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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Bryum de Porsild (Mielichhoferia macrocarpa) au Canada

Habitat

Besoins en matière d’habitat

Brassard et Hedderson (1983) ont remarqué que les milieux où pousse le Mielichhoferia macrocarpa restent constamment humides, par suintement ou aspersion. Cette observation est valide pour tous les sites observés pendant la saison de végétation, mais N. Cleavitt (2002a) a remarqué que ces milieux peuvent s’assécher pendant la saison de gel, soit généralement de novembre à la fin juin (Cleavitt, 2002a). Flowers (1973) a remarqué un tel phénomène en Utah, et cette période annuelle de gel et assèchement pourrait constituer un élément important de l’habitat du M. macrocarpa, pour deux raisons. D’abord, il se peut que la mousse soit adaptée, sur le plan physiologique, à un tel régime écologique (voir la section « Physiologie »). Deuxièmement, il se peut que la perturbation due à la formation de glace réduise la compétition exercée par d’autres espèces (voir la section « Relations interspécifiques »).

Le Mielichhoferia macrocarpa a surtout été récolté dans des secteurs montagnards, sur substrat de calcaire, de basalte, de grès ou de shale (Brassard et Hedderson, 1983). Dans les sites albertains étudiés, la mousse pousse sur le limon occupant les fissures du conglomérat calcaire, du calcaire ou du shale. Shacklette (1967) avait observé en Alaska une population poussant sur basalte et avait déduit que l’espèce se rencontre uniquement sur des substrats ayant une teneur plus élevée que la normale en métaux lourds. Pour vérifier expérimentalement cette hypothèse, il faudrait une analyse chimique des substrats et des essais de toxicité avec des métaux lourds. Cependant, la plupart des indications fournies par les étiquettes d’herbier ne confirment pas une telle restriction de substrat. En effet, les substrats mentionnés sur ces étiquettes comprennent de nombreux types de roches, qui tendent cependant à être calcaires (Brassard et Hedderson, 1983; Cleavitt, obs. pers.). Dans le cadre d’une expérience visant à comparer l’établissement de mousses sur des substrats où elles poussent naturellement et sur d’autres où elles ne poussent pas naturellement (dans le cas du M. macrocarpa, il s’agit d’un substrat acide riche en matière organique), un taux de régénération significativement moindre dans le cas du substrat acide a été observé chez le M. macrocarpa. Cette expérience montre que l’espèce est vraiment calciphile et exige donc un substrat basique, à cause d’une intolérance physiologique aux autres substrats (Cleavitt, 2001).

Comme l’espèce a été récoltée plusieurs fois dans les mêmes sites au cours des ans, on peut supposer que son habitat est stable à long terme. Il existe cependant des exceptions. Ainsi, la population de Straitsview, à Terre-Neuve, est récemment passée de plusieurs centaines de colonies à seulement neuf. Selon Hedderson (comm. pers.), il s’agissait de la plus grande population connue de l’espèce à Terre-Neuve. Des gens de la région ont indiqué que l’abrasion glacielle et la chute de roches avaient été particulièrement importantes durant l’hiver 2001-2002. Par ailleurs, certaines populations albertaines ont été endommagées en 2002 par la sécheresse; plusieurs des populations du secteur de Cadomin avaient même diminué de taille depuis la dernière observation faite en 2000. On ne sait pas en combien de temps les populations de Mielichhoferia macrocarpa peuvent se rétablir après de telles perturbations.

Protection et propriété des terrains

La présente section porte principalement sur les populations examinées, dont les principales caractéristiques sont données à l’annexe 1. Plusieurs des populations albertaines se trouvent dans des aires désignées aux fins de protection. Ainsi, une partie des populations du secteur de Cadomin et Mountain Park se trouvent dans le Whitehorse Creek Wildland Park, créé en 2000. Par contre, plusieurs populations importantes demeurent sans protection et risquent d’être endommagées par les activités récréatives ou par l’exploitation de la région. Une population, en particulier, est actuellement située près d’une fosse à feu, dans le terrain de camping Whitehorse Creek, et a récemment été menacée par la construction routière associée à un projet minier (Cheviot Mine Project; demande encore à l’étude en 2003). Cet emplacement correspond à celui décrit sur l’étiquette du spécimen récolté par Pegg en 1966. La population de Mountain Park a été découverte par Vitt, qui y a fait la première récolte en 1984. La population des chutes Troll est située dans le parc provincial Kananaskis Country, mais le milieu est très fréquenté par les visiteurs, et aucune restriction particulière ne protège la falaise rocheuse contre les perturbations. La population récemment découverte en Colombie-Britannique est située entre les parcs provinciaux Muncho Lake et Stone Mountain, à l’extérieur de ces parcs. Comme les colonies se trouve en face d’un stationnement bordant la route de l’Alaska, leur habitat risque d’attirer bon nombre de visiteurs non surveillés, qui pourraient arracher des colonies par inadvertance. Les populations terre-neuviennes se trouvent sur des terres de la Couronne non protégées (Djan-Chékar, comm. pers.); les deux plus grandes sont celles du cap Onion et du cap White.