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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le loup de Béring au Canada – Mise à jour

Mise à jour
Évaluation et Rapport
de situation du COSEPAC
sur le
Loup de Béring
Anarhichas orientalis
au Canada

loup de Béring (Anarhichas orientalis)

Données insuffisantes
2002



COSEPAC
Comité sur la situation
des espèces en péril
au Canada
logo du COSEPAC


COSEWIC
Committee on the Status
of Endangered Wildlife
in Canada


Les rapports de situation du COSEPAC sont des documents de travail servant à déterminer le statut des espèces sauvages que l’on croit en péril. On peut citer le présent rapport de la façon suivante :

COSEPAC. 2002. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le loup de Béring (Anarhichas orientalis) au Canada – Mise à jour. Comité sur la situation des espèces en péril au Canada. Ottawa. vi -15 p. (Rapports de situation du Registre public des espèces en péril)

Rapport précédent :

Houston, J.J.P., et D.E. McAllister. 1989. COSEWIC status report on the Bering wolffish Anarhichas orientalis in Canada. Comité sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada. Ottawa. 17 p.

 

Note de production :

Le présent rapport de situation sur le loup de Béring (Anarhichas orientalis) au Canada a été rédigé par David A. Quinn, en vertu d’un contrat avec Environnement Canada.

Pour obtenir des exemplaires supplémentaires, s’adresser au :

Secrétariat du COSEPAC
a/s Service canadien de la faune
Environnement Canada
Ottawa (Ontario)
K1A 0H3

Tél. : (819) 997-4991 / (819) 953-3215
Téléc. : (819) 994-3684
Courriel : COSEWIC/COSEPAC@ec.gc.ca
http://www.cosepac.gc.ca

Also available in English under the title COSEWIC Assessment and Update Status Report on the Bering Wolffish Anarhichas orientalis in Canada.

Illustration de la couverture :
Loup de Béring – illustration par Charles Douglas. Courtoisie du Musée Canadien de la Nature, Ottawa Canada.

© Sa Majesté la Reine du chef du Canada, 2004
No de catalogue : CW69-14/355-2004F-PDF
ISBN : 0-662-76095-6
HTML : CW69-14/355-2004F-HTML
ISBN : 0-662-76096-4

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logo du COSEPAC

COSEPAC
Sommaire de l’évaluation

Sommaire de l’évaluation -- Novembre 2002

Nom commun :
Loup de Béring

Nom scientifique :
Anarhichas orientalis

Statut :
Données insuffisantes

Justification de la désignation :
L'information servant à établir avec assurance toute catégorie de risque du COSEPAC n'est pas disponible. Des données sur la répartition, l'abondance et l'habitat particulier, incluant tout changement observé au cours du temps, sont particulièrement nécessaires.

Répartition :
Océan Arctique

Historique du statut :
Espèce désignée « préoccupante » en avril 1989. La situation a été réexaminée en novembre 2002, et l'espèce a été inscrite dans la catégorie « données insuffisantes ». Dernière évaluation fondée sur une mise à jour d'un rapport de situation.

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logo du COSEPAC

COSEPAC
Résumé

Loup de Béring
Anarhichas orientalis

Information sur l’espèce

Les poissons‑loups, de la famille des Anarhichadidés, sont de grands poissons à corps allongé, possédant de grandes canines saillantes et dépourvus de nageoires pelviennes. Les nageoires dorsale et anale sont allongées, rejoignant presque la base de la nageoire caudale. Le loup de Béring (Anarhichas orientalis) adulte est brun foncé, sans lignes ni taches, et peut atteindre 112 cm de longueur.

 

Répartition

Le loup de Béring est réparti sporadiquement dans le nord‑ouest du Pacifique, depuis l’île d’Hokkaido et la mer d’Okhotsk jusqu’à l’Alaska. On ne connaît pas bien sa répartition dans le nord‑est du Pacifique, la mer de Béring et l’océan Arctique. Au Canada, sa présence est confirmée uniquement dans les eaux de l’inlet Bathurst.

 

Habitat

Le loup de Béring vit sur les fonds rocheux des eaux côtières peu profondes, parmi les pierres recouvertes d’algues encroûtantes. On connaît peu de choses sur les exigences écologiques de l’espèce et encore moins sur la quantité de milieux répondant à ses besoins dans les eaux arctiques canadiennes.

 

Biologie générale

Très peu de données ont été publiées sur la biologie du loup de Béring. L’espèce est nidifiante. Les œufs sont très gros, et les larves qui en sortent au cours de l’été arctique sont pélagiques. L’analyse de contenus stomacaux a révélé que l’espèce se nourrit d’invertébrés benthiques. Les individus peuvent atteindre une taille de 112 cm.

 

Taille et tendances des populations

Seuls trois spécimens de loup de Béring sont répertoriés pour les eaux canadiennes, les trois provenant de l’inlet Bathurst. En dépit d’importantes campagnes de relevés menées par divers organismes, aucun individu de l’espèce n’a été capturé dans l’intervalle de 1 200 km qui sépare la population de l’inlet Bathurst de la plus proche population voisine connue, située dans la baie Camden, sur la côte nord de l’Alaska. Il est donc impossible de déterminer les tendances de la population canadienne de l’espèce.

 

Facteurs limitatifs et menaces

Il est possible qu’une faible amplitude écologique limite la répartition et la reproduction de l’espèce dans les eaux canadiennes. La croissance lente et le comportement de nidification de l’espèce limitent peut‑être également son effectif. Les activités pétrolières et gazières (exploration, extraction, transport) risquent de présenter une menace pour l’espèce.

 

Importance de l’espèce

Il est possible que l’inlet Bathurst, une zone de la grandeur de la baie de Fundy ou du détroit de Georgia, abrite la seule population canadienne de loup de Béring. Cette population aurait alors une importance à l’échelle nationale.

 

Protection actuelle ou autres désignations

L’espèce ne bénéficie d’aucune mesure de protection particulière.

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Mandat, composition et définitions du COSEPAC

logo du COSEPAC

Mandat du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) détermine le statut, au niveau national, des espèces, des sous-espèces, des variétés et des populations sauvages  canadiennes importantes qui sont considérées comme étant en péril au Canada. Les désignations peuvent être attribuées à toutes les espèces indigènes des groupes taxinomiques suivants : mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons, lépidoptères, mollusques, plantes vasculaires, mousses et lichens.

Composition du COSEPAC

Le COSEPAC est composé de membres de chacun des organismes fauniques des gouvernements provinciaux et territoriaux, de quatre organismes fédéraux (Service canadien de la faune, Agence Parcs Canada, ministère des Pêches et des Océans, et le Partenariat fédéral sur la biosystématique, présidé par le Musée canadien de la nature), de trois membres ne relevant pas de compétence, ainsi que des coprésident(e)s des sous-comités de spécialistes des espèces et des connaissances traditionnelles autochtones. Le Comité se réunit pour étudier les rapports de situation des espèces candidates.

Définitions

Espèce
Toute espèce, sous‑espèce, variété ou population indigène de faune ou de flore sauvage géographiquement définie.

Espèce disparue (D)
Toute espèce qui n'existe plus.

Espèce disparue du Canada (DC)
Toute espèce qui n'est plus présente au Canada à l'état sauvage, mais qui est présente ailleurs.

Espèce en voie de disparition (VD)Note de bas de page 1
Toute espèce exposée à une disparition ou à une extinction imminente.

Espèce menacée (M)
Toute espèce susceptible de devenir en voie de disparition si les facteurs limitatifs auxquels elle est exposée ne sont pas renversés.

Espèce préoccupante (P)Note de bas de page 2
Toute espèce qui est préoccupante à cause de caractéristiques qui la rendent particulièrement sensible aux activités humaines ou à certains phénomènes naturels.

Espèce non en péril (NEP)Note de bas de page 3
Toute espèce qui, après évaluation, est jugée non en péril.

Données insuffisantes (DI)Note de bas de page 4
Toute espèce dont le statut ne peut être précisé à cause d'un manque de données scientifiques.

Service canadien de la faune

Le Service canadien de la faune d’Environnement Canada assure un appui administratif et financier complet au Secrétariat du COSEPAC.

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d’une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale-provinciale sur la faune. Le comité avait pour mandat de réunir les espèces sauvages en péril sur une seule liste nationale officielle, selon des critères scientifiques. En 1978, le COSEPAC (alors appelé CSEMDC) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. Les espèces qui se voient attribuer une désignation lors des réunions du comité plénier sont ajoutées à la liste.

Notes de bas de page

Note de bas de page 1

Appelée « espèce en danger de disparition » jusqu’en 2000.

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Note de bas de page 2

Appelée « espèce rare » jusqu’en 1990, puis « espèce vulnérable » de 1990 à 1999.

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Note de bas de page 3

Autrefois « aucune catégorie » ou « aucune désignation nécessaire ».

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Note de bas de page 4

Catégorie « DSIDD » (données insuffisantes pour donner une désignation) jusqu’en 1994, puis « indéterminé » de 1994 à 1999.

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Mise à jour
Rapport de situation du COSEPAC
sur le
loup de Béring
Anarhichas orientalis
au Canada
2002

Information sur l'espèce

Nom et classification

Les poissons‑loups, ou loups de mer, appartiennent à la famille des Anarhichadidés, que l’on croit apparentée aux blennies des eaux côtières (famille des Blenniidés) (Wheeler, 1975). Leurs noms vulgaires leur viennent des canines imposantes dont ils sont pourvus pour ingérer les crustacés et autres invertébrés benthiques qui sont leur principale source de nourriture. On trouve dans les eaux canadiennes quatre espèces de poissons‑loups, vivant dans le nord du Pacifique, le nord de l’Atlantique, l’océan Arctique et la mer de Beaufort. Le loup atlantique (Anarhichas lupus, Linnaeus, 1758) et le loup tacheté (Anarhichas minor, Olafsen, 1774) ont une certaine valeur commerciale. Par contre, on connaît peu de choses sur les populations de loup à tête large (Anarhichas denticulatus, Krøyer, 1845) et de loup de Béring (Anarhichas orientalis, Pallas, 1814). Sur la côte ouest, au sud de l’Alaska, on trouve une espèce de la famille des Anarhichadidés, le loup ocellé (Anarhichthys ocellatus, Ayres, 1855).

Le présent rapport concerne uniquement le loup de Béring, qu’on ne trouve au Canada que dans l’inlet Bathurst, situé dans l’ouest de l’Arctique. Les Inuits de la région ne font pas la distinction entre l’Anarhichas orientalis et l’Anarhichas denticulatus, qu’ils désignent indifféremment du nom de akoak ou akoaksaluk (« poisson vieille femme ») (Smith, 1977).


Description

Le loup de Béring est un poisson à corps allongé et comprimé latéralement et à pédoncule caudal fin. La longueur maximum répertoriée est de 112 cm (Andriyashev, 1954), et le poids maximum, de 15 kg (Houston et McAllister, 1990); cependant, la plupart des auteurs croient que l’espèce peut atteindre une plus grande taille. Chez le loup de Béring, les nageoires pelviennes sont absentes, et les nageoires dorsale et anale sont allongées, rejoignant presque la base de la nageoire caudale. La ligne latérale peut être réduite ou absente (Houston et McAllister, 1990). La coloration peut varier, et certains auteurs mentionnent des différences de couleur selon l’âge (Andriyashev, 1954). Selon Andriyashev (1954), l’adulte est brun foncé, sans lignes ni taches, et chez les juvéniles, la tête porte de nombreuses taches foncées, et la partie supérieure du corps, quatre ou cinq lignes longitudinales foncées, parfois discontinues. La tête forme de 19 à 21 p. 100 de la longueur totale du sujet (Andriyashev, 1954). Le profil antérieur du museau est presque vertical, et de grosses canines avancent au‑delà de l’extrémité des mâchoires.

Le loup de Béring se distingue des cinq autres espèces du genre Anarhichas par les caractères suivants : rayons de la nageoire anale au nombre de 53 ou plus, épines de la nageoire dorsale au nombre de 81 à 86, nageoire caudale plus haute et arrondie et aire géographique limitée au nord de l’océan Pacifique et à l’ouest de l’océan Arctique (Houston et McAllister, 1990).

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Répartition

Répartition mondiale

La présence du loup de Béring est confirmée dans le nord‑ouest du Pacifique, depuis les eaux des îles d’Hokkaido et de Shikotan jusqu’à la mer d’Okhotsk (Barsukov, 1959). Cependant, sa répartition dans le nord‑est du Pacifique et dans l’Arctique est peu connue. Les seuls spécimens confirmés pour les eaux canadiennes proviennent de l’inlet Bathurst, situé dans l’ouest de l’Arctique (figure 1; Houston et McAllister, 1990). Fruge et Wiswar (1991) ont découvert l’espèce dans la région de la baie Camden (Alaska), en mer de Beaufort. Auparavant, il y avait une discontinuité de 2 700 km dans l’aire de répartition connue de l’espèce, qui s’étend de l’inlet Bathurst jusqu’au bassin Norton, situé dans l’ouest de l’Alaska.


Répartition canadienne

Seuls trois spécimens de loup de Béring sont répertoriés pour les eaux canadiennes, les trois provenant de l’inlet Bathurst. L’espèce est répertoriée pour le bassin Norton (Alaska) et pour les eaux des îles Pribilof (Alaska) et du Commandeur (Russie), situées dans la mer de Béring (Barsukov, 1959), lesquelles semblent marquer la limite sud de son aire. L’espèce est absente de la côte ouest de l’Amérique du Nord.


Figure 1 : Répartition des populations nord‑américaines de loup de Béring

Répartition des populations nord‑américaines de loup de Béring.

Les flèches indiquent les mentions pour le Canada.

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Habitat

Besoins de l’espèce

On connaît peu de choses sur les exigences écologiques du loup de Béring. Selon Andriyashev (1954), l’espèce est celle du genre Anarhichas qui vit dans les eaux les moins profondes; on la trouve sur les fonds rocheux des zones côtières, où elle vit parmi les pierres couvertes d’algues. Trois sub‑adultes ont été capturés dans des eaux de 1,2 m de profondeur, dans la baie Camden, sur le littoral alaskien de la mer de Beaufort (Fruge et Wiswar, 1991). Lorsque les eaux sont libres de glace (du printemps à la fin de l’automne), l’espèce demeure près des côtes, dans les eaux de faible profondeur; on pense qu’elle migre vers le large seulement lorsque les eaux côtières se recouvrent de glace (Andriyashev, 1954). Fruge et Wiswar (1991) croient que les zones marines subissant les effets du panache d’eau douce à l’embouchure d’un fleuve, par exemple le delta du Mackenzie, ne sont pas propices à l’espèce.


Protection et propriété des terrains

L’inlet Bathurst, une zone de la grandeur de la baie de Fundy qui abrite la seule population canadienne connue de loup de Béring, n’est protégé ni par le gouvernement du Nunavut ni par le gouvernement fédéral. Un pourvoyeur et guide de pêche ainsi que les Inuits de la région pêchent dans ces eaux.

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Biologie générale

Reproduction et croissance

Très peu de données ont été publiées sur la biologie du loup de Béring. Les seules données qui existent proviennent de l’analyse de spécimens pris dans le nord‑ouest du Pacifique. Andriyashev (1954) mentionne une femelle de grande taille (112 cm) portant des œufs bien développés, prise à la fin de mai dans la baie Avachinskaya, péninsule du Kamtchatka. Les œufs des Anarhichadidés sont généralement gros, leur diamètre variant entre 4,0 et 4,5 cm (Barsukov, 1959). On ne connaît pas le nombre d’œufs par ponte. Andriyashev (1954) rapporte le cas d’une larve projetée à bord d’un navire durant une tempête dans la mer de Béring en mai, ce qui donne à croire queles larves sont pélagiques. Kobayashi (1961) donne une description des juvéniles de l’espèce fondée sur deux spécimens, pris en juin et en août dans la mer d’Okhotsk à la fin des années 1950. Matarese et al. (1989) montrent un spécimen de 21 mm de longueur.

Selon Barsukov (1959), l’espèce atteint la maturité à une taille de 15 à 17 cm. L’âge d’individus mesurant 41 cm, 70 cm et 112 cm a été estimé respectivement à au moins 4, 8 et 17 ans. L’espèce a une durée de vie relativement longue et une croissance lente.


Alimentation et relations interspécifiques

L’analyse de contenus stomacaux révèle que le loup de Béring se nourrit d’invertébrés benthiques, notamment de crabes et de mollusques. On connaît très peu de choses sur les besoins alimentaires de l’espèce. Andriyashev (1954) a trouvé dans l’estomac de spécimens de l’espèce des restes de bernard-l’hermite et des coquilles de gastropodes des genres Buccinum et Neptunea. On peut penser que chez une espèce arctique, la benthophagie limite la répartition à des zones très localisées où les eaux sont moins profondes et moins froides et l’action érosive des glaces moins importante, conditions essentielles pour que puissent se former des populations abondantes d’invertébrés benthiques. Cela pourrait expliquer la répartition apparemment sporadique du loup de Béring, et peut‑être aussi l’absence de l’espèce dans l’est de l’Arctique, où les eaux côtières sont généralement plus profondes et plus froides (Houston et McAllister, 1990).

Smith (1977) a observé que le phoque annelé (Phoca hispida) se nourrit de loup à tête large (Anarhichas denticulatus), autre espèce des eaux arctiques et subarctiques, et suppose qu’il peut se nourrir également de loup de Béring.

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Taille et tendances des populations

Il existe peu de données sur le loup de Béring, sauf des mentions de sa présence (Houston et McAllister, 1990). Selon Andriyashev (1954), l’espèce serait commune dans le détroit de Béring, la mer de Béring et le nord-ouest du Pacifique. Cependant, le fait qu’elle ne soit pas exploitée commercialement dans ces eaux, alors que le sont d’autres espèces du genre Anarhichas, donne à croire qu’elle n’est peut-être pas aussi abondante que ne l’implique le terme « commun » (Houston et McAllister, 1990).

On ne possède que trois spécimens de l’espèce provenant d’eaux canadiennes; les trois font partie de la collection du Musée canadien de la nature (voir l’annexe 1). Les Inuits de la région semblent posséder une connaissance limitée du loup : ils ne distinguent pas le loup de Béring (Anarhichas orientalis) du loup à tête large (Anarhichas denticulatus), qu’ils désignent indifféremment du nom de akoak ou akoaksaluk (« poisson vieille femme ») (Smith, 1977). Un pourvoyeur et guide de pêche de Bathurst Inlet affirme qu’il attrape du loup régulièrement, mais il ne distingue pas l’A. orientalis de l’A. denticulatus (Warner, comm. pers., décembre 2001).

Le loup de Béring, facile à reconnaître, serait bien connu des Inuits s’il était commun dans leurs territoires de pêche traditionnels. Comme ce n’est pas le cas, on peut croire que l’espèce est réellement rare et très localisée. En outre, Pêches et Océans Canada, le Musée canadien de la nature et divers consultants travaillant pour l’industrie pétrolière et gazière ont effectué de vastes relevés et n’ont pris aucun spécimen de l’espèce. La Station de biologie arctique a recueilli des données halieutiques de 1947 à 1979, et le Musée canadien de la nature a mené 5 campagnes majeures d’échantillonnage sous la direction de D.E. McAllister entre 1961 et 1977. Ces recherches dans les eaux arctiques canadiennes n’ont donné aucun nouveau spécimen de A. orientalis, les trois de la collection du Musée, qui proviennent de l’inlet Bathurst, demeurant les seuls à ce jour (Houston et McAllister, 1990). De toute évidence, on ne possède pas suffisamment de données pour déterminer la tendance de la population canadienne de loup de Béring, et l’absence de l’espèce dans les relevés susmentionnés donne à croire qu’elle est rare dans les eaux arctiques canadiennes en dehors de l’inlet Bathurst.

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Facteurs limitatifs et menaces

Il est possible que l’aire de répartition et la distribution du loup de Béring soient grandement limitées par la faible amplitude écologique de l’espèce. On connaît si peu de choses sur les exigences écologiques et la biologie de la reproduction du loup de Béring qu’on ne peut pas se prononcer sur les facteurs susceptibles de menacer son habitat dans les eaux canadiennes.

Parmi les espèces arctiques à valeur commerciale, Dunbar (1970) mentionne les trois autres espèces d’Anarhichas, mais non le A. orientalis. Comme l’aire d’occurrence du loup de Béring semble limitée et que les côtes arctiques où il est présent sont éloignées et peu praticables, l’espèce ne sera probablement jamais menacée par la pêche commerciale.

La principale menace pour l’effectif canadien du loup de Béring réside peut‑être dans l’exploration pétrolière. Pour l’heure, cette activité est concentrée près du delta du Mackenzie, où elle risque peu de nuire à des populations encore inconnues, puisque les eaux saumâtres ne sont pas propices à l’espèce. Il faudra cependant surveiller la situation lorsque l’industrie poussera l’exploration à l’est et à l’ouest du delta.

On rapporte que l’inlet Bathurst a été choisie comme site pour la construction d’un port arctique en eau profonde (Conseil de gestion des ressources fauniques du Nunavut, comm. Pers.). Cela pourrait entraîner une menace importante envers l’habitat du loup de Béring.

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Importance de l'espèce

On connaît si peu de choses sur la population canadienne de loup de Béring qu’il est difficile de se prononcer sur son importance, sinon pour dire qu’elle devrait faire l’objet de relevés plus poussés. Smith (1977) a observé que certains mammifères marins, dont le phoque ocellé, se nourrissent de loups; cependant, il ne donne aucune précision quant à la place qu’occupent ces poissons dans leur régime alimentaire, ni à l’importance des facteurs âge et taille. Bien que la chair des loups soit très prisée et que leur peau puisse être tannée, la répartition sporadique du loup de Béring dans des eaux où la navigation est difficile rend l’espèce peu intéressante pour la pêche commerciale. Au Canada, on connaît une seule population de loup de Béring, et elle se trouve à plus de 1 200 km de la population voisine la plus proche connue, qui se trouve en Alaska. S’il y a recrutement dans la population canadienne, il est probablement négligeable. La population canadienne de l’espèce, unique et isolée, serait donc importante à l’échelle nationale.

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Protection actuelle ou autres désignations

L’espèce ne bénéficie d’aucune mesure de protection particulière.

Il ne se fait aucune pêche commerciale dans la zone d’occurrence canadienne connue du loup de Béring, et seulement très peu de pêche de subsistance et de pêche sportive. Il est peu probable que l’une ou l’autre forme de pêche ait une incidence sur la population de l’espèce.

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Résumé du rapport de situation

La répartition du loup de Béring dans l’ouest de son aire mondiale est bien documentée : nous possédons des données assez abondantes pour l’aire comprise entre l’île d’Hokkaido et la mer d’Okhotsk (Russie), à l’ouest, et le bassin Norton et la côte sud de l’Alaska. Une distance de 2 700 km séparait la seule population canadienne connue (inlet Bathurst) de la population voisine la plus proche, située dans le bassin Norton (Alaska), jusqu’à la capture récente de trois spécimens dans la baie Camden (Alaska) (Fruge et Wiswar, 1991). La découverte de cette population laisse penser qu’il peut y en avoir d’autres à découvrir dans des zones localisées des eaux côtières canadiennes.

La répartition du loup de Béring au Canada est probablement très localisée à cause de la faible amplitude écologique de l’espèce, qui se nourrit principalement de crustacés et d’autres invertébrés benthiques. Le manque de données sur les déplacements saisonniers de l’espèce explique peut‑être en partie notre connaissance partielle de sa répartition. En fait, tout ce que nous connaissons du loup de Béring au Canada repose sur trois spécimens pris dans l’inlet Bathurst. Il faudrait entreprendre de plus amples relevés pour en apprendre davantage sur l’espèce.

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Résumé technique

Anarhichas orientalis

Loup de Béring
Bering Wolffish

Répartition au Canada : une seule population connue, dans les eaux de l’inlet Bathurst, au Nunavut (Océan Arctique)


Information sur la répartition

Zone d’occurrence (km2)

Inconnue


Préciser la tendance (en déclin, stable, en expansion, inconnue)

Inconnue


Y a-t-il des fluctuations extrêmes dans la zone d’occurrence (ordre de grandeur > 1)?

On ne sait pas.


Zone d’occupation (km2)

Inconnue


Préciser la tendance (en déclin, stable, en expansion, inconnue)

Inconnue


Y a-t-il des fluctuations extrêmes dans la zone d’occupation (ordre de grandeur > 1)?

On ne sait pas.


Nombre d’emplacements existants

Inlet Bathurst


Préciser la tendance du nombre d’emplacements (en déclin, stable, en croissance, inconnue)

Inconnue


Y a-t-il des fluctuations extrêmes du nombre d’emplacements (ordre de grandeur > 1)?

On ne sait pas.


Tendance de l’habitat : préciser la tendance de l’aire, de l’étendue ou de la qualité de l’habitat (en déclin, stable, en croissance ou inconnue)

Inconnue



Information sur la population

Durée d’une génération (âge moyen des parents dans la population : indiquer en années, en mois, en jours, etc.)

Inconnue


Nombre d’individus matures (reproducteurs) au Canada (ou préciser une gamme de valeurs plausibles)

Inconnu


Tendance de la population quant au nombre d’individus matures (en déclin, stable, en croissance ou inconnue)

Inconnue


S’il y a déclin, % du déclin au cours des dernières/prochaines dix années ou trois générations, selon la plus élevée des deux valeurs (ou préciser s’il s’agit d’une période plus courte)

s/o


Y a-t-il des fluctuations extrêmes du nombre d’individus matures (ordre de grandeur > 1)?

On ne sait pas.


La population totale est-elle très fragmentée (la plupart des individus se trouvent dans de petites populations relativement isolées [géographiquement ou autrement] entre lesquelles il y a peu d’échanges, c.-à-d. migration réussie de ≤ 1 individu/année)?

Fort probablement


Énumérer chaque population et donner le nombre d’individus matures dans chacune

Inlet Bathurst; effectif inconnu.


Préciser la tendance du nombre de populations (en déclin, stable, en croissance, inconnue.)

Inconnue


Y a-t-il des fluctuations extrêmes du nombre de populations (ordre de grandeur > 1)?

On ne sait pas.



Menaces (réelles ou imminentes pour les populations ou les habitats)

  • Dégradation de l’habitat par les chaluts de fond des bateaux de pêche commerciale
  • Prises accessoires des bateaux de pêche commerciale dans le nord du Pacifique
  • Futures activités d’exploration et d’exploitation pétrolières et gazières le long des côtes de l’ouest de l’Arctique


Effet d’une immigration de source externe : Faible

L’espèce existe-t-elle ailleurs (au Canada ou à l’extérieur)?

Oui


Statut ou situation des populations de l’extérieur?

Aucune protection


Une immigration a-t-elle été constatée ou est-elle possible?

Aucune constatée


Des individus immigrants seraient-ils adaptés pour survivre à l’endroit en question?

Fort probablement


Y a-t-il suffisamment d’habitat disponible pour les individus immigrants à l’endroit en question?

On ne sait pas.



Analyse quantitative

 

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Remerciements

L’auteur remercie Richard Haedrich pour son appui et ses judicieux conseils ainsi que Kelly Comishin pour son soutien et la patience dont elle a fait preuve. Le présent rapport s’appuie sur des données fournies par des gestionnaires de la faune marine du Nunavut, des Territoires du Nord-Ouest, de la Colombie-Britannique, de Parcs Canada, de Pêches et Océans Canada, du COSEPAC et de plusieurs autres organismes.

Ce rapport a été financé par le Service canadien de la faune d’Environnement Canada.


Ouvrages cités

Andriyashev, A.P. 1954. Ryby sevemyk morei SSSR. Akademiya Nauk Soyuza Sovetskikh sotsialistichestikh Respublik, Moskoa – Leningrad. [Poissons marins du nord de l’U.R.S.S.] Traduit du russe. Israel Program for Scientific Translations, Jérusalem. 1964.

Barsukov, V.V. 1959. Sem Zubatok (Anarhichadidae) Fauna SSR.Akademiia Nauk USSR Zologicheskii Institut 73: 1-171 [Le Poisson-loup (Anarhichadidae)]. Traduit du russe pour la Smithsonian Institution et la National Science Foundation, par l’Indian National Scientific Documentation Centre, New Delhi. 1972.

Centre de données sur la conservation. 2001. Base de données (en anglais seulement) [consulté en décembre 2001].

Dunbar, M.J. 1970. On the fishery potential of the sea waters. Arctic (Arctic Institute of North America) 23(33): 163.

FishBase. 2000. Species Summary for Anarhichas orientalis, Bering wolffish (en anglais seulement) [consulté en novembre 2001].

Fruge, D.J., et D.W. Wiswar. 1991. First records of the Bering Wolffish, Anarhichas orientalis, for the Alaskan Beaufort Sea. Canadian Field-Naturalist 105(1):107--109.

Houston, J., et D.E. McAllister. 1990. Status of the Bering Wolffish, Anarhichas orientalis, in Canada. Canadian Field-Naturalist 104 (1): 20-23.

Hunter, J.G., S.T. Leach, D.E. McAllister et M.B. Steigerwald. 1984. A distributional atlas of records of the sea marine fishes of Arctic Canada in the National Museums of Canada and Arctic Biological Station. Syllogeus (Musée canadien de la nature) 52.

Kobayashi, K. 1961. Young of the wolf-fish Anarhichas orientalis Pallas. Bulletin of the Faculty of Fisheries, Hokkaido University, 12(1): 1-4.

Lindberg, G.U. 1974. A key to families and checklist. Traduit du russe par Hilary Hardin.  Israel Program for Scientific Translations. John Wiley and Sons, Inc. New York. 193-197.

Matarese, A.C., A.W. Kendall, Jr., D.M. Blood et B.M. Vinter. 1989. Laboratory guide to early life history stages of northeast Pacific fishes. NOAA Tech. Rep. NMFS 80, 652 p.

McAllister, D.E., et M.B. Steigerwald. 1982. Liste des espèces de poissons marins du Canada au Musée national des sciences naturelles, Musées nationaux du Canada. Syllogeus (Musée national des sciences naturelles) 41-11.

National Oceanic and Atmospheric Administration. 2001. Resource Assessment and Conservation Engineering, Alaska Fisheries Science Center, photo du loup de Béring. Site web http://www.afsc.noaa.gov/groundfish/Fish_pages/Bering _wolffish.htm [consulté en novembre 2001].

Nelson, J.S. 1994. Fishes of the World (3e éd.). John Wiley and Sons, Inc. New York. 391.

Rapport provisoire, octobre 1979. Future oil and gas development, Dome interest lands, Canadian Beaufort Sea. Dome Petroleum. Calgary (Alberta).

Smith, T.G. 1977. The Wolffish, cf. Anarhichas orientalis, new to the Amundsen Gulf Area, Northwest Territories, and a probable prey of the Ringed Seal. Canadian Field-Naturalist 91(3):288.

Wheeler, A. 1975. Fishes of the World, an illustrated dictionary. Macmillan Publishing, Inc.

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Sommaire biographique du contractuel

David A. Quinn a obtenu un diplôme en zootechnie et écologie de la faune de la faculté d’agriculture de la University of British Columbia en 1997. Depuis sept ans, il s’occupe d’espèces menacées ou en voie de disparition, dont le blaireau d’Amérique (dans le sillon des Rocheuses), le caribou (dans le sud des chaînons Purcell), le renard véloce (dans le parc national des Prairies et les environs) et le lynx (dans les parcs nationaux Kootenay, Yoho et Banff et les environs). Il travaille comme rédacteur et photographe pigiste (des articles et photos de David Quinn ont été publiés notamment dans Seasons, la revue de l’Ontario Federation of Field Naturalists) et comme accompagnateur-guide d’excursions en kayak de mer (aux îles de la Reine-Charlotte, au Grand lac des Esclaves ainsi qu’à l’île Banks et à l’île d’Ellesmere dans l’Arctique canadien). Il est établi avec sa partenaire, Kelly, à Kimberley, en Colombie-Britannique.


Experts consultés

Alvo, R. Novembre 2001. Biologiste de la conservation, Direction de l'intégrité écologique, Parcs Canada, pièce 375, 4e étage, 25, rue Eddy, Gatineau (Québec) K1A 0M5.

Boles, R. Octobre 2001. Chargé de projet scientifique, Secrétariat du COSEPAC, a/s Service canadien de la faune, Ottawa (Ontario) K1A 0H3.

Carrière, S. Octobre 2001. Ecosystem Management Biologist, Wildlife & Fisheries Division, Department of Resources, Wildlife and Economic Development, Gouvernement des Territoires du Nord-Ouest, 600, 5102-50th Ave., Scotia Center – 5e étage, Yellowknife (Territoitres du Nord-Ouest) X1A 3S8.

Chiperzak, D. Novembre 2001. Coordonnateur, Programme des ISR, secteur de l’Ouest de l’Arctique, région du Centre et de l’Arctique, Pêches et Océans Canada, 101, 5204-50th Avenue, Yellowknife (Territoires du Nord-Ouest) X1A 1E2.

Fargo, J. Novembre 2001. Chercheur en biologie, section des méthodes d’évaluation, Pêches et Océans Canada, 3190, Hammond Bay Road, Nanaimo (Colombie-Britannique) V9R 5K6.

Fraser, D. Novembre 2001. Endangered Species Specialist, Wildlife Branch, Ministry of Environment, Lands and Parks, Gouvernement de la Colombie-Britannique, C.P. 9374, Stn Prov Gov’t, Victoria (colombie-Britannique) V8W 9M4.

Goulet, G. Octobre 2001. Coordonnatrice, Connaissances traditionnelles des peuples autochtones, Secrétariat du COSEPAC, Service canadien de la faune, Environnement Canada, Ottawa (Ontario) K1A 0H3.

Haedrich, R.L. Septembre 2001. University Research Professor, 4 Clark Place/NICOS, Memorial University, St. John's (Terre-Neuve et Labrador) A1B 5S7.

Han, S. Octobre 2001. Gestionnaire, recherche sur la faune, Ministère de Développement durable, Gouvernement du Nunavut, C.P. 1000 – Succursale 1170 (3e étage, édifice Brown), Iqaluit (Nunavut) X0A 0H0.

Labonté, S. Octobre 2001. Directeur général, Sciences halieutiques et biodiversité, Pêches et Océans Canada, 200, rue Kent, Ottawa (Ontario) K1A 0E6.

McDonald, I. Octobre 2001. Biologiste de la conservation, Parcs Canada.

Noble, J. Octobre 2001. Directeur général du Conseil de gestion des ressources fauniques du Nunavut.

Rivard, D. Novembre 2001. Spécialiste en gestion d’écosystèmes, Parcs Canada, Patrimoine canadien, édifice Jules Léger, 4e étage, 25, rue Eddy, Gatineau (Québec) K1A 0M5.

Warner, B. Décembre 2001. Owner/Operator, Bathurst Inlet Lodge, Box 820, Yellowknife (Territoires du Nord-Ouest) X1A 2N6.

Ajouté par R.L. Haedrich :

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Annexe 1

Spécimens de A. orientalis de la collection du Musée canadien de la nature
ProvenanceNombre de spécimensDate de la capture
Inlet Bathurst (Canada)11964
Baie Chimo, inlet Bathurst1Août 1965
Inlet Bathurst1Sept. 1969
Baie Hooper, Alaska, É.-U.1Août 1957
Alaska, É.-U.1Mars 1962
Baie Resurrection, Alaska1Mai 1961

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