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Mise à jour évaluation et rapport de situation du COSEPAC sur la Grue blanche au Canada

Mise à jour

Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC

sur la

Grue blanche

Grus americana

au Canada

Grue blanche

Espèce en voie de disparition 2000

Logo du COSEPAC

Les rapports de situation du COSEPAC sont des documents de travail servant à déterminer le statut des espèces sauvages que l’on croit en péril. On peut citer le présent rapport de la façon suivante :

Nota : Toute personne souhaitant citer l’information contenue dans le rapport doit indiquer le rapport comme source (et citer l’auteur); toute personne souhaitant citer le statut attribué par le COSEPAC doit indiquer l’évaluation comme source (et citer le COSEPAC). Une note de production sera fournie si des renseignements supplémentaires sur l’évolution du rapport de situation sont requis.

COSEPAC. 2000. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la Grue blanche (Grus americana) au Canada – Mise à jour. Comité sur la situation des espèces en péril au Canada. Ottawa. viii + 32 p. (https://www.registrelep-sararegistry.gc.ca/sar/assessment/status_f.cfm).

WAPPLE, R.D. 2000. Rapport du COSEPAC sur la situation de la Grue blanche (Grus americana) au Canada – Mise à jour, in Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la Grue blanche (Grus americana)au Canada – Mise à jour. Comité sur la situation des espèces en péril au Canada. Ottawa. Pages 1 - 32.

Rapports précédents :

GOLLOP, M.A.  1978.  COSEWIC status report on the Whooping Crane Grus americana in Canada.  Comité sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada. Ottawa. 23 p.

Pour obtenir des exemplaires supplémentaires, s’adresser au :

Secrétariat du COSEPAC
a/s Service canadien de la faune
Environment Canada
Ottawa, ON

K1A 0H3
Tel.: 819-953-3215
Fax: 819-994-3684
E-mail: COSEWIC/COSEPAC@ec.gc.ca
http://www.cosewic.gc.ca

 

Also available in English under the title COSEWIC assessment and update status report on the Whooping Crane Grus americana in Canada .

Illustration de la couverture :
Grue blanche – Judie Shore, Richmond Hill (Ontario).

©Sa Majesté la Reine du chef du Canada, 2004
No de catalogue CW69-14/154-2002F-IN
ISBN 0-662-87327-0

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Sommaire de l’évaluation

 

Sommaire de l’évaluation – Novembre 2000

Nom commun : Grue blanche

Nom scientifique : Grus americana

Statut : En voie de disparition

Justification de la désignation : Cette espèce en voie de disparition à l’échelle mondiale, se trouve en très petits nombres, dans une aire de reproduction très limitée, à l’intérieur d’une partie du parc national Wood Buffalo et de la zone avoisinante. Les activités anthropiques et l’exploitation des ressources sont des menaces éventuelles pour la population, surtout pendant la migration.

Répartition : Territoires du Nord‑Ouest, Alberta

Historique du statut : Espèce désignée « en voie de disparition » en avril 1978. Réexamen et confirmation du statut en novembre 2000. Dernière évaluation fondée sur une mise à jour d’un rapport de situation.

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Résumé

Grue blanche

Grus americana

 

Description 

La Grue blanche adulte porte un plumage tout blanc, sauf pour les rémiges primaires, qui sont noires, et des marques noires et rouges sur la face. Ses longues pattes et son long bec sont noirs ou gris très foncé. Chez les jeunes, le plumage est d’un blanc grisâtre mêlé de brun rougeâtre, et la face est dépourvue de marques colorées.

 

Répartition 

La Grue blanche nichait autrefois dans la majeure partie des prairies du centre et du nord de l’Amérique du Nord (une petite population nichait en Louisiane) et migrait vers le sud pour l’hiver, du New Jersey jusqu’au nord du Mexique. Toutefois, elle est pratiquement disparue de ces régions sous la pression de la colonisation au début du 20e siècle, et son aire de nidification se limite aujourd’hui à une région comprise entre les cours supérieurs des rivières Nyarling, Sass, Klewi et Little Buffalo dans le parc national Wood Buffalo (PNWB). Cette aire s’est récemment étendue vers le sud jusqu’en Alberta, toujours dans le parc. La Grue blanche quitte le PNWB à l’automne et parcourt au‑delà de 4 000 km pour aller hiverner dans la région de la réserve faunique Aransas National Wildlife Reserve (ANWR) au Texas, sur la côte du golfe du Mexique.

En 1975, une deuxième population sauvage, pour laquelle une population locale de Grues du Canada a joué le rôle de parents adoptifs, a été établie dans le sud‑est de l’Idaho. Celle‑ci passe l’hiver au centre de la vallée du Rio Grande au Nouveau Mexique.  Une troisième population sauvage a été établie en 1993 à Kissimmee Prairie en Floride. Cette dernière est sédentaire.

 

Habitat

L’aire de nidification de la Grue blanche, au centre du PNWB, est un complexe de marais, de tourbières et de lacs peu profonds séparés par d’étroites bandes de terre surélevées dont le couvert végétal est dominé par l’épinette noire, l’épinette blanche, le mélèze et diverses espèces de saules et, à l’étage inférieur, le bouleau glanduleux, le lédon du Groenland et le raisin‑d’ours. Les grues construisent leur nid parmi les peuplements de scirpe, de roseau, de carex, de chara et d’autres espèces aquatiques.

Lors de ses migrations, la Grue blanche se pose dans des milieux humides et des terres agricoles pour se nourrir et se reposer. Elle montre une préférence pour les sites où elle peut se percher à moins de un kilomètre du lieu où elle se nourrit. Les familles recherchent davantage les milieux humides pour se nourrir que les autres groupes.

Les habitats où la Grue blanche hiverne, dans la réserve ANWR sur la côte du Texas, comprennent des marais estuariens peuplés de distichlis dressé, de batis, de spartine, de salicorne et de borrichie, et des bas‑fonds intertidaux où règne une autre espèce de spartine. Les hautes terres servant de refuge aux grues et autres espèces animales sont peuplées de chêne, de laurier bourbon et d’andropogon.

 

Biologie générale

La migration de la Grue blanche vers son aire de nidification se fait entre la fin de mars et la fin d’avril. La seule population sauvage de Grues blanches se reproduit dans le PNWB et les environs. Cette espèce atteint sa maturité sexuelle vers l’âge de quatre ans et se reproduit chaque année par après. Les couples se forment pour la vie. Ils commencent la construction du nid dès leur arrivée, et la femelle pond peu de temps après. Les pontes comptent habituellement deux œufs, mais le plus souvent un seul oisillon survit. Les œufs éclosent après 28 jours environ d’incubation, et les oisillons nidifuges se développent rapidement et sont capables de vol soutenu vers la mi‑août. La reproduction semble liée à un cycle d’années de sécheresse et d’années pluvieuses d’une durée d’environ 10 ans; elle est inférieure les années de sécheresse. La superficie moyenne du territoire des 13 couples étudiés était de 4,1 km2. La migration vers les sites d’hivernage a lieu à la mi‑septembre. Elle est d’assez longue durée, les oiseaux faisant souvent halte durant une à cinq semaines dans le centre‑sud de la Saskatchewan, pour arriver à la réserve ANWR entre la fin octobre et la mi-novembre.

La longévité chez les populations sauvages est d’environ 22 à 30 ans. Le taux de mortalité global chez la population du PNWB/ANWR est de 9,9 p. 100 par an. Les œufs et les oisillons laissés sans surveillance sont exposés aux prédateurs terrestres, en particulier en périodes de sécheresse. La mortalité chez les adultes survient principalement lors des migrations et de l’hivernage et est essentiellement liée à l’activité humaine. À l’automne, les jeunes adultes non reproducteurs quittent le PNWB avant les familles. Durant la période de 1982 à 1984, 68,4 p. 100 de la totalité des jours de migration de la Grue blanche à l’automne ont été écoulés en Saskatchewan. Une fois rendus dans la réserve ANWR, les couples et les familles établissent leur territoire. Dans les années 1980, la superficie moyenne des territoires d’hivernage était de 117 ha, mais elle s’est amoindrie dans les dernières années. Au printemps, les jeunes quittent les quartiers d’hiver avec les parents et demeurent auprès d’eux durant la majeure partie du retour vers le Nord, pour s’en séparer juste avant d’arriver ou en arrivant au site de nidification. Durant la période de 1982 à 1984, 43,7 p. 100 de la totalité des jours de migration de la Grue blanche au printemps ont été écoulés en Saskatchewan.

La Grue blanche est omnivore en toutes saisons. Durant la période de reproduction, elle se nourrit d’insectes, de crustacés, de cyprins, de grenouilles, de serpents, de petits rongeurs, de graines et de petits fruits. Lorsqu’elle fait halte sur son parcours migratoire, elle se nourrit de grains laissés dans les chaumes, de tubercules, d’insectes et de petits rongeurs. Au site d’hivernage, le crabe bleu et diverses espèces de myes constituent sa principale source de nourriture, à laquelle s’ajoutent des glands et des fruits de lyciet glanés dans les hautes terres environnantes.

La disparition des populations de Grues blanches qui habitaient autrefois les prairies et la forêt‑parc à trembles est attribuée principalement à la transformation de l’habitat, la chasse et la sensibilité des nicheurs aux dérangements. L’aire de nidification actuelle dans le PNWB est isolée, et les grues y sont peu dérangées. Dans l’aire d’hivernage, elles sont moins méfiantes et tolèrent la présence des barges circulant sur la voie maritime GIW (Gulf Intracoastal Waterway) et des bateaux d’écotourisme.

Dans le PNWB, il est peu probable que la Grue blanche ait à disputer les territoires de nidification à la Grue du Canada, et la compétition pour les autres ressources est probablement négligeable. En revanche, elle doit partager les ressources des habitats côtiers où elle hiverne avec un grand nombre d’oiseaux de plusieurs espèces. 

 

Taille et tendances de la population 

La Grue blanche n’a jamais été très abondante; son effectif n’a en fait probablement jamais dépassé les 1 500 individus. En 1999-2000, on a dénombré 260 individus vivant à l’état sauvage (187 dans la population du PNWB/ANWR, 2 dans la population des montagnes Rocheuses et 87 dans la population de la Floride). À ce nombre s’ajoutent 106 individus vivant en captivité, ce qui porte le nombre total de Grues blanches à 382. La population du PNWB/ANWR a augmenté de 36,6 p. 100 au cours des dix dernières années (1989-1999), pour un taux d’accroissement annuel de 3,7 p. 100.

 

Facteurs limitants et menaces 

La Grue blanche niche dans une aire très restreinte du PNWB. La qualité de l’habitat et, par suite, les ressources alimentaires de cette région constituent le principal facteur limitant cette population. Les dangers qui guettent ces oiseaux sur leur parcours migratoire et, plus encore, les conditions qui règnent dans la région de l’ANWR où ils passent l’hiver semblent plus limitants pour cette population que les caractéristiques de son aire de nidification dans le PNWB. Sa seule concentration dans la région d’hivernage la rend vulnérable aux désastres tels que les ouragans et les déversements accidentels de produits chimiques. 

 

Protection

Le Programme de rétablissement de la Grue blanche convenu entre le Canada et les États-Unis vise la conservation d’au moins 40 couples reproducteurs dans la population du PNWB/ANWR et l’établissement de deux autres populations d’au moins 25 couples reproducteurs chacune. Le centre du Wisconsin a été recommandé comme site de choix pour l’introduction d’une nouvelle population migratrice. Plusieurs sites en Saskatchewan et au Manitoba ont également été évalués en vue de futurs lâchers de Grues blanches. Au Canada, la Grue blanche est protégée en vertu de la Convention concernant les oiseaux migrateurs, de la Loi sur la Convention concernant les oiseaux migrateurs, de la Loi sur les parcs nationaux, de la Loi sur la faune du Canada et de diverses lois provinciales et territoriales sur la faune. Aux États-Unis, cette espèce est protégée en vertu de la Endangered Species Act

 

MANDAT DU COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) détermine le statut, au niveau national, des espèces, des sous-espèces, des variétés et des populations sauvages  canadiennes importantes qui sont considérées comme étant en péril au Canada. Les désignations peuvent être attribuées à toutes les espèces indigènes des groupes taxinomiques suivants : mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons, lépidoptères, mollusques, plantes vasculaires, mousses et lichens.

 

COMPOSITION DU COSEPAC

Le COSEPAC est composé de membres de chacun des organismes fauniques des gouvernements provinciaux et territoriaux, de quatre organismes fédéraux (Service canadien de la faune, Agence Parcs Canada, ministère des Pêches et des Océans, et le Partenariat fédéral sur la biosystématique, présidé par le Musée canadien de la nature), de trois membres ne relevant pas de compétence, ainsi que des coprésident(e)s des sous-comités de spécialistes des espèces et des connaissances traditionnelles autochtones. Le Comité se réunit pour étudier les rapports de situation des espèces candidates.

 

DÉFINITIONS

Espèce : Toute espèce, sous-espèce, variété ou population indigène de faune ou de flore sauvage géographiquement définie.

Espèce disparue (D) : Toute espèce qui n’existe plus.

Espèce disparue du Canada (DC) : Toute espèce qui n’est plus présente au Canada à l'état sauvage, mais qui est présente ailleurs.

Espèce en voie de disparition (VD)* : Toute espèce exposée à une disparition ou à une extinction imminente.

Espèce menacée (M) : Toute espèce susceptible de devenir en voie de disparition si les facteurs limitatifs auxquels elle est exposée ne sont pas renversés.

Espèce préoccupante (P)** : Toute espèce qui est préoccupante à cause de caractéristiques qui la rendent particulièrement sensible aux activités humaines ou à certains phénomènes naturels.

Espèce non en péril (NEP)*** : Toute espèce qui, après évaluation, est jugée non en péril.

Données insuffisantes (DI)**** : Toute espèce dont le statut ne peut être précisé à cause d’un manque de données scientifiques.

*        Appelée « espèce en danger de disparition » jusqu’en 2000.
**      Appelée « espèce rare » jusqu’en 1990, puis « espèce vulnérable » de 1990 à 1999.
***    Autrefois « aucune catégorie » ou « aucune désignation nécessaire ».
****  Catégorie « DSIDD » (données insuffisantes pour donner une désignation) jusqu’en 1994, puis « indéterminé » de 1994 à 1999.

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d’une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale-provinciale sur la faune. Le comité avait pour mandat de réunir les espèces sauvages en péril sur une seule liste nationale officielle, selon des critères scientifiques. En 1978, le COSEPAC (alors appelé CSEMDC) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. Les espèces qui se voient attribuer une désignation lors des réunions du comité plénier sont ajoutées à la liste.

Environment                   Environnement   
Canada                         Canada

Canadian                       Service canadien
Wildlife Service             de la faune

Le Service canadien de la faune d’Environnement Canada assure un appui administratif et financier complet au Secrétariat du COSEPAC.

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Information sur l'espèce

Nom, classification et taxonomie

Le nom commun que l’anglais donne à la Grue blanche, Whooping Crane, provient vraisemblablement des cris que lancent ces oiseaux ou des vocalisations qu’ils émettent à l’unisson (Lewis, 1995). Quant au nom latin, Grus americana (Linnaeus), il se traduit simplement par « grue d’Amérique ». La Grue blanche forme, avec 14 autres espèces réparties dans le monde, l’ordre des Gruiformes. Elle appartient à la famille des Gruidae. Le genre Grus compte neuf espèces, dont les deux espèces indigènes de l’Amérique du Nord, soit la Grue blanche et la Grue du Canada. La Grue blanche ne compte aucune sous‑espèce. D’après les analyses d’ADN, la Grue cendrée (Grus grus), une espèce eurasienne, serait sa plus proche parente (Love et Deninger, 1992).

 

Description

La Grue blanche adulte porte un plumage d’un blanc immaculé, contrastant avec les rémiges primaires noires qu’on voit lorsque les ailes sont déployées. Elle a le sommet de la tête rouge, et des marques noires partant du front se prolongent sous les yeux pour former des rayures obliques. Une marque gris foncé de forme triangulaire couvre la partie postérieure de la tête depuis le sommet jusqu’à la nuque. Ses longues pattes et son long bec sont noirs ou gris très foncé. Chez les jeunes, le plumage est d’un blanc grisâtre mêlé de brun rougeâtre, et la face est dépourvue de marques colorées. Les jeunes acquièrent leur plumage d’adulte au cours de la deuxième année.  En vol, les pattes et le cou sont tendus à l’horizontale. La Grue blanche est le plus grand oiseau d’Amérique du Nord, le mâle atteignant une hauteur d’environ 1,5 m. La femelle est légèrement plus petite (tableau 1).

Tableau 1.  Mensurations moyennes de l’aile, du culmen et du tarse chez la Grue blanche adulte mâle et femelle (Ridgeway et Friedmann, 1941)
Partie du corpsMâles (15)Femelles (7)
Culmen (mm)601,7597,9
Aile (mm)138,5136,7
Tarse (mm)276,5281,4

La Grue blanche se rencontre dans la même aire géographique que plusieurs espèces qui lui ressemblent, notamment l’Oie des neiges (Chen caerulescens) et le Pélican d’Amérique (Pelecanus erythrorhynchos), qui comme elle ont un plumage blanc et le bout des ailes noires, mais des pattes et un cou plus courts et un bec dont la forme est nettement différente. Elle côtoie aussi des cygnes et des aigrettes, qui ont un plumage blanc, mais non le bout des ailes noir. Les cygnes ont des pattes noires mais courtes, qu’ils n’étendent pas en vol. Les aigrettes, bien qu’elles aient de longues pattes noires qu’elles étendent aussi en vol, volent contrairement à la Grue blanche le cou replié sur les épaules.

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Répartition

En Amérique du Nord

L’aire de reproduction de la Grue blanche était autrefois beaucoup plus vaste que son aire actuelle. On pense qu’elle s’étendait des prairies du nord et du centre de l’Alberta et de la Saskatchewan jusqu’au sud‑ouest du Manitoba, au nord‑est du Dakota du Nord et du Dakota du Sud, au nord‑ouest du Minnesota et de l’Iowa et enfin au centre de l’Illinois (Allen, 1952). En 1939, on en a découvert une petite population isolée qui nichait dans les marais au nord du lac White en Louisiane.

L’espèce ne dispose plus pour se reproduire que d’une aire enclavée dans le parc national Wood Buffalo (PNWB), qui chevauche la frontière entre le nord‑est de l’Alberta et les Territoires du Nord‑Ouest. Elle niche principalement dans la région comprise entre les cours supérieurs des rivières Nyarling, Sass, Klewi et Little Buffalo (figure 1). Bien que le parc ait une superficie de 44 807 km2, ce qui en fait le plus grand parc national du Canada, l’essentiel de l’aire de reproduction de la Grue blanche, située dans l’angle nord‑est, n’y occupe guère plus de 6 400 km2 (Brian Johns, comm. pers.). On n’a pas découvert un seul nid de Grue blanche sauvage au sud du PNWB depuis 1929, où sa présence a été mentionnée au lac Luck en Saskatchewan (Hjertaas, 1994).

La voie migratoire qui relie l’aire de reproduction de la Grue blanche dans le PNWB à son aire d’hivernage dans la région de la Aransas National Wildlife Reserve (ANWR) sur la côte du Texas s’étend sur plus de 4 000 km (figure 2). Elle traverse, en direction sud‑est, le nord‑est de l’Alberta, le centre‑sud de la Saskatchewan, le sud‑ouest du Manitoba, le nord‑est du Montana, l’ouest du Dakota du Nord et du Dakota du Sud, le centre du Nebraska et du Kansas, le centre-ouest de l’Oklahoma et, enfin, le centre‑est du Texas (Howe, 1989; Kuyt, 1992). Les grues hivernent dans les bas‑fonds et les marais estuariens de l’ANWR et dans la région environnante sur la côte du golfe du Mexique (Allen, 1952). Au printemps, les grues suivent le même trajet à rebours, mais la migration se fait généralement en moins de temps, parfois en 10 ou 11 jours seulement chez les couples qui ont déjà fait le parcours plusieurs fois.

Une deuxième population sauvage a été établie en 1975 dans les montagnes Rocheuses du sud‑est de l’Idaho, où ont été lâchées des Grues blanches élevées par une population locale de Grues du Canada. Celle‑ci passe l’hiver au centre de la vallée du Rio Grande au Nouveau‑Mexique. Une troisième population sauvage de Grues blanches a été établie en 1993 à Kissimmee Prairie en Floride. Cette dernière, issue d’oiseaux élevés en captivité, est sédentaire.

 

Au Canada

Au Canada, la seule population viable de Grues blanches niche dans le PNWB, situé en partie dans le nord‑est de l’Alberta et en partie dans le sud des Territoires du Nord‑Ouest. Sa voie migratoire traverse le nord‑est de l’Alberta, le centre‑sud de la Saskatchewan et le sud‑ouest du Manitoba (figure 3).

 

Figure 1.  Aires de nidification de la Grue blanche dans le PNWB (Kuyt, 1993).

Figure 1.  Aires de nidification de la Grue blanche dans le PNWB (Kuyt, 1993).

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Habitat

Description

L’aire de nidification de la population de Grues blanches qui migre entre le PNWB et la réserve faunique ANWR est un complexe fragile de marais, de tourbières et de lacs peu profonds, de dimensions, de formes et de profondeurs très diverses. Ces milieux humides sont séparés par d’étroites bandes de terre surélevées où règnent l’épinette noire (Picea mariana), l’épinette blanche (Picea glauca), le mélèze (Larix laricina) et diverses espèces de saule (Salix spp.). Dans le sous‑étage dominent généralement le bouleau glanduleux (Betula glandulosa), le lédon du Groenland (Ledum groenlandicum) et le raisin‑d’ours (Arctostaphylos uva-ursi). Les grues construisent leurs nids parmi les peuplements de scirpe (Scirpus validus), de roseaux (Typha spp.), de carex (Carex spp.), de charas (Chara spp.) et d’autres plantes aquatiques (Allen, 1956; Novakowski, 1966; Kuyt, 1976b, 1981).

Figure 2.  Aire de répartition de la Grue blanche en Amérique du Nord (d’après Allen, 1952).

Figure 2.  Aire de répartition de la Grue blanche en Amérique du Nord (d’après Allen, 1952).

Figure 3. Voie de migration de la Grue blanche (Meine CD, Archibald G.W. 1996).

Figure 3. Voie de migration de la Grue blanche (Meine CD, Archibald G.W. 1996).

Le coeur de l’aire de nidification de la Grue blanche au centre du PNWB, qui au milieu des années 1970 occupait quelque 625 km2 (Gollop, 1977), s’est étendu pour atteindre en 1999 une superficie d’environ 6 400 km2 (Brian Johns, comm. pers.). Cette extension s’est faite en direction du nord‑ouest et du sud jusqu’en Alberta (Kuyt, 1978; Johns, 1998). Malgré qu’il existe dans d’autres secteurs du parc et dans la zone subarctique des habitats analogues, ceux‑ci ne sont pas fréquentés par la Grue blanche (Brian Johns, comm. pers.).

Les quelques individus qui ont survécu à la tentative d’établissement d’une population sauvage dans les montagnes Rocheuses passent l’été dans les environs du Grays Lake National Wildlife Refuge, un marécage d’une superficie de 8 900 ha situé à 1 946 m d’altitude et entouré de terres agricoles et de divers types de milieux humides. Quant à la population sédentaire de la Floride, elle est établie dans une prairie à palmiers nains (Serenoa repens) de 2 000 km2 ponctuée de nombreux marais et lacs de faible profondeur. Cette étendue est entourée de ranches et de milieux humides très divers, de propriété publique et privée.

Lors de ses migrations entre le PNWB et l’ANWR, la Grue blanche se pose dans des milieux humides et des terres agricoles où elle peut trouver pour se nourrir des organismes aquatiques et des grains. Pour se percher, elle ne choisit pas les mêmes types de milieux humides au printemps et à l’automne. Au printemps, elle préfère les milieux humides temporaires ou saisonniers, et à l’automne, les milieux permanents ou semi‑permanents (Johns et al., 1997). Howe (1989) a constaté que 67 p. 100 des sites où les familles se posent pour s’alimenter sont des milieux humides, alors que les autres groupes choisissent dans 70 p. 100 des cas des terres cultivées. Il semble que les familles plus que les autres groupes fréquentent des milieux humides où la végétation est dense, peut‑être parce qu’une végétation dense offre une meilleure protection des jeunes contre les prédateurs. Les jeunes consacrent 25 p. 100 plus de temps à s’alimenter que les parents. On peut donc penser que les parents choisissent pour se percher des milieux humides offrant des conditions optimales pour l’alimentation des jeunes, notamment des milieux où ils peuvent trouver une abondance de protéines, constituant essentiel du régime des jeunes en croissance. Soixante‑sept pour cent (67 p. 100) des sites d’alimentation fréquentés par les familles sont des milieux humides, comparativement à 30 p. 100 seulement pour les autres groupes. Bien que les grues fréquentent les grands milieux humides au cours de leurs migrations, 41 p. 100 de ceux qu’elles choisissent pour se percher ont une superficie inférieure à 0,5 ha, et 15 p. 100, inférieure à 0,1 ha. Les grues montrent une préférence pour les sites où elles pouvent se percher à moins de un kilomètre du lieu où elles s’alimentent (Howe, 1989; Johns et al., 1997).

Les habitats d’hiver, en l’occurrence la réserve faunique ANWR au Texas et ses environs sur la côte du golfe, sont des marais estuariens peuplés de distichlis dressé (Distichlis spicata), de batis (Batis maritima), de spartine (Spartina alterniflora), de salicorne (Salicornia spp.,) et de borrichie (Borrichia frutescens), et des bas‑fonds intertidaux peuplés d’une autre spartine (Spartina spartinae). Sur les hautes terres des environs où les grues et d’autres espèces animales trouvent refuge, on trouve du chêne (Quercus virginiana), du laurier bourbon (Persea borbonia) et de l’andropogon (Andropogon spp.) (Allen, 1952; Labuda et Butts, 1979).

La population migratrice des Rocheuses fait halte dans le sud du Colorado, où les oiseaux se perchent dans les milieux humides et se nourrissent dans les champs d’orge avoisinants (Lewis, 1995).  Cette population s’installe pour l’hiver dans une zone au centre de la vallée du Rio Grande d’une cinquantaine de kilomètres de longueur, située près de la réserve faunique Bosque del Apache du Nouveau‑Mexique. Elle réside sur les rives du Rio Grande et dans les milieux humides aménagés qui se trouvent à proximité et se nourrit principalement dans les milieux humides et les terres agricoles des environs (Lewis, 1995).

 

Tendances

La disparition d’habitats humides inaccessibles à l’homme est probablement une des principales raisons qui expliquent que la Grue blanche ne niche plus au sud du PNWB. Et il est peu probable qu’elle y revienne à cause du manque d’habitats propices et du niveau élevé de perturbations provenant de l’activité humaine. L’aire de nidification de la Grue blanche dans le PNWB n’est pas très étendue, mais vu l’abondance d’habitats convenant à l’espèce au sein du parc et dans l’entourage immédiat, il n’est pas impossible que la population s’étende au‑delà de son aire actuelle. Les experts attribuent généralement l’incapacité de la Grue blanche à étendre son aire de nidification aux conditions qui règnent dans son aire d’hivernage (USFWS, 1994; Lewis, 1995; Johns, 1998). La réserve ANWR est située dans une région de circulation maritime intense, consacrée en grande partie au transport de produits pétrochimiques. Cet habitat critique pour la Grue blanche est ainsi non seulement altéré par la circulation des bateaux, mais exposé en permanence au risque de pollution par un déversement accidentel de produits. Par ailleurs, la Grue blanche y est en compétition pour les ressources avec de nombreuses autres espèces d’oiseaux qui hivernent dans la région.

 

Protection

L’aire de nidification de la Grue blanche s’est trouvée protégée contre les utilisations concurrentes du territoire et contre la progression du développement grâce à la création en 1922 du parc national Wood Buffalo, une vaste étendue (4 288 542 ha) de forêt boréale subarctique et de muskeg. En fait, c’est de façon plutôt fortuite et accessoire que la Grue blanche a bénéficié de cette protection, car le PNWB a été créé pour protéger les hardes de bisons des bois qui habitaient la région, et ce n’est que trente ans plus tard qu’on a découvert que cette région abritait également l’aire de reproduction de la population entière de Grues blanches sauvages. Cette région a été désignée « zone 1 – zone de préservation spéciale ».  L’accès y est interdit du 15 avril au 31 octobre, sauf pour le personnel du parc et les scientifiques. Le PNWB a été désigné « site du patrimoine mondial » en 1983 par l’Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO), qui reconnaissait ainsi le parc comme site d’une valeur universelle exceptionnelle, à protéger dans l’intérêt de toute l’humanité. Et l’aire de nidification de la Grue blanche au sein du PNWB a été désignée « site Ramsar » en 1982 par l’Union internationale pour la conservation de la nature et de ses ressources (UICN). Ramsar est une convention intergouvernementale qui encadre les initiatives nationales et la coopération internationale en matière de conservation et d’utilisation judicieuse des milieux humides et des ressources qu’ils renferment.

Howe (1989) et, plus tard, Johns et al. (1997) ont constaté que la plupart des sites où les Grues blanches faisaient halte durant leurs migrations se trouvaient sur des terres privées. On comprend alors toute l’importance d’une coopération entre les propriétaires terriens et les gestionnaires de la faune pour la protection des sites où cette espèce fait des arrêts pour s’alimenter et se reposer. Quelques‑uns des milieux humides les plus importants sur la voie migratoire de la Grue blanche sont des sites protégés, notamment la réserve faunique nationale du lac Last Mountain (également désignée site Ramsar) et le marais patrimonial du lac Luck, qui se trouvent tous deux dans la région de la Saskatchewan où cette espèce fait halte lors de ses migrations vers le sud à l’automne.

On étudie présentement la région afin de repérer d’autres sites importants pour la Grue blanche lors de ses migrations, en vue de les placer éventuellement sous la protection du Programme des Zones importantes pour la conservation des oiseaux. Ce programme a été lancé au Canada en 1996, concuremment avec des programmes parallèles aux États-Unis et au Mexique, dans le but de créer un réseau de secteurs ornithologiques protégés à l’échelle du globe pour assurer la survie à long terme dans leur milieu naturel de populations d’oiseaux. Au nombre des sites désignés ZICO (à partir de 2001) se trouvent les aires de nidification de la Grue blanche situées dans le PNWB à proximité de Fort Smith dans  les Territoires du Nord‑Ouest et dans la partie albertaine du parc, ainsi qu’un certain nombre de sites en Saskatchewan qui sont fréquentés par la Grue blanche lors de ses migrations, notamment les lacs Eyebrow, Middle, Basin, Blaine, Last Mountain (extrémité nord), Luck, Midnight, Radisson, Quill et Buffer. 

En 1978, le U.S. Fish and Wildlife Service a désigné comme habitats critiques pour la Grue blanche neuf sites répartis entre six États : le Monte Vista NWR, au Colorado; l’Alamosa NWR, au Colorado; le Grays Lake NWR, en Idaho; le Cheyenne Bottoms State Waterfowl Management Area, au Kansas; une zone de 88 km le long de la rivière Platte, au Nebraska; le Bosque del Apache NWR, au Nouveau‑Mexique; le Salt Plains NWR, en Oklahoma; et l’ANWR, au Texas (USFWS, 1994).

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Biologie générale

Généralités

La seule population sauvage de Grues blanches se reproduit dans le PNWB. La migration entre l’aire de nidification et l’aire d’hivernage dans la réserve ANWR se fait en ligne directe, en direction sud‑est (figure 3). Au printemps, elle commence à la fin de mars et s’achève à la fin d’avril. En règle générale, elle est directe et rapide, ne prenant qu’une dizaine de jours pour les adultes qui ont déjà fait le parcours plusieurs fois (Kuyt, 1992). Les premiers arrivés reprennent souvent le même territoire que les années précédentes. Les couples commencent la construction du nid dès leur arrivée et la femelle pond peu de temps après. La ponte peut durer jusqu’à la mi‑mai. Les œufs éclosent après 30 à 35 jours d’incubation (Kuyt, 1981). Les oisillons, nidifuges, se développent rapidement et sont capables de vol soutenu vers le milieu du mois d’août. Les oiseaux quittent le PNWB pour s’envoler vers leur aire d’hivernage à la mi‑septembre. La migration d’automne est souvent beaucoup plus longue que celle du printemps; elle peut prendre jusqu’à 50 jours, les oiseaux faisant halte de une à cinq semaines dans le centre‑sud de la Saskatchewan (Kuyt, 1992). Ils arrivent à la réserve ANWR au Texas sur la côte du golfe entre la fin d’octobre et la mi‑novembre.

Reproduction

La Grue blanche atteint sa maturité sexuelle vers l’âge de quatre ans et peut se reproduire chaque année par après, mais certains individus ne se reproduisent pas tous les ans (George Gee, comm. pers.). Les couples se forment pour la vie. Les pontes comptent deux œufs, mais il est rare que les parents, qui se partagent les soins à la progéniture, réussissent à élever les deux petits. La saison de reproduction étant courte, les couples n’ont qu’une couvée. La longévité chez les populations sauvages est d’environ 22 à 30 ans (Kuyt et Goossen, 1987; Mirande et al., 1993). En règle générale, les couples s’isolent pour nicher, mais on a vu des nids construits à 500 m de distance les uns des autres dans les régions de nidification de plus forte densité, soit le long de la rivière Klewi et du ruisseau Preble (Brian Johns, comm. pers.). Il semble que les nouveaux reproducteurs qui ont construit leur premier nid loin d’un cours d’eau se rapprochent de l’eau les années suivantes (Kuyt, 1993). On ne connaît pas le rapport des sexes chez la population sauvage.

Survie

Le taux de mortalité global chez la population du PNWB/ANWR est de 9,9 p. 100 par année (Brian Johns, comm. pers.). La reprise d’oiseaux bagués a permis d’établir que la mortalité chez les jeunes est de 26,7 p. 100 avant l’âge de un an et de 9,06 p. 100 entre un an et deux ans (Lewis, 1995). Deux fois plus de mâles que de femelles survivent jusqu’à l’âge de un an. Le taux de survie entre les âges de un et deux ans est le même chez les deux sexes. Chez les individus plus âgés, le taux de survie est en moyenne légèrement inférieur chez les femelles (78 p. 100) que chez les mâles (86 p. 100). La reproduction semble liée à un cycle d’années de sécheresse et d’années de pluie d’une durée d’environ 10 ans; elle est inférieure les années de sécheresse. Le taux de recrutement de la population nichant dans le PNWB a diminué, passant d’une moyenne de 16,1 p. 100 durant la période de 1938 à 1966 à 11,5 p. 100 durant la période de 1967 à 1992, pour une moyenne de 13,9 p. 100 sur l’ensemble de cette période (1938-1992) (Drewien et al., 1995).

Les causes de mortalité sont nombreuses. Les œufs et les oisillons laissés sans surveillance sont exposés à la prédation, surtout en périodes de sécheresse où ils sont plus facilement accessibles aux prédateurs terrestres. Les facteurs de mortalité liés directement à la sécheresse pendant la période de reproduction comprennent la pénurie de nourriture sur une période prolongée (Kuyt, 1976a) et les feux causés par la foudre (Lewis, 1995). L’ours noir (Ursus americanus) et le grand corbeau (Corvus corax) se nourrissent des œufs, et le loup (Canis lupus), le renard roux (Vulpes velox) et le grand corbeau dévorent les jeunes (Kuyt et al., 1981; Johns, comm. pers.). La progéniture de la Grue blanche peut aussi être la proie du coyote (Canis latrans), du carcajou (Gulo luscus) et du lynx (Lynx canadensis).

La mortalité chez les adultes survient principalement lors des migrations et de l’hivernage (Kuyt, 1992) et est essentiellement liée à l’activité humaine. Les lignes de transport d’électricité présentent un danger pour les oiseaux migrateurs par temps de faible visibilité. Elles constituent une des principales causes de mortalité chez la Grue blanche et un des facteurs qui limitent le rétablissement à long terme de la population (Howe 1989). De 1956 à 1999, au moins 21 individus de cette espèce se sont tués ou gravement blessés en heurtant des câbles aériens (Lewis, 1995; Brian Johns, comm. pers.). Le braconnage pose moins de problèmes qu’autrefois, mais quatre Grues blanches ont été tuées par des chasseurs dans la réserve ANWR et peut‑être une cinquième (Lewis et al., 1992), et une autre a subi le même sort en Saskatchewan.

La prédation est un des facteurs naturels de mortalité. On connaît au moins un cas où une Grue blanche de la population des montagnes Rocheuses a été attaquée et tuée par un aigle royal (Windingstad et al. , 1981). Un autre cas d’attaque par un aigle a été signalé en 1997 (Brian Johns, comm. pers.). Kuyt (1992) pense qu’une Grue blanche adulte attaquée et tuée en Saskatchewan a été la proie d’un aigle royal, et qu’une autre dans la réserve ANWR a été tuée par un grand-duc d’Amérique.

La Grue blanche est sensible à un certain nombre de maladies, dont la tuberculose aviaire (Lewis, 1995) et le choléra aviaire (Snyder et al., 1987). On a également trouvé des coccidies, protozoaires parasites pathogènes, dans des déjections de Grues blanches récoltées dans l’aire d’hivernage (Forrester et al., 1978). Ont aussi été signalés des cas d’intoxication par le plomb (Snyder et al., 1992) et un cas où un adulte est mort d’une affection cardiaque à proximité de son nid dans le PNWB (Kuyt, 1992).

Physiologie

Ellis et al. (1991) ont décrit les comportements de régulation thermique de la Grue blanche : elle replie les pattes contre le corps en vol, se tient sur une seule patte lorsqu’il fait froid, ajuste son plumage, halète, frissonne et s’expose au soleil. Le duvet avec lequel naissent les oisillons est assez isolant pour assurer le maintien de leur température interne dans la plupart des conditions (Lewis, 1995).

Les conditions météorologiques ont une très grande incidence sur la migration de la Grue blanche, comme de toute espèce migratrice. Le départ de l’aire d’hivernage se fait à la faveur du passage vers l’est d’un système de haute pression, qui s’accompagne de vents doux du sud, d’une pression barométrique élevée et d’excellentes conditions de visibilité. Des conditions défavorables, comme des vents de travers violents ou de fortes précipitations, ralentissent la progression des grues, qui s’arrêtent pour attendre le retour de conditions plus propices. Une pression barométrique élevée, les vents du nord qui l’accompagnent et des conditions de visibilité favorables déclenchent le départ de l’aire de nidification (Kuyt, 1992).

Déplacements et migrations

Les jeunes quittent l’aire d’hivernage avec les parents et demeurent auprès d’eux durant la majeure partie du retour vers le nord, pour s’en séparer juste avant d’arriver ou en arrivant à l’aire de nidification. Durant la période de 1982 à 1984, 43,7 p. 100 de la totalité des jours de migration de la Grue blanche au printemps ont été écoulés en Saskatchewan (Howe, 1989). On a observé des jeunes qui déjà à cette étape étaient séparés de leurs parents, mais la séparation ne se fait souvent qu’au moment où la famille arrive à l’aire de nidification dans le PNWB (Kuyt, 1992). Stehn (1984) a observé que les parents devenaient plus aggressifs envers leurs jeunes au fil de la migration.

Après l’éclosion des œufs, la famille se déplace au sol sans quitter le territoire de nidification (Kuyt, 1976). Une fois que les oisillons sont capables de voler, la famille commence à sortir de son territoire, mais ne s’en éloigne guère (Howe, 1989). À l’automne, les jeunes adultes non reproducteurs quittent le PNWB avant les familles. Il est possible que le départ des premiers groupes incite les autres à suivre (Lewis, 1995). Lors de la migration d’automne, les grues s’arrêtent de une à cinq semaines dans une région de 85 000 km2 située dans le centre‑sud de la Saskatchewan. Durant la période de 1982 à 1984, 68,4 p. 100 de la totalité des jours de migration de la Grue blanche à l’automne ont été écoulés dans cette région de la Saskatchewan (Howe, 1989).

Une fois rendus dans la réserve ANWR, les couples et les familles établissent leur territoire. Dans les années 1980, la superficie moyenne des territoires d’hivernage était de 117 ha (Stehn et Johnson, 1987), mais elle s’est amoindrie dans les dernières années en raison de l’accroissement de la population. Les jeunes adultes et les adultes non appariés se regroupent à la périphérie de ces territoires (Blankinship, 1976). La population des montagnes Rocheuses n’est pas territoriale en hiver (Lewis, 1995).

Alimentation et interactions interspécifiques

La Grue blanche est omnivore en toutes saisons. Peu de données ont été recueillies sur le régime alimentaire de cette espèce en période de reproduction, mais on sait qu’il comprend divers insectes et crustacés. À l’automne, il est complété par des petits fruits sauvages (Novakowski, 1965). La Grue blanche se nourrit aussi de mollusques, de cyprins, de grenouilles, de serpents et de petits rongeurs (Allen, 1956; Novakowski, 1966). On sait qu’elle peut s’attaquer à des canetons, et on a déjà vu un jeune tenant un oiseau noir vivant dans son bec. Des mentions d’adultes se nourrissant d’un grèbe mort et d’un jeune inapte au vol se nourrissant d’un jeune butor d’Amérique mort laissent croire que cette espèce ne répugne pas à se nourrir de charogne lorsque l’occasion lui est offerte (Cooch et al. , 1988). Les petits sont nourris en grande partie d’invertébrés aquatiques, en particulier de nymphes de libellules (Bergeson et Bradley, sous presse).

Lorsqu’elle fait étape dans le centre‑sud de la Saskatchewan, la Grue blanche se nourrit de grains laissés dans les chaumes (orge, blé) de même que de tubercules, d’insectes (criquets, grillons), de petits rongeurs (Microtus spp., Peromyscus maniculatus) et de serpents (Thamnophis spp.). Les terres cultivées qu’elle rencontre en route entre la Saskatchewan et la réserve ANWR offrent vraisemblablement les mêmes ressources alimentaires.

Dans ses quartiers d’hiver, la Grue blanche se nourrit principalement de crabes bleus (Callinectes sapidus) et de diverses espèces de myes (Tagelus plebius, Ensis minor, Rangia cuneata, Cyrtopleura costada, Phacoides pectinata, Macoma constrica) (Blankinship, 1976). On croit que le niveau de l’eau détermine dans une certaine mesure quelles espèces constituent ses proies. Le crabe bleu est sa principale source de nourriture lorsque la marée est haute ou que les bas‑fonds intertidaux sont inondés par des précipitations abondantes (Nelson et al., 1996). En revanche, en décembre et janvier, lorsque les marées sont plus basses et que les bas‑fonds intertidaux ont tendance à s’assécher, ce sont les myes qui constituent l’essentiel de son régime, car elles deviennent plus facilement accessibles.

La Grue blanche fréquente également les terres hautes des environs où elle trouve à manger des fruits de lyciet (Lycium carolinianum) et des glands (Quercus virginiana), mais elle se nourrit rarement dans les cultures (Bishop et Blankinship, 1982). Font aussi partie de son régime d’hiver diverses espèces de crevettes (Callianassa spp., Penaeus spp., Cragnon spp.), des écrevisses (Cambarus hedgpethi), des escargots (Melampus coffeus) et des racines de scirpe (Scirpus olneyi) et de spartine (Spartina spp.).

Comportement et adaptation

Durant la période de reproduction, la Grue blanche supporte mal les présences étrangères. Ce facteur explique probablement en grande partie la disparition des populations établies dans les prairies et la forêt‑parc à trembles, à l’époque où l’activité humaine s’est accrue dans le voisinage des milieux humides où elle nichait, soit vers la fin du 19e siècle et le début du 20e siècle. L’aire de nidification actuelle de l’espèce dans le PNWB est isolée et relativement à l’abri des perturbations.

Dans ses quartiers d’hiver, la Grue blanche semble moins méfiante et tolère la circulation des barges et des bateaux d’écotourisme sur la voie maritime GIW. Les barges transportent principalement des produits chimiques. Il y a déjà eu des déversements accidentels de petites quantités de produits chimiques dans cette région, et le risque de déversements plus graves ne peut être écarté (USFWS, 1994). L’activité maritime et les travaux d’entretien auxquels elle oblige ont entraîné une certaine altération du milieu, notamment par l’érosion, et même la perte de certains habitats. Par ailleurs, la réserve ANWR est située dans une région exposée aux ouragans, et bien que la saison où surviennent généralement ces phénomènes atmosphériques est pratiquement passée lorsque la Grue blanche arrive en novembre, il n’en demeure pas moins que le potentiel de dévastation de ces tempêtes est toujours à craindre. Ainsi, en 1940, un ouragan particulièrement violent a emporté sept des 13 dernières Grues blanches de la Louisiane, ce qui a mené à la disparition de cette population en 1948.

Le Service canadien de la faune et le United States Fish and Wildlife Service travaillent en collaboration au rétablissement de cette espèce. De 1967 à 1996, 453 œufs de Grues blanches ont été prélevés dans les nids et utilisés dans des expériences d’élevage en captivité, d’élevage par des Grues du Canada et de réintroduction dans la nature à l’aide d’aéronefs ultralégers. Bien que les pontes de la Grue du Canada comme de la Grue blanche soient de deux œufs, il est rare que les deux oisillons survivent. Les experts ne sont pas tous du même avis quant aux conséquences possibles du prélèvement d’œufs sur la population de Grues blanches. Mirande et al. (1993) prétendent que le fait de retirer un des œufs du nid n’a aucune incidence négative sur la productivité d’une population sauvage. Cannon et al. (sous presse) disent au contraire que le nombre de jeunes dans la population du PNWB/ANWR était sensiblement plus élevé les années où aucun œuf n’a été prélevé. Toutefois, les résultats de ces études sont difficiles à interpréter, vu le manque de contrôles expérimentaux et le nombre de facteurs de confusion (George Gee, comm. pers.).

Le Programme de rétablissement de la Grue blanche convenu entre le Canada et les États-Unis vise la conservation d’au moins 40 couples reproducteurs dans la population du PNWB/ANWR et l’établissement de deux autres populations d’au moins 25 couples reproducteurs chacune (USFWS, 1994; Edwards et al., 1994). Le Canada s’est fixé comme objectif l’établissement d’une nouvelle population d’ici 2020 (Edwards et al., 1994). À cette fin, Lyon et al. (1995) ont évalué trois régions de l’est de la Saskatchewan et de l’ouest du Manitoba, à savoir la région de Yorkton, l’embouchure de la rivière Saskatchewan et la rivière Overflowing. Sur le plan logistique, la région de Yorkton est celle qui se prêterait le plus facilement à la réintroduction de l’espèce, mais c’est aussi celle qui présente le plus de facteurs de risque. Sommerfeld et Scarth (1998) ont évalué, dans la même optique, cinq zones marécageuses dans l’interlac manitobain. Celles‑ci offrent un habitat propice à l’établissement d’une population de 25 couples reproducteurs, mais les risques de perturbation des oiseaux nicheurs qu’entraînerait l’utilisation du territoire dans cette région pourraient compromettre la réussite du projet. En 1998, l’équipe responsable du rétablissement de la Grue blanche a formulé les recommandations suivantes :

1.        Procéder à l’établissement d’une deuxième population migratrice en deux temps : du Wisconsin à la Floride, et du Manitoba à la Floride ou à la Louisiane.

2.        Examiner la possibilité de réintroduire la Grue blanche dans le Wisconsin.

3.        Le premier choix quant à l’aire d’hivernage est Chassahowitzka, en Floride, et le deuxième, l’île Marsh, en Louisiane.

D’autres recommandations ont suivi en 1999 :

1.        Réintroduire une deuxième population migratrice dans l’est des États-Unis, laquelle nicherait dans le Wisconsin et hivernerait dans la Chassahowitzka NWR ou la St. Martins Marsh Aquatic Preserve, en Floride.

2.        Faire les premiers lâchers dans le centre du Wisconsin, sous réserve des conditions suivantes : que les niveaux de pollution auxquels la Grue blanche serait exposée ne soient pas excessifs; que la circulation aérienne au‑dessus de la région considérée ne soit pas une source de perturbation excessive pour les oiseaux nicheurs; que les efforts de réintroduction à l’aide d’aéronefs ultralégers ne soient pas prohibitifs; et que l’expérience de migration guidée de la Grue du Canada du centre du Wisconsin à la Floride au moyen d’aéronefs ultralégers soient prometteurs (Brian Johns, comm. pers.).

Lorsqu’il aura été établi que la voie migratoire et la dispersion de la nouvelle population ne risquent pas d’occasionner une importante interaction entre celle‑ci et la population du PNWB/ANWR, d’autres sites pourront être envisagés pour de nouveaux lâchers, notamment d’autres régions du Wisconsin, la réserve faunique Seney dans le Michigan, l’interlac manitobain, et la réserve faunique de l’île Marsh, en Louisiane, comme aire d’hivernage (Brian Johns, comm. pers.).

Trois populations de Grues blanches sont élevées en captivité par le U.S.  Fish and Wildlife Service (USFWS), le U. S. Geological Survey et le Service canadien de la faune (SCF). La première a été établie en 1966 au Patuxent Wildlife Research Center, dans le Maryland, la deuxième, à l’International Crane Foundation (ICF) à Baraboo, dans le Wisconsin, et la troisième, au zoo de Calgary, par le SCF. En 1999, la population de Patuxent comptait 44 individus, celle de l’ICF en comptait 31, et celle du zoo de Calgary, 21 (annexe 4). Le jardin zoologique de San Antonio au Texas garde 4 adultes en captivité, et le Audubon Institute en Louisiane en garde 2 (Brian Johns, comm. pers.).

La Grue blanche est un oiseau territorial aussi bien dans son aire d’hivernage que dans son aire de reproduction. C’est généralement le mâle qui défend le territoire. Dans l’aire de reproduction, les familles n’ont pas d’interaction sociale directe avec leurs congénères; c’est pourquoi les territoires de nidification sont le plus souvent assez espacés les uns des autres. Kuyt (1993) a observé que les territoires de nidification des couples nichant isolément avaient une superficie comprise entre 12,0 km2 et 18,9 km2, et ceux des couples nichant dans une région plus densément occupée, entre 3,2 km2 et 4,2 km2. La superficie moyenne des territoires des 13 couples étudiés était de 4,1 km2.

On sait que la Grue blanche peut s’adapter dans ses habitats d’hiver à une fluctuation du niveau de l’eau, qui s’accompagne d’un changement de proies disponibles pour son alimentation (Blankinship, 1976). Et bien que l’espèce soit omnivore, la place prédominante qu’occupe le crabe bleu dans son régime d’hiver donne à croire que les facteurs influant sur la population de crabes bleus peuvent par voie de conséquence avoir une incidence considérable sur la population de Grues blanches (Johns, 1998). Aucune étude n’a été consacrée aux effets de la sécheresse sur les ressources alimentaires de cette espèce dans son aire de reproduction. Le faible nombre de jeunes élevés les années de sécheresse donne à penser que la reproduction est influencée par un cycle d’années pluvieuses et d’années de sécheresse.

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Taille et tendances de la population

La Grue blanche n’a jamais été très abondante; son effectif n’a en fait probablement jamais dépassé les 1 500 individus (Allen, 1952). Cette espèce a perdu près de 90 p. 100 de son effectif entre 1870 et 1900 en raison de l’envahissement par l’homme de son aire de reproduction au sud du PNWB. Elle a également perdu à la même époque son aire d’hivernage sur la côte est des États-Unis, les marécages qu’elle fréquentait ayant été asséchés pour permettre l’établissement d’une population humaine en pleine croissance (George Gee, comm. pers.).

Le regroupement des Grues blanches dans la réserve ANWR et les environs durant l’hiver permet le dénombrement exact de la population et la détermination des tendances démographiques annuelles (figure 4). Les recensements sont plus difficiles à effectuer dans l’aire de nidification de l’espèce en raison de la superficie du PNWB. À l’hiver 1999-2000, la population totale de Grues blanches sauvages était de 276 individus (187 dans la population migrant entre le PNWB et la réserve ANWR, 2 vivant dans les montagnes Rocheuses et 87 vivant en Floride). À ce nombre s’ajoutent 106 individus vivant en captivité, ce qui porte à 382 l’effectif total de la Grue blanche (annexes 1 à 4). 

Figure 4.  Distribution de la population de Grues blanches du PNWB/ANWR en hiver (1938-1999).

Figure 4.  Distribution de la population de Grues blanches du PNWB/ANWR en hiver (1938-1999).

Comme on ne dispose d’aucune donnée sur la structure par âge de la population du PNWB/ANWR, on ne peut déterminer exactement combien celle‑ci compte d’adultes reproducteurs. D’après Kuyt (1981), chaque année dans le PNWB, environ 80 p. 100 des adultes se reproduisent et 60 p. 100 élèvent des jeunes. De 1976 à 1989, 172 des 234 oisillons (environ 73 p. 100) ont complété leur première migration jusqu’à la réserve ANWR. Boyce (1987) a montré que la démographie de la Grue blanche suit un cycle de 10 ans. Ce cycle correspond probablement à un cycle d’années pluvieuses et d’années sèches, puisque le nombre de jeunes est moins élevé les années où la sécheresse sévit dans l’aire de reproduction (Lewis, 1995). Depuis qu’on a commencé, en 1938, à étudier sa démographie de façon suivie, on a pu établir que même si elle accuse de légères baisses occasionnelles, la population du PNWB/ANWR connaît globalement un accroissement lent mais progressif (annexe 1). À partir de 1977, son aire de nidification s’est étendue vers le sud jusqu’en Alberta. Il n’y avait pas eu de mention de reproduction de cette espèce en Alberta depuis 63 ans  (Kuyt, 1978). En 1997, huit couples ont fait leur nid dans cette partie du parc (Johns, 1998). La population du PNWB/ANWR a augmenté de 36,6 p. 100 au cours des dix dernières années (1989-1999), pour un taux d’accroissement annuel de 3,7 p. 100 (Brian Johns, comm. pers.).

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Facteurs limitants et menaces

La Grue blanche niche dans une aire très restreinte du PNWB, malgré qu’il existe dans d’autres secteurs du parc et dans les environs des habitats qui semblent convenir à ses besoins. D’après Lewis (1995), la qualité de l’habitat et, par suite, les ressources alimentaires de cette région constituent le principal facteur limitant cette population. Il semble qu’une sécheresse dans l’aire de nidification ait une incidence négative sur la reproduction et la survie des oisillons.

Les dangers qui guettent ces oiseaux sur leur parcours migratoire et, plus encore, les conditions qui règnent dans la région de la réserve ANWR où ils passent l’hiver semblent plus limitants pour cette population que les caractéristiques de son aire de nidification dans le PNWB. Sa seule concentration dans la région d’hivernage la rend vulnérable aux désastres tels que les ouragans et les déversements accidentels de produits chimiques. Une des principales menaces dans l’aire d’hivernage est la voie maritime aménagée entre Carrabelle en Floride et Brownsville au Texas pour protéger les navires contre le vent et la houle (la Gulf Intracoastal Waterway (GIW)). Cet aménagement entrepris au début des années 1940 s’est fait au détriment d’un certain nombre d’habitats humides. Et depuis, l’érosion causée par la circulation sur cette voie maritime a emporté 15 p. 100 de ce qu’il restait de l’habitat d’hiver de la Grue blanche. On croit que l’érosion continue de gruger 1,6 ha de cet habitat chaque année. L’Army Corps of Engineers a récemment revêtu certaines parties de la voie maritime de dalles de béton afin de réduire l’érosion (Halpern, 1992). Ce projet devrait être terminé au cours de l’été 2000 (Stehn, comm. pers.).

Les nombreuses barges qui empruntent la voie maritime GIW transportent en majeure partie des produits pétrochimiques. Il y a déjà eu des déversements accidentels de petites quantités de produits chimiques dans cette région, et le risque de déversements plus graves ne peut être écarté. Par ailleurs, une pénurie des ressources alimentaires de base de la Grue blanche durant l’hiver peut aussi avoir des conséquences néfastes sur la population. Ainsi, en 1994, la population de crabes bleus a été inférieure à la normale, et le nombre de nids construits par la Grue blanche dans le PNWB le printemps suivant a chuté par rapport à l’année précédente, passant de 43 en 1993 à seulement 28 en 1994 (Johns, 1998).

Il arrive parfois que les Grues blanches en route vers leurs quartiers d’hiver se mêlent à des Grues du Canada lorsqu’elles font halte en Saskatchewan. Lorsque cela se produit, la chasse à la Grue du Canada est interdite dans la région jusqu’à ce que les Grues blanches soient reparties. La Grue blanche risque aussi d’être confondue avec l’Oie des neiges durant la saison de chasse en automne.

Dans l’aire de nidification, la Grue blanche n’est en compétition avec aucune autre espèce pour le territoire, et la compétition pour les ressources alimentaires est probablement négligeable. Dans l’aire d’hivernage, en revanche, elle doit partager les ressources des habitats côtiers avec un grand nombre de pélicans, de hérons, d’aigrettes, d’oiseaux aquatiques, d’oiseaux de rivage, de mouettes, de goélands et de sternes. Les myes et les crabes sont aussi recherchés par les humains (Edwards et al., 1994).

Les Grues blanches ne sont pas dérangées au nid par la présence humaine, puisque l’accès à la région de nidification est interdit du mois d’avril au mois de septembre à tous, sauf au personnel du parc et aux scientifiques. Les Autochtones de la région sont cependant autorisés à faire la chasse, la pêche et le piégeage de subsistance dans le PNWB. Ces activités sont importantes du point de vue de l’histoire culturelle du parc et ne sont pas jugées menaçantes pour la reproduction de la Grue blanche.

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Importance de l'espèce

La seule population sauvage de Grues blanches, dernières représentantes d’un groupe autrefois beaucoup plus nombreux, se reproduit dans le PNWB. Les scientifiques s’inquiètent des conséquences sur le patrimoine génétique de cette espèce qu’a pu entraîner la chute de l’effectif, qui est tombé à 16 individus en 1941. Selon Mirande et al. (1993), 87 p. 100 de la diversité génétique subsistait chez la population sauvage en 1990, et 95,8 p. 100 de la diversité déterminée au moment où a été établi la population captive de Patuxent subsiste encore aujourd’hui.

En utilisant des microsatellites, Glenn (1997) a constaté une perte plus importante au niveau de l’ADNmt. Seulement trois des neufs haplotypes présents dans la population d’autrefois se trouvent encore dans la population actuelle, et l’haplotype qui était autrefois le plus rare est aujourd’hui celui qui est le plus répandu, ce qui donne à croire à une dérive génique.

La Grue blanche, dont la beauté fait l’admiration de tous, est considérée par certains comme l’espèce vedette du mouvement de conservation de la faune en Amérique du Nord, symbolisant la situation critique des espèces menacées de disparition partout dans le monde. La Grue blanche constitue un grand attrait touristique dans le sud de la Saskatchewan où elle fait halte au cours de ses migrations ainsi que dans ses quartiers d’hiver, dans la réserve ANWR. D’après Lewis (1995), cette dernière reçoit environ 70 000 à 80 000 visiteurs par année, la majorité en hiver. En 1990-1991, les excursions en bateau pour observer la Grue blanche ont rapporté 340 000 $US, pour une clientèle de quelque 17 000 personnes. Les retombées économiques brutes de l’écotourisme dans la région de Rockport au Texas s’élèvent à environ 6 000 000 $US par année, dont une grande partie est liée à l’observation de la Grue blanche.

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Évaluation et statut recommandé

Protection actuelle et autres désignations

La Convention concernant les oiseaux migrateurs, adoptée en 1916 par le Canada et les États‑Unis, et la Loi sur la Convention concernant les oiseaux migrateurs, adoptée en 1917, ont été les premières mesures prises par le gouvernement canadien pour assurer la protection des oiseaux migrateurs, dont la Grue blanche fait partie. Cette espèce est également protégée au Canada en vertu de la Loi sur les parcs nationaux, de la Loi sur la faune du Canada et de diverses lois provinciales et territoriales sur la faune. Aux États-Unis, cette espèce bénéficie d’une protection en vertu de la Endangered Species Act adoptée en 1973, en plus de celle prévue par la Convention concernant les oiseaux migrateurs.

La Grue blanche a été désignée « espèce en voie de disparition » en 1978 par le Comité sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada (COSEPAC, 1998). Les espèces auxquelles on attribue ce statut sont celles qui sont exposées à une disparition ou à une extinction imminente. The Nature Conservancy a attribué à la Grue blanche la cote G1, signifiant que cette espèce est très rare et risque fortement de disparaître. Le ministère des Ressources naturelles du Manitoba et le ministère de l’Environnement et de la Gestion des ressources de la Saskatchewan ont également désigné la Grue blanche « espèce en voie de disparition ». Le Centre de données sur la conservation du Manitoba et celui de la Saskatchewan lui ont attribué la cote S1, soit celle réservée à une espèce très fortement menacée à cause de son extrême rareté.

Évaluation du statut et recommandation de l’auteur

Le retour de la Grue blanche dans l’aire qu’elle occupait avant le début du siècle est impossible, car toute cette région a été trop profondément transformée par l’homme. Mais on peut espérer que l’espèce continue d’étendre son aire de nidification dans le PNWB et peut‑être dans la région environnante. Bien que la tentative d’établissement d’une population reproductrice dans les montagnes Rocheuses de l’Idaho se soit soldée par un échec, d’autres mesures de rétablissement ont par contre été fructueuses. Aujourd’hui, les populations sauvages de Grues blanches sont plus nombreuses qu’elles ne l’ont été depuis près d’un siècle, et bien que les groupes réintroduits ne réussissent pas encore à subsister d’eux-mêmes, les trois populations élevées en captivité se maintiennent et produisent une descendance qui permet des lâchers en Floride (Brian Johns et Doug Bergeson, comm. pers.).

En dépit de ces résultats encourageants, la Grue blanche n’est pas encore à l’abri du danger imminent de disparition du Canada ou de disparition totale. Sa survie est menacée principalement par les conditions qui règnent dans ses quartiers d’hiver dans la réserve ANWR, notamment le surpeuplement, la perte et la dégradation de l’habitat, les dérangements et la compétition de la part d’autres espèces et de l’homme. Un faible taux de recrutement, le nombre réduit d’œufs par ponte et la maturité sexuelle tardive expliquent la lenteur de cette espèce à accroître son effectif ou à le rétablir après un événement dévastateur. Par ailleurs, de nombreux dangers la guettent sur le parcours de 4 000 km qui sépare son aire de nidification de son aire d’hivernage, notamment les constructions et ouvrages qui se trouvent sur son passage, les intempéries, les prédateurs et les chasseurs. Enfin, la superficie réduite de ses aires de nidification et d’hivernage la rendent vulnérable face aux désastres d’origine naturelle ou anthropique. Pour toutes ces raisons, il est recommandé que la désignation d’espèce en voie de disparition soit maintenue pour la Grue blanche.

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Résumé technique

Grus americana

Grue blanche: Whooping Crane

Répartition au Canada : T. N.‑O., ALB.


Zones d’occurrence et d’occupation

·        Zone d’occurrence (km2): 44 807 km 2 - parc national Wood Buffalo (PNWB)

·         Préciser la tendance (en déclin, stable, en croissance, inconnue).Stable

·         Y a-t-il des fluctuations extrêmes dans la zone d’occurrence (ordre de grandeur > 1)?Non

·         Zone d’occupation (km2): Aire de nidification de 6 400 km2 dans le parc national Wood Buffalo

·         Préciser la tendance (en déclin, stable, en croissance, inconnue).En expansion; l’aire de nidification s’étend dans la partie du parc située en Alberta

·         Y a‑t‑il des fluctuations extrêmes dans la zone d’occupation (ordre de grandeur > 1)?Non

·         Nombre d’emplacements existants (connus ou supposés).1

·         Préciser la tendance du nombre d’emplacements (en déclin, stable, en croissance, inconnue).Stable

·         Y a‑t‑il des fluctuations extrêmes du nombre d’emplacements (ordre de grandeur >1)?s.o.

·        Tendance de l’habitat : préciser la tendance de l’aire, de l’étendue ou de la qualité de l’habitat (en déclin, stable, en croissance ou inconnue).Stable; les habitats propices à la reproduction sont abondants au sein du PNWB et dans les environs en Alberta.

Information sur la population

·         Durée d’une génération (âge moyen des parents dans la population :  indiquer en années, en mois, en jours, etc.). Plusieurs années  (~10 ans)

·         Nombre d’individus matures (reproducteurs) au Canada (ou préciser une gamme de valeurs plausibles).

Effectif total : 183 (1988-1999)
Adultes : 165 (1988-1999)

Noter que le nombre d’adultes est en réalité < 165.

·         Tendance de la population quant au nombre d’individus matures en déclin, stable, en croissance ou inconnue.

En croissance

Augmentation de 36 p. 100 au cours des 10 dernières années

·         S’il y a déclin, p. 100 du déclin au cours des dernières/prochaines dix années ou trois générations, selon la plus élevée des deux valeurs (ou préciser s’il s’agit d’une période plus courte).Non

·        Y a‑t‑il des fluctuations extrêmes du nombre d’individus matures (ordre de grandeur > 1)?

·        La population totale est‑elle très fragmentée (la plupart des individus se trouvent dans de petites populations, relativement isolées [géographiquement ou autrement] entre lesquelles il y a peu d’échanges, c.‑à‑d. migration réussie de < 1 individu/année)?Une seule population reproductrice

·         Énumérer chaque population et donner le nombre d’individus matures dans chacune.Apparemment aucune fragmentation importante de la population du Canada – une seule population comptant 165 individus

·         Préciser la tendance du nombre de populations (en déclin, stable, en croissance, inconnue).

Stable

·        Y a‑t‑il des fluctuations extrêmes du nombre de populations (ordre de grandeur >1)?Non

Menaces (réelles ou imminentes pour les populations ou les habitats)

L’espèce est vulnérable dans la région du Texas où elle hiverne : elle est trop concentrée,  en compétition avec d’autres espèces pour les ressources alimentaires et exposée au risque de désastres tels que les ouragans et les déversements de produits chimiques. Elle est aussi exposée au risque de désastres dans son aire de reproduction.

Rétablissement de l’effectif (immigration): Aucun rétablissement possible par les mécanismes naturels

·        Statut ou situation des populations de l’extérieur?Etats-Unis

·        Situation des populations de l’extérieu.r

G1 « Très fortement menacée »

- « en voie de disparition D » selon l’ABI

- priorité « rouge » attribuée par l’UICN

Population des montagnes Rocheuses en Idaho

4 individus

Population de la Floride (sédentaire)

73 individus

Populations élevées en captivité

104 individus

·        Une immigration a-t-elle été constatée connue ou est-elle possible?Pas d’immigration naturelle

·        Des immigrants s’adapteraient‑ils pour survivre à cet endroit?Oui, dans le cas des oiseaux vivant en captivité

·        Y a-t-il suffisamment d’habitat dispinoble pour les individus immigrants à l’endroit en question?

Oui, dans le PNWB

Ressources limitées dans l’aire d’hivernage

Analyse quantitative: Aucune

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Remerciements

L’auteur tient à remercier Brian Johns (SCF, Saskatoon) et Colleen Hyslop (COSEPAC) à qui il doit d’avoir pu préparer ce rapport. Brian Johns a fourni la documentation scientifique et a revu le manuscrit, George Gee et Doug Bergeson ont   fourni des conseils de rédaction, Dale Hjertaas (Gestion des ressources environnementales de la Saskatchewan) a fourni de l’information concernant les habitats critiques de la Grue blanche en Saskatchewan et Alan Smith (SCF, Saskatoon) a fourni l’illustration de la Grue blanche. Ce rapport a été financé par le Service canadien de la faune d’Environnement Canada.

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Ouvrages cités

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L'auteur

Robert Wapple a reçu son diplôme de baccalauréat en biologie de la University of Saskatchewan en 1996. Son intérêt pour la nature et les questions environnementales remonte à son jeune âge, et il est l’auteur de nombreux articles et rapports sur la faune de la Saskatchewan.

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Annexe

 

Annexe 1.  Structure par âge de la population de Grues blanches du PNWB/ANWR, 1938-1999 (recensements faits en décembre de chaque année)
AnnéeAdultesJeunesTotal
Partiel
AnnéeAdultesJeunesTotal
partiel
1938-39144181968-6944650
1939-40157221969-7048856
1940-41215261970-7151657
1941-42142161971-7254559
1942-43154191972-7346551
1943-44165211973-7447249
1944-45153181974-7547249
1945-46184221975-7649857
1946-47223251976-77571269
1947-48256311977-78621072
1948-49273301978-7968775
1949-50304341979-8070676
1950-51265311980-8172678
1951-52205251981-8271273
1952-53192211982-8367673
1953-54213241983-8468775
1954-55210211984-85711586
1955-56208281985-86811697
1956-57222241986-878921110
1957-58224261987-8810925134
1958-59239321988-8911919138
1959-60312331989-9012620146
1960-61306361990-9113313146
1961-62345391991-921248132
1962-63320321992-9312115136
1963-64267331993-9412716143
1964-653210421994-951258133
1965-66368441995-9613028158
1966-67385431996-9714019159
1967-68399481997-9815230182
    1998-9916519183

 

Annexe 2.  Structure par âge de la population de Grues blanches des montagnes Rocheuses, 1975-1998
AnnéeAdultesJeunesTotal
partiel
1975-76044
1976-77336
1977-78628
1978-79639
1979-808715
1980-8115520
1981-8213013
1982-8310417
1983-84131730
1984-85211233
1985-8627431
1986-8724226
1987-8818119
1988-8914014
1989-9013013
1990-9113013
1991-9212012
1992-93909
1993-94819
1994-95404
1995-96303
1996-97303
1997-98336
1998-99404

 

Annexe 3.  Structure par âge de la population de Grues blanches de la Floride, 1993-1998
AnnéeAdultesJeunesTotal
partiel
1993-94538
1994-959615
1995-96174158
1996-97491059
1997-9858765
1998-99532073

 

Annexe 4.  Structure par âge des populations de Grues blanches élevées en captivité au Patuxent Wildlife Research Center (PWRC), à l’International Crane Foundation (ICF) et au zoo de Calgary (chaque année à partir de 1993, de 20 à 30 jeunes autonomes ont été expédiés en Floride)

PWRC   PWRC   
AnnéeAdultesJeunesTotal
partiel
AnnéeAdultesJeunesTotal
partiel
1966-671011995-96392160
1967-681561996-97421860
1968-6957121997-98402767
1969-70125171998-99442670
1970-71140141999-200040141
1971-7214317    
1972-7317017ICF   
1973-74170171989-9014620
1974-75174211990-91201131
1975-76200201991-9227128
1976-77181191992-93251237
1977-78192211993-9429635
1978-79193221994-9528331
1979-80224261995-9628129
1980-81220221996-9729433
1981-82197261997-9830030
1982-832310351998-9930131
1983-84275321999-200030131
1984-8531738    
1985-8636238

Zoo de

Calgary

   
1986-87356411992-93404
1987-88379461993-9413316
1988-89302321994-9515116
1989-90323351995-9618018
1990-91355401996-9717017
1991-923613491997-9820020
1992-933719561998-9920121
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