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Stylophore à deux feuilles (Stylophorum diphyllum)

CONTEXTE

3.1 Description

3.1.1   Description de l’espèce

Le stylophore à deux feuilles (Stylophorum diphyllum) est une plante herbacée vivace, à rhizome robuste, qui peut atteindre jusqu’à 40 cm de hauteur. Les feuilles, pour la plupart basilaires, présentent une face inférieure pâle et sont pourvues de longs pétioles. Elles sont profondément divisées, presque jusqu’à la nervure centrale, formant cinq ou sept lobes dentés. La tige florifère porte, environ à mi-hauteur, de deux à trois feuilles plus ou moins opposées. Les tiges, les sépales et parfois les feuilles sont dotés de poils épais multicellulaires qui peuvent être peu nombreux ou abondants. Les fleurs forment une ombelle pauciflore au bout de la tige florifère. Elles exhibent quatre pétales de 2 à 5 cm de longueur qui sont d’un jaune riche et éclatant. Les deux sépales sont pubescents et légèrement charnus. L’ovaire fortement pubescent, de forme plus ou moins elliptique, s’allonge en un long style qui subsiste dans le fruit. Ce dernier est une capsule pendante, pubescente, légèrement charnue et de couleur vert grisâtre qui se divise en trois ou quatre segments. Toutes les parties de la plante renferment une sève de couleur jaune à orange et amère au goût. Gleason et Cronquist (1963) présentent une description technique de l’espèce.

Au printemps, les grandes fleurs d’un jaune éclatant de l’espèce sont particulières. Les feuilles sont étonnamment similaires à celles de la grande chélidoine (Chelidonium majus), une mauvaise herbe commune d’origine européenne. Chez les espèces du genre Chelidonium, les feuilles sont alternes, alors que chez celles du genre Stylophorum, elles sont basilaires et opposées ou verticillées. Les fleurs du genre Chelidonium sont plus pâles et beaucoup plus petites -- pétales étroits d’environ 1 cm de longueur--, et les sépales et les fruits sont glabres.

3.1.2   Populations et répartition

Il n’y a que trois populations connues du stylophore à deux feuilles au Canada. On les trouve près de London, en Ontario (figure 1), soit à la limite septentrionale de l’aire de répartition de l’espèce. Bien qu’elle soit relativement commune et qu’elle forme des populations éparses au centre de son aire de répartition, soit en Virginie, au Kentucky et dans le sud de l’Illinois, l’espèce a toujours été rare au Canada. Toutes les populations historiques croissaient le long de la rivière Thames, à l’est de London. L’espèce était considérée comme disparue (Keddy, 1984) avant que sa présence ne soit signalée en 1987 dans une zone boisée le long de la rivière Thames, à London. Depuis, deux autres populations ont été découvertes.

Le stylophore à deux feuilles est coté S1 en Ontario (CIPN, 2005), et toutes les occurrences de l'Ontario représentent probablement moins de 1 pour 100 de la population mondiale de l’espèce (COSEPAC, 2000).

Figure 1. Emplacement des sites du stylophore à deux feuilles dans le sud-ouest de l’Ontario

Figure 1. Emplacement des sites du stylophore à deux feuilles dans le sud-ouest de l’Ontario

Le tableau ci-dessous présente de l’information sommaire sur le droit de propriété des terres, sur la taille et sur l’habitat de chacune des trois populations.
PopulationPropriétéNombre de plantesDate de découverte initialeDescription et remarques
AOffice de protection de la nature~241973Environ de 5 à 8 individus rassemblés en une touffe sur la pente boisée d’une vallée de rivière, ces individus sont tous morts depuis et ont été remplacés par un recrutement plus dispersé. Vingt-quatre plants ont été recensés en 2006.
BPropriétaire privé~2501987Une touffe principale et quelques plantes dispersées croissant dans un ravin boisé qui, en 1946, était un pâturage ouvert comportant des bosquets d’arbres. Le site comptait environ 800 individus en 1993, mais il a subi des travaux d’exploitation forestière et de remblayage plus tard cette même année.
CPropriétaire privé~150Années 1970En bordure d’une érablière commerciale, à côté d’un canal de drainage municipal. Population redécouverte en 1998, constituée d’une touffe principale et de plantes dispersées.


3.2    Description des besoins de l’espèce

3.2.1   Rôle écologique, besoins biologiques et facteurs limitatifs

Le stylophore à deux feuilles croît généralement dans les forêts caducifoliées riches, sur les pentes et dans les ravins boisés, près des cours d'eaux forestiers, au fond des ravins et à la base des falaises. Les sols sont habituellement plutôt calcaires. Même si les populations sauvages ont tendance à croître sous un couvert forestier fermé, les plants cultivés peuvent se développer avec succès en mi‑ombre ou en plein soleil. Les populations ontariennes du stylophore à deux feuilles se trouvent à la limite septentrionale de l’aire de répartition naturelle de l’espèce. Il semble que les années où l'hiver est froid et le printemps tardif portent préjudice à l'espèce.

Les graines sont dotées d’un élaiosome 1 riche en huile et sont dispersées par les fourmis. Ces dernières sont attirées par l’élaiosome et emportent la graine avec elles; elles peuvent également enlever l’élaiosome et abandonner la graine, qui ensuite germe (Gates, 1943; Nordhagen, 1959). On ne connaît pas les espèces de fourmis en cause. Les graines ont une dormance profonde, mais le taux de germination est élevé après une stratification à froid. Le taux de prédation des graines par les souris est élevé chez les populations de l’Ontario.

Les semis réussissent davantage à s’établir sur des micro-sites ouverts ou légèrement perturbés dont le sol est dénudé. Les plantes peuvent fleurir au cours de la première année, mais à l’état sauvage, elles ne le font généralement pas avant la deuxième ou la troisième année. Les plantes ont une durée de floraison indéterminée qui peut se prolonger jusqu’à l’automne; toutefois, la grande majorité des fleurs sont produites pendant une courte période au printemps. La grenaison réussit mieux sur les fleurs précoces. Les fleurs semblent être structurées pour la pollinisation par les insectes, mais la présence d’insectes n’est pas fréquemment observée. Les plantes sont capables d’autopollinisation. Une fois établies, elles peuvent survivre au moins 10 ans, voire même 20 ans ou plus. Il semble que la pourriture du collet soit la plus importante cause de mortalité chez les plantes adultes. Les gels tardifs au printemps peuvent tuer les plantes qui n'ont pas aoûté parce qu’elles ont été ensevelies sous un amoncellement de neige.

Les petites populations sont vulnérables aux événements stochastiques susceptibles d’entraîner des disparitions locales et peuvent être victimes de dépression de consanguinité. Une des populations du stylophore à deux feuilles (A) ne compte que quelques plants matures réunis en une petite touffe. Même si la touffe observée en 1993 semblait avoir sensiblement la même taille qu’en 1973 (Dufton, comm. pers.), plusieurs plantes sont mortes aux cours des quatre ou cinq dernières années. Depuis 2004, quelques nouvelles plantes se sont établies à l’extérieur de la touffe principale. En 1993, la plus grande population (B) a perdu environ 600 plantes (80 p. 100 des effectifs) en raison de travaux d’exploitation forestière et de remblayage, mais maintenant, le nombre d’individus matures semble relativement stable. La troisième population (C) ne fait pas l’objet de suivi depuis assez longtemps pour qu’on puisse déterminer des tendances. Pour l'instant, les signes de dépression de consanguinité chez les stylophores à deux feuilles au Canada sont rares. Les plantes se reproduisent facilement par pollinisation croisée et par autopollinisation, et elles engendrent une descendance viable et en santé.

Dans la population A, le recrutement n’a été observé qu’une année au cours de la décennie d’observations. Les souris mangent presque toutes les graines de cette population (données inédites). Les graines recueillies et mises en terre sur ce site n’ont pas germé, alors que les graines cultivées ont germé et produit une descendance prospère. La prédation et des phénomènes inconnus qui entravent la germination semblent être les principaux facteurs limitatifs sur ce site. Aucun enlèvement de graines par les fourmis n’a été observé chez la population A. Il est possible que les formicidés qui conviennent soient absents de ce site.

Sur les autres sites, le recrutement de semis est sporadique et varie d’une année à l’autre. Il y a un certain recrutement, mais il n’y a pas eu suffisamment de suivi de l’évolution démographique pour déterminer si ce recrutement est suffisant pour que les populations accroissent leurs effectifs. La dissémination sur des sites voisins est généralement très faible, même si l’habitat paraît convenable.

Au Canada, le stylophore à deux feuilles est représenté par trois petites populations qui sont séparées l’une de l’autre par plusieurs kilomètres et qui se trouvent à la périphérie de l’aire de répartition de l’espèce. Les populations américaines les plus proches se trouvent dans le sud-ouest du Michigan, à plusieurs centaines de kilomètres de distance. Les échanges génétiques entre les populations canadiennes sont peu probables. Les graines sont principalement dispersées par les fourmis, habituellement sur de courtes distances. Les trois sites sont trop éloignés l’un de l’autre pour permettre tout effet de sauvetage naturel ou tout réétablissement après une disparition à l’échelle locale.

3.2.2   Besoins en matière d’habitat

Toutes les populations existantes du stylophore à deux feuilles au Canada croissent dans des communautés forestières d’âge moyen où domine l’érable à sucre. Parmi les autres arbres associés du couvert forestier, on compte le caryer cordiforme, le hêtre à grandes feuilles, l’orme d’Amérique, le frêne blanc d’Amérique, le micocoulier occidental et le tilleul d’Amérique. Le couvert forestier s’étend sur 65 à 90 p. 100 de la superficie des sites. Les espèces les plus communes de l’étage arbustif sont notamment l’érable à sucre, le cerisier de Virginie, le cornouiller alternifolié, le frêne blanc d’Amérique, le tilleul d’Amérique, le framboisier, le sumac vinaigrier et le hêtre à grandes feuilles. Le couvert arbustif va d'une couverture de plus de 75% à une couverture de moins de 5 % selon les parties de l'habitat. Tous les sites présentent un riche assemblage d’espèces floristiques de sous-bois, mais ces espèces ne sont pas identiques d’un site à l’autre.

Les espèces poussant à proximité des plants de stylophore à deux feuilles sont généralement d’autres espèces de papaveracées. Sur le site de la population A, les espèces du sous-étage le plus communément associées sont l’alliaire officinale et l’ariséma rouge foncé. Sur les sites des populations B et C, il s’agit notamment de l’asaret du Canada, de l’hydrophylle de Virginie, de la verge d’or à tige zigzagante, du caulophylle faux-pigamon, du géranium de Bicknell et de l’ariséma rouge foncé. Les sols de tous les sites sont constitués de dépôts glaciaires mésiques qui vont du loam sableux au loam argileux. Les sites de germination sont souvent des sols dénudés qui ont été perturbés, notamment par les activités des animaux, la chute de débris ou des glissements. Le rendement observé après des perturbations anthropiques (remblayage, drainage) de l’habitat ou à proximité de celui-ci montre que les plantes peuvent coloniser des sites perturbés et/ou envahis de mauvaises herbes. L’espèce n’occupe normalement pas la totalité de l’habitat qui semble lui convenir situé à proximité de l’endroit où elle croît. On ne comprend pas les facteurs limitatifs de la dispersion du stylophore à deux feuilles et on ignore pourquoi l’espèce occupe certains sites mais pas les autres sites apparemment similaires du même secteur. Les plants cultivés croissent bien en plein soleil ou à l’ombre et peuvent être assez envahissantes.

3.3    Menaces

Les principales menaces qui pèsent sur les populations du stylophore à deux feuilles au Canada ont été identifiées et sont énumérées ci-dessous par ordre décroissant d’importance.

3.3.1   Petite population et faible recrutement

La petite taille des populations isolées et le faible taux de recrutement décrits plus haut limitent peut-être le potentiel de rétablissement de l’espèce et la rendent plus vulnérable aux menaces d’origine anthropique, comme les activités récréatives, l’aménagement forestier et l’empiètement par l’utilisation des terres adjacentes.

3.3.2   Érosion et remblayage

Une partie du ravin où se trouve la population B a été détruite à la suite de travaux de remblayage en 1993. En 1997, d’autres travaux de remblayage, utilisant de la terre végétale, et la construction d’une route à proximité du site ont entraîné l’érosion du ravin. Depuis, au moins cinq plantes matures ont disparu à cause de l’érosion. Sur ce site, la majorité des plantes se trouvent à des endroits moins perturbés. Il y a un canal de drainage municipal attenant au site de la population C. Certaines des plantes extérieures à la touffe principale croissent dans un amas de terre le long de ce canal. Toute nouvelle activité de drainage aurait des répercussions sur ces plantes.

3.3.3   Changements dans l’utilisation des terres adjacentes

La population B se trouve à la limite d’une zone écosensible située dans la ville de London et a déjà été touchée par des activités qui se sont déroulées sur le site et près de celui-ci (voir Érosion et remblayage ci-dessus). À l’heure actuelle, on trouve entre autres à proximité du site des terres agricoles et une installation industrielle. Même si le site est situé à l’extérieur de la zone d’expansion sur 30 ans du plan officiel de la ville de London, de nouveaux aménagements voient le jour sur des lots adjacents. Il est probable que les terres adjacentes au site de la population B seront zonées à des fins d’aménagements futurs. Bien que le plan officiel de la ville de London et la Déclaration de principes provinciale de l’Ontario offrent une protection au site lui-même, l’aménagement des terres adjacentes multiplierait probablement les activités récréatives et augmenterait ainsi l’intensité des perturbations pour la population B.

3.3.4   Activités récréatives et entrées sans autorisation

Un nombre croissant d’amateurs de vélo de montagne entrent sans autorisation sur les propriétés où se trouvent deux des sites de stylophores à deux feuilles. Dans le cas de la population A, dont le site est géré par un office de protection de la nature, l’installation de panneaux de signalisation et le réaménagement du sentier à l’écart de la population du stylophore à deux feuilles semblent avoir réduit les menaces. Sur le terrain privé où se trouve la population B, de nouveaux sentiers ont été créés et balisés à l’insu du propriétaire ou sans son consentement. Les intrus sont très agressifs : ils endommagent et enlèvent les panneaux, ouvrent des sentiers fermés et coupent des clôtures. Une bonne partie du grand public est sensibilisé à la présence du stylophore à deux feuilles à London, et la localisation de la population B est assez bien connue. On ne sait pas combien de personnes ont visité le site ni à quelle fréquence, mais les propriétaires fonciers se sont plaints du nombre d’intrus. Comme les pentes sur lesquelles croissent les stylophores à deux feuilles sont très abruptes, les plants sont très vulnérables aux dommages causés par le piétinement.

3.3.5   Aménagement forestier

En 1993, des activités d’exploitation forestière ont dégradé l’habitat de la population B. L’habitat se régénère, mais des arbres de lisière continuent de mourir. L’ombre créée par la croissance du sous-étage végétal peut devenir un problème. La population C se trouve dans une érablière. Les activités d’aménagement (exploitation forestière, sentiers, piétinement) pourraient avoir une incidence sur la population, mais celle-ci semble survivre depuis au moins 30 ans aux activités qui se déroulent dans l’érablière. La menace ne semble pas imminente sur ce site.

3.3.6   Espèces envahissantes

L’alliaire officinale (Alliaria petiolata) est un compétiteur direct sur tous les sites, mais surtout sur celui de la population A. Des plants d’alliaire officinale croissant dans le voisinage immédiat des stylophores à deux feuilles sont enlevés chaque année. Les perturbations provenant de cette récolte peuvent avoir créé des sites de germination pour les semis de stylophores à deux feuilles. La renouée japonaise (Polygonum cuspidatum) présente sur le site de la population B a été traitée afin qu’elle ne devienne pas un problème, mais elle n’a pas été éradiquée. Le géranium de Robert (Geranium robertianum) est également une espèce préoccupante pour la population B, un grand nombre de semis de cette espèce ayant été observés sous des plants matures de stylophores à deux feuilles et à proximité de ceux-ci. Cette espèce de géranium pourrait concurrencer les semis de stylophores à deux feuilles.

3.3.7   Culture d’espèces sauvages

Le stylophore à deux feuilles est prisé des jardiniers qui cultivent des fleurs sauvages et est vendu comme plante de jardin. L’espèce peut être prolifique, presque envahissante, dans le sud de l’Ontario et elle croît bien dans les sols riches ombragés ou semi-ombragés. L’origine de la majorité des plantes commerciales est inconnue, mais il est presque certain qu’elle n’est pas canadienne. Les plantes de jardin ont peu de valeur du point de vue de la conservation de l’espèce. La culture à grande échelle d’espèces très rares risque de nuire aux efforts de conservation. Des individus cultivés peuvent se propager dans la nature. Non seulement les plantes adventices rendent-elles l’évaluation des populations naturelles impossible ou très difficile à réaliser, mais elles peuvent provoquer la contamination génétique des populations locales et perturber la dynamique des communautés naturelles des sites où elles s’établissent.

3.3.8   Climat

Au Canada, le stylophore à deux feuilles se trouve à la limite septentrionale de son aire de répartition, et sa présence est peut-être limitée par la température. Les populations ont été florissantes au cours de la dernière décennie, alors que les températures étaient parmi les plus chaudes jamais enregistrées. On a observé que les gels tardifs tuaient les plantes qui ne s’étaient pas encore aoûtées et que les printemps froids nuisaient à la floraison. L’espèce est peut-être avantagée par le réchauffement climatique, mais d’autres conséquences de ce réchauffement, comme les sécheresses et les conditions météorologiques imprévisibles, peuvent lui être nuisibles.

3.4    Habitat essentiel


3.4.1   Désignation de l’habitat essentiel dustylophore à deux feuilles

Le présent programme de rétablissement désigne l’habitat essentiel du stylophore à deux feuilles pour les trois populations actuelles, dans la mesure du possible. Une délimitation plus détaillée sera effectuée à l’étape du plan d’action, après l’achèvement des études prévues au calendrier des études. L’habitat essentiel comprend le territoire qu’occupe actuellement les populations de même que le territoire formé par le polygone entourant ce territoire et dans lequel se trouve le même type de végétation, selon la Classification écologique des terres (CET) (Lee et al., 1993). Les plantes isolées croissant occasionnellement à l’écart des populations principales sont la preuve que l’espèce est capable de s’étendre à des zones adjacentes à l’intérieur du même polygone. L’habitat essentiel sur les sites des populations B et C devrait également comprendre les zones adjacentes perturbées (remblais et amas de terre) dans lesquelles il y a occasionnellement du recrutement. Sur le site de la population B, où les plantes croissent très près de la lisière de la forêt, l’habitat essentiel pourrait inclure certaines portions des terres agricoles adjacentes afin de protéger l’habitat contre les activités d’aménagement qui sont imminentes.

L’habitat essentiel s’applique aux trois populations actuelles et pourrait être mis à jour périodiquement, au fur et à mesure que de nouvelles données deviendront disponibles.

3.4.2   Exemples d’activités susceptibles de détruire l’habitat essentiel

Voici des exemples d’activités qui sont susceptibles de détruire de l’habitat essentiel du stylophore à deux feuilles.

Activités récréatives :La création de nouveaux sentiers et une utilisation ou un accès accru nuiraient probablement au stylophore à deux feuilles et à son  habitat.

Aménagements : Des aménagements à proximité des sites de stylophores à deux feuilles auraient pour conséquence de dégrader les boisés naturels adjacents et d’entraîner la perte d’habitat.

Remblayage, érosion et drainage :Toute autre activité de remblayage du ravin endommagerait davantage l’habitat du stylophore à deux feuilles. Les remblais existants continuent de s’éroder et toute nouvelle tentative de remblayage pourrait endommager davantage l’habitat. La réparation ou l’élargissement de la route près du ravin pourrait poser d’autres problèmes. Des travaux de drainage à proximité du site de la population C pourraient endommager certaines plantes.

Aménagement forestier :Une exploitation forestière intensive qui ouvrirait le couvert forestier ou endommagerait les ravins aux versants abrupts serait nuisible. Toute exploitation altérerait l’habitat, mais les changements ne nuiraient pas nécessairement aux populations du stylophore à deux feuilles. L’accroissement des activités se déroulant dans l’érablière où se trouve le site de la population C pourrait être dommageable pour les stylophores à deux feuilles si des arbres tombaient sur la population, si les plants étaient piétinés ou si le sol était compacté.

3.4.3   Approches existantes et recommandées pour la protection de l’habitat

Le site de la population A se trouve dans une aire de conservation et est géré comme une réserve naturelle. Un sentier qui se trouvait à proximité de la population du stylophore à deux feuilles a été déplacé. Le site fait l’objet d’un suivi afin que les besoins en matière de gestion de la végétation soient relevés et évalués. Chaque année, on procède à l’enlèvement des alliaires officinales qui croissent dans le voisinage immédiat des stylophores à deux feuilles. Les arbustes peuvent être éclaircis si la densification du couvert semble nuire aux stylophores à deux feuilles.

La population B se trouve sur une propriété privée. La majorité de la population du stylophore à deux feuilles bénéficie d’une certaine forme de protection du fait que le territoire sur lequel elle croît a été désigné candidat au rang de zone importante et sensible sur le plan environnemental (ZISE) aux termes du plan officiel de la ville de London. Cette population s’étend toutefois au-delà des limites de la ZISE candidate. Le plan d’aménagement urbain, qui est en cours d’élaboration, permettra de déterminer les limites de la ZISE et de protéger le site contre tout aménagement futur. L’utilisation de l’habitat à des fins récréatives constitue une menace actuelle ainsi que potentielle. L’aménagement des terres adjacentes, qui sont actuellement vouées à l’agriculture, représente une menace future. L’équipe de rétablissement a aidé le propriétaire foncier à tenter de contrôler les entrées sans autorisation là où elles menacent la population du stylophore à deux feuilles. Le propriétaire foncier a été informé des différentes possibilités offertes pour assurer la protection et l’intendance de la ZISE et des terres adjacentes. Une proposition visant l’acquisition de certaines portions du terrain a été soumise au Thames Talbot Land Trust, lequel est déjà propriétaire d’une autre portion de la ZISE.

La population C se trouve sur une propriété privée, entre une érablière en exploitation et un canal de drainage municipal. Les propriétaires fonciers savent que le stylophore à deux feuilles croît sur leurs terres, permettent aux membres de l’équipe de rétablissement d’y accéder à des fins de suivi de la population et ont accepté d’informer l’équipe de toute proposition de changement à l’utilisation des terres. Il pourrait s’avérer utile d’informer ces propriétaires des différentes possibilités de protéger les terres boisées à long terme, notamment par le biais de servitudes. L’entretien ou la modification du canal de drainage municipal nuirait sans doute à certains stylophores à deux feuilles qui croissent sur un amas de terre à côté du canal de drainage.

3.4.4  Calendrier des études

Activité de rechercheDate du débutDate d’achèvement recommandée
Cartographie détaillée des populations de stylophores à deux feuilles sur des photos aériennes au moyen, si possible, d’un système mondial de localisation (GPS)20062008
Délimitation des polygones de CET aux endroits où l’espèce est présente et description de leur nature et de leur étendue20062008
Cartographie de l’habitat20062008


3.5    Mesures déjà achevées ou en cours

Les activités de rétablissement du stylophore à deux feuilles ont débuté en 1997 avec la formation d’une équipe de rétablissement et la préparation d’un plan de rétablissement provisoire (Bowles, 1997). Les mesures déjà achevées ou en cours incluent les suivantes :

a)     Recherche de nouveaux sites de stylophores à deux feuilles. On a redécouvert un site connu dans les années 1970, mais qui depuis n’avait pas été documenté ni confirmé par la cueillette de spécimens. Le nombre d’individus matures connus est passé à environ 400 individus répartis sur 3 sites.

b)     Communication avec les propriétaires fonciers et participation de ceux-ci aux travaux de l’équipe de rétablissement.

c)     Cartographie de l’habitat important (par le ministère des Richesses naturelles de l’Ontario – MRN) en vue de l’application du Programme d’encouragement fiscal pour les terres protégées et de la Déclaration de principes provinciale dans deux des trois sites.

d)     Suivi régulier des populations existantes. Élargissement des connaissances sur la survie, le recrutement et la fécondité en vue des analyses de la viabilité des populations.

e)     Protection et gestion de l’habitat des deux sites où il faut limiter l’accès du public, fermer des sentiers, installer des panneaux de signalisation et lutter contre les espèces envahissantes. La fermeture de certains sentiers a été bénéfique, mais il y a tout de même un problème récurrent d’entrées sans autorisation sur un des sites. Les mesures de lutte contre les espèces envahissantes et la limitation de l’accès du public se poursuivront.

f)       Établissement de populations ex situ de stylophores à deux feuilles à la Environmental Sciences Field Station de la University of Western Ontario et aux Jardins botaniques royaux. Environ 200 plants matures provenant de 21 lignées survivent aux deux endroits. Les populations seront maintenues afin d’être étudiées. D’autres petites populations ex situ ont été établies à Thorndale et à South Walsingham, en Ontario, à partir de graines recueillies en 1993.

g)     Réalisation d’expériences de germination et de dispersion des graines. Ces expériences ont contribué à la détermination des causes du faible taux de recrutement. Le ratio graine‑ovule est moyen, la fécondité et le taux de germination sont élevés, mais le taux de survie des graines à l’état sauvage est faible. Après avoir été libérées de leur capsule, de nombreuses graines (jusqu’à 100 p. 100) sont consommées par des prédateurs (Bowles, données inédites). Il ne semble pas y avoir de dispersion des graines par les fourmis sur le site de la population A (la plus petite) (Bowles, données inédites).

h)     Réalisation d’expériences d’entreposage des graines pour les populations canadiennes. Les graines entreposées (de deux à trois ans) n’ont pas germé (observation personnelle). La viabilité à long terme des graines entreposées est peut-être faible. La viabilité des graines dans la portion principale de l’aire de répartition de l’espèce est inconnue.

i)       Mise en terre de 50 graines provenant de la population A à l’automne 2004, mais aucune n’a germé. D’autres graines ont été semées à l’automne 2005 en vue de leur germination au printemps 2006. Si elles germent, les plantes immatures et les jeunes plantes matures seront transplantées dans la nature à l’automne 2006.

j)       Prélèvement d’échantillons des populations canadiennes et américaines de stylophores à deux feuilles aux fins d’une analyse génétique. On procède actuellement à la sélection d’amorces qui serviront à cette analyse. Le laboratoire médico-légal du MRN à la la Trent University est chargé des travaux, mais le manque de fonds l’empêche d’embaucher un technicien à temps plein.

k)     Publication d’articles sur le stylophore à deux feuilles et sur les mesures de rétablissement dans des magazines traitant de sciences naturelles, de même que dans des journaux régionaux, à des fins de sensibilisation du public.



1 Élaiosome : structure à la surface de certaines graines, qui contient une substance huileuse contribuant à leur dispersion en attirant certains organismes, comme les fourmis.