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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la rainette faux-grillon de l'ouest (Pseudacris triseriata) au Canada

Résumé

Rainette faux-grillon de l'ouest Pseudacris triseriata

population carolinienne

population des Grands Lacs et Saint-Laurent et du Bouclier canadien

Information sur l’espèce

La rainette faux-grillon de l’ouest (Pseudacris triseriata) est une petite rainette qui mesure environ 2,5 cm et pèse environ 1 g à l’âge adulte. Elle porte 3 rayures dorsales foncées et une bande plus large sur les flancs. Sa couleur de fond varie de brun à gris à olive. Au printemps, le coassement particulier de l’espèce la rend facile à détecter. Son appel ressemble au bruit que font des doigts passant sur les dents d’un peigne en plastique. Comme c’est une espèce très discrète, il est rare de la voir en dehors de la saison de reproduction.

Répartition

Au Canada, le Pseudacris triseriata occupe les basses terres du sud de l’Ontario et du sud-ouest du Québec. Une distinction génétique considérable, portant sur les séquences d’ADN mitochondrial, a été établie entre les populations de P. triseriata du sud-ouest de l’Ontario et celles des autres régions de l’Ontario et du Québec. On reconnaît donc deux unités désignables au sein des populations canadiennes, la première correspondant à la province faunique de la forêt carolinienne, et la seconde, à celle des Grands Lacs, du Saint-Laurent et du Bouclier canadien.

Habitat

Le Pseudacris triseriata a besoin d’un habitat terrestre à proximité d’un habitat aquatique. Comme habitat terrestre, l’espèce privilégie les milieux humides herbeux ou boisés. Pour la reproduction et la croissance des têtards, elle cherche des étangs temporaires, asséchés par périodes, d’où les prédateurs, en particulier les poissons, sont absents.

Biologie

En général, le Pseudacris triseriata ne vit pas plus que un an et se reproduit le printemps suivant sa métamorphose. La saison de reproduction s’étend du début mars à la mi-mai. Les petits restent au stade de têtard durant près de deux mois, après quoi ils se transforment en petites grenouilles. Après une croissance accélérée, ils arrivent à maturité à la fin de l’été. Le taux de mortalité étant élevé à tous les stades vitaux, la survie de la population dépend du recrutement annuel de nouveaux individus par reproduction ou immigration. Pour compenser le faible taux de reproduction de certaines années, il faut donc que les étangs de reproduction soient suffisamment interreliés de manière à favoriser l’immigration et l’émigration.

Taille et tendances des populations

On ignore généralement la taille des populations de Pseudacris triseriata, mais on croit qu’elle varie énormément. Dans un site, on a estimé la population à près de 2 000 individus. Depuis les années 1950, des documents témoignent d’une perte de population d’environ 37 p. 100 par décennie au Québec. De 1995 à 2006, les populations ontariennes de l’ensemble de la province faunique des Grands Lacs, du Saint-Laurent et du Bouclier canadien ont connu un déclin considérable, estimé à près de 3,5 p. 100 par année, soit 30 p. 100 au total. Dans bien des cas, après un déclin causé par les changements d’utilisation des sols, les populations ne se sont pas rétablies. On ne détecte aucune tendance déterminante au sein des populations de cette espèce qui habitent la forêt carolinienne.

Facteurs limitatifs et menaces

La plupart des populations de rainettes faux-grillons de l’Ouest habitent des terres jugées d’intérêt pour le développement. Aux fins d’aménagement urbain ou d’agriculture industrielle, on assèche et on remblaie les terres, ce qui élimine directement plusieurs individus en plus d’entraîner la disparition des étangs temporaires requis pour la reproduction et de modifier grandement la qualité de l’habitat terrestre restant. L’habitat s’en trouve réduit et découpé en parcelles isolées. Le Pseudacris triseriata a beaucoup de difficulté à s’adapter à la fragmentation et à la diminution de qualité de son habitat. Les rainettes possèdent une capacité de dispersion relativement faible et sont plutôt fidèles à leur étang natal. Comme les autres amphibiens qui naissent dans des étangs, il est normal que leur population varie beaucoup d’une année à l’autre. Ainsi, toute réduction de la qualité de l’habitat qui coïncide avec une baisse naturelle de la population risque fort d’entraîner la disparition de l’espèce à l’échelle locale.

Dans les banlieues du sud-ouest du Québec, la destruction de l’habitat est tellement rapide que les populations qui s’y trouvent encore risquent de disparaître de leurs habitats connus d’ici moins de 25 ans. Dans les paysages agricoles, la perte d’habitat est plus lente, mais, comme on l’a observé dans le sud-ouest du Québec de 1950 à 1990, les changements apportés en vue d’intensifier les pratiques agricoles suffisent pour entraîner un déclin rapide et catastrophique des populations de rainettes faux-grillons de l’Ouest.

Importance de l’espèce

Le Pseudacris triseriata peut très bien servir d’espèce phare pour sensibiliser les gens à la protection de l’environnement puisque son cri s’entend facilement au printemps et que sa présence témoigne de la conservation des habitats naturels même en milieu développé. Au Québec, l’espèce est devenue un emblème pour la protection des espèces en péril et de leur habitat, surtout dans les banlieues.

Protection actuelle ou autres désignations de statut

En 2001, le COSEPAC a considéré le Pseudacris triseriata comme formant une seule unité et désigné l’espèce « non en péril ». En Ontario, le P. triseriata ne bénéficie de la protection d’aucune loi en dehors des zones de protection de la faune. Au Québec, malgré la désignation légale de « vulnérable » accordée à la rainette faux-grillon de l’Ouest en 2000, les ensembles de lois ne protègent aucunement son habitat pour le moment.

Historique du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d’une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale–provinciale sur la faune. Le Comité a été créé pour satisfaire au besoin d’une classification nationale des espèces sauvages en péril qui soit unique et officielle et qui repose sur un fondement scientifique solide. En 1978, le COSEPAC (alors appelé Comité sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. En vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP) promulguée le 5 juin 2003, le COSEPAC est un comité consultatif qui doit faire en sorte que les espèces continuent d’être évaluées selon un processus scientifique rigoureux et indépendant.

Mandat du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) évalue la situation, au niveau national, des espèces, des sous–espèces, des variétés ou d’autres unités désignables qui sont considérées comme étant en péril au Canada. Les désignations peuvent être attribuées aux espèces indigènes comprises dans les groupes taxinomiques suivants : mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons, arthropodes, mollusques, plantes vasculaires, mousses et lichens.

Composition du COSEPAC

Le COSEPAC est composé de membres de chacun des organismes responsable des espèces sauvages des gouvernements provinciaux et territoriaux, de quatre organismes fédéraux (le Service canadien de la faune, l’Agence Parcs Canada, le ministère des Pêches et des Océans et le Partenariat fédéral d’information sur la biodiversité, lequel est présidé par le Musée canadien de la nature), de trois membres scientifiques non gouvernementaux et des coprésidents des sous–comités de spécialistes des espèces et du sous–comité des connaissances traditionnelles autochtones. Le Comité se réunit au moins une fois par année pour étudier les rapports de situation des espèces candidates.

Définitions (2008)

Espèce sauvage
Espèce, sous-espèce, variété ou population géographiquement ou génétiquement distincte d’animal, de plante ou d’une autre organisme d’origine sauvage (sauf une bactérie ou un virus) qui est soit indigène du Canada ou qui s’est propagée au Canada sans intervention humaine et y est présente depuis au moins cinquante ans.

Disparue (D)
Espèce sauvage qui n’existe plus.

Disparue du pays (DP)
Espèce sauvage qui n’existe plus à l’état sauvage au Canada, mais qui est présente ailleurs.

En voie de disparition (VD)*
Espèce sauvage exposée à une disparition de la planète ou à une disparition du pays imminente.

Menacée (M)
Espèce sauvage susceptible de devenir en voie de disparition si les facteurs limitants ne sont pas renversés.

Préoccupante (P)**
Espèce sauvage qui peut devenir une espèce menacée ou en voie de disparition en raison de l'effet cumulatif de ses caractéristiques biologiques et des menaces reconnues qui pèsent sur elle.

Non en péril (NEP)***
Espèce sauvage qui a été évaluée et jugée comme ne risquant pas de disparaître étant donné les circonstances actuelles.

Données insuffisantes (DI)****
Une catégorie qui s’applique lorsque l’information disponible est insuffisante (a) pour déterminer l’admissibilité d’une espèce àl’évaluation ou (b) pour permettre une évaluation du risque de disparition de l’espèce.

* Appelée « espèce disparue du Canada » jusqu’en 2003.

** Appelée « espèce en danger de disparition » jusqu’en 2000.

*** Appelée « espèce rare » jusqu’en 1990, puis « espèce vulnérable » de 1990 à 1999.

**** Autrefois « aucune catégorie » ou « aucune désignation nécessaire ».

***** Catégorie « DSIDD » (données insuffisantes pour donner une désignation) jusqu’en 1994, puis « indéterminé » de 1994 à 1999. Définition de la catégorie (DI) révisée en 2006.

Le Service canadien de la faune d’Environnement Canada assure un appui administratif et financier complet au Secrétariat du COSEPAC.