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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la tortue mouchetée au Canada – Mise à jour

Mise à jour
Rapport de situation du COSEPAC
sur la
tortue mouchetée
Emydoidea blandingii
au Canada

Population de la Nouvelle-Écosse
Population des Grands Lacs et du Saint-Laurent

2005

Information sur l'espèce

Nom et classification

La tortue mouchetée (Emydoidea blandingii) a été identifiée et décrite pour la première fois par Holbrook (1836), qui l’a classée sous le genre Cistuda en raison de ses ressemblances morphologiques avec la cistude des marais (Emys orbicularis, anciennement Cistuda europea) et la tortue-boîte orientale (Terrapene carolina, anciennement Cistuda carolina). L’espèce a ensuite été classée sous le genre Emys, avec l’E. orbicularis, en raison de caractères morphologiques comme sa carapace non carénée à plastron articulé et sa coloration (Feldman et Parham, 2002). Par la suite, elle a été placée sous le genre Emydoidea, dont elle est le seul représentant vivant (McCoy, 1973). Les Emydoidea étaient considérés par McDowell (1964) comme de proches parents des Deirochelys. Cependant, à la lumière de l’analyse par électrophorèse du polymorphisme de la myoglobine, la famille des Émydidés a été scindée en deux sous-familles, les Emydinés et les Deirochelyinés (Seidel et Adkins, 1989; Feldman et Parham, 2002).

Récemment, il a été recommandé de réunir les genres Emydoidea et Emys. Feldman et Parham (2002) proposent que la tortue mouchetée soit de nouveau classée sous le genre Emys en raison des caractères morphologiques et écologiques décrits par Loveridge et Williams (1957), notamment ceux liés à l’alimentation, à savoir l’allongement des cervicales et l’aplatissement du crâne.


Description morphologique

Adultes

La tortue mouchetée est une tortue d’eau douce de taille moyenne, à carapace bombée modérément haute, non carénée et lisse. La carapace est généralement noire ou brun foncé, parfois grise ou brun plus pâle. Elle présente souvent des lignes ou des taches jaunâtres ou brun roux; ces marques sont très irrégulières et varient d’un individu à l’autre. Le plastron est pourvu d’une charnière semi-fonctionnelle entre les écailles pectorales et les écailles abdominales. La flexibilité de cette charnière varie d’un individu à l’autre; certaines tortues peuvent fermer complètement leur plastron, d’autres n’ont presque aucune flexibilité au niveau du plastron. Les écailles du plastron sont jaunâtres avec une tache foncée à la bordure extérieure. La partie postérieure du plastron présente une encoche en forme de V entre les écailles anales. Les anneaux de croissance sont généralement bien visibles sur les écailles du plastron.

Chez le mâle, le plastron est légèrement concave, et le cloaque est derrière la marge de la carapace, tandis que chez la femelle, le plastron est plat, la queue est plus étroite que chez le mâle et le cloaque est antérieur à la marge de la carapace.

La longueur totale de la carapace varie entre 15,2 cm et 27,4 cm. Le caractère le plus distinctif de l’espèce est la couleur du menton, de la gorge et du dessous du cou, généralement jaune vif, parfois crème. Les côtés du cou et le dessus de la tête sont de couleur variable; souvent brun foncé ou noirs chez le mâle, ils sont plus pâles et parfois marbrés chez la femelle (Ernst et al., 1994). La mâchoire supérieure présente une encoche (Ditmars, 1907; Harding, 1997; Conant et Collins, 1998), et la bouche s’incurve vers le haut, donnant l’impression que la tortue sourit. Le cou est assez long.

Nouveau-nés

La carapace des nouveau-nés mesure de 2,5 à 4 cm, et sa coloration est différente de celle des adultes : elle est grise, brune ou noire et exempte de motifs. Le plastron se caractérise par une tache noire centrale sur fond jaune ou crème. Chez les nouveau-nés et les jeunes, la charnière du plastron n’est pas fonctionnelle, et la queue dépasse nettement la marge de la carapace. La tête peut présenter des taches pâles, et la gorge et le menton portent la couleur jaune caractéristique de l’espèce. Les couleurs sont généralement plus vives chez les jeunes que chez les adultes (Harding, 1997; Conant et Collins, 1998). Les taches et les lignes brun roux ou jaunes de la carapace se développent après la deuxième année et sont le plus marquées entre trois et six ans.


Description génétique

Des études récentes ou en cours sur la génétique de la population de la Nouvelle-Écosse et d’autres populations de l’espèce ont contribué à notre connaissance de la structure génétique des populations. Bien qu’elle soit petite et isolée, la population de la Nouvelle-Écosse présente une grande variation génétique, plus grande que celle constatée chez d’autres populations de l’aire principale de l’espèce (échantillonnages réalisés au Massachusetts, au Wisconsin, au Minnesota, en Illinois, au Michigan et en Ontario) (Mockford et al., 1999; Ruben et al., 2001). En outre, la population de la Nouvelle-Écosse s’est considérablement différenciée des populations de l’aire de répartition principale (Mockford et al., 1999; Ruben et al., 2001; Mockford, données inédites). Qui plus est, les trois sous-populations connues de la Nouvelle-Écosse présentent entre elles des différences génétiques, en dépit de la faible distance qui les sépare (aussi peu que 15 km) (Mockford et al., 2005). Les analyses montrent qu’il y a des échanges génétiques limités mais significatifs entre ces sous-populations (de 1,8 à 5,8 individus par génération). On observe une structure génétique même au sein des sous-populations (McEachern, 2003; Toews, 2005, cité par Tom Herman et Jennifer McNeil, comm. pers., le 24 janvier 2005). (Les renseignements sur la population de la Nouvelle-Écosse ont été fournis par Tom Herman et Jennifer McNeil, comm. pers., le 24 janvier 2005.)


Unités désignables

La population canadienne de tortues mouchetées est divisée en deux unités géographiquement distinctes. La première est la population de la Nouvelle-Écosse, qui a été désignée menacée par le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) en 1993 (Herman et al., 1995). Cette population est située à l’extrémité nord-est de l’aire de répartition de l’espèce et est séparée des autres populations par plusieurs centaines de kilomètres (figure 1).


Figure 1 : Aire de répartition nord-américaine de la tortue mouchetée (Emydoidea blandingii)

Figure 1 : Aire de répartition nord-américaine de la tortue mouchetée (Emydoidea blandingii).

La seconde unité canadienne, identifiée dans le présent rapport comme la population des Grands Lacs et du Saint-Laurent, est située en partie en Ontario et en partie au Québec. Environ 20 p. 100 de l’aire de répartition mondiale de la tortue mouchetée se trouve dans ces deux provinces (Austen et Oldham, 2001). Il est possible que la population du Québec forme une unité distincte de la population d’Ontario (Daniel St-Hilaire, comm. pers., 2005). On pense que la construction d’un barrage sur la rivière des Outaouais a pu séparer ces deux populations. L’hypothèse reste cependant à vérifier.