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Mise à jour évaluation et rapport de situation du COSEPAC sur la Grue blanche au Canada

Habitat

Description

L’aire de nidification de la population de Grues blanches qui migre entre le PNWB et la réserve faunique ANWR est un complexe fragile de marais, de tourbières et de lacs peu profonds, de dimensions, de formes et de profondeurs très diverses. Ces milieux humides sont séparés par d’étroites bandes de terre surélevées où règnent l’épinette noire (Picea mariana), l’épinette blanche (Picea glauca), le mélèze (Larix laricina) et diverses espèces de saule (Salix spp.). Dans le sous‑étage dominent généralement le bouleau glanduleux (Betula glandulosa), le lédon du Groenland (Ledum groenlandicum) et le raisin‑d’ours (Arctostaphylos uva-ursi). Les grues construisent leurs nids parmi les peuplements de scirpe (Scirpus validus), de roseaux (Typha spp.), de carex (Carex spp.), de charas (Chara spp.) et d’autres plantes aquatiques (Allen, 1956; Novakowski, 1966; Kuyt, 1976b, 1981).

Figure 2.  Aire de répartition de la Grue blanche en Amérique du Nord (d’après Allen, 1952).

Figure 2.  Aire de répartition de la Grue blanche en Amérique du Nord (d’après Allen, 1952).

Figure 3. Voie de migration de la Grue blanche (Meine CD, Archibald G.W. 1996).

Figure 3. Voie de migration de la Grue blanche (Meine CD, Archibald G.W. 1996).

Le coeur de l’aire de nidification de la Grue blanche au centre du PNWB, qui au milieu des années 1970 occupait quelque 625 km2 (Gollop, 1977), s’est étendu pour atteindre en 1999 une superficie d’environ 6 400 km2 (Brian Johns, comm. pers.). Cette extension s’est faite en direction du nord‑ouest et du sud jusqu’en Alberta (Kuyt, 1978; Johns, 1998). Malgré qu’il existe dans d’autres secteurs du parc et dans la zone subarctique des habitats analogues, ceux‑ci ne sont pas fréquentés par la Grue blanche (Brian Johns, comm. pers.).

Les quelques individus qui ont survécu à la tentative d’établissement d’une population sauvage dans les montagnes Rocheuses passent l’été dans les environs du Grays Lake National Wildlife Refuge, un marécage d’une superficie de 8 900 ha situé à 1 946 m d’altitude et entouré de terres agricoles et de divers types de milieux humides. Quant à la population sédentaire de la Floride, elle est établie dans une prairie à palmiers nains (Serenoa repens) de 2 000 km2 ponctuée de nombreux marais et lacs de faible profondeur. Cette étendue est entourée de ranches et de milieux humides très divers, de propriété publique et privée.

Lors de ses migrations entre le PNWB et l’ANWR, la Grue blanche se pose dans des milieux humides et des terres agricoles où elle peut trouver pour se nourrir des organismes aquatiques et des grains. Pour se percher, elle ne choisit pas les mêmes types de milieux humides au printemps et à l’automne. Au printemps, elle préfère les milieux humides temporaires ou saisonniers, et à l’automne, les milieux permanents ou semi‑permanents (Johns et al., 1997). Howe (1989) a constaté que 67 p. 100 des sites où les familles se posent pour s’alimenter sont des milieux humides, alors que les autres groupes choisissent dans 70 p. 100 des cas des terres cultivées. Il semble que les familles plus que les autres groupes fréquentent des milieux humides où la végétation est dense, peut‑être parce qu’une végétation dense offre une meilleure protection des jeunes contre les prédateurs. Les jeunes consacrent 25 p. 100 plus de temps à s’alimenter que les parents. On peut donc penser que les parents choisissent pour se percher des milieux humides offrant des conditions optimales pour l’alimentation des jeunes, notamment des milieux où ils peuvent trouver une abondance de protéines, constituant essentiel du régime des jeunes en croissance. Soixante‑sept pour cent (67 p. 100) des sites d’alimentation fréquentés par les familles sont des milieux humides, comparativement à 30 p. 100 seulement pour les autres groupes. Bien que les grues fréquentent les grands milieux humides au cours de leurs migrations, 41 p. 100 de ceux qu’elles choisissent pour se percher ont une superficie inférieure à 0,5 ha, et 15 p. 100, inférieure à 0,1 ha. Les grues montrent une préférence pour les sites où elles pouvent se percher à moins de un kilomètre du lieu où elles s’alimentent (Howe, 1989; Johns et al., 1997).

Les habitats d’hiver, en l’occurrence la réserve faunique ANWR au Texas et ses environs sur la côte du golfe, sont des marais estuariens peuplés de distichlis dressé (Distichlis spicata), de batis (Batis maritima), de spartine (Spartina alterniflora), de salicorne (Salicornia spp.,) et de borrichie (Borrichia frutescens), et des bas‑fonds intertidaux peuplés d’une autre spartine (Spartina spartinae). Sur les hautes terres des environs où les grues et d’autres espèces animales trouvent refuge, on trouve du chêne (Quercus virginiana), du laurier bourbon (Persea borbonia) et de l’andropogon (Andropogon spp.) (Allen, 1952; Labuda et Butts, 1979).

La population migratrice des Rocheuses fait halte dans le sud du Colorado, où les oiseaux se perchent dans les milieux humides et se nourrissent dans les champs d’orge avoisinants (Lewis, 1995).  Cette population s’installe pour l’hiver dans une zone au centre de la vallée du Rio Grande d’une cinquantaine de kilomètres de longueur, située près de la réserve faunique Bosque del Apache du Nouveau‑Mexique. Elle réside sur les rives du Rio Grande et dans les milieux humides aménagés qui se trouvent à proximité et se nourrit principalement dans les milieux humides et les terres agricoles des environs (Lewis, 1995).

 

Tendances

La disparition d’habitats humides inaccessibles à l’homme est probablement une des principales raisons qui expliquent que la Grue blanche ne niche plus au sud du PNWB. Et il est peu probable qu’elle y revienne à cause du manque d’habitats propices et du niveau élevé de perturbations provenant de l’activité humaine. L’aire de nidification de la Grue blanche dans le PNWB n’est pas très étendue, mais vu l’abondance d’habitats convenant à l’espèce au sein du parc et dans l’entourage immédiat, il n’est pas impossible que la population s’étende au‑delà de son aire actuelle. Les experts attribuent généralement l’incapacité de la Grue blanche à étendre son aire de nidification aux conditions qui règnent dans son aire d’hivernage (USFWS, 1994; Lewis, 1995; Johns, 1998). La réserve ANWR est située dans une région de circulation maritime intense, consacrée en grande partie au transport de produits pétrochimiques. Cet habitat critique pour la Grue blanche est ainsi non seulement altéré par la circulation des bateaux, mais exposé en permanence au risque de pollution par un déversement accidentel de produits. Par ailleurs, la Grue blanche y est en compétition pour les ressources avec de nombreuses autres espèces d’oiseaux qui hivernent dans la région.

 

Protection

L’aire de nidification de la Grue blanche s’est trouvée protégée contre les utilisations concurrentes du territoire et contre la progression du développement grâce à la création en 1922 du parc national Wood Buffalo, une vaste étendue (4 288 542 ha) de forêt boréale subarctique et de muskeg. En fait, c’est de façon plutôt fortuite et accessoire que la Grue blanche a bénéficié de cette protection, car le PNWB a été créé pour protéger les hardes de bisons des bois qui habitaient la région, et ce n’est que trente ans plus tard qu’on a découvert que cette région abritait également l’aire de reproduction de la population entière de Grues blanches sauvages. Cette région a été désignée « zone 1 – zone de préservation spéciale ».  L’accès y est interdit du 15 avril au 31 octobre, sauf pour le personnel du parc et les scientifiques. Le PNWB a été désigné « site du patrimoine mondial » en 1983 par l’Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO), qui reconnaissait ainsi le parc comme site d’une valeur universelle exceptionnelle, à protéger dans l’intérêt de toute l’humanité. Et l’aire de nidification de la Grue blanche au sein du PNWB a été désignée « site Ramsar » en 1982 par l’Union internationale pour la conservation de la nature et de ses ressources (UICN). Ramsar est une convention intergouvernementale qui encadre les initiatives nationales et la coopération internationale en matière de conservation et d’utilisation judicieuse des milieux humides et des ressources qu’ils renferment.

Howe (1989) et, plus tard, Johns et al. (1997) ont constaté que la plupart des sites où les Grues blanches faisaient halte durant leurs migrations se trouvaient sur des terres privées. On comprend alors toute l’importance d’une coopération entre les propriétaires terriens et les gestionnaires de la faune pour la protection des sites où cette espèce fait des arrêts pour s’alimenter et se reposer. Quelques‑uns des milieux humides les plus importants sur la voie migratoire de la Grue blanche sont des sites protégés, notamment la réserve faunique nationale du lac Last Mountain (également désignée site Ramsar) et le marais patrimonial du lac Luck, qui se trouvent tous deux dans la région de la Saskatchewan où cette espèce fait halte lors de ses migrations vers le sud à l’automne.

On étudie présentement la région afin de repérer d’autres sites importants pour la Grue blanche lors de ses migrations, en vue de les placer éventuellement sous la protection du Programme des Zones importantes pour la conservation des oiseaux. Ce programme a été lancé au Canada en 1996, concuremment avec des programmes parallèles aux États-Unis et au Mexique, dans le but de créer un réseau de secteurs ornithologiques protégés à l’échelle du globe pour assurer la survie à long terme dans leur milieu naturel de populations d’oiseaux. Au nombre des sites désignés ZICO (à partir de 2001) se trouvent les aires de nidification de la Grue blanche situées dans le PNWB à proximité de Fort Smith dans  les Territoires du Nord‑Ouest et dans la partie albertaine du parc, ainsi qu’un certain nombre de sites en Saskatchewan qui sont fréquentés par la Grue blanche lors de ses migrations, notamment les lacs Eyebrow, Middle, Basin, Blaine, Last Mountain (extrémité nord), Luck, Midnight, Radisson, Quill et Buffer. 

En 1978, le U.S. Fish and Wildlife Service a désigné comme habitats critiques pour la Grue blanche neuf sites répartis entre six États : le Monte Vista NWR, au Colorado; l’Alamosa NWR, au Colorado; le Grays Lake NWR, en Idaho; le Cheyenne Bottoms State Waterfowl Management Area, au Kansas; une zone de 88 km le long de la rivière Platte, au Nebraska; le Bosque del Apache NWR, au Nouveau‑Mexique; le Salt Plains NWR, en Oklahoma; et l’ANWR, au Texas (USFWS, 1994).