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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le chaboisseau à quatre cornes (forme d’eau douce) au Canada – Mise à jour

Facteurs limitatifs et menaces

On sait peu de choses sur les facteurs limitatifs et les menaces touchant la forme d’eau douce du chaboisseau à quatre cornes, mais un nombre considérable de travaux traitent de la forme marine dans les eaux saumâtres du golfe de Botnie (Bengtsson et Bengtsson, 1983; Hansson et al., 1984; Bengtsson et al., 1985; Bengtsson, 1991,1993). Une grande proportion des chaboisseaux à quatre cornes souffrent d’anomalies vertébrales et médullaires associées à l’industrie de la fonderie des minerais métalliques et aux effluents très riches en métaux lourds et en hydrocarbures chlorés venant d’usines de pâte à papier. Parmi les autres anomalies observées, on retrouve le retard de la première maturité sexuelle, la déformation des branchicténies, le noircissement de la queue, des problèmes hématologiques et un déséquilibre ionique. Cette sensibilité à la pollution fait de la forme marine du chaboisseau à quatre cornes un bon bio-indicateur des effets des différents types de pollution sur les populations naturelles de poissons en Suède (Gyllensten et Ryman, 1985) et dans l'Arctique (Khlebovich, 1997).

Jusqu’à maintenant, les problèmes de pollution sont minimes dans l’aire canadienne de l’espèce, mais ils pourraient devenir plus courants s’il y avait dans l’Arctique une intensification de l’exploitation, particulièrement de l’exploration et de l’exploitation pétrochimiques. Moulton et George (2000) ont décrit les effets néfastes que peuvent avoir les champs pétrolifères de l'Arctique sur les populations ichtyennes d’eau douce. Les activités pétrolifères peuvent altérer, retarder ou empêcher les migrations et peuvent influer sur le nombre et la qualité des habitats hivernaux. On a observé un blocage de la migration dans des fosses d’affouillement en aval de ponceaux dans la plaine inondable de la rivière Sagavanirktok, dans la baie de Prudhoe, en Alaska. Les poissons passant à travers les ponceaux lors de la débâcle se trouvaient pris au piège dans des fosses lors de la baisse du niveau de l’eau. Selon Moulton et George (2000), ces poissons sont d’habitude condamnés à cause du stress causé par les températures élevées en été et le gel des fosses l’hiver suivant. Dans la mise en valeur des champs pétrolifères, on a reconnu très tôt plusieurs besoins des poissons d’eau douce en matière de migration et d’habitat, ainsi que les activités qui pourraient nuire aux poissons. Normalement, on a planifié ou modifié les installations à l’intérieur ou autour des champs pétrolifères de façon à éliminer ou à réduire au minimum leurs effets sur les populations de poissons d’eau douce. Moulton et George ont étudié 279 lacs de la plaine côtière de l'Arctique dans une région pétrolière de l’Alaska. Ils y ont capturé 17 espèces de poissons d’eau douce. Les plus abondantes et les plus courantes étaient l’épinoche à neuf épines (Pungitius pungitius), l’ombre de l'Arctique (Thymallus arcticus), le cisco sardinelle (Coregonus sardinella), le corégone tschir (C. nasus) et le ménomini rond (Prosopium cylindraceum). Parmi les 11 chaboisseaux à quatre cornes de leur échantillon, qui ne représentaient que 3,9 p. 100 des prises, la majorité ont été pris dans des lacs à coulée (soit des lacs qui communiquent directement avec le chenal d’une rivière en été). Ces auteurs concluent que la mise en valeur pétrolière étudiée menace peu les espèces d’eau douce parce que les champs pétrolifères contiennent moins d’habitats propices au poisson pendant toute l’année que les régions avoisinantes et que les installations, comme les ponts, les ponceaux et les équipements d’évacuation des eaux, ont été conçues et localisées de façon à réduire au minimum les effets sur les populations ichtyennes.

Cette conclusion ne peut être étendue à toutes les formes d’expansion industrielle. Au lac Garrow, par exemple, Teck Cominco Limited, dans une tentative de réduction de l’empreinte écologique laissée par sa mine de plomb et de zinc Polaris, récemment désaffectée, a fait appel à des plongeurs pour retirer les tuyaux d’écoulement des boues situés dans le lac et démanteler des installations placées près de la berge, comme des quais. Les plongeurs d’une entreprise qui a travaillé pour la mine Polaris depuis le début de ses opérations en 1981 ont récemment observé que les chaboisseaux à quatre cornes étaient relativement nombreux dans des eaux peu profondes (de 6 à 9 m). Par contre, il est difficile de savoir comment cette population nombreuse se compare à celle qui existait autrefois dans le lac, parce que les plongeurs travaillaient généralement dans des eaux plus profondes que celles où vit la population de chaboisseaux (Gzowski, comm. pers., 2003). On n’a jamais essayé d’estimer la taille de la population de chaboisseaux à quatre cornes du lac Garrow. Aucune crainte pour la population de chaboisseaux n’a été émise lorsque la mine a proposé de déverser ses boues dans le lac. Quand Teck Cominco Limited a obtenu la permission d’utiliser le lac Garrow, son permis ne mentionnait aucunement la protection des chaboisseaux (Donald, comm. pers., 2003). Dans ces circonstances, il est étonnant que les chaboisseaux à quatre cornes du lac Garrow semblent être en bonne santé et qu’ils n’aient pas disparu.