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Évaluation et Rapport du COSEPAC sur la situation de la couleuvre à nez mince au Canada

Habitat

Généralités

Cette espèce occupe des milieux variés, depuis les basses terres jusqu'aux montagnes, d'un océan à l'autre. On la trouve habituellement dans les déserts, les prairies, les arbustaies, les boisés, les forêts de conifères ouvertes et les terres agricoles, et elle est spécialement commune dans les prairies et les arbustaies clairsemées de l'Ouest (Stebbins, 1985). Dans le Nord-Ouest, les couleuvres à nez mince ne fréquentent généralement pas la forêt dense ni les hautes montagnes; on les trouve le plus souvent dans les arbustaies semi-arides (Nussbaum et al., 1983). En Colombie-Britannique, on trouvait le P. c. catenifer dans les habitats de prairie, et le P. c. deserticola seulement dans les pairies, les steppes arbustives et les forêts sèches ouvertes de la zone biogéoclimatique du pin ponderosa associé aux graminées cespiteuses, dans quelques vallées (5) du Sud intérieur (British Columbia Conservation Data Centre, 1998; Cannings et al., 1999). Dans la vallée de l'Okanagan, les étés sont chauds et secs et les hivers, relativement doux et peu enneigés. Les couleuvres à nez mince d'une localité de l'Okanagan occupaient une zone comportant une barre de falaises et de pentes d'éboulis, séparée d'une zone riveraine par une plage de sable sec. Au pied de la pente d'éboulis poussaient des arbustes et, plus haut, des pins ponderosa et des douglas. Sur la terrasse sableuse, on trouvait la purshie tridentée, le brome, la centaurée et l'oponce, tandis que la plaine inondable était couverte d'espèces végétales de prés et de milieux humides (Shewchuk, 1997). En Alberta, la couleuvre à nez mince des Prairies est confinée à la prairie à herbes courtes; on la trouve surtout dans les prairies sèches ou les milieux de prairie ou d'armoise plus secs, de même que sur les terres agricoles et dans les champs. Elle occupe habituellement les endroits où le sol est sableux, en association avec des tas de pierres ou de cailloux (Russell et Bauer, 1993). On la rencontre souvent à proximité de vastes mauvaises terres, où elle peut trouver des hibernacula convenables (Cottonwood Consultants, 1986), et elle est en général associée aux vallées fluviales ainsi qu'aux réseaux de tunnels du gaufre gris (A. Didiuk, comm. pers.). En Saskatchewan, on trouve la couleuvre à nez mince des Prairies dans les prairies mixtes, les milieux secs à cyprès et les milieux de prairie mixte humides (CDC, 1998).

Dans la région qu’il a étudiée dans l'Okanagan, Shewchuk n’a trouvé que trois tanières : deux dans une falaise rocheuse, distantes d’environ 200 m (la première étroitement associée à une pente d’éboulis et la seconde consistant en une simple fissure dans la roche, au pied de la falaise), et la troisième, dans un milieu rocheux semblable, environ 1 000 m plus loin. Ces tanières étaient situées au-dessus du fond de la vallée (Shewchuk, 1997), ce qui pourrait protéger les serpents contre l’inversion thermique (Rosen, 1991). Parmi les autres espèces de serpents trouvées dans la tanière aménagée dans la pente d’éboulis figuraient le Crotalus viridis oreganus (crotale du Pacifique), le Coluber constrictor mormon (couleuvre agile à ventre jaune de l’Ouest) et le Thamnophis sirtalis fitchi (couleuvre rayée des vallées) (Shewchuk, 1997). Trois autres tanières de P. c. deserticola ont également été découvertes dans la région Thompson-Nicola en Colombie-Britannique en 2000 (Bertram et al., 2001). Ces tanières étaient partagées par la couleuvre agile à ventre jaune de l’Ouest et la couleuvre de l’Ouest (Thamnophis elegans).

Les tanières (= hibernacula) de la région de la Thompson en Colombie-Britannique sont établies surtout dans la zone à graminées cespiteuses, bien qu’on en trouve aussi quelques-unes dans la zone chaude et sèche à pin ponderosa et à graminées cespiteuses (Bertram et al., 2001). Les trois tanières découvertes par Bertram et al. (2001) différaient beaucoup les unes des autres. La première était située dans l’assise de gravier d’une voie ferrée, dans une zone plate et dénudée; la seconde, sur le versant d’une ravine sèche, dans un réseau de trous de rongeurs; et la troisième, dans la pente exposée au nord-est, très abrupte (130 p. 100), d’une ravine de ruisseau de 100 m de profondeur. Dans le Nord de la vallée de l’Okanagan, les tanières sont généralement situées dans des variantes à bois sec et à graminées de la zone intérieure à douglas, alors que dans le Centre, on n’en trouve que dans un petit secteur du versant est de la vallée. Mais la majorité des tanières connues sont établies dans le Sud de la vallée, et on a trouvé des couleuvres à nez mince dans neuf d’entre elles (Sarell, 1993), alors qu’on n’en a observé que dans 5 des 24 tanières recensées dans le Nord de l’Okanagan (Macartney, 1985). La plupart des tanières étaient situées sur une pente, de 400 à 800 m au-dessus du niveau de la mer (Sarell, 1993).

En Alberta, les tanières sont situées surtout dans l’écorégion à prairie mixte et abritent également le Crotalus viridis viridis (crotale des Prairies), le Thamnophis radix (couleuvre des Plaines), le T. elegans vagrans (couleuvre de l’Ouest) et, à l’occasion, l’Heterodon nasicus nasicus (serpent à groin des Plaines) et le T. sirtalis parietalis (couleuvre rayée) (Hofman, 1991). Un relevé réalisé en 1986 a permis de localiser 20 tanières de couleuvres à nez mince des Prairies en Alberta, depuis les Rocheuses jusqu’à la frontière de la Saskatchewan, et depuis la rivière Red Deer jusqu’aux États-Unis. La plupart de ces tanières se trouvaient dans de grandes vallées aux versants érodés, dans des fissures de l’assise rocheuse exposées au sud ou à l’ouest, ou dans des trous de blocs d'effondrement, et étaient donc confinées à des zones limitées longeant les principaux cours d’eau. Toutes ces tanières étaient également utilisées par les crotales des Prairies et, parfois, par des couleuvres rayées (Cottonwood Consultants, 1987). En Saskatchewan, une tanière aménagée dans un terrier de blaireau, au bas d’une pente orientée au sud-est dans les mauvaises terres, était occupée par la couleuvre à nez mince des Prairies et par le crotale des Prairies. Cette tanière était apparemment utilisée depuis le début du XXe siècle (Cottonwood Consultants, 1987). Ailleurs dans l’aire de répartition, on a décrit des tanières aménagées dans des agrégats de cailloux ronds (Parker et Brown, 1973), des cônes d’éboulis et des roches volcaniques parcourues par une série de fissures (Parker, 1974).

Dans la région de la Thompson en Colombie-Britannique, la couleuvre cherche ses proies surtout dans les secteurs humides de la zone à graminées cespiteuses et de la zone chaude et sèche à pin ponderosa, et dans les milieux de prairie situés à proximité (D. Low, comm. pers.). Dans le Sud de l’Okanagan, les couleuvres à nez mince se nourrissent dans les milieux sableux secs et les milieux riverains et utilisent souvent la crête qui les sépare. Les couleuvres se servent parfois des terriers de rongeurs comme refuge dans les milieux sableux, pour tirer profit du retard dans le réchauffement du substrat et optimiser ainsi leur température corporelle sur une plus longue période de la journée (Shewchuk, 1997). En Alberta, les couleuvres à nez mince des Prairies se nourrissent dans les prairies adjacentes à leur tanière (Cottonwood Consultants, 1987).

En Utah, le P. c. deserticola fait habituellement son nid dans des terriers de mammifères abandonnés, sur des pentes dépourvues de végétation vivace et orientées au sud, souvent en communauté avec d’autres congénères et d’autres espèces de serpents. Les femelles utilisent parfois le même lieu de nidification d’une année à l’autre (Nussbaum et al., 1983). En Colombie-Britannique, on a observé une femelle qui utilisait le terrier d’un rongeur pour y pondre ses œufs après en avoir extrait la terre excédentaire et les œufs d’une couleuvre agile à ventre jaune (Coluber constrictor). Après avoir installé une clôture de protection autour du nid, on a constaté que 46 C. constrictor et 13 P. c. deserticola y étaient nés, peut-être de deux couleuvres à nez mince et de 5 à 9 couleuvres agiles. Ce même nid a été utilisé par les deux espèces l’année suivante (Shewchuk, 1997). L’existence de ces nids communautaires témoigne probablement de la rareté des lieux convenant à la nidification (Porchuk et Brooks, 1995) et montre qu’ils sont choisis pour leurs propriétés thermiques (Shewchuk, 1997) et hydriques (Packard et Packard, 1986). La taille des nids aménagés dans des terriers varie de 9 à 10 cm de hauteur et de 12 à 17 cm de largeur, et les œufs y sont pondus à une distance de 34 à 43 cm de l’entrée (Parker et Brown, 1980). Plus au sud dans son aire de répartition, la couleuvre à nez mince pond parfois dans des pentes d’éboulis (Brodie et al., 1969; Shewchuk, 1997) ou sous des billes de bois ou des souches (Johnson, 1987). Les lieux de ponte dans la région de la Thompson sont généralement aménagés dans la zone à graminées cespiteuses ou dans la zone chaude et sèche à pin ponderosa parfois associé à des graminées cespiteuses (D. Low, comm. pers.).

 

Tendances

En Saskatchewan, environ la moitié des milieux de type prairie mixte sont cultivés, et le reste sert au pâturage (BC–CDC, 1998). Le P. c. catenifer est toujours présent en Colombie-Britannique, mais son habitat diminue rapidement devant l’avancée de l’urbanisation dans la vallée du bas Fraser et les îles Gulf, et la disparition des prairies indigènes. L’habitat occupé par le P. c. deserticola en Colombie-Britannique représente moins de 10 p. 100 de la superficie totale de la province (M. Sarell, comm. pers.) et diminue lui aussi rapidement en qualité et en quantité (BC–CDC, 1998). Dans la région de la Thompson, les milieux utilisés pour l’aménagement des tanières et des nids sont très limités et risquent aujourd’hui de disparaître à cause de l’ombrage créé par les forêts qui prospèrent vu la faible fréquence des feux (D. Low, comm. pers.). Dans la région de Kamloops, le développement urbain réduit la superficie d’habitat disponible (D. Low, comm. pers.).

Certaines des tanières recensées dans le cadre du relevé réalisé en 1986 par Cottonwood Consultants (1987) en Alberta n’avaient pas été visitées depuis plusieurs années au moins et n’ont pas été étudiées depuis; on sait par contre que d’autres existent depuis des décennies.

 

Protection et propriété des terrains

Il n’y a aucune mention connue du P. c. catenifer dans des aires protégées en Colombie-Britannique (BC–CDC, 1998). Au moins deux localités fréquentées par le P. c. deserticola dans la province se trouvent dans une réserve écologique, et on a observé des couleuvres à nez mince dans divers parcs. Dans les zones à pin ponderosa et à graminées cespiteuses, on compte 7 réserves écologiques qui couvrent au total 515,2 ha (B.C. Parks, 1994); il y a très peu de parcs de taille significative dans la région Thompson-Okanagan, mais les parcs du lac Kamalka et du mont Okanagan, tous deux étendus, abritent des couleuvres à nez mince (P. Gregory, comm. pers.). Moins de 1 p. 100 des écorégions du Sud intérieur et du Centre intérieur de la province bénéficie d'une protection, et moins de 1 p. 100 de toutes les prairies sont protégées (Pitt et Hooper, 1994). Même si les couleuvres à nez mince qui se trouvent dans des réserves écologiques sont protégées, un grand nombre d’entre elles sont tuées sur les routes, dans les réserves ou à proximité. Dans une localité, treize pour cent du nombre total des serpents observés avaient été victimes de la route. Au même endroit, le pacage du bétail et des chevaux est autorisé, ce qui se traduit par une modification du couvert végétal et une compaction du sol; de plus les serpents sont piétinés par les animaux (Shewchuk, 1997). Dans le Sud de l'Okanagan, la plupart des tanières de couleuvres se trouvent sur des terrains privés (28 p. 100 de celles recensées en 1993) et le reste, dans des forêts provinciales (22 p. 100), des réserves indiennes (20 p. 100), des terres appartenant à des organisations de conservation publiques et privées (17 p. 100) et des terres de la Couronne (2 p. 100) (Sarell, 1993). On ignore au juste combien de tanières dans chacune de ces catégories abritaient des couleuvres à nez mince.

En Alberta, un grand nombre des mentions proviennent de parcs provinciaux, notamment dans le centre de l'aire de répartition de l'espèce, mais la plupart des couleuvres observées dans les secteurs périphériques de l'aire ne se trouvent pas dans un milieu protégé. Dans le relevé réalisé en 1986 par Cottonwood Consultants (1987), 13 des tanières (actuelles et historiques) se trouvaient sur des terres publiques louées par la Couronne pour le pâturage, 5 dans des zones spéciales louées par la Couronne pour le pâturage, 2 sur des terrains privés et une sur le terrain militaire de la BFC de Suffield. La plupart des propriétaires de ces terrains étaient prêts à protéger les tanières (Cottonwood Consultants, 1987); ceux qui ne l'étaient pas n'ont probablement pas répondu à l'enquête et/ou avaient déjà éliminé la tanière qui se trouvait sur leur terrain. Le parc provincial Dinosaur, en Saskatchewan, abritait et abrite sans doute encore une importante population de couleuvres à nez mince des Prairies. On ignore au juste si d'autres parcs provinciaux ou historiques dans l'aire de répartition de cette sous-espèce en Saskatchewan abritent des populations importantes.

La protection actuellement accordée à l'espèce est probablement insuffisante, étant donné que la plupart des terres de la Couronne sont en fait louées comme terres de pâturage et sont plus ou moins altérées et fragmentées par les routes. Les gouvernements provinciaux devraient pouvoir protéger les hibernacula qui se trouvent sur des terres de la Couronne; on arriverait peut-être par ailleurs à préserver les tanières qui se trouvent sur des terres privées au moyen d’ententes de protection assorties d'un type quelconque de compensation ou de reconnaissance.