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Évaluation et Rapport du COSEPAC sur la situation de la couleuvre à nez mince au Canada

Biologie

Reproduction

Les mâles émergent avant les femelles et se livrent à l'occasion à des « combats » avant la saison de reproduction (Shaw, 1951; Nussbaum et al., 1983). Les P. c. sayi mâles suivent les femelles au printemps, apparemment attirés par leurs sécrétions cutanées (Smith et Iverson, 1993). Chez les P. c. deserticola, le mâle s'allonge à côté de la femelle et sur elle, et la mord souvent au dos et à l'arrière de la tête (Gregory et Campbell, 1984). En Idaho, les femelles ovulent du 1er au 20 juin, et pondent leurs œufs entre le 27 juin et le 19 juillet. Les œufs éclosent entre le 7 et le 27 octobre, la durée moyenne de l'incubation étant de 125 jours (Diller et Wallace, 1996). En Colombie-Britannique, on a observé des couleuvres qui s'accouplaient au mois de mai, l'ovulation se produisant en juin et la ponte à la mi-juillet; les œufs d'une couvée ont éclos en septembre, de 74 à 76 jours après la ponte (Shewchuk, 1997). Les dates de ponte, d'ovulation et d'éclosion semblent les mêmes que chez les couleuvres vivant plus au sud, en Utah (Parker et Brown, 1980; Shewchuk, 1997).

Dans le cadre d'une étude réalisée en Idaho, la majorité (97 p. 100) des femelles se sont reproduites chaque année (Diller et Wallace, 1996), mais en Colombie-Britannique, 37,5 p. 100 des femelles de taille adulte n'étaient pas gravides (Shewchuk, 1997), et au Nebraska, seulement 33 p. 100 l'étaient (Gutzke et al., 1985). Il semble donc que ces couleuvres se reproduisent aux deux ans ou, de toute façon, à intervalle de plus d'un an, ce qui limiterait la capacité des populations de croître ou de se rétablir après un déclin; malgré ce faible taux de reproduction, les populations pourraient probablement quand même demeurer stables pendant un an ou deux sans recrutement, compte tenu notamment de la survie élevée des adultes.

Dans le nid, les œufs se touchent souvent, et leur enveloppe est lisse. En Oregon, le P. c. catenifer pond de 3 à 9 œufs (Nussbaum et al., 1983), en Utah de 4 à 15 (Parker et Brown, 1980), en Idaho 6,9+2,1 (Diller et Wallace, 1996) et en Colombie-Britannique 4,6 (fourchette de 2 à 8). En Idaho, les œufs ont en général de 27 à 31 mm de largeur et de 47 à 74 mm de longueur (Diller et Wallace, 1996); en Colombie-Britannique, ils ont de 16,7 à 30 mm de largeur et de 40 à 70,5 mm de longueur (Shewchuk, 1997). La taille de la couvée a été corrélée de façon significative avec la longueur de la femelle (du museau au cloaque), et la taille plus petite des couvées en Colombie-Britannique est probablement due à la taille moyenne inférieure des femelles (Shewchuk, 1997).

On a noté une forte corrélation positive entre la taille des femelles et la taille de la couvée dans une population de l'Idaho. La taille de la couvée était de 6,9 + 2,10 (de 3 à 11), le poids de 125,6 + 66,67 g (de 70,0 à 199,5), et le poids relatif de 0,34 + 0,119 (de 0,18 à 0,47) (Diller et Wallace, 1996). Parker et Brown (1980) font état d'une taille moyenne de la couvée de 8,4 œufs pour le P. c. deserticola en Utah, et Fitch (1949) a calculé une taille moyenne de 8,9 pour la sous-espèce occidentale du Pituophis. Dans une étude menée en Colombie-Britannique, le poids relatif de la couvée (PRC = poids de la couvée / poids corporel [de la femelle] post-ponte) chez le P. c. deserticola était de 46 p. 100, et le poids relatif moyen des œufs, de 9,9 p. 100 (Shewchuk, 1997). Chez les couleuvres de l'Idaho, ces chiffres étaient de 38,9 p. 100 pour le PRC et de 6,72 p. 100 pour le poids relatif des œufs (Parker et Brown, 1980). La différence pourrait s’expliquer par le plus lourd investissement exigé des femelles pour la reproduction en Colombie-Britannique (Shewchuk, 1997).

La température ambiante a par ailleurs une incidence sur la durée de l'incubation et le moment de l'éclosion, une baisse de la température entraînant un prolongement de la durée du développement. La température d'incubation peut influer sur le comportement subséquent et la survie de la progéniture. En général, les petits incubés à une température allant de 26 à 28 °C émergent plus tôt et se déplacent plus rapidement que ceux qui ont été incubés à une température de 30 à 33 °C ou de 21 à 23 °C (Burger, 1991). Les individus incubés en milieu humide sont généralement plus lourds que ceux qui l'ont été en milieu sec (Gutzke et Packard, 1987), ce qui pourrait aussi se traduire par des différences dans la taille des petits entre les populations.

En Idaho, les nouveau-nés mesurent 386 mm du museau au cloaque et pèsent 13,4 g, en moyenne (Nussbaum et al., 1983). En Colombie-Britannique, ils pèsent de 11,9 à 22,4 g et mesurent de 253 à 303 mm du museau au cloaque au moment de l'éclosion (369,8 mm du museau au cloaque et 16,8 g en moyenne [Shewchuk, 1997]). Ils éclosent et émergent à la fin de septembre ou d'octobre, et passent habituellement l'hiver dans une pente d'éboulis. Ils ne se nourrissent probablement pas avant le printemps et s'alimentent à même le vitellus résiduel après l'éclosion (Nussbaum et al., 1983). Les nouveau-nés femelles et mâles n'affichaient aucune différence de taille significative.

On n’a pas relevé non plus de différence significative dans le nombre de nouveau-nés mâles et femelles en Colombie-Britannique (Shewchuk, 1997), comme l'a aussi observé Parker (1974) en Utah. Une population de P. c. sayi du Nebraska affichait un sex-ratio biaisé tant chez les adultes capturés sur le terrain que dans les couvées écloses en laboratoire (environ 2 mâles pour 1 femelle) (Gutzke et al., 1985). En Utah aussi, le sex-ratio était favorable aux mâles chez les P. c. deserticola adultes (Parker et Brown, 1980), ce qui n'était pas le cas dans une population de Colombie-Britannique (Shewchuk, 1997). Comme les femelles ne s'éloignent pas autant de la tanière que les mâles (Parker et Brown, 1980), il se pourrait qu'elles affrontent une plus forte concurrence pour les ressources et que la sélection favorise la production d'un plus grand nombre de mâles (Gutzke et al., 1985). Par contre, les mâles sont probablement plus faciles à capturer (Gutzke et al., 1985). En Colombie-Britannique, en effet, les mâles ont été recapturés plus souvent que les femelles et se prenaient plus facilement dans les pièges; ils ne couraient cependant pas plus de risques de mourir sur les routes. Le pic d’activité des femelles a lieu le soir en été, tandis qu’il a lieu le soir au printemps chez les mâles (Shewchuk, 1997). Ces différences de comportement entre les sexes se traduisent par des différences dans la probabilité de capture; c'est pourquoi il est difficile d'estimer le véritable sex-ratio dans une population.

 

Physiologie

La température optimale pour l'activité du P. catenifer est de 30 °C (Greenwald, 1971). La température cloacale médiane des couleuvres à nez mince en Idaho était de 30,1 °C, avec une distribution biaisée en faveur des basses températures. Les couleuvres ont été le plus souvent capturées lorsque la température du sol était de 33 °C et la température de l'air de 22 °C (Diller et Wallace, 1996). En Colombie-Britannique, la température corporelle moyenne sur la durée totale de la saison de terrain était de 27,0 + 3,9 °C (la majorité des lectures se situant entre 27 et 31 °C), et ne dépassait jamais 34 °C. Il ne semble pas y avoir de différence de températures corporelles entre les mâles et les femelles, bien que ces dernières affichent un écart de températures corporelles plus large lorsqu'elles sont gravides (Shewchuk, 1997).

La couleuvre à nez mince exerce sur sa température corporelle un contrôle comportemental et ne fait pas que s'adapter aux fluctuations de la température ambiante. Les différents profils de variation de températures étaient associés avec l'occupation de microhabitats différents et avec différentes activités (Shewchuk, 1997). Contrairement à Parker (1974), qui conclut que les couleuvres à nez mince ont une thermorégulation passive qui fait que leur température corporelle chute à la fin de la journée, Shewchuk (1997) a constaté qu’elles maintiennent des températures relativement stables.

On trouve des mues tout l'été en Colombie-Britannique, bien qu'il semble y avoir une période précise pour la mue, à la fin de juillet, et que les petits muent tôt après l'éclosion (Shewchuk, 1997). Parker et Brown (1980) ont constaté que les nouveau-nés muent en moyenne 16 jours après l'éclosion et les femelles environ 6 jours avant la ponte. La plupart des couleuvres ont déjà mué avant d'atteindre la tanière pour l'hibernation (Parker et Brown, 1980). Les couleuvres semblent avoir besoin d'une dizaine de jours pour compléter le cycle de mue (depuis le moment où elles deviennent opaques jusqu'à la mue proprement dite), et demeurent au même endroit pendant ce temps (Shewchuk, 1997). Dans les landes de pins du New Jersey, on a montré que le P. c. catenifer gardait dans sa peau des métaux dont il se débarrassait au moment de la mue, ce qui donne à penser qu'on pourrait utiliser les couleuvres dans les études de biosurveillance (Burger, 1992).

 

Alimentation

Ces couleuvres recherchent activement leurs proies en fouillant dans les terriers, sous les pierres et dans la végétation (Diller et Wallace, 1996), et les tuent par constriction (Stebbins, 1985). En Idaho, le régime alimentaire en fonction de la biomasse est composé de 65 p. 100 de jeunes Sylvilagus nuttallii (lapin de Nuttall) et de jeunes Spermophilus townsendii (spermophile de Townsend), de 16 p. 100 de Peromyscus maniculatus (souris sylvestre) et de 19 p. 100 d’autres petits mammifères, lézards et oiseaux (Diller et Johnson, 1988; Diller et Wallace, 1996). Dans le Nord de l’Utah, la couleuvre à nez mince se nourrit principalement de souris et de campagnols (Parker et Brown, 1980). Au Nebraska, dans une réserve faunique, son régime est composé avant tout d’œufs et d’oisillons de sauvagine (Imler, 1945). Comme on a trouvé des mammifères nouveau-nés et des œufs d’oiseaux dans l’estomac de certaines couleuvres, il semble que l’espèce s’attaque aux nids. En Californie, Fitch (1949) a constaté que le P. c. catenifer se nourrissait de Spermophilus beechyei et de rats des bois, de même que de rongeurs nouveau-nés et d’œufs d’oiseau; cette sous-espèce mange aussi des écureuils-antilopes (Ammospermophilus nelsoni) (Jennings et al., 1996). Il semble y avoir des différences géographiques dans l’alimentation du P. catenifer sur l’ensemble de son aire de répartition dans l’Ouest de l’Amérique du Nord (Rodríguez-Robles, 1998a), mais sans qu’on observe de préférence pour une proie particulière, les proies apparaissant en gros dans le régime alimentaire de l’animal dans les mêmes proportions qu’on les rencontre dans le milieu (Diller et Wallace, 1996). D’après les observations faites en Colombie-Britannique, les couleuvres à nez mince se nourrissent de manière opportuniste (Shewchuk, obs. pers.). La diminution du nombre des incendies naturels dans les milieux prairiaux fréquentés par le P. c. ruthveni s’est traduite par un déclin des gaufres et donc aussi, par voie de conséquence, par un déclin des couleuvres à nez mince (Rudolph et al., 1998).

Dans une étude menée en Idaho, des couleuvres immatures n’ont attrapé que de petites proies. Chez les adultes, par contre, on n’a guère relevé de corrélation entre la taille des couleuvres et celle de leurs proies; ces dernières équivalaient en moyenne à 45 p. 100 de la masse corporelle des couleuvres (Diller et Wallace, 1996). La taille moyenne relative d’un repas en Colombie-Britannique était de 25 p. 100, ce qui est probablement inférieur à ce qui est mentionné dans d’autres études vu que les petites proies étaient plus communes dans la province (Shewchuk, 1997). Les couleuvres de l’année consommaient davantage que les autres, sans qu’on relève de différences significatives entre les sexes. Le taux de consommation annuel des couleuvres de l’année équivalait à 2,2 fois leur masse; chez les adultes, il n’équivalait qu’à 1,5 fois la masse. La période d’alimentation des couleuvres s’étend sur une centaine de jours chaque année, entre la fin avril et le début août. Dans un site d’étude, les couleuvres à nez mince ont capturé chaque année 4 p. 100 des jeunes spermophiles et de 23 à 43 p. 100 des jeunes lapins, mais il s’agit probablement d’une sous-estimation, car il est difficile d’estimer les captures de mammifères au nid (Diller et Johnson, 1988).

Shewchuk (1997) a noté que l’estomac de 13 p. 100 des couleuvres capturées (la plupart en mai) durant son étude contenait des proies, composées à 91 p. 100 de mammifères et pour le reste, de jeunes oiseaux. Dans un cas, une jeune couleuvre à nez mince avait mangé six couleuvres rayées nouveau-nées pendant une période de cohabitation. Aucune des couleuvres examinées ne contenait plus d’une seule espèce de proie, mais chez 27 p. 100 on a trouvé de multiples proies, qui consistaient toutes soit en rongeurs nouveau-nés, soit en oiseaux au nid (Shewchuk, 1997). On a vu des couleuvres à nez mince grimper à des poteaux et à des arbres pour capturer de jeunes merles-bleus dans des nichoirs (D. Low, comm. pers.).

Ce ne sont pas toujours les couleuvres les plus grosses qui consommaient les plus grosses proies; parfois, leur estomac contenait plutôt de gros repas composés de plusieurs proies de petite taille (Shewchuk, 1997). Apparemment, les jeunes couleuvres à nez mince ne mangent rien pendant plusieurs semaines après l’éclosion (Smith, 1956) ce qui, au Canada, signifie qu’elles ne mangent probablement pas avant le printemps suivant.

 

Croissance et survie

En général, la croissance est rapide au cours des trois premières années, puis elle ralentit par la suite. Les mâles atteignent la maturité à l’âge d’un ou deux ans, et les femelles entre trois et cinq ans. Il se pourrait toutefois fort bien que les couleuvres ne se reproduisent pas avant un âge beaucoup plus avancé. En Colombie-Britannique, on n’a jamais vu de couleuvres à nez mince mâles se reproduire avant l’âge de 5 ans (M. Sarell, comm. pers.). Dans leur étude menée en Utah, Parker et Brown (1980) ont constaté qu’environ le tiers des femelles étaient matures à 3 ans, 45 p. 100 à 4 ans et le reste à 5 ans, et que tous les mâles l’étaient à 2 ans. En Utah, les mâles atteignent la maturité à une longueur d’environ 700 mm du museau au cloaque, et les femelles à une longueur de 750 mm; en Idaho, la maturité survient à 720 mm chez les mâles et à 814 mm chez les femelles. En Colombie-Britannique, la plus petite femelle en âge de procréer mesurait 695 mm du museau au cloaque, tandis que le plus petit mâle apparemment sexuellement actif mesurait 745 mm (Shewchuk, 1997). Dans la population de l’Utah, les mâles étaient plus gros que les femelles; en Idaho, par contre, on n’a noté aucun dimorphisme sexuel de la taille chez les couleuvres à nez mince (Nussbaum et al., 1983). On n’a relevé aucune différence sexuelle sur le plan de la taille des adultes ou des taux de croissance chez les couleuvres à nez mince des Prairies au Kansas (Platt, 1984). En Colombie-Britannique, la plupart des adultes les plus grands étaient des mâles, mais sans que la différence de taille entre les sexes soit statistiquement significative (Shewchuk, 1997).

Il n'est pas possible de déterminer l'âge d'une couleuvre à nez mince à partir de sa taille, sauf lorsqu'il s'agit d'un jeune de l'année (Parker, 1974; Platt, 1984; Shewchuk, 1997). On observe en général une grande variabilité individuelle dans le taux de croissance (Platt, 1984). Chez les mâles adultes, le taux de croissance annuel moyen était de 22,6 + 28,3 ET mm/an, et chez les femelles, de 42,3 + 49,3 ET mm/an; ces taux n’étaient pas statistiquement différents (Shewchuk, 1997). Parker (1974) a établi à 60 mm/an (mâles) et à 42,5 mm/an (femelles) les taux de croissance moyens des couleuvres mesurant de 900 à 950 mm du museau au cloaque; chez les individus mesurant de 950 à 1000 mm, ces taux étaient de 38,1 mm/an (mâles) et de 24,3 mm/an (femelles); chez les individus de 1000 à 1100 mm, ils étaient de 18 mm (mâles) et de 15 mm/an (femelles); et chez ceux de 1100 à 1250 mm, ils étaient de 11,9 mm/an (mâles) et de 40 mm/an (femelles). Au Kansas, les mâles de l'année grandissaient en moyenne de 55,4 mm/mois, et les femelles de 57,6 mm/mois; les mâles de plus de 1 an affichaient quant à eux un taux de croissance moyen de 16,0 mm/mois et les femelles, de 19,7 mm/mois (Platt, 1984).

Dans le Sud de l'Okanagan, les œufs éclosent à la fin de septembre et au début d'octobre, lorsque les températures peuvent chuter sous le point de congélation. Les nouveau-nés ne vivent probablement pas dans la même tanière que les adultes et meurent probablement en grand nombre pendant l'hiver (Shewchuk, 1997). En Utah, 89 p. 100 des adultes et 29 p. 100 des jeunes ont survécu à l'hibernation. La survie annuelle des adultes variait de 66,7 p. 100 pour les femelles âgées de 2 ans à 100 p. 100 pour les mâles âgés de 5 ans; dans les groupes d'âge supérieurs, la mortalité était de 15 p. 100 plus élevée chez les femelles (Parker et Brown, 1980).

Environ 9 p. 100 des couleuvres récoltées en Colombie-Britannique portaient des cicatrices ou des blessures visibles, sans qu’on observe de différence significative dans la proportion de mâles et de femelles blessés. La plupart des cicatrices se situaient sur la face ventrale de l’animal et semblaient être des blessures punctiformes possiblement infligées par des oiseaux ou par des filets à oiseaux (Shewchuk, 1997; M. Sarell, comm. pers.). En Utah, 2 p. 100 des couleuvres capturées étaient blessées (Parker, 1974) et on a trouvé, dans une même tanière, deux fois plus de mâles blessés que de femelles (Parker et Brown, 1980). La majorité de ces blessures étaient probablement dues à des tentatives de prédation, mais une partie a probablement été causée par des proies (oiseaux ou petits mammifères; voir par exemple Engeman et Delutes, 1994, qui mentionnent des spermophiles) qui se défendaient ou défendaient leur nid.

Il ne semble pas y avoir de concurrence entre le P. catenifer et le crotale de l'Ouest (Crotalus viridis) en Idaho, même si les deux espèces partagent les mêmes sites d'exposition au soleil, les mêmes refuges et les mêmes hibernacula. Les couleuvres à nez mince étaient par contre environ 10 fois plus souvent la proie de prédateurs que les crotales (Diller et Wallace, 1996). Ces prédateurs sont les mouffettes (Shewchuk, 1997), les oiseaux de proie, les coyotes, les blaireaux et les renards. Les couleuvres agiles et les oiseaux, tels que les pies et les corneilles, s'en prennent probablement aux jeunes (Shewchuk, obs. pers.). Les belettes et les Buses à queue rousse figurent aussi probablement parmi les prédateurs (Parker, 1974). Dans les landes de pins du New Jersey, 21 p. 100 des nids du P. melanoleucus (serpent-taureau) avaient été éventrés par des renards roux, 1 p. 100 par des mouffettes et 29 p. 100 par des humains. On a vu une vipère écarlate (Cemophora coccinea) manger un œuf dans un nid. Dans les hibernacula, on a relevé des cas de prédation par des renards, des mouffettes et des musaraignes, mais seulement sur des nouveau-nés. Le reste de la mortalité hivernale est attribuable aux incendies, qui chassent les couleuvres hors de leur tanière, et au gel, chez certaines couleuvres qui n'hibernent pas assez en profondeur (Burger et al., 1992).

 

Hibernation

En Utah, le P. c. deserticola hiberne de 179 à 250 jours, et émerge sur une période d'environ 29 à 48 jours, entre la fin avril et la fin mai (Nussbaum et al., 1983). En Colombie-Britannique, la couleuvre semble hiberner de la fin septembre ou la mi-octobre à la fin mars ou la mi-avril (Shewchuk, 1997). En Alberta, le P. c. sayi entre aussi en hibernation en septembre ou en octobre (Didiuk, 1999a). On ignore au juste quels sont les facteurs qui incitent les couleuvres à retourner à leurs tanières et à commencer à hiberner, mais le raccourcissement des jours et le refroidissement des nuits figurent probablement parmi les déclencheurs. Certains mâles retournent toutefois à la tanière dès juillet, ce qui donne à penser que l'état corporel (comme les réserves lipidiques de l’organisme) pourrait être pour eux un stimulus important (Shewchuk, 1997).

 

Comportement

En été, les domaines vitaux individuels des couleuvres à nez mince de Colombie-Britannique se chevauchent énormément; pour un même individu, on a aussi noté un important chevauchement d'une année à l'autre. On n'a par ailleurs observé aucune différence dans la superficie des domaines vitaux estivaux entre les mâles et les femelles, et encore moins si l'on ne tient pas compte des migrations vers les lieux de nidification (Shewchuk, 1997). En Utah, Parker (1974) a évalué la superficie des domaines vitaux comme étant de 1 à 3 ha, alors qu'en Colombie-Britannique, elle est de 13,9 ha pour les femelles et de 5,3 ha pour les mâles; cet écart s'explique probablement par la plus grande distance séparant les habitats dans le lieu d'étude de Colombie-Britannique (Shewchuk, 1997).

On sait que le P. c. sayi creuse le sol en déplaçant la terre à l'aide de sa tête et de la partie antérieure de son corps. Ce comportement fouisseur lui sert apparemment à poursuivre les gaufres ou d'autres proies, ou à aménager des nids ou des refuges (Carpenter, 1982). On n'a jamais fait état d’un tel comportement chez le P. c. deserticola, mais celui-ci enlève quand même la terre en excès dans les terriers de rongeurs avant d'y aménager son nid (Shewchuk, 1997).

Lorsqu'on le dérange, le Pituophis s'enroule et fait vibrer le bout de sa queue; lorsqu'il le fait sur un substrat de feuilles sèches, par exemple, il produit un son qui ressemble à celui du crotale (Gregory et Campbell, 1984). Il émet également un sifflement caverneux caractéristique, émanant en partie d'une carène épiglottique qui lui est propre (Young et al., 1995). Cette couleuvre se fie à son homochromie comme principal mécanisme de défense et ne se défend activement que lorsque son camouflage ne fonctionne pas. Dans ce cas, elle s'enroule lâchement sur elle-même, soulève le tiers antérieur du corps, fait vibrer le bout de la queue et aplatit la tête latéralement, puis elle émet un fort sifflement (Sweet, 1985; W. Hollet, comm. pers.). Les jeunes sont en général plus démonstratifs que les adultes (Sweet, 1985), peut-être parce que leur petite taille les expose à un plus large éventail de prédateurs. Devant ces démonstrations, bien des gens croient qu'ils ont affaire à un crotale et sont probablement plus portés à tuer le serpent. Pourtant, bien qu’il soit tacheté comme un crotale, le Pituophis ne ressemble guère aux Crotalus; c’est probablement le choix des habitats qui les rapproche davantage. D'autres serpents, par exemple, les couleuvres nocturnes (Hypsiglena torquata) et les jeunes couleuvres agiles (Coluber constrictor), qui fréquentent les mêmes milieux que la couleuvre à nez mince, ont eux aussi une livrée tachetée (Sweet, 1985; Storm et Leonard, 1995). Cette ressemblance avec le crotale ne trompe toutefois pas tout le monde. On a ainsi vu un spermophile adulte (Spermophilus lateralis) tenir tête à un P. c. deserticola près de son nid : il attaquait la couleuvre dès qu'elle bougeait et est même parvenu à la blesser (Engeman et Delutes, 1994).

 

Activité et migration

En Idaho, le P. c. deserticola est actif du début avril jusqu'à la fin octobre, et la plupart des couleuvres sont capturées en mai et en juin (Diller et Wallace, 1996). En Colombie-Britannique, c’est aussi en mai qu’on capture le plus grand nombre de couleuvres à nez mince, probablement à cause de leur dispersion printanière et de leur comportement d'accouplement, mais aussi des températures plus froides qui permettent plus d'activité pendant les heures de clarté (Shewchuk, 1997). On les rencontre peu souvent à la fin de l’été et à l’automne. On capture davantage de mâles en mai et au début de juin (Diller et Wallace, 1996; Shewchuk, 1997), probablement parce qu’ils émergent plus tôt que les femelles pour être prêts à s’accoupler avec elles au moment où elles émergent à leur tour. Au printemps, les activités en surface culminent au milieu de la journée, tandis qu’en été, c’est plutôt au milieu de la matinée et en soirée. On a parfois trouvé des couleuvres après la tombée du jour (Diller et Wallace, 1996; Shewchuk, 1997), mais les prospections de nuit sont en général limitées. La diminution des captures en été est en partie attribuable au fait que les couleuvres ont alors atteint leurs refuges estivaux et sont donc plus difficiles à observer. En raison des températures élevées et de la diminution du nombre des proies en été, les couleuvres se retirent sous terre (Diller et Wallace, 1996); en effet, dans environ 80 p. 100 des observations par télémétrie réalisées en été, les couleuvres ont été détectées sous terre (Shewchuk, 1997). Les femelles semblent plus actives en août, probablement parce qu’elles doivent refaire leurs réserves après avoir pondu leurs œufs (Shewchuk, 1997). Les profils d’activité quotidiens en été semblent être dictés par les stratégies de recherche de nourriture et les contraintes thermiques (Diller et Wallace, 1996).

Dans le Sud de l’Okanagan, les couleuvres à nez mince passent la majeure partie de la saison active dans des milieux sableux et riverains, et utilisent des refuges à partir desquels elles recherchent leurs proies (Shewchuk, 1997). Ces refuges sont habituellement des terriers de rongeurs aménagés dans le sable, près du sommet de pentes orientées au sud, et offrent probablement une protection physique et thermique. On a trouvé d’autres refuges dans un vaste affleurement rocheux profondément fissuré ainsi que dans les fondations en béton d’une petite remise contenant de l’équipement électrique. Chaque couleuvre avait apparemment son emplacement favori et chaque refuge pouvait être utilisé par plus d’une couleuvre. Comme les tanières, certains refuges étaient utilisés d’une année à l’autre par les mêmes individus (Shewchuk, 1997).

Les profils de déplacements annuels dans le Sud de l’Okanagan peuvent être généralement décrits comme suit : au printemps s’amorce depuis la tanière un long déplacement migratoire jusqu’au lieu où l’animal passera sa saison active. Il s’agit du plus long parcours que fait la couleuvre, et il se déroule sur une courte période (habituellement quelques jours). Les déplacements suivants sont courts et couvrent une petite superficie, généralement à partir d’un refuge qui sert de base. Vers la fin de l’été, la couleuvre revient vers sa tanière, habituellement là encore en peu de temps (Parker, 1974; Shewchuk, 1997). Les femelles font également de longs déplacements associés à la ponte et changent parfois d’aire d’activité après la nidification (Shewchuk, 1997).

La distance migratoire moyenne parcourue s’élevait à 933,9 ± 185,1 m pour les couleuvres du Sud de la Colombie-Britannique (Shewchuk, 1997), comparativement à environ 510 m pour celles de l’Utah (Parker, 1974). La distance parcourue depuis la tanière dépend fort probablement de la répartition des types de milieux dans la région avoisinante. Les mâles commencent à retourner vers la tanière dès la fin juillet, mais les femelles demeurent actives jusqu’à la fin septembre (Shewchuk, 1997). Dans l’ensemble, les femelles ne semblent pas parcourir plus de distance que les mâles (y compris au cours des migrations du printemps et de l’automne et lors des déplacements liés à la nidification); elles étaient en déplacement pendant le même pourcentage des observations que dans le cas des mâles (Shewchuk, 1997). Les couleuvres demeurent inactives pendant parfois deux semaines (Parker, 1974; Shewchuk, 1997), apparemment pour muer.