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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la paire d’espèces d’épinoches du lac Enos (Gasterosteus spp.) au Canada

Habitat

Besoins en matière d’habitat

Des études antérieures ont révélé que la population limnétique occupe l’habitat limnétique pendant les mois productifs de l’été, pendant lesquels se produit un degré élevé de partitionnement des microhabitats entre les épinoches benthiques et limnétiques (Kraak et al., 2001). Au printemps, les deux formes occupent la zone littorale pour se reproduire; l’habitat est très partitionné pendant cette période au cours de laquelle les épinoches construisent et défendent leurs nids. Bien qu’aucune autre espèce de poisson ne soit naturellement présente dans le lac Enos, des habitants de l’endroit auraient introduit des truites fardées (Oncorhynchus clarki) qui étaient auparavant confinées à d’autres cours d’eau des environs. Il est peu probable que les populations de truites constituent un problème grave pour les épinoches, car il manque de frayères naturelles pour ces poissons dans le lac Enos. Le tableau 2 compare les dimensions de cinq lacs contenant des paires d’espèces limnétiques et benthiques.

 

Tableau 3 : Fréquence des aliments trouvés dans les estomacs de 20 Gasterosteus limnétiques et 30 benthiques (Lavin et McPhail, 1986).
 ENTRE DEUX EAUX
(limnétiques – N = 20)
LITTORAL
(benthiques – N = 30)
Chironomidés12128
Chaoborus-1
Mégaloptères (larves)-1
Éphéméroptères45
Larves d’insectes non identifiées44
Œufs de Gasterosteus2899
Œufs non identifiés-10
Ostracodes20433
Hydraires-1
Nématodes-5
Simulidés (adultes)-8
Insectes non identifiés63
Cladocères26-
Copépodes calanoïdes68-

Le lac Enos est un petit lac côtier dont la surface, depuis un endiguement, se trouve à 48 m au-dessus du niveau de la mer (McPhail, 1984, 1985 et 1988). Des cartes topographiques montrent que son altitude a déjà été de 47 m (avant la construction du barrage). Sa profondeur maximale est de 11 m, sa superficie est de 17,6 hectares et aucun cours d’eau permanent ne s’écoule dans le lac (figure 6). Une décharge draine le lac vers le nord-ouest pendant la saison humide (McPhail, 1985 et 1988).

 

Tendances

Brown (2000) fournit des données sur les taux de sédimentation, indiquant le rythme d’eutrophisation et de remplissage du lac Enos. Une couche d’environ 10 m de sédiments benthiques indique que le lac est rempli à peu près à moitié après 12 000 ans de sédimentation post‑Pléistocène. L’habitat a probablement changé depuis les deux invasions d’épinoches décrites par McPhail (1984). Le rythme de remplissage des 1 200 dernières années est le double de celui des 10 800 premières années suivant le Pléistocène et Brown (2000) croit que l’habitat lacustre pourrait disparaître d’ici 6 000 ans (l’auteur pense que l’urbanisation quadruplera ce rythme de remplissage). Au cours de son histoire, le lac a sans doute été plus oligotrophe et beaucoup plus étendu qu’aujourd’hui. Étant donné les processus d’eutrophisation en cours et la présence d’un hypolimnion anoxique chaque été, l’utilisation d’habitats en eau profonde par les épinoches du lac Enos pourrait être beaucoup plus restreinte que dans le passé lointain.

            On a remarqué récemment une tendance à l’accroissement de la turbidité de l’eau et Schluter (comm. pers., 2001) est d’avis que cette tendance interfère avec la sélection visuelle par les femelles des mâles conspécifiques colorés pour la reproduction (voir plus bas les arguments de Boughman [2001] dans la partie traitant de la reproduction). Schluter (comm. pers., 2001) et McPhail (J.D. McPhail, Department of Zoology de la University of British Columbia, Vancouver, comm. pers., 2001) ont indiqué que des écrevisses (Pacifastacus leniusculus) avaient récemment été introduites dans le lac Enos. L’espèce est maintenant présente en quantité considérable. Aucune étude antérieure n’avait signalé sa présence dans le lac. Selon Premek (1998), il s’agirait là de la seule espèce connue d’écrevisse en Colombie-Britannique et elle pourrait se trouver naturellement dans le cours inférieur du Fraser. Il présente cependant peu d’indications que cette écrevisse aurait été auparavant présente dans l’île de Vancouver, mais elle est aujourd’hui bien établie dans certains secteurs du Sud de l’île. En supposant que les écrevisses se répartissent semblablement à la plupart des espèces de poissons d’eau douce primaires, on peut conclure que cette écrevisse était absente dans le passé et a été introduite dans la région. Les introductions d’écrevisses en Europe et ailleurs ont donné lieu à des destructions d’habitats à grande échelle et l’introduction d’espèces exotiques pose également problème dans d’autres régions de l’Amérique du Nord (voir Lodge et al., 2000a et b).

Les écrevisses, présentes en grande densité, ont modifié le fond du lac, mais on ne sait pas si leur apparition est la seule cause de l’augmentation de la turbidité, qui n’est toutefois pas due à l’exploitation forestière ni à la construction. McPhail (1984) affirme que le lac est très productif et que, de juin à août, il y a des plusieurs proliférations d’algues. Les proliférations d’algues n’agissent toutefois pas de la même manière que la turbidité sur la pénétration du spectre lumineux et leur effet sur la perception des couleurs est différent.

John Baldwin (agent de gestion de l’eau, B.C. Ministry of Water Land Protection, Nanaimo, comm. pers., 2001) a rapporté que des barrages de castor ont fait monter les eaux de 2 m, ce qui a eu pour effet d’inonder des maisons dans les zones résidentielles autour du lac. Les effets de l’inondation sur le marécage et le lac, s’il y en a eu, ne sont pas documentés. Il semble que les autorités locales détruisent les barrages de castor chaque fois qu’ils apparaissent sur le ruisseau Enos, mais l’on ne sait pas si ces structures ont influé sur le lac au cours de son histoire. Il est difficile d’établir les limites historiques du lac Enos car les cartes existantes illustrent la partie sud-ouest du lac comme étant un vaste marécage. La construction d’un petit barrage au niveau de la décharge a été autorisée avant le 31 décembre 1958. La moitié nord-ouest, plus profonde, atteint 11 m dans le secteur où les épinoches limnétiques sont présentes (figure 6). Un remblai rocheux s’étend maintenant en travers de la décharge pour permettre le passage d’un chemin de terre et d’un sentier séparant le lac du ruisseau et du marécage. Avant la construction du barrage, les populations du ruisseau et du lac se rencontraient probablement et devaient interagir dans une certaine mesure. Aujourd’hui, le propriétaire des lieux dispose des droits nécessaires pour boucher une buse traversant le barrage et relever ainsi le niveau du lac (figure 6). Lors d’un été exceptionnellement sec (août et septembre 2001), alors qu’il y avait peu d’eau dans la partie marécageuse en aval, on pouvait tout de même pêcher à l’épuisette des centaines, voire des milliers d’épinoches dans de petites cuvettes en cours d’assèchement, d’une profondeur de 10 à 20 cm. Des arbres morts (thuyas?) étaient présents là où le marécage était toujours humide, peut-être là où des barrages de castor auraient autrefois influé sur le niveau du lac Enos en y refoulant l’eau. Le niveau d’eau naturel est menacé par une hausse des prélèvements destinés à l’irrigation d’un terrain de golf et par une demande de permis d’eau élargi (2001) en vue d’irriguer un deuxième terrain de golf. Le propriétaire s’est cependant dit soucieux des impacts sur l’environnement et s’est montré disposé à en parler. La modification projetée du barrage pourrait augmenter le niveau de l’eau à 49 m au‑dessus du niveau de la mer, soit de 2 m au-dessus du niveau original du lac.

En septembre 2001, Peden a observé un remblai (barrage) fermant l’étranglement dans la partie nord du lac Enos, accompagné d’une buse et d’une grille pour filtrer les débris ligneux. Cette structure devait servir de chemin d’accès pour l’exploitation forestière. Actuellement, elle fait partie d’un sentier d’interprétation de la nature associé au projet domiciliaire, mais elle pourrait aussi devenir une route, ce qui créerait un stress supplémentaire pour l’écosystème local dans l’éventualité où le plan directeur municipal de la région de Nanoose était appliqué (Nanoose Bay Regional Community Plan; site Web, 10‑07‑2001).

Actuellement, le niveau de l’eau se situe à 0,5 m sous la buse, ce qui empêche, pendant la saison sèche, les déplacements des Gasterosteus entre le marécage situé en aval et le lac. La plupart des études sur les épinoches ont porté sur celles présentes dans les parties profondes du lac Enos ou à proximité. Il faut éclaircir les liens entre les populations habitant le lac et les populations du marécage pour savoir si elles étaient isolées dans le passé comme elles le sont aujourd’hui ou si elles faisaient partie d’une population benthique circulant librement entre les rives du lac et le marécage. Quoi qu’il en soit, les populations habitant le marécage et le ruisseau sont probablement semblables à celles de la plupart des cours d’eau environnants de l’île de Vancouver et ne montreraient pas les adaptations qu’ont développées les épinoches limnétiques et benthiques du lac Enos.

 

Protection et propriété

            Voir la section « Protection actuelle ».