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Évaluation et Rapport du COSEPAC sur la situation de la couleuvre à nez mince au Canada

Facteurs limitatifs et menaces

La plus lourde menace à peser sur le P. catenifer est la disparition de l'habitat. La vallée du bas Fraser et les îles Gulf, où on trouvait le P. c. catenifer, ont été converties en terres agricoles et en habitat urbain, et le genêt à balais a envahi la plus grande partie du milieu prairial des îles. L'habitat du P. c. deserticola diminue également en superficie et en qualité à cause de l'expansion des vignobles et des vergers et de l'urbanisation. Le nombre accru de routes revêtues et l'augmentation de la circulation automobile ont probablement entraîné une hausse des taux de mortalité routière, d'autant plus que la couleuvre à nez mince se déplace lentement et tend à rechercher la chaleur sur les surfaces de pierre et les routes revêtues (BC‑CDC, 1998, Cannings et al., 1999). La fenaison est probablement la principale source de mortalité dans la région de Cariboo (Thompson-Fraser) en Colombie-Britannique. En Alberta, les menaces qui pèsent sur la couleuvre à nez mince des Prairies englobent la disparition des zones herbeuses et des hibernacula (Cottonwood Consultants, 1986). La construction de routes et de pipelines sur les versants de la vallée a détruit des tanières (Cottonwood Consultants, 1987). En Saskatchewan, la majeure partie des herbages est utilisée pour les cultures ou le pâturage et les serpents sont vulnérables à la perte de leur habitat, tout en étant aussi victimes du bétail qui les piétine (BC‑CDC, 1998). De nombreuses couleuvres à nez mince ont probablement été tuées délibérément par des humains à cause de leur ressemblance superficielle avec le crotale et de l'intolérance généralisée qu'affichent de nombreuses personnes à l'égard des serpents, et notamment des gros serpents.

Dans la partie nord de leur aire de répartition en Colombie-Britannique, les couleuvres à nez mince subissent également les conséquences néfastes de la diminution du nombre de leurs proies, causée par l’avancée des forêts dans les parcs et les prairies (à cause de l'absence d'incendies réguliers). Le broutage autour des terrains mésiques à subhygriques, qui permet aux grandes armoises d’occuper les lieux, a réduit l'habitat du campagnol et, par voie de conséquence, le nombre de campagnols pouvant servir de proie à la couleuvre (D. Low, comm. pers.).

En Californie, le Pituophis catenifer assure sa thermorégulation en s'étendant de tout son long sur la chaussée (Sullivan, 1981), ce qui en fait une victime facile de la route. Qui plus est, ce comportement le rend encore plus visible et vulnérable face aux humains. Par ailleurs, les couleuvres à nez mince s'approchent souvent des habitations à la recherche de nourriture, et s’exposent ainsi encore davantage à la persécution par les humains.

Au Canada, l’espèce se trouve à la limite septentrionale de son aire de répartition, et sa distribution est limitée. Les températures hivernales mortelles pourraient y limiter sa répartition et toucher spécialement les nouveau-nés. La saison active n'est apparemment pas assez longue pour permettre aux femelles de se reproduire chaque année, et pourrait aussi ne pas être assez longue ni assez chaude pour permettre aux œufs d'incuber jusqu'à terme. Les femelles semblent atteindre la maturité à une plus petite taille et à un âge plus avancé que dans les populations vivant plus au sud (Shewchuk, 1997). Si les couleuvres à nez mince prennent plus de temps pour arriver à maturité au Canada que dans le Sud, alors les populations canadiennes pourraient aussi mettre plus longtemps à se rétablir après un déclin. La survie des adultes est en général élevée et la fécondité moindre chez ces couleuvres que chez les autres espèces de serpents (Parker et Plummer, 1987), ce qui, dans un environnement dont l'évolution est imprévisible, constitue apparemment un avantage étant donné que les conditions qui règnent pendant une année donnée n'influeront pas beaucoup sur l'efficacité de la reproduction sur la durée totale de la vie. Toutefois, ce phénomène pourrait encore une fois signifier qu'elles mettront plus longtemps à se rétablir après un déclin et qu'elles sont plus vulnérables aux augmentations chroniques du taux de mortalité des adultes (causées par exemple par la mortalité routière, par l’abattage par les humains ou par la destruction des hibernacula).