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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la Paruline orangée (Protonotaria citrea) au Canada – Mise à jour

Taille et tendances des populations

Activités de recherche

En raison de la relative inaccessibilité de son habitat de forêt marécageuse, la Paruline orangée n’est pas particulièrement bien suivie dans le cadre du Relevé des oiseaux nicheurs fondé sur les données obtenues en bordure de route (Robbins et al., 1986; Flaspohler, 1996). Par conséquent, il est nécessaire de mener des activités de recherche spécialisées pour établir avec précision sa présence et son nombre. Les relevés de l’Atlas des oiseaux nicheurs ainsi que les relevés régionaux et de sites connexes offrent la meilleure information sur sa répartition et son nombre au Canada. Un deuxième Atlas des oiseaux nicheurs de l’Ontario, qui vient de clore cinq années d’activités, fournit la meilleure information sur la répartition et les tendances au Canada. Les deux périodes de l’Atlas (de 1981 à 1985 et de 2001 à 2005) comportaient des activités de recherche semblables : environ 124 000 heures-personnes ont été consignées durant la première période, comparativement à plus de 148 000 heures-personnes durant la seconde. En outre, l’équipe de rétablissement national a mené annuellement des relevés intensifs visant l’espèce depuis 1997; l’information actuelle sur l’espèce au Canada est donc indubitablement plus vaste qu’auparavant.

Abondance

Selon les extrapolations tirées des données du Relevé des oiseaux nicheurs, la population continentale de Parulines orangées est estimée à environ 900 000 couples (Rich et al., 2004), dont plus de 99 p. 100 résident aux États‑Unis, surtout dans les États du sud‑est. Les relevés intensifs menés au Canada de 1997 à 2006 ont rarement trouvé plus de 20 couples (McCracken et al., 2006). En plus des oiseaux accouplés, de 5 à 14 mâles territoriaux non accouplés ont été observés annuellement depuis 1997. Le relevé de la population le plus récent, mené en 2005, semble indiquer que la population actuelle compte de 28 à 34 adultes, y compris les adultes non accouplés.

Fluctuations et tendances

Bien que le Relevé des oiseaux nicheurs ne soit pas particulièrement adapté pour surveiller les tendances démographiques de la Paruline orangée (p. ex. le signalement de données comportant des lacunes; Sauer et al., 2005), il s’agit de la seule source d’information à l’échelle continentale. Les résultats du Relevé des oiseaux nicheurs donnent à penser que la population continentale a subi un déclin significatif à long terme de 1,3 p. 100 par année de 1966 à 2005 (p = 0,02; N = 474 parcours; Sauer et al., 2005), soit un déclin global de la population d’environ 40 p. 100. Les résultats des 10 dernières années (de 1996 à 2005) indiquent une augmentation non significative de 0,13 p. 100 par année (p = 0,89; N = 283 parcours). Les diminutions à long terme semblent assez généralisées, y compris dans le cas de la principale aire de reproduction de la Paruline orangée, située au sud‑est.

Au Canada, il n’est pas possible d’établir l’information sur les tendances à partir des Relevés des oiseaux nicheurs, car la taille des échantillons est trop petite. Par conséquent, l’information sur les tendances provient de relevés qui ciblent les Parulines orangées ainsi que de l’Atlas des oiseaux nicheurs de l’Ontario.

Dans le cadre de relevés intensifs menés annuellement depuis 1997, de 8 à 20 couples ont été enregistrés (McCracken et al., 2006), ce qui représente une diminution par rapport à l’estimation maximale de 40 à 80 couples pendant la période de 1981 à 1986 (McCracken, 1984; idem, 1987). Selon les renseignements tirés de ces relevés, la population de Parulines orangées au Canada est passée d’une estimation de 40 couples en 1995 (Page, 1996) à 8 couples en 2005, ce qui correspond à une diminution de 80 p. 100 de la population au cours des 10 dernières années.

Au Canada, l’espèce est surtout connue pour sa présence dans le parc provincial Rondeau. La population de Rondeau a été estimée à environ 100 couples au début des années 1930. À la suite de l’enlèvement de nombreux arbres morts en raison de la maladie hollandaise de l’orme, la population a subi un gravement déclin (voir McCracken, 1984). Il est probable que l’estimation de 100 couples était une extrapolation très optimiste (A. Woodliffe, comm. pers. 2006). Néanmoins, dès le début des années 1950, Nickell (1969) a signalé que la Paruline orangée représentait l’une des espèces les plus nombreuses dans les zones forestières du parc. En 1981, la population était d’environ 20 à 25 couples (McCracken, 1984). Des relevés intensifs annuels du parc ont été menés de 1997 à 2005; pendant cette période, le nombre de couples connus variait d’un maximum de 13 couples en 2000 à un minimum de 3 couples en 2005 et en 2006, soit l’enregistrement le plus faible (McCracken et al., 2006; J.D. McCracken, données inédites).

Malgré le déclin de la population, la répartition de la Paruline orangée au Canada n’a pas changé de façon importante au cours des 20 dernières années. Dans le cadre du premier Atlas des oiseaux nicheurs de l’Ontario couvrant la période de 1981 à 1985, l’espèce a été signalée dans 15 parcelles de 10 x 10 km comparativement à 16 parcelles dans le dernier Atlas (de 2001 à 2005).

Dans de nombreux sites canadiens (p. ex. pointe Pelée, Holiday Beach, la région de Long Point, Hamilton), les populations de Paruline orangée ont un profil de discontinuité temporelle bien marquée; l’activité reproductrice est périodiquement élevée pendant quelques années et s’arrête ensuite. La recolonisation des sites anciennement occupés, plutôt que la colonisation de nouvelles zones, semble confirmer la tolérance restreinte de l’espèce en matière d’habitat.

Effet d’une immigration de source externe

Il n’y a aucune preuve directe de l’immigration de Parulines orangées des États‑Unis, mais il est peu probable qu’il n’y ait aucune immigration sous une forme ou une autre, en particulier en provenance des sites de reproduction avoisinants dans le nord de l’Ohio, et potentiellement des populations plus dispersées qui résident au Michigan, en Pennsylvanie et dans l’État de New York. Tischendorf (2003) a mené une analyse de la viabilité de la population canadienne en utilisant la métapopulation et des modèles spatialement explicites et fondés sur l’individu qui s’appuyaient sur les paramètres de fécondité, de survie de juvéniles et d’adultes, de dépendance à la densité, de taille de la population initiale (24 couples), ainsi que sur 1 000 simulations, la dispersion, la stochasticité démographique et la stochasticité environnementale. À défaut de migration, tous les modèles ont montré que la probabilité de disparition de la population canadienne serait supérieure à 90 p. 100 en 100 ans. Toutefois, les résultats ont prévu que la migration d’au moins une femelle par année, provenant des populations sources potentielles aux États-Unis, serait suffisante pour éliminer le risque de disparition au pays.

L’effet d’une immigration de source externe dépend cependant de la probabilité que les immigrants réussissent à trouver un partenaire et à se reproduire, ce qui dépend entièrement de la densité. Il est peu probable que de petits nombres d’immigrants soient en mesure de soutenir de petites populations fragmentées et isolées d’oiseaux immigrants (McCracken, 1998b; Ward, 2005). Les procédures de Tischendorf (2003) ne tenaient pas compte de la nature fragmentée et isolée de la population de Parulines orangées au Canada; les modèles sont donc peut-être trop optimistes.

La probabilité de l’effet d’une immigration de source externe dépend également en grande partie de la densité et de la répartition d’une espèce dans les secteurs adjacents et de son évolution à ces endroits. Les cartes de l’Atlas des oiseaux nicheurs des États des Grands Lacs (voir p. ex. Eaton, 1988; Peterjohn et Rice, 1991; Walkinshaw, 1991) révèlent que les occurrences de Parulines orangées dans une bande de 100 km jouxtant les frontières de l’Ontario sont extrêmement dispersées et localisées, ce qui donne à penser qu’il y a peu de populations sources fiables pour le Canada. Il est donc loisible d’en tirer la conclusion que, si les Parulines orangées disparaissent du Canada, elles ne seraient probablement pas remplacées par des oiseaux des États‑Unis.