 1996). Deux études ont permis de mesurer des niveaux relativement élevés de pesticides chez les pies-grièches nichant en Illinois (DDE; Anderson et Duzan, 1978) et en Californie (DDT; Rudd et al., 1981), et la dieldrine est considérée comme un facteur ayant contribué au déclin de la Pie-grièche migratrice de la sous-espèce excubitorides au Canada (G. Gox dans Cadman, 1985).

Les pesticides peuvent avoir des effets négatifs directs en provoquant une diminution de l’épaisseur des coquilles (Morrison, 1979) qui entraînent une réduction du taux d’éclosion, en altérant le développement du comportement chez les juvéniles ou en causant la mort (Busbee, 1977). De plus, les pesticides peuvent réduire le succès de la reproduction et les taux de survie en amenant une diminution importante de l’abondance des proies. Selon Cadman (1985), il y a une corrélation entre les déclins marqués observés chez la Pie-grièche migratrice de la sous-espèce excubitorides au Canada et l’emploi intensif de la dieldrine dans la lutte contre les sauterelles, une des principales sources de nourriture des pies-grièches nichant dans les provinces des Prairies. Cadman a donné des indications montrant l’existence d’un lien entre, d’une part, la diminution de la taille des pontes et des couvées ainsi que du taux d’éclosion et, d’autre part, l’emploi de la dieldrine dans les régions où niche la pie-grièche. Dans les quartiers d’hiver, la récente expansion de la fourmi de feu rouge a entraîné l’utilisation du mirex (un pesticide), qui peut s’accumuler en concentrations relativement élevées dans les pies-grièches (Collins et al., 1974; Lymn et Temple, 1991).

On pense que les collisions avec des véhicules sont une cause majeure de mortalité chez les pies-grièches, jeunes et adultes. La pie-grièche cherche souvent sa nourriture dans les haies et les clôtures de fil barbelé, souvent près des routes, et plusieurs auteurs ont constaté une mortalité importante dans ce genre de contexte (p.ex. Robertson, 1930; Miller, 1931; Luukkonen, 1987; Blumton, 1989).

Il semble que le taux de prédation des adultes, des œufs et des oisillons est plus élevé à proximité des routes et des haies, qui attirent les prédateurs (DeGeus, 1990). On a constaté que les chats féraux faisaient partie des prédateurs (Gawlik et Bildstein, 1990; Scott et Morrison, 1990), de même que les rapaces et les carnivores en général (Bent, 1950).

Dans les prairies à herbes courtes, le bétail peut endommager ou tuer les quelques arbres disponibles pour la nidification de la pie-grièche (D. Wiggins, obs. pers.). Dans le sud-est du Colorado, il semble que les populations de L. l. excubitorides évitent de nicher dans les prairies broutées en été et nichent plutôt dans les arbustes au bord des routes ainsi que dans les secteurs clôturés auxquels le bétail n’a pas accès (D. Wiggins, obs. pers.).

Les conditions météorologiques peuvent avoir une incidence négative importante sur le succès de la reproduction. Porter et al. (1975) ont constaté la destruction de 9 nids sur 12 dans l’est du Colorado pendant de gros orages, et ce genre d’orages entraînent souvent la perte de nids dans les grandes plaines de l’est du Colorado (Susan Craig, comm. pers.). Il est probable que le mauvais temps (froid, humidité) cause encore plus de problèmes à la périphérie de l’aire de répartition de l’espèce (p. ex. au Canada).

Enfin, dans la population du Manitoba, le succès de la reproduction semble diminuer parallèlement aux déclins observés dans la population. L’ensemble de données le plus complet (pour toute l’aire de répartition de l’espèce) concernant le succès de la reproduction a été recueilli au Manitoba, et plusieurs mesures indiquent une diminution du succès de la reproduction depuis 1993, année où les effectifs ont amorcé une chute abrupte (tableau 4).

Tableau 4. Mesures du succès de la reproduction au Manitoba de 1987 à 1993 comparativement à celles de 1994 à 2002
(données de Ken De Smet, comm. pers.).
Facteur1987 à 19931994 à 2002
a) Taille de la ponte
6,18
6,17
b) Taille moyenne de la couvée de 8 à 10 jours
5,28
4,79
c) Succès de la nidification
62,5 %
57 %
d) b x c (nombre de jeunes envolés par nid construit)
3,30
2,73

Le virus du Nil occidental a tué de nombreuses Pies-grièches migratrices gardées en captivité en Ontario en 2002, et un cas de mortalité a été documenté en Alberta en 2003 (R. Bjorge, in litt., 2004).