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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la platanthère blanchâtre de l’Est au Canada – Mise à jour

Facteurs limitatifs et menaces

Habitat

En raison de ses exigences écologiques particulières, le Platanthera leucophaea ne peut occuper qu’une très faible proportion de son aire de répartition en Amérique du Nord. La plupart des populations qui existent depuis longtemps sont situées soit dans une tourbière minérotrophe, soit dans une prairie. Or, en Ontario, les tourbières minérotrophes ne constituent que 0,48 p. 100 de la superficie totale des milieux humides situés en dehors du Bouclier canadien (Riley, 1988). Dans le sud de la province, seulement 11 de ces tourbières couvrent plus de 75 ha, et seulement une partie des plus grandes d’entre elles possèdent une végétation compatible avec le Platanthera leucophaea (par exemple, tourbières minérotrophes à Carex lasiocarpa ou à Phragmites).

Bakowsky et Riley (1994) pensent qu’en Ontario, il reste moins de 21 km² (2 100 ha) de prairie et de savane et qu’une grande partie de cette étendue est sèche et ne répond pas aux besoins du Platanthera leucophaea. La superficie de prairie mésique ou mouilleuse-mésique convenant à l’espèce est probablement inférieure à 3 km² et inférieure à 0,1 p. 100 de ce qu’elle était avant la colonisation.

En Ontario, la superficie de prairie et de tourbière minérotrophe ne cesse de se rétrécir, principalement par l’effet direct et indirect de la présence humaine.

Pollinisateurs

La pollinisation du Platanthera leucophaea est assurée par des sphinx (Sheviak et Bowles, 1986; Bowles, 1991). Ces grands papillons ont besoin d’une aire de butinage étendue et d’une diversité de sources de nectar.

Succession

En Ohio, au Michigan et en Ontario, les stations situées dans des champs abandonnés ont été supplantées par des espèces ligneuses, effet de la succession naturelle.

Espèces envahissantes

L’envahissement des tourbières minérotrophes par des espèces compétitives, surtout exotiques, dont le nerprun bourdaine (Rhamnus frangula), contribue au rétrécissement de l’habitat du Platanthera leucophaea, comme on peut le constater notamment dans la région d’Ottawa (par exemple, la station 24). Près de London, en Ontario, le nerprun bourdaine domine à la marge de certains prés mouilleux et tourbières ombrotrophes et a peut-être ainsi contribué à la disparition de stations de Platanthera leucophaea. Bowles (1991) mentionne 3 espèces exotiques en compétition avec des populations de P. leucophaea aux États-Unis, soit la cardère découpée (Dipsacus laciniatus), le nerprun bourdaine (Rhamnus frangula) et la salicaire commune (Lythrum salicaria). La salicaire commune est plus ou moins abondante dans le système tourbeux de l’est de l’Ontario où se trouve la station 30 (Cuddy, comm. pers.). Le roseau commun (Phragmites australis), indigène, peut envahir une tourbière au détriment des autres espèces, surtout lorsque le niveau de la nappe phréatique baisse. La surveillance du processus de succession et de la progression des espèces envahissantes est capitale pour comprendre l’impact que peut avoir la transformation de l’habitat sur l’effectif du P. leucophaea.

Facteurs anthropiques

La modification du niveau de la nappe phréatique à la station 31 (Bradford, 1999) pourrait être en cause dans le déclin de cette population, dont le nombre a diminué d’un ordre de grandeur depuis les années 1960. On assiste depuis une vingtaine d’années à une mise en culture de la prairie mésique ou mouilleuse-mésique, en particulier dans le comté de Lambton. L’empiètement de l’agriculture, les années de sécheresse, sur la partie supérieure de la bande riveraine soumise à la fluctuation de niveau du plan d’eau a aussi une incidence sur l’espèce en Ontario (voir la section sur l’habitat) et ailleurs (Case, 1987). La récolte de plantes sauvages pour l’aménagement de jardins pourrait présenter une menace pour l’espèce et justifie un suivi des populations.

Hybridation

L’hybridation est certes un mécanisme d’adaptation et de spéciation. Par ailleurs, les hybrides peuvent être en compétition avec les espèces parentes pour les pollinisateurs et peuvent être à l’origine d’une dilution progressive du génome de l’espèce (voir par exemple Husband et Burgess, 2000). Des hybrides ont été décrits pour les stations 31 et 32, situées en Ontario (Catling et Brownell, 1999; Catling et al., 1999).

Broutage

Le cerf de Virginie, très abondant dans certaines parties de l’aire du P. leucophaea en Ontario, broute les tiges florifères de l’espèce (Bender, 1988; obs. pers.). Aucune étude n’a été publiée concernant l’incidence de ce broutage sur l’effectif de l’espèce.