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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la Paruline orangée (Protonotaria citrea) au Canada – Mise à jour

Habitat

Besoins en matière d’habitat 

Au cours de la saison de reproduction, les Parulines orangées occupent de vastes forêts marécageuses décidues matures et semi-matures et des plaines riveraines inondables (McCracken, 1984; Petit, 1999). Le couvert végétal est généralement dominé par l’érable argenté (Acer saccharinum), le frêne (Fraxinus spp.) et le bouleau jaune (Betula alleghaniensis), souvent avec une composante de céphalanthe occidental (Cephalanthus occidentalis) mature dans les zones inondées ouvertes. La fermeture du couvert varie de partielle à totale, mais elle est généralement assez importante pour limiter la croissance d’un sous-étage herbacé et arbustif. Les sites de nidification sont généralement à l’ombre pendant au moins une partie de la journée (Blem et Blem, 1991; idem, 1992; Best et Fondrk, 1995).

Les bassins permanents et semi-permanents d’eaux libres sont caractéristiques, et les nids sont généralement situés au-dessus d’eaux stagnantes ou à faible courant. Dans les sites de l’Ontario, la profondeur de l’eau varie habituellement de 0,5 à 1,5 m, et l’eau couvre généralement de 70 à 100 p. 100 des territoires (J.D. McCracken, obs. pers.). Les plans d’eau sont le plus souvent d’un hectare ou plus, mais les sites comportant de plus petites flaques seront facilement occupés, en particulier si plusieurs sont rapprochés (J.D. McCracken, obs. pers.).

La Paruline orangée a été décrite comme une espèce sensible à la superficie de l’habitat par Keller et al. (1993), Petit (1999) ainsi que Thompson et al. (1993), mais non par Robbins et al. (1989) ni par Hodges et Krementz (1996). Dans les forêts riveraines du sud-est des États-Unis, on obtient de bons résultats en matière de conservation de l’espèce lorsqu’un corridor d’habitat propice d’une largeur de 100 m est protégé (Hodges et Krementz, 1996), alors que Kilgo et al. (1998) ont découvert que la probabilité que l’espèce soit présente était plus élevée dans les forêts d’une largeur d’au moins 500 m. Au Canada, plus de 95 p. 100 des sites de reproduction connus se trouvent dans des parcelles de forêt d’au moins 100 ha (Flaxman et Lindsay, 2004).

La Paruline orangée est une occupante secondaire des cavités; elle utilise souvent des cavités naturelles dans les arbres morts ou dépérissants, mais elle occupe normalement des cavités aménagées par les mésanges (Parus sp.) et les Pics mineurs (Picoides pubescens; Petit, 1999). L’espèce adopte d’emblée les nichoirs bien conçus et les préfère peut-être (voir p. ex. Best et Fondrk, 1995; McCracken et al., 2006). En fait, Twedt et Henne-Kerr (2001) ont montré que l’installation de nichoirs accroissait les densités de reproduction locales de Parulines orangées, en signalant que l’existence de cavités représentait un facteur limitatif (voir également Petit, 1999). Des nids de Parulines orangées ont également été observés dans des endroits plutôt inhabituels, comme un pot de café, un seau, un bocal en verre, un ancien nid de guêpes, une boîte aux lettres (Bent, 1953) et un nid vide de Carouge à épaulettes (Agelaius phoeniceus) (Petit et Petit, 1988).

Comme il est mentionné précédemment, les sites de nidification se trouvent presque toujours directement au-dessus de l’eau. Les cavités sont invariablement peu profondes et se situent généralement à de faibles hauteurs (habituellement à environ deux mètres du sol ou de l’eau; Petit, 1999). Les mâles construisent fréquemment un ou plusieurs nids incomplets (Bent, 1953; Petit, 1999; Blem et Blem, 1992). Les femelles choisissent souvent l’un de ces nids pour le terminer, mais peuvent également décider de construire elles-mêmes un tout nouveau nid. Quoi qu’il en soit, il semble que chaque territoire doive contenir plusieurs cavités propices afin d’accueillir les nids fonctionnels et un ou plusieurs nids incomplets (Petit, 1999).

Les nids sont principalement construits de mousses vertes, et souvent de quelques hépatiques et feuilles mortes (Petit, 1999). Ils sont bordés de fines radicelles, de lichens et d’herbes. Les mousses vertes humides constituent un matériau essentiel pour les faux nids incomplets et les nids fonctionnels (voir p. ex. Blem et Blem, 1994). Il n’y a aucune information selon laquelle certaines espèces de mousses seraient favorisées, mais Anomodon attenuatus et Bryohaplocladium microphyllum étaient les espèces dominantes utilisées en Virginie (Blem et Blem, 1994). Les deux espèces sont communes en Ontario (D.A. Sutherland, comm. pers., 2006).

Aucune donnée n’a été publiée sur l’utilisation de l’habitat au cours de la période suivant l’envol (Petit, 1999). Les jeunes oiseaux sont aptes à s’établir assez loin (Petit, 1999) et occupent souvent le couvert forestier supérieur à 250 m ou plus de leur nid, sans égard à la présence d’eau stagnante (J.D. McCracken, obs. pers.).

Les mangroves côtières de l’Amérique centrale et du nord de l’Amérique du Sud constituent le principal habitat d’hivernage de la Paruline orangée(Lefebvre et al., 1992; Lefebvre et al., 1994; Petit et al., 1995; Lefebvre et Poulin, 1996; Warkentin et Hernández, 1996). La Paruline orangée hiverne également dans les marécages, les forêts humides et, occasionnellement, dans des forêts plus sèches (notamment les pinèdes), principalement à moins de 1 300 m d’altitude (Bent, 1953; Arendt, 1992; Curson, 1994). Les préférences en matière d’habitat (p. ex. la structure, la composition taxinomique, les caractéristiques spatiales, l’âge des peuplements, les régimes d’humidité) de la Paruline orangée en hivernage n’ont pas été décrites sur le plan quantitatif, mais on sait, du moins, que la forêt de mangroves noires (Avicennia germinans) constitue l’un des principaux types d’habitat au Venezuela, au Panama et au Costa Rica (Lefebvre et al., 1994; Lefebvre et Poulin, 1996; Warkentin et Hernández, 1996; Woodcock et al., 2004).

Tendances en matière d’habitat 

Dans les États américains contigus, il ne reste que 10 p. 100 de l’habitat de forêts de plaines inondables original (Dickson et al., 1995). Dans le sud-est des États-Unis, les terres humides forestières disparaissent très rapidement (Winger, 1986; Hefner et al., 1994). Les pertes sont particulièrement grandes sur les côtes de la Louisiane ainsi qu’en Caroline du Nord et en Caroline du Sud (Department of Interior des États-Unis, 1994), qui représentent deux des principales aires de reproduction de l’espèce.

De même, une grande partie des terres humides et des forêts historiques du sud-ouest de l’Ontario ont disparu, ont été lourdement fragmentées ou ont été asséchées à des fins agricoles (voir Snell, 1987; Page, 1996). Dans le sud de l’Ontario, Snell (1987) estime qu’environ 1,5 million d’hectares de terres humides (soit 61 p. 100) ont été détruits depuis le début de la colonisation européenne jusqu’à 1982. La grande majorité de cette perte s’est produite avant les années 1960. Néanmoins, de 1967 à 1982, ce sont 39 000 hectares de terres humides qui ont disparu dans le sud de l’Ontario, principalement au profit des activités agricoles (Snell, 1987). Puisque 86 p. 100 des terres humides résiduelles du sud de l’Ontario étaient des forêts marécageuses (Snell, 1987), on présume que la majorité des pertes ont touché ce type d’habitat. Il reste actuellement peu de larges blocs de forêt marécageuse décidue intacts dans la région. Au cours des dernières décennies, la perte de l’habitat a ralenti considérablement, grâce à la mise en œuvre de politiques provinciales visant à protéger d’importantes terres humides dans le sud de l’Ontario. Toutefois, l’assèchement se poursuit dans les forêts marécageuses au moyen d’un vaste système de drainage municipal et de canalisation.

Dans les territoires d’hivernage, la perte de mangroves côtières est élevée et probablement en augmentation (Petit et al., 1995; McCracken, 1998a; voir la section « Facteurs limitatifs et menaces »).

Protection et propriété

Au Canada, la majorité de l’habitat occupé par la Paruline orangée depuis 1981 se trouve dans des terres publiques qui bénéficient normalement de degrés de protection de l’habitat élevés à très élevés (voir également l’annexe 1) :

Territoire domanial

L’espèce niche régulièrement dans la réserve nationale de faune de Big Creek et occasionnellement dans la réserve nationale de faune de Long Point (comté de Norfolk). En outre, elle niche parfois dans le parc national de la Pointe-Pelée (comté d’Essex) lorsque les niveaux d’eau sont élevés.

Terres publiques provinciales

Les Parulines orangées nichent couramment dans le parc provincial Rondeau (Chatham-Kent) et sporadiquement au parc provincial Wheatley (comté d’Essex) ainsi que dans le parc provincial Pinery (comté de Lambton).

Terres de l’office de protection de la nature

La nidification se produit assez fréquemment dans la zone de protection de la nature Holiday Beach (comté d’Essex) et dans la forêt Backus (comté de Norfolk), et sporadiquement dans la zone de protection de la nature du marais Hillman (comté d’Essex).

Autres terres protégées

De petits nombres d’individus nichent assez fréquemment à Coote’s Paradise (Hamilton-Wentworth).

Il n’y a aucune occurrence de nidification connue dans les terres des Premières nations. Dans les terres privées, plusieurs occurrences de nidification connues ont lieu dans des zones écosensibles qui bénéficient de divers degrés de protection par le truchement de plans municipaux ou de la Déclaration de principes provinciale concernant les terres humides importantes. Plusieurs sites privés sont gérés par des clubs de chasse qui, habituellement, s’intéressent vivement à la conservation de l’habitat humide.