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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la platanthère blanchâtre de l’Est au Canada – Mise à jour

Habitat

En Ontario, le Platanthera leucophaea pousse dans six types de milieux, certains plus importants que d’autres du fait qu’ils ont une plus longue durée et qu’ils sont plus difficiles à recréer et à gérer. Ces milieux peuvent s’interpénétrer (c’est le cas notamment des tourbières minérotrophes à arbustes et à graminées), mais la distinction est néanmoins utile pour déterminer tous les types de milieux où on est susceptible de trouver l’espèce.

  1. Tourbières minérotrophes (fens) dominées par le Carex lasiocarpa (ex. : stations 10, 24, 30, 31 et 33). Les stations 10, 24, 30 et 33 sont connues depuis au moins 35 ans et sont jugées viables. Ces tourbières sont souvent parsemées de buttes arbustives; le Platanthera leucophaea pousse généralement dans les dépressions dominées par le carex.

  2. Tourbières minérotrophes dominées par le roseau commun (Phragmites australis) et des carex (ex. : stations 12 et 31).

  3. Tapis de tourbe en bordure de lacs, peuplés de sphaignes ainsi que de canneberges et autres éricacées, relativement peu acides et plutôt marneux sous les buttes acides surélevées. Une seule station (22), et elle ne subsistera peut-être pas longtemps vu la faible étendue de l’habitat.

  4. Plages de galets calcaires. Une seule station (station 1), qui existe depuis longtemps dans la péninsule Bruce. La berge du lac est large et faiblement inclinée, de sorte qu’elle est plus ou moins immergée d’une année à l’autre selon l’activité des castors.

  5. Prairie mouilleuse-mésique à barbons et autres graminées, très riche en espèces. Les prairies mésiques et mouilleuses-mésiques se trouvent principalement dans le comté de Lambton et le delta de la rivière Sainte-Claire, avec une plus petite étendue à Windsor (station 8).On trouve une description de ces milieux dans Faber-Langendoen et Maycock (1994). Brown (1985) énumère les espèces associées au P. leucophaea dans une station du comté de Lambton. Il s’agit de milieux stables présentant un gradient de conditions d’immersion.

  6. Champs abandonnés envahis par le Poa compressa, le Carex lanuginosa et des Juncus, oùcommence à s’établir le cornouiller (Cornus ) (stations 2, 3, 22, etc.). Ce groupement végétal durera une dizaine d’années avant d’être remplacé par le prochain stade de succession.

L’astérisque désigne les populations disparues. Les abréviations de comtés (4 premières lettres) sont celles du CIPN. Les données proviennent de spécimens, de documents publiés et d’observations communiquées par téléphone ou par courrier postal ou électronique (communications personnelles; lettres et courriels versés au dossier et cités). Les observations de 2000 figurent dans la colonne des années 1990.

Tableau 1: Sommaire des populations de Platanthera leucophaea au Canada
 StationComtéLocalité<1970 (nombre d’individus)1970-1979 (nombre d’individus)1980-1989 (nombre d’individus)1990-2000 (nombre d’individus) Sources
1*BRUC 1966
(plusieurs douz.)
1967(0)
71(0)
78(900-1000)
80 (>300)
86(1)
91(3)
99(21)
00(114)
Spécimens récoltés en 1934,1950,1953 – ex. : TRT 1 396; Johnson (1990, comm. pers., 1997); Cuddy et al. (1976); Kaiser (1994); Ford (1995); K. Young (comm. pers., 2000).
2*ESSE
A.
B.

--
84(30-50)
84(~150)
88(~10)
97(30)
99(0)
97(0)
95(6)
97(1)
98(1)
M. Oldham, comm. pers., 1984; Ford (1995); V. Brownell, obs. 1997, 1999; B. Lebidich, comm. pers., 1997; Pratt, comm. pers., 1997, 2000.
3*ESSE ---97(3)V. Brownell, obs. (1997)
4*ESSE --86(~12) G. Waldron, obs. (base de données du CIPN)
5ESSE --84(1) M. Oldham, obs. Probablement détruite lors de l’aménagement du port de plaisance.
6ESSE --80(8)
81(1)
84(0)
85(40)
97(0)M. Oldham, comm. pers. (1997); V. Brownell, obs. (1997). Succession vers arbustaie.
7*ESSE ---95-96(2)
97(1)
Pratt, comm. pers., 2000
8*ESSEA.
B.
-76(1)83(5-6)96(30)
99(1)
TRT 1 936, Catling; Pratt (1979); A. Woodliffe comm. pers. (1997); P. Pratt, comm. pers.(2000)
9ESSE 1891(-)---DAO 171, Dearness
10*GREY -75(21+)81(17)
87(14)
88(0)
89(3)
-TRT 1832, Reznicek; V. Brownell et M. Oldham, obs., 1981; Johnson (1990, 1991)
11*KENT ---91(36)
94(30-45)
97(7)
Découverte par John Haggeman, SCNWA, comm. pers., 1997.
12*KENT ---96 (245 florif., peut-être 1 000 en comptant végét.)Découverte à la fin de l’été 1995 par A. Woodliffe, MRNO, à Chatham. Une des plus grandes populations ontariennes de la dernière décennie.
13HURO 1892
1900(-)
---J.A. Morton
14LAMB(nº  1)1898(-)-84(2)-N. Tripp
Station en partie détruite et drainage du sol modifié pour construction résid. en 1986.
15*LAMB(nº 2)

A.
B.
-

-

-
-
84-88
(~65)



97(1)
97(1)

Brownell, obs. (1997)
16*LAMB(nº3)--85(10-15)
86(65)
-Woodliffe et Allan (1996) ont compté 12 individus. R. Brown se souvient d’avoir observé ~65 individus en 1986. Généralement, environ 10 individus.
17LAMB(nº 4)-7782(0)
84(20-30)
-R. Brown, obs. (années 1980). Station détruite en 1985 par l’agriculture (Woodliffe et Allen, 1996).
18*LAMB(nº 5)-77(22)
78(19)
80(20)
83(35)
84(20)
-Brown (1985)
19LAMB(nº 6)1967 (5-8)---Brown (1985). Searched for but not seen since.
20*LAMB(nº 7)--84(8-10)
87(7)
84-86(30-35)
97(1)Brown (1985), Woodliffe et Allen (1996), V. Brownell, obs. (1997)
21*LAMB(nº 8)--84-86(5)91(~6)
97(0)
Woodliffe et Allen (1996); R. Brown, obs. (1991); V. Brownell, obs. (1997)
22LANA 1910-20(-)---Morris et Eames (1929) (récemment, l’espèce a été recherchée en vain près de deux lacs Mud, près de Smiths Falls)
23LEED 1965(67)-83(?)-CAN 301, Baldwin; DAO D65 Greenwood; Greenwood (1968), J. Robinson, 1983, obs. (base de données du CIPN)
24*LEED 1956(-)


76(40)
78(9)
83(~40)97(42)
00(24+)
DAO 171, Cody; Brownell, obs. (1983, 1997, 2000). Recensement de 2000 incomplet parce que l’anthèse était terminée.
25*LENN ---94(2)
95(2)
97(0)
99(0)
T. Norris, MRNO, Kingston, comm. pers. (1997); DAO photo
26MIDD 1887(-)---W. Saunders HBC, UWO
27MIDDA., B. (prob. la même que ci-dessus)1879
1896(-)
 --T. Burgess CAN 163
J. Dearness
28NORTMarais Murray~1910       (1-17)---Morris et Eames (1929)
29NORTMarécage à mélèzes situé près de Port Hope1910-20(-)---Morris et Eames (1929)
30*OTTA
A., B.
(2 sous-pop. séparées par environ 1,5 km de milieu en grande partie peu propice à l’espèce (marécage à thuyas))

-

76(40)

84(40)
84(~100)

96(99+)
96(68), 00(202)
Reddoch (1977, 1979); White (1985); Reddoch et Reddoch (1997); Cuddy, comm. pers. (2000). L’une des plus grandes populations ontariennes de la dernière décennie. Selon Cuddy, la sous-pop. A aurait compté en 1996 environ 400 à 1 000 individus. Se reporter au texte concernant les estimations d’effectif.
31*SIMC

A.

B.

C.

1967-69 (1 000-1 500)~75(500+)
100-250 en moy.
84(plus. cent.)
88(0)

-
97(119)
99(97)
00(3)
99(19)
97(0)


CAN 371 Soper; Bobbette (1974); B. Ford, G. Allen, J. Gould, obs. 1988; Ford (1995); V. Brownell, P. Catling et G. Allen, obs. 1997.G. Allen et B. Bowles, obs. 1999, 2000. L’une des plus importantes populations d’Ontario; cependant, l’effectif dénombré est faible depuis une dizaine d’années, peut-être en partie parce que le dénombrement n’est que partiel, vu la difficulté d’accès (Allen, comm. pers.)
32SIMC --81(1)97(0)TRT  S. Varga; V. Brownell, obs. (1997).
33*STOR ---00(3)
00(2)
Cuddy (2000); P. Catling, obs. (2000)
34*YORK --82 (3 florif.et ~50 non florif.)97(20)
00(8+)
Varga, obs. 1982; Brownell, obs. (1997, 2000). Recensement de 2000 incomplet parce que l’anthèse était terminée.

Le Platanthera leucophaea est une espèce adaptée aux fluctuations périodiques de niveau d’eau. Dans la bande comprise entre le niveau des crues et le niveau d’étiage, la plante peut demeurer dormante ou à l’état végétatif selon que le sol est trop sec ou trop humide. Le problème qui se pose à l’heure actuelle, en particulier dans la région des Grands Lacs, est que durant les périodes où le niveau des eaux est bas, l’agriculture empiète sur la bande de terrain exposée, remplaçant ainsi la végétation naturelle de la partie supérieure du gradient. Les années où les précipitations sont plus abondantes, ce sont ainsi des cultures qui se trouvent inondées, et non des milieux naturels (voir Case, 1987, p. 20).

Case (1987, p. 24) décrit l’évolution d’une population du Michigan observée dans un champ abandonné. Le champ, abandonné en 1964, a été colonisé par une importante population de P. leucophaea. En 1976, il était en voie d’être envahi par des plantes ligneuses, et la population de P. leucophaea avait décliné. En 1984, la population de P. leucophaea avait complètement disparu. Cette population a donc subsisté environ 10 à 15 ans. Denny (1988) a fait à peu près les mêmes constatations. Il note que le déclin des populations de P. leucophaea est généralement attribué à la compétition d’espèces ligneuses envahissantes, et que le débroussaillage, le fauchage, le broutage et le feu réduisent la compétition des espèces ligneuses et stimulent la floraison du P. leucophaea. En 1979 et 1981, au mois de mars, les terres de la réserve faunique Killbuck Wildlife Area d’Ohio, utilisées pour la culture de maïs jusqu’au milieu des années 1970, ont été brûlées afin de maintenir les conditions propices au gibier terrestre. En 1982, 387 pieds florifères de Platanthera leucophaea ont été dénombrés dans cette station. En 1986, il y en avait moins de 30.

Selon Denny (1988), dans une grande partie de son aire, le Platanthera leucophaea montre une préférence marquée pour les stades avancés de succession. Cependant, dans certaines conditions, l’espèce peut envahir des communautés colonisatrices. Elle produit d’énormes quantités de graines, qui sont dispersées par le vent. Les graines sont apparemment capables de coloniser des milieux perturbés tels bords de routes, gazons et champs abandonnés, puisque de nouvelles populations de l’espèce surgissent dans ces milieux souvent assez rapidement. Les sujets matures résistent aux perturbations écologiques et semblent même en bénéficier, puisque la population se développe jusqu’à ce que la compétition d’autres espèces devienne trop forte ou que d’autres facteurs, non déterminés, la limitent. Denny ajoute qu’il reste beaucoup de choses à découvrir sur cette espèce discrète menacée de disparition.

Dans les tourbières minérotrophes où le niveau d’eau fluctue, le processus de succession est interrompu lorsque les crues, la sécheresse ou le feu font mourir les arbustes. Les rhizomes du Platanthera leucophaea peuvent résister à ces épisodes, de sorte que la plante, bien que non visible à la surface du sol, n’est pas morte pour autant. De même, dans certaines prairies, les inondations ou la sécheresse empêchent l’établissement d’arbustes ou de quelques espèces dominantes et maintiennent un stade de succession intermédiaire où le Platanthera leucophaea peut survivre. Ainsi, dans certaines tourbières (par exemple, la station 31) ou sur les rives de lacs (station 1), l’effectif de l’espèce peut atteindre plusieurs centaines, voire plusieurs milliers d’individus une année donnée et être nul l’année suivante.

Bowles (1991) et Bender (1988) donnent une description plus détaillée de l’habitat du Platanthera leucophaea que le rapport de situation de 1984, notamment en ce qui concerne les caractères édaphiques et les espèces végétales associées.