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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le chaboisseau à quatre cornes (forme d’eau douce) au Canada – Mise à jour

Biologie

Reproduction

On sait très peu de choses sur la reproduction de la forme d’eau douce du chaboisseau à quatre cornes. Fallis et al. (1987) ont déterminé le sexe et le stade de maturité de 27 chaboisseaux capturés au filet maillant en mai au lac Garrow, sous la glace. La plupart des poissons (22) étaient des femelles et 12 d’entre elles portaient des œufs peu développés. On n’a pas compté le nombre d’œufs par femelle. Aucune des femelles ne se trouvait en état de fraye, mais ces auteurs ont évalué que la ponte se ferait quelques mois plus tard. On ne connaît pas l’âge de première maturité sexuelle. Par contre, Hammar et al. (1996), après examen de l’otolithe, ont évalué que des chaboisseaux à quatre cornes matures du lac Vättern mesurant entre 82 et 110 mm étaient d’âge 4+ à 6+.

Le cycle de reproduction de la forme marine a été bien décrit par Morrow (1980) et il se peut que certaines de ses caractéristiques générales s’appliquent à la forme d’eau douce. La fécondation est interne. Territoriaux, les chaboisseaux à quatre cornes construisent des nids et seuls les mâles défendent les œufs jusqu’à l’éclosion des larves pélagiques. Nyman et Westin (1968) indiquent que la couleur des œufs des populations de chaboisseaux à quatre cornes des lacs suédois est variable. Ils sont jaunes dans les lacs Vättern, Orsasjön et Siljan, bleu verdâtre, comme dans la Baltique, dans le lac Mälaren, alors qu’on en retrouve des deux types dans le lac Fryken. Ces deux couleurs d’œufs ont poussé Svärdson (1961) à conclure à l’existence de deux sous-espèces; il a nommé les chaboisseaux aux œufs bleu verdâtre M. quadricornis relictus et ceux aux œufs jaunes M. q  quadricornis. Par contre, Nyman et Westin (1968) ont comparé les protéines sanguines du chaboisseau à quatre cornes de la Baltique (M. quadricornis), du M. q. quadricornis et du M. q. relictus et ont conclu à l’absence de différence significative entre ces différentes formes.

On sait peu de choses sur la croissance de la forme d’eau douce du chaboisseau à quatre cornes. Fallis et al. (1987), à partir de régressions du poids sur la taille, concluent que le chaboisseau du lac Garrow croit beaucoup plus lentement que les spécimens marins des régions de la mer de Beaufort et de la baie Strathcona. Selon Bond et Erickson (1989), les chaboisseaux à quatre cornes marins de la baie Phillips, au Yukon, grandissent lentement, jusqu’à un âge otolithique de 14 ans. Les jeunes de l’année avaient une longueur totale de 10 à 14 mm à la fin de juin et de 15 à 39 mm en septembre. Les individus d’une longueur totale de 40 à 99 mm ont probablement entre 1 et 3 ans (Bond et Erickson, 1989). Chez la forme marine, les individus d’âge 5+ et 6+ mesurent de 21 à 24 cm, ceux de 7 et de 8 ans de 24 à 27 cm, et ceux d’âge 10+ de 30 à 31 cm en moyenne (Morrow, 1980). Les chaboisseaux à quatre cornes du lac Garrow sont en général plus petits et Fallis et al. (1987) ont attribué cette croissance plus lente à un habitat déficient et à une nourriture moins abondante. L’âge maximal et le temps pour trois générations sont inconnus.

Survie

La plupart des auteurs sont d’avis que la forme d’eau douce du chaboisseau à quatre cornes a pour prédateurs des poissons et des oiseaux ichtyophages. Parmi ces poissons, on retrouve la lotte (Lota lota), le touladi (Salvelinus namaycush), le grand brochet (Esox lucius) et l’omble chevalier (Salvelinus alpinus) (Dickman, 1995; Hammar et al., 1996). En raison de sa répartition en eaux peu profondes, le chaboisseau à quatre cornes pourrait subir une forte prédation due aux oiseaux, comme les mouettes et goélands, les plongeons, les hérons, les cormorans, les grèbes et les harles. Assez mauvais nageur, ce poisson constituerait une proie facile (Bengtsson, 1993). Cependant, la forme marine vit dans des eaux très peu profondes où l’on pense que ses épines céphaliques embrouillent suffisamment sa silhouette pour la dissimuler dans une certaine mesure aux yeux des prédateurs aviens. Par ailleurs, la forme d’eau douce, dont les épines céphaliques sont petites ou absentes, vit toutefois généralement dans des eaux plus profondes, et donc habituellement à l’abri des prédateurs aviens (Dickman, 1995).

On sait peu de choses des parasites de la forme d’eau douce du chaboisseau à quatre cornes, mais selon Scott et Scott (1988), l’espèce ne semble pas fortement parasitée, ni en eau douce ni en eau salée. Hammar et al. (1996) ont observé des parasites acanthocéphales sur 3 de 19 chaboisseaux à quatre cornes. Les individus parasités étaient petits (de 39 à 41 mm de longueur totale) et il n’y avait pas plus d’un ver par individu.

Physiologie

On ne connaît pour ainsi dire rien de la physiologie de la forme d’eau douce du chaboisseau à quatre cornes. 

Déplacements et dispersion

On dispose de peu d’information sur les déplacements des chaboisseaux à quatre cornes dans les lacs canadiens, mais on a démontré l’existence de migrations saisonnières dans la population du lac Vättern. Celle-ci se déplace vers des profondeurs de plus de 40 m en août et en septembre, pour s’éloigner des couches d’eau plus chaude (Hammar et al., 1996). De plus, Hammar et al. (1996), pendant des chalutages pélagiques nocturnes du lac Vättern à la recherche de l’éperlan d’Europe (Osmerus eperlanus) et du corégone blanc (Coregonus albula), ont capturé 19 petits chaboisseaux à quatre cornes (d’une longueur totale de 27 à 110 mm; moyenne = 53,9 mm). Ces auteurs ont suggéré que la migration nocturne de ces jeunes de l’année et de ces petits individus matures vers les couches pélagiques plus chaudes leur permettait de maximiser leur taux métabolique et leur croissance, et de réduire directement ou indirectement à la fois le cannibalisme dû aux concentrations en eaux profondes de congénères de plus grande taille et la prédation et la compétition interspécifiques attribuables à l’omble chevalier et à la lotte.

Alimentation et interactions interspécifiques

Le chaboisseau à quatre cornes est un prédateur qui chasse à l’affût et qui est capable de broyer de gros aliments avant de les avaler (Leonardsson et al., 1988). Il se nourrit surtout la nuit, mais cette activité devient diurne de novembre à avril (Froese et Pauly, 2002). Le régime alimentaire consiste essentiellement en invertébrés (priapulides, mysidacés, isopodes, amphipodes, copépodes, annélides, chironomes et mollusques) et en petits poissons et œufs de poisson, particulièrement de son espèce. Les invertébrés du benthos semblent être les proies les plus courantes; il s’agit d’habitude de l’isopode Mesidotea entomon, de l’amphipode Pontoporeia affinis et du mysidacé Mysis relicta. On a aussi trouvé, dans les contenus stomacaux des chaboisseaux, des insectes, des matières végétales, du sable, du gravier et des matières animales non identifiées (Morrow, 1980; Muus et al., 1999).

Fallis et al. (1987) ont examiné les contenus stomacaux de 27 chaboisseaux du lac Garrow. Environ la moitié d’entre eux (14) étaient vides. Des œufs non identifiés représentaient un aliment important par leur occurrence (30,8 p. 100) et leur biomasse (69,1 p. 100). Il s’agissait peut-être d’œufs de chaboisseaux, puisque le chaboisseau à quatre cornes est le seul poisson d’eau douce capturé dans ce lac (BC Research, 1978; Fallis et al., 1987; Dickman, 1995). Certains estomacs contenaient des matières végétales (15,4 p. 100) et des copépodes (7,7 p. 100), mais la biomasse de ces aliments était peu importante (respectivement 3,3 p. 100 et 2,2 p. 100) (Fallis et al., 1987). Selon BC Research (1978), les proies les plus courantes étaient des Limnocalanus. Fallis et al. (1987) ont découvert qu’environ 7,7 p. 100 des chaboisseaux à quatre cornes avaient ingéré des amphipodes constituant une biomasse négligeable. La majorité des estomacs contenaient des éléments non identifiés (53,8 p. 100), représentant 25,4 p. 100 de la biomasse totale.

Svärdson et al. (1988) pensent que le chaboisseau à quatre cornes est l’espèce la plus spécialisée pour ce qui est de la consommation des crustacés de profondeur reliques du lac Vättern. Les chaboisseaux de moins de 200 mm se nourrissent surtout de M. relicta et de Pallasea quadrispinosa, alors que les individus de plus de 200 mm se nourrissent surtout de Sadurai entomon, de P. quadrispinosa et de Gammaracanthus lacustris. Les contenus stomacaux des plus petits individus du lac Vättern (longueur totale de 27 à 45 mm) consistaient surtout en de gros copépodes cyclopoïdes et en M. relicta, alors que les chaboisseaux un peu plus grands (de 82 à 110 mm) se nourrissaient également de P. quadrispinosa, de M. affinis et de G. lacustris. Les estomacs contenaient aussi des S. entomon, des larves et des pupes de chironomes, ainsi que des ostracodes, mais ils étaient peu abondants et ne formaient qu’une faible biomasse (Hammar et al., 1996).

Comportement et adaptabilité

Le fait qu’il soit une relique de l’ère glaciaire constitue une preuve de l’adaptabilité du chaboisseau à quatre cornes aux perturbations naturelles. On pense que, pendant la dernière glaciation, son aire de répartition s’étendait beaucoup plus au sud. Lors du retrait des glaces, plusieurs populations locales se sont retrouvées isolées en eau douce, leur accès à la mer ayant été coupé. Ces dernières se sont adaptées à leur nouvel environnement et c’est pourquoi on retrouve aujourd’hui des populations reliques du chaboisseau à quatre cornes dans plusieurs lacs froids et profonds d’Amérique du Nord et d’Europe septentrionales (Muus et Dahlstrøm, 1999; Muus et al., 1999).