Sauter l'index du livret et aller au contenu de la page

Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la rainette faux-grillon de l'ouest (Pseudacris triseriata) au Canada

Taille et tendances des populations


Activités de recherche 

Au Canada, avant les années 1950, la présence duPseudacris triseriata était connue dans plusieurs localités de l’Ontario (Logier et Toner, 1943; 1955) et dans quelques autres lieux juste au nord de Gatineau (Québec), comme en témoignent certains spécimens de la collection du Musée canadien de la nature recueillis de 1905 à 1927. Les relevés effectués durant les années 1950 ont permis d’élargir l’aire de répartition canadienne connue pour y inclure l’est du Québec, jusqu’à la région du lac Champlain, près de la frontière avec les États-Unis, et aux Appalaches, dans les Cantons de l’Est (Bleakney, 1954, 1959). Dans le cadre du relevé de Bleakney, on a aussi découvert des populations de rainettes faux-grillons de l’Ouest au nord, jusqu’à la région de Wakefield, dans l’Outaouais (Québec), à environ de 20 à 25 km au nord-nord-ouest de Gatineau, dans la vallée de la Gatineau (1958). Au Québec, la rainette était absente de l’île de Montréal et de sa rive nord, ainsi que de la région à l’est des Appalaches (Bleakney, 1959). Plusieurs années plus tard, on a observé des populations dans le nord de l’Ontario, dans le district de Parry Sound (Weller et Palermo, 1976). D’autres relevés ont été réalisés en Ontario et au Québec à la fin des années 1980, surtout par des volontaires, à des fins de cartographie (Bider et Matte, 1991; Oldham et Weller, 2002).

Récemment, on a effectué de nouveaux relevés au Québec dans le but d’évaluer avec précision le statut de l’espèce (Daigle, 1992, 1994; Picard et Desroches, 2004; St-Hilaire et Belleau, 2005). L’aire de répartition ontarienne, beaucoup plus vaste que l’aire de répartition québécoise, n’a pas fait l’objet de relevés systématiques, et les nombreuses données recueillies par intermittence n’ont jamais été analysées de façon cohérente. Dans plusieurs régions de la province, cependant, l’espèce est clairement ou apparemment en déclin. C’est le cas notamment dans la région ontarienne à l’est d’Ottawa, dans la vallée de l’Outaouais (comté de Renfrew), à Toronto et aux alentours et, surtout, sur les rives du lac Huron (Seburn et Seburn, 2001; Schueler, en préparation). Dans un cas particulier du comté d’Essex (Ontario), on a cependant observé une population de rainettes faux-grillons de l’Ouest qu’on n’avait jamais vue auparavant (Johnson, 1983). De nombreux secteurs de l’aire de répartition historique n’ont pas fait l’objet de relevés depuis longtemps.

L’Ontario Herpetofaunal Summary (OHS) est une base de données qui renferme une bonne quantité de données sur l’aire de répartition des rainettes faux-grillons de l’Ouest recueillies du milieu des années 1980 au milieu des années 1990. Depuis ce temps, elle a cependant souffert d’un manque de financement et de soutien qui explique la faible quantité de données récentes qu’on y trouve (Mike Oldham, comm. pers.). Pour cette raison, il est impossible d’établir les tendances en matière d’aire de répartition ou d’abondance à partir des données de l’OHS. Toutes les données pertinentes de l’OHS ont été fournies à Fred Schueler en 2006 pour les besoins du présent rapport.

Comme la rainette faux-grillon de l’Ouest ne fait pas partie des espèces actuellement surveillées par le Centre d’information sur le patrimoine naturel de l’Ontario, ni la base de données ni le réseau de collaborateurs de cette institution ne peuvent apporter de renseignements pertinents pouvant servir à l’évaluation de l’espèce (Mike Oldham, comm. pers.).

Depuis 1995, le Programme de surveillance des marais (PSM) examine les tendances des indices d’occurrence d’amphibiens qui coassent (Weeber et Vallianatos, 2000; Crewe et al., 2005) grâce à son vaste réseau de lignes de relevé (figure 5). Ce programme fournit l’évaluation quantitative des tendances des populations de P. triseriata la plus complète au Canada. Contrairement à d’autres relevés, comme le Relevé des amphibiens dans l’arrière-cour de l’Ontario, le PSM réussit à surveiller de façon régulière un grand nombre de lignes de relevé presque sans subir les inconvénients du roulement du personnel volontaire. L’analyse du PSM examine en premier lieu les tendances d’occupation des sites, ligne par ligne, pour déterminer la proportion annuelle de sites occupés par chaque espèce (annexe 1). On combine ensuite les tendances décelées sur les différentes lignes afin d’évaluer les tendances globales de chaque espèce. Les indices sont mis à l’échelle pour corriger toute surdispersion, puis transformés aux fins d’analyse de régression. Pour vérifier l’effet global de l’année en tant que variable classe ou variable continue, on effectue des tests du rapport des vraisemblances (SAS Institute Inc., 1999), ce qui permet de comparer les écarts de ces modèles à ceux d’autres modèles n’utilisant pas la variable année. Pour chaque année, on calcule un intervalle de confiance à 95 p. 100 associé à l’indice annuel. On estime ensuite le pourcentage de variation annuelle (tendance) de l’occurrence, de même que les limites supérieure et inférieure de l’intervalle de confiance à 95 p. 100. Étant donné que les indices relatifs aux amphibiens proviennent de données indiquant la présence ou l’absence d’une espèce dans un site, on utilise la régression logistique (ou binaire) pour évaluer la variance des indices annuels et les tendances générales de l’occurrence au fil des ans (figure 6).

Figure 5.  Emplacement des relevés effectués en Ontario de 1995 à 2006 dans le cadre du Programme de surveillance des marais afin de déterminer la présence (cercles pleins) ou l’absence (cercles vides) de Pseudacris triseriata (source : Steve Timmermans).

Figure 5.  Emplacement des relevés effectués en Ontario de 1995 à 2006 dans le cadre du Programme de surveillance des marais afin de déterminer la présence (cercles pleins) ou l’absence (cercles vides) de Pseudacris triseriata

De 1994 à 2001, des observateurs ont surveillé l’appel des grenouilles dans le cadre du Relevé des amphibiens dans l’arrière-cour de l’Ontario (de Solla et al., 2006; S. de Solla, comm. pers.). Comme le PSM, le Relevé des amphibiens dans l’arrière-cour de l’Ontario cherchait à déceler les éventuelles tendances temporelles de l’occurrence, mais n’avait pas les moyens requis pour estimer la taille des populations. Aux fins de leur analyse, de Solla et al. (2006) ont regroupé les localités relevées en 3 zones : le sud de l’Ontario (latitude < 43° N), le centre de l’Ontario (latitude de 43° N à 45° N) et le nord de l’Ontario (latitude > 45° N). Dans le cas des rainettes faux-grillons de l’Ouest, il s’agit d’un traitement inadéquat puisque pratiquement toutes les mentions enregistrées au nord du 45e parallèle sont en dehors de l’aire de répartition confirmée de l’espèce. D’après les données du Relevé fournies par de Solla, on a pu diviser les 45 sites où des rainettes faux-grillons ont été observées à l’intérieur de leur aire de répartition connue en 2 groupes : les localités du nord (région des Grands Lacs, du Saint-Laurent et du Bouclier canadien) et celles du sud (région de la forêt carolinienne) (figure 7), comme on l’a fait avec les données du PSM (annexe 1). Cependant, les données du Relevé sont peu fiables : on confie l’écoute à des observateurs postés à certains endroits précis et si une personne abandonne le programme, alors le Relevé perd un poste d’écoute. De Solla et al. (2006) reconnaissent qu’il s’agit d’une grave lacune par rapport au PSM et recommandent que les autres programmes de surveillance suivent l’exemple du PSM et recrutent des volontaires pour poursuivre la surveillance des points de relevé qui deviennent vacants. Étant donné la nature des données du Relevé des amphibiens dans l’arrière-cour de l’Ontario, de Solla et al. (2006) n’ont pu que comparer les données annuelles provenant des endroits surveillés chaque année, ce qui représente des échantillons de petite taille et des périodes relativement courtes. C’est ainsi que la comparaison de l’occurrence annuelle des rainettes faux-grillons de l’Ouest se limite aux périodes de 1996 à 1998 et de 1999 à 2001 (figure 7).

Figure 6. Tendances des populations des unités désignables de Pseudacris triseriata (Fig.4) basées sur les données du Programme de surveillance des marais (Source : Steve Timmermans).

Figure 6. Tendances des populations des unités désignables de Pseudacris triseriata (Fig.4) basées sur les données du Programme de surveillance des marais (Source : Steve Timmermans).

Figure 7.  Tendances des populations des unités désignables de Pseudacris triseriata (figure 4) basées sur les données du Relevé des amphibiens dans l’arrière-cour de l’Ontario. A) Localités ayant signalé la présence de rainettes faux-grillons de l’Ouest. La ligne pointillée sépare l’unité désignable de la forêt carolinienne, au sud, et l’unité désignable des Grands Lacs, du Saint-Laurent et du Bouclier canadien, au nord. B) Pourcentage d’occupation des sites communs aux deux périodes de relevé. (Source des données : Shane de Solla)

Figure 7.  Tendances des populations des unités désignables de Pseudacris triseriata (figure 4) basées sur les données du Relevé des amphibiens dans l’arrière-cour de l’Ontario. A) Localités ayant signalé la présence de rainettes faux-grillons de l’Ouest. La ligne pointillée sépare l’unité désignable de la forêt carolinienne, au sud, et l’unité désignable des Grands Lacs, du Saint-Laurent et du Bouclier canadien, au nord. B) Pourcentage d’occupation des sites communs aux deux périodes de relevé.

 

Abondance

Le nombre estimatif de rainettes faux-grillons de l’Ouest demeure inconnu. Les relevés auditifs ne sont pas assez précis pour estimer la taille des populations, l’intensité des chœurs ne servant qu’à faciliter la détection (de Sollaet al., 2005, 2006). Cette affirmation vaut particulièrement pour les Pseudacris triseriata, dont le coassement est assez sonore pour laisser croire que l’espèce est plus abondante dans un secteur donné que d’autres espèces moins bruyantes, comme la grenouille des bois (Rana sylvatica), la grenouille léopard (Rana pipiens) ou la grenouille des marais (Rana palustris). Les relevés auditifs risquent donc d’entraîner une surestimation de l’abondance relative de l’espèce (Francis, 1978; Bishop et al., 1997, P. Labonté, comm. pers.).

Dans le cadre d’une étude réalisée en 2001-2002 dans un site de 0,4 hectare au Québec, on a utilisé une méthode de marquage et de recapture pour évaluer la taille d’une population reproductrice d’environ 2 000 individus (Desroches et Picard, obs. pers.), mais, comme il s’agit de la seule estimation de la taille d’une population de cette espèce, on ignore si les résultats sont normaux. Chez les amphibiens qui se reproduisent dans les étangs, la taille effective de la population varie énormément d’une année à l’autre et d’une population à l’autre (Pechmann et al., 1991; Green, 2003). Les populations reproductrices de P. triseriata sont donc très susceptibles de compter beaucoup plus ou beaucoup moins que 2 000 individus. Si on ajoute à cette incertitude celle qui concerne le nombre de populations, il est impossible pour le moment d’estimer, même grossièrement, l’abondance des rainettes faux-grillons de l’Ouest au Canada à partir des données existantes.

 

Fluctuations et tendances

 

Unité désignable des Grands Lacs, du Saint-Laurent et du Bouclier canadien 

Selon les personnes venues du Québec, de l’est de l’Ontario, du Vermont et de l’État de New York pour participer à la première conférence internationale annuelle sur lesPseudacris triseriata du nord-est, tenue en 2001 à Kemptville (Ontario), aucune région du bassin inférieur des Grands Lacs ou du bassin du Saint-Laurent ne compte une population de rainettes faux-grillons de l’Ouest que l’on peut qualifier de stable avec certitude (Schueler, 2001b).

L’avenir s’annonce très peu favorable pour les populations de P. triseriata du Québec et d’une grande partie de l’est de l’Ontario. Depuis quelques décennies, on observe un déclin de l’habitat et de l’occurrence des populations. En 1958, lorsque Bleakney a réalisé des relevés deP. triseriata, il a découvert une aire de répartition ininterrompue dans l’est de l’Ontario et le sud du Québec, dans laquelle l’espèce occupait tous les habitats disponibles. En Ontario, malgré le déclin constaté, l’aire de répartition actuelle correspond à celle observée par Bleakney. On ne peut en dire autant de l’aire de répartition au Québec. Bleakney (1958) signalait qu’au printemps, durant la saison de reproduction, cette espèce est abondante; on l’entend dans tous les étangs et les fossés. Aujourd’hui, la situation de l’espèce a bien changé.

Depuis les relevés effectués par Bleakney (Bleakney, 1958, 1959) dans le sud-ouest du Québec, on a observé une chute alarmante de l’abondance de P. triseriata. Malgré les recherches intensives menées en 1992 et 1993, personne n’a observé de population de rainettes faux-grillons de l’Ouest à l’est de la rivière Richelieu (Daigle, 1992, 1994, 1997); on présume que l’espèce est maintenant absente de cette région. Au Québec, la plupart des endroits où le P. triseriatasubsiste sont menacés par les activités humaines : le développement résidentiel et industriel près des villes et l’agriculture intensive dans les régions rurales (Daigle, 1997), où des programmes de drainage ont modifié les conditions hydrologiques (Labrecque, 1987; Daigle, 1992). Dans la région au sud de Montréal et à l’ouest du lac Champlain, où on a découvert des P. triseriata pour la première fois en 1988 (Bider et Matte, 1991), l’espèce a subi un déclin qui l’a menée à disparaître avant 2000, sans doute par suite de la destruction des habitats et du drainage des milieux humides (Picard et Desroches, 2004). Aujourd’hui, on trouve l’espèce dans seulement deux régions du Québec : en Montérégie, au sud de l’île de Montréal, et dans l’Outaouais, au nord de la rivière des Outaouais.

À l’époque du premier relevé documenté de l’espèce dans la région de la Montérégie (Québec), la rainette faux-grillon de l’Ouest était considérée très courante. Bleakney (1959) mentionnait que, par un soir tranquille, à l’extrémité ouest de l’île de Montréal, on peut entendre le chœur detriseriata depuis l’autre côté du fleuve, sur l’île Perrot. D’après des relevés récents, on trouve aujourd’hui quelques populations isolées, disséminées sur une bande de 20 km de largeur au sud du fleuve Saint-Laurent et sur l’île Perrot, qui englobe un peu plus de 800 étangs de reproduction (Desroches et Picard, 2004). Les observations deP. triseriata ont confirmé que l’espèce était encore très courante sur l’île Perrot durant les années 1960 (Bider et Matte, 1996) et entre 1975 et 1980 (Bider et Matte, 1991). Actuellement, des projets d’habitation menacent la population; en 2004, seuls 67 p. 100 des étangs autrefois occupés accueillaient encore des mâles et, dans ces étangs, seuls quelques individus se faisaient entendre (Desroches et Picard, 2004). D’avril à août 2004, 5 p. 100 des étangs de reproduction de P. triseriata en Montérégie ont été détruits, et beaucoup d’autres ont subi des perturbations. Le taux annuel de disparition des étangs propices à la reproduction des P. triseriata atteint 10 p. 100. À ce rythme, l’espèce aura disparu de la Montérégie d’ici 10 à 25 ans si aucune mesure de conservation efficace n’est mise en œuvre (Picard et Desroches, 2004). Dans certains secteurs, la destruction touchait 25 p. 100 des étangs localisés (Picard et Desroches, 2004). La plupart des habitats de reproduction de l’espèce consistent en de petits étangs temporaires, plus faciles à remblayer ou à assécher à des fins agricoles ou de développement que les étangs plus vastes et permanents (Picard et Desroches, 2004).

Dans la région de l’Outaouais (Québec), l’aire de répartition de l’espèce se limite à une étroite bande qui s’étire d’ouest en est sur quelque 100 km (St‑Hilaire, 2005). D’après des relevés réalisés au cours des 10 dernières années, on y retrouve 217 habitats de reproduction utilisés par 40 populations (St-Hilaire et Belleau, 2005). Apparemment, l’espèce est maintenant absente du bouclier précambrien, au nord de Gatineau (St-Hilaire, 2005; St-Hilaireet al., 2005). Depuis les premiers relevés, effectués en 1993, le P. triseriata a disparu de 30 p. 100 des sites, surtout ceux de la région urbaine d’Aylmer-Hull-Gatineau (D. St-Hilaire, comm. pers.). Parmi les sites où l’espèce habite encore, plusieurs sont destinés au développement résidentiel ou industriel (St-Hilaire et al., 2005). Dans l’Outaouais, les habitats de reproduction connus de la rainette faux-grillon de l’Ouest se répartissent à peu près également entre les secteurs urbains et les terres agricoles (St-Hilaire et Belleau, 2005).

Au début du XXe siècle, le P. triseriataétait une espèce jugée courante dans la région d’Ottawa (Patch, 1918). Dans la région la plus à l’est de l’Ontario, l’espèce n’a fait l’objet d’aucun relevé avant avril 1990, moment où W. Weller a noté pour la première fois la présence de P. triseriata dans 20 sites, de Long Sault, sur le Saint-Laurent, vers le nord-est, en direction d’Alexandria. En 2001, un nouveau relevé des mêmes sites, dans des conditions adéquates, n’a pas permis de détecter deP. triseriata (D. Seburn, comm. pers.). En 2007, les 20 sites ont encore une fois fait l’objet de visites, mais le seul où on a entendu des P. triseriata est celui qu’on avait omis de visiter en 2001; les autres étaient silencieux comme la fois précédente (D. Seburn, comm. pers.). La même situation s’est produite dans les sites réévalués en 1997 aux alentours de Casselman, à l’est d’Ottawa; en 1990 on y avait décelé des P. triseriata, mais, en 1997, l’espèce semblait absente (F. Schueler, obs. pers.; Schueler, 2006). On a en outre noté une baisse du nombre de populations de 1979 à 1993 entre Bishops Mills et Kemptville, dans le comté de Grenville, et de 1992 à 2000 dans un transect allant de Kemptville au nord de Brockville; la disparition la plus significative signalée concernait la partie nord du transect, où le développement banlieusard avait entraîné une forte modification de l’habitat (Schueler, 2001c, 2006).

Helferty (2002) a dit du P. triseriata qu’il était l’une des espèces disparues ou en voie de disparition de Toronto dont le rapport avec l’utilisation des sols à des fins résidentielles ou industrielles, ou les 2, est significativement négatif. Dans la région de Toronto et aux alentours, au moins 8 populations connues il y a 20 ans sont aujourd’hui disparues (Johnson, 1983; B. Johnson, comm. pers.). Lors d’un relevé auditif effectué en 1994 dans 53 sites riverains du lac Ontario, de Burlington à Trenton, on a entendu des P. triseriatadans seulement 7 sites, tous situés dans la moitié est du transect (Schueler et al., 1995; Karstadet al., 1995).

Des rapports sur le comté d’Oxford (Ontario), datant des années 1940, classent l’espèce comme la plus courante parmi les rainettes et la considèrent comme facile à trouver dans tous les petits étangs au début du printemps (Milnes, 1946). De même, dans la péninsule Bruce, l’espèce était considérée la plus abondante des amphibiens durant les années 1960 (Toner, 1964). Ce n’est plus le cas. Dans la péninsule Bruce, l’espèce, déjà réduite à une seule petite population de 1984 à 1992, a encore périclité depuis et ne s’est pas fait entendre depuis des années (F. Schueler, obs. pers.). À partir des données de l’OHS, Seburn et Seburn (2001) ont relevé des secteurs contigus d’où l’espèce a potentiellement disparu, allant du comté d’Elgin, en amont du lac Érié, jusqu’au lac Huron et à la péninsule Bruce. Lors de relevés annuels effectués de 1992 à 2005 dans 34 étangs de la plaine de Stratford, dans les comtés de Lambton et de Huron, seuls 2 étangs témoignaient de la présence de rainettes faux-grillons de l’Ouest (Hecnar et Hecnar, 2002); dans les étangs de Grey-Bruce et de la péninsule Bruce, on n’a trouvé aucune population de rainettes faux-grillons de l’Ouest entre 1992 et 1994.

Sur une note plus optimiste, mentionnons que des populations stables, ou du moins répandues, ont été signalées dans l’ouest du comté de Lanark et dans le comté adjacent de Frontenac (T. Mosquin et B. Wigney, comm. pers.), dans le canton de Wolford, au sud de Merrickville (S. Hamill, comm. pers.) et aux alentours de la centrale électrique de l’Ontario Power Generation située à Lennox, au sud-ouest de Kingston, au bord du lac Ontario (W. Weller, comm. pers.). De 1995 à 2005, dans la région de Peterborough, au nord du lac Ontario, leP. triseriata faisait souvent entendre son cri, ce qui révélait une répartition étendue dans les secteurs agricoles du sud du comté. Plus au nord dans le bouclier précambrien, où le couvert forestier est plus abondant, les populations étaient beaucoup plus localisées (M. Oldham, comm. pers.).

Crewe et al. (2005, 2006) décrivent les tendances duP. triseriata et d’autres espèces, tirées des données recueillies par le PSM de 1995 à 2003 dans le bassin des Grands Lacs, aussi bien du côté américain que canadien. L’occurrence de P. triseriata a subi une chute importante (p < 0,0001), estimée à 3,2 p. 100/an, dans le bassin du lac Huron. Le bassin du lac Ontario a aussi vu l’occurrence de l’espèce chuter de façon considérable (2,8 p. 100/an; p = 0,0241). De son côté, Steve Timmermans a analysé les données du PSM (annexe 1) spécifiques des populations des Grands Lacs, du Saint-Laurent et du Bouclier canadien (n = 694) en Ontario pour la période de 1995 à 2005 (figure 6) et conclu que l’occurrence du P. triseriataa subi une forte baisse dans cette région au cours des 11 dernières années (3,5 p. 100/an; < 0,0001), ce qui équivaut à 30 p. 100 en 10 ans. Les résultats du Relevé des arrière-cours de l’Ontario concordent avec ces chiffres, qui révèlent des diminutions de l’occurrence dans les sites de relevé communs, au cours des périodes de 1996 à 1998 et de 1999 à 2001 (figure 7).

Figure 6.  Tendances des populations des unités désignables de Pseudacris triseriata (figure 4) déterminées à partir des données du Programme de surveillance des marais

Figure 6.  Tendances des populations des unités désignables de Pseudacris triseriata (figure 4) déterminées à partir des données du Programme de surveillance des marais (source : Steve Timmermans).

D’après d’autres données anecdotiques fournies par James Bogart, David Bree, George Bryant et James Kamstra à Michael Oldham (toutes des communications personnelles), l’espèce s’est raréfiée ou a complètement disparu dans la grande région de Toronto, le sud du comté de Durham, la région de Muskoka et les alentours de Guelph, bien qu’on l’ait détectée près de Collingwood et dans le comté de Prince Edward. Tys Theysmeyer, des Jardins botaniques royaux (comm. pers.), signale la disparition de l’espèce à Cootes Paradise, à Hamilton (Ontario), mais signale aussi sa présence probable en amont.

 

Unité désignable de la forêt carolinienne

Les résultats des relevés réalisés dans le sud de l’Ontario à la fin des années 1970 montraient que leP. triseriata était une espèce abondante et répandue (Francis, 1978). Durant les années 1970, il était considéré omniprésent dans la région agricole du sud de l’Ontario (F. W. Schueler et A. Karstad, obs. pers.), et, du début des années 1980 au milieu des années 1990, c’est lui qu’on entendait le plus souvent parmi les amphibiens qui lancent leur appel au début du printemps, et ce, même dans des secteurs en grande partie déboisés, comme les comtés d’Essex, de Kent et de Lambton, où on ne trouvait que très peu d’autres amphibiens courants (dont la grenouille des bois et la rainette versicolore [Hyla versicolor]) (M. Oldham, comm. pers.). De 2004 à 2005, Wayne Weller a déterminé que leP. triseriataétait une espèce assez abondante dans l’ensemble de la péninsule du Niagara, dans la campagne entourant la centrale électrique de Lambton de l’Ontario Power Generation, située sur la rivière Sainte-Claire, au sud de Sarnia, et près de la centrale électrique de Nanticoke, située sur la rive du lac Érié, à l’est de Port Dover. Dans les étangs de la région physiographique de la plaine d’Essex, on n’a remarqué aucune variation nette du remplacement desP. triseriata de 1992 à 1994; entre 15,5 et 16,5 p. 100 des étangs étaient occupés durant ces 3 années (Hecnar, 1997). Il s’agit sans doute d’une sous‑estimation de l’occurrence dans tous les étangs puisque le relevé visait essentiellement les étangs semi-permanents ou permanents plutôt que les étangs éphémères. De l’avis d’Hecnar, la présence de rainettes faux-grillons de l’Ouest afficherait les tendances suivantes dans l’extrême sud-ouest de l’Ontario : l’espèce serait courante dans la moitié ouest du comté d’Essex, surtout dans l’Ojibway Prairie Complex, dans l’ouest de Windsor, à LaSalle et le long des emprises des services publics; elle persiste dans certains sites suburbains isolés de Windsor et des alentours; et elle se raréfie rapidement à l’est et au nord de Windsor (S. Hecnar, comm. pers.). Dans le comté d’Essex (Ontario), il existe une population de rainettes faux-grillons de l’Ouest observée là où on ne l’avait jamais détectée auparavant (Johnson, 1983).

Dans le cadre du PSM (Crewe et al., 2005), on a détecté une légère tendance à la hausse, toutefois non significative (p = 0,237), de 1,14 p. 100/an dans le bassin du lac Érié de 1995 à 2003. Steve Timmermans a analysé les données du PSM (annexe 1) spécifiques des populations ontariennes de la forêt carolinienne (n = 124) pour la période de 1995 à 2005 (figure 6); il a obtenu le même résultat et a donc conclu que l’occurrence du P. triseriata dans cette région n’a connu aucun changement considérable au cours des 11 dernières années (p < 0,1944). De même, les données du Relevé des arrière-cours de l’Ontario n’indiquent aucune variation d’occurrence dans les sites de relevé communs de la forêt carolinienne au cours des périodes de 1996 à 1998 et de 1999 à 2001 (figure 7).

D’après d’autres données anecdotiques fournies par Jon McCracken, James Kamstra, Mary E. Gartshore, Bob Curry, Allen Woodliffe, Jane Bowles, Paul Pratt, Dave Martin et Linda Wladarski à Michael Oldham (toutes des communications personnelles), l’espèce est généralement répandue et relativement commune dans la région de la forêt carolinienne.

 

Immigration de source externe

 Au Canada, l’aire de répartition duPseudacris triseriata est divisée en trois grands secteurs, séparés par des cours d’eau majeurs. Il s’agit de l’Ontario, de l’Outaouais (Québec) et de la Montérégie (Québec) (figure 4). Les populations de l’Outaouais sont isolées de celles de l’Ontario par la rivière des Outaouais et de celles de la Montérégie par le fleuve Saint-Laurent. Quant au groupe de la Montérégie, il est isolé de celui de l’Ontario par le Saint-Laurent, tandis que la population de l’île Perrot est isolée par la rivière des Outaouais. Vraisemblablement, aucun échange n’est possible entre ces trois groupes. Les échanges avec les populations des États-Unis sont aussi peu probables puisque les Grands Lacs, le Saint-Laurent et la rivière Sainte-Claire forment la majeure partie de la frontière qui sépare les populations canadiennes et américaines, alors que les populations du Vermont, autrefois contiguës à celles du Québec, ont de toute évidence disparu de cette région (Andrews et Ferguson, 2001). Les populations de l’Ontario sont apparemment quelque peu isolées les unes des autres par des obstacles naturels, comme des rivières et des collines, de même que par des villes, des secteurs asséchés et d’autres perturbations anthropiques. Les relevés disponibles sont cependant insuffisants pour permettre de délimiter précisément les subdivisions de l’aire de répartition ontarienne. La distinction génétique des populations de l’est et du sud-ouest de l’Ontario (Moriarty-Lemmon et al., 2007) ne coïncide avec aucun obstacle géographique, mais seulement avec la limite septentrionale de la zone de la forêt carolinienne du Canada.