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Programme de rétablissement de la baleine noire (Eubalaena glacialis) de l’Atlantique Nord dans les eaux canadiennes de l’Atlantique

1. Contexte (suite)

1.9. Habitat essentiel

En vertu de l’article 2 de la LEP, l’habitat essentiel s’entend de l’« habitat nécessaire à la survie ou au rétablissement d’une espèce sauvage inscrite, qui est désigné comme tel dans un programme de rétablissement ou un plan d’action élaboré à l’égard de l’espèce ».

1.9.1. Caractéristiques de l’habitat essentiel

En février 2007, le secteur des Sciences du MPO a effectué une évaluation du potentiel de rétablissement (EPR) de la baleine noire de l’ouest de l’Atlantique Nord. La prestation d’un avis scientifique sur l’habitat essentiel de l’espèce constitue un élément de l’EPR, qui a deux buts principaux à ce titre : établir une description relativement juste de l’habitat essentiel (c.‑à‑d. en décrire les caractéristiques biophysiques) et identifier, si faire se peut, les parcelles d’habitat essentiel susceptibles de satisfaire à cette description (MPO, 2007; Smedbol, 2007). L’information ayant servi à la description générale de l’habitat essentiel est présentée aux sections 1.4.4. et 1.4.5.

Il a été établi dans l’EPR que l’habitat essentiel de la baleine noire dans les eaux canadiennes doit lui assurer un accès suffisant à la nourriture pour lui permettre d’accumuler les réserves énergétiques dont elle a besoin pour son métabolisme basal, sa croissance, sa reproduction et pour l’allaitement. Plusieurs études ont postulé l’hypothèse selon laquelle lavariation dans l’état des baleines noires, leur taux de reproduction et leur répartition spatio‑temporelle sont reliés au degré de succès de leur recherche de nourriture (Caswell et al., 1999; Kenney et al., 1995; Kenney, 2001). Par exemple, durant les années 1990, l’intervalle moyen entre les mises bas est passé de trois ans à six ans (Kraus et al., 2001) et, durant la même période, les baleines qui étaient auparavant observées dans le bassin Roseway ont été vues dans la baie de Fundy (Kenney, 2001). Selon l’hypothèse de travail généralement admise pour expliquer ces observations (p. ex. Patrician, 2005), les concentrations de copépodes dans le bassin Roseway durant cette période ne suffisaient pas à satisfaire les besoins énergétiques de la baleine noire, ce qui l’a poussée à se replier vers un autre habitat voisin prévisible – le bassin de Grand Manan. Il se peut que le bassin de Grand Manan n’ait pas offert les réserves énergétiques nécessaires à la subsistance du nombre accru de baleines dans la baie et que cela ait joué un rôle dans l’échec observé de la reproduction (intervalle plus long entre les mises bas et donc moins de naissances). Cette période d’intervalles prolongés entre les naissances a été suivie de cinq années de taux de natalité relativement élevés, d’un retour à des intervalles moyens de mise bas moins longs (Kraus et al., 2005) et d’une augmentation du nombre de baleines noires observées dans le bassin Roseway.

L’habitat essentiel doit donc assurer à la baleine noire des concentrations suffisantes de proies de façon prévisible et d’année en année. Compte tenu de ce que l’on sait au sujet de la répartition des proies de la baleine noire et des préférences alimentaires de celle‑ci, l’EPR a permis d’établir une description relativement juste de l’habitat essentiel général de cette espèce à savoir :l’habitat essentiel comprend les aires qui possèdent les conditions environnementales, océanographiques et bathymétriques qui favorisent la concentration des proies de la baleine noire, surtout les jeunes stades copépodites C5 de Calanus finmarchicus, à des endroits prévisibles, année après année.Il est probable que l’habitat essentiel en eaux canadiennes est de nature saisonnière. L’abondance de baleines noires et les concentrations des stades copépodites C5 de C. finmarchicusatteignent un pic à la fin de l’été et au début de l’automne dans la baie de Fundy et sur le plateau néo‑écossais. Si de nouvelles données sont recueillies prouvant qu’une aire en eaux canadiennes soutient une activité ou un comportement (non alimentaire) essentiel au cycle de vie, on pourra réexaminer la définition de l’habitat essentiel afin de déterminer si elle devrait être élargie.

1.9.2.  Parcelles d’habitat essentiel

Le bassin de Grand Manan a été identifié comme un habitat essentiel des baleines noires. Les conditions du bassin correspondent aux caractéristiques de l’habitat essentiel décrites ci‑dessus, dans la mesure où le bassin attire les plus fortes concentrations de copépodes de la baie de Fundy(voir la section 1.4.5). En bordure, le bassin atteint environ 100 m de profondeur, tandis qu’au centre, sa profondeur maximale est d’à peu près 200 m. Toute cette région est exposée à de fortes marées. La topographie et le mouvement des masses d’eau du bassin de Grand Manan favorisent les concentrations de la population résidente de copépodes. Chaque année, la zone du bassin est fréquentée par un nombre substantiel de baleines noires et, certaines années, jusqu’aux deux tiers de la population connue sont observés dans cette région. De nombreuses paires femelle‑baleineau sont observées dans la baie de Fundy et une partie de ces femelles amènent régulièrement leur baleineau dans la baie. Une grande proportion des études relatives à l’habitat de la baleine noire réalisées dans les eaux canadiennes, l’ont été dans le bassin de Grand Manan et aux alentours. Cette région a déjà été reconnue comme une importante aire de rassemblement des baleines noires lorsqu’elle a été désignée aire de conservation de la baleine noire dans la baie de Fundy (figure 1). 

La figure 4 montre les limites de l’habitat essentiel qui doit être protégé en vertu de la LEP (article 58).

Figure 4. Limites de l’habitat essentiel de la baleine noire de l’Atlantique Nord, aux termes de la LEP, dans le bassin de Grand Manan. (Carte établie par la Division de la gestion côtière et des océans du MPO).

Figure 4. Limites de l’habitat essentiel de la baleine noire de l’Atlantique Nord, aux termes de la LEP, dans le bassin de Grand Manan. (Carte établie par la Division de la gestion côtière et des océans du MPO).

Les données accessibles sur les observations et l’analyse des observations par unité d’effort (OPUE) ont constitué l’essentiel de l’information utilisée pour affiner l’avis fourni dans l’EPR et établir les limites de l’habitat essentiel, en raison des contraintes imposées par les données sur l’abondance et la répartition des proies, en particulier à l’échelle régionale. On estime que l’aire de répartition des observations de baleines noires de l’Atlantique Nord donne une indication raisonnable de la situation de l’aire de répartition des proies de cette espèce, qui à son tour est le meilleur indicateur disponible des endroits présentant des conditions favorables à la concentration de proies. Les zones de concentration de baleines noires de l’Atlantique Nord, qui ont été observées sur une base interannuelle prévisible, coïncideront vraisemblablement avec les aires de concentration de proies prévisibles d’année en année. Ces zones sont donc également susceptibles de posséder les conditions nécessaires pour favoriser la concentration de proies de la baleine noire à des endroits prévisibles, année après année. Les limites englobent la concentration la plus élevée d’OPUE (NEAq) et représentent environ 90 % des observations de baleines noires dans la baie de Fundy, toutes sources confondues (voir la figure 2). Pour des raisons d’efficacité administrative, des coordonnées et une forme simples ont été choisies. À mesure qu’on disposera de meilleures données scientifiques, on réexaminera et on mettra à jour les limites pour prendre en compte la meilleure information disponible.

Le bassin Roseway, dans le sud-ouest du plateau néo‑écossais, est une autre zone de rassemblement importante, où l’on a observé des baleines noires en train de se nourrir et de socialiser. Il est arrivé que l’on voie des femelles et leur baleineau dans cette zone, mais rarement. Comme le bassin de Grand Manan, ce bassin est désigné aire de conservation de la baleine noire depuis 1993 (figure 1). Bien que l’importance du bassin Roseway pour les baleines noires ait été reconnue dans l’EPR, il n’a pas été possible de déterminer si ce bassin correspondait aux caractéristiques de l’habitat essentiel définies à la section 1.9.1 puisqu’on ne dispose pas d’information détaillée sur la concentration des proies.

Toutefois, suite à l’EPR, le MPO a entrepris un programme de travaux concertés dans le bassin Roseway afin de combler les lacunes dans les données et d’établir si ce bassin est un habitat essentiel potentiel. Le programme de recherche se poursuivait au moment de l’achèvement du présent programme de rétablissement. Il a toutefois permis de recueillir des données provisoires. Les analyses préliminaires des données hydrographiques et des données sur la distribution des proies étayent la conclusion voulant que le bassin Roseway réponde aux critères de l’habitat essentiel de la baleine noire. Au vu des données disponibles, on a désigné dans le présent programme de rétablissement une aire d’habitat essentiel dans le bassin Roseway (voir la figure 5). Les limites de cette aire ont été choisies de sorte à coïncider avec les limites de la zone à éviter (ZAE) désignée par l’Organisation maritime internationale (OMI; voir la section 2.7.1). Ces limites ont été choisies en grande partie en raison des OPUE élevées dans le secteur, qui ont également été utilisées comme indicateurs pour l’identification des parcelles d’habitat essentiel dans le bassin de Grand Manan (voir ci‑dessus). Les limites de la ZAE sont efficaces sur deux autres plans : elles forment un polygone simple et la ZAE sera indiquée sur les nouvelles cartes hydrographiques diffusées par le Service hydrographique du Canada. Il sera peut-être nécessaire, cependant, de préciser les limites géospatiales de l’habitat essentiel lorsque les recherches en cours seront terminées et que tous les travaux auront été évalués par les pairs.

Figure 5. Limites de l’habitat essentiel de la baleine noire de l’Atlantique Nord, aux termes de la LEP, dans le bassin Roseway. (Carte établie par la Division de la gestion côtière et des océans du MPO).

Figure 5. Limites de l’habitat essentiel de la baleine noire de l’Atlantique Nord, aux termes de la LEP, dans le bassin Roseway. (Carte établie par la Division de la gestion côtière et des océans du MPO).

Un calendrier d’études pour la collecte des renseignements requis pour combler les lacunes dans les connaissances sur les besoins en matière d’habitat essentiel de la baleine noire de l’Atlantique Nord est dressé au tableau 1. Il inclut l’achèvement des activités de recherche décrites ci‑dessus visant à évaluer l’étendue de l’habitat essentiel dans le bassin Roseway, une priorité élevée qui doit être abordée durant le processus d’établissement du plan d’action.

Il se peut qu’il existe d’autres parcelles d’habitat essentiel de la baleine noire, mais des données détaillées ne sont pas disponibles pour les évaluer. Il est important de reconnaître que la baleine noire est une espèce migratrice et qu’elle doit pouvoir aller et venir librement dans les parcelles de son habitat essentiel. L’accès à ces parcelles d’habitat en eaux canadiennes requiert des couloirs de migration et de déplacement. En outre, il doit exister un nombre suffisant de parcelles d’habitat essentiel pour assurer la persistance d’une population rétablie et non seulement maintenir l’abondance à son niveau actuel. Le calendrier des études dressé au tableau 1 inclut des activités de recherche qui devraient permettre de déterminer si d’autres aires constituent un habitat essentiel de l’espèce.

1.9.3.  Calendrier des études visant à désigner l’habitat essentiel

Les activités de recherche énumérées au tableau 1 ciblent des lacunes importantes dans les connaissances sur les exigences de la baleine noire en matière d’habitat lors de son séjour saisonnier dans les eaux canadiennes. Pour chaque activité, le niveau de priorité, les partenaires éventuels et le délai prévu sont précisés. On prévoit que la mise en œuvre des activités indiquées dans le calendrier suivant fournira des renseignements qui permettront, à terme, de localiser de nouvelles zones d’habitat essentiel pour la baleine noire.

Tableau 1. Calendrier des études visant à identifier l’habitat essentiel de la baleine noire de l’Atlantique Nord dans les eaux canadiennes

Activités de recherchePrioritéDébutDélai prévu (an)
  200712 345
Désignation de l’habitat essentiel       
Évaluer l’aire de répartition des proies dans le bassin Roseway pour préciser les limites de l’habitat essentiel.PrincipaleEn coursxxx  
Évaluer l’aire de répartition des proies dans le bassin de Grand Manan et les zones avoisinantes pour préciser les limites de l’habitat essentiel.PrincipaleEn coursxxxxx
Évaluer le potentiel de certaines aires à l’extérieur de la région de Scotia‑Fundy à titre d’habitats essentiels (p. ex. région de la Gaspésie dans le golfe du Saint‑Laurent)SecondaireEn coursxxxxx
Déterminer les voies de migration de la baleine noire vers l’intérieur et vers l’extérieur des eaux canadiennes durant sa migration annuelle et évaluer les voies de migration pour savoir si elles constituent un habitat essentiel.SecondaireEn coursxxxxx

D’autres priorités de recherche reliées à l’habitat de la baleine noire au Canada sont décrites dans la section 2.5.3 de ce document.

Remarque : Les intervenants suivants pourraient compter parmi les partenaires éventuels pour les activités susmentionnées :

Ministère des Pêches et des Océans

Université Dalhousie

Université Memorial de Terre-Neuve

Canadian Whale Institute

Centre de recherche sur la vie marine de Grand Manan

New England Aquarium

National Marine Fisheries Service

Représentants des Autochtones

Autres organisations de recherche ou organisations environnementales non gouvernementales

1.9.4.  Activités menaçant l’habitat essentiel

Selon l’EPR, les activités qui pourraient entraîner la détérioration ou la destruction de l’habitat essentiel de la baleine noire incluent l’exploration et la production pétrolières et gazières, la production d’énergie à l’aide de marées ou de courants, la production de bruit de forte intensité, la contamination et d’autres activités qui perturbent l’habitat d’une manière qui nuit à l’abondance des proies. Le changement climatique et les espèces envahissantes sont également considérés comme des menaces potentielles à l’habitat essentiel. Le fait qu’une activité particulière entraîne ou non la destruction de l’habitat essentiel dépend fortement de l’intensité et de l’ampleur de l’activité (dans le temps et l’espace), de la manière dont elle est exécutée et des mesures d’atténuation appliquées. On considère qu’une activité détruit l’habitat essentiel de la baleine noire lorsqu’elle détruit la fonctionnalité de cet habitat, soit en modifiant systématiquement les caractéristiques océanographiques et bathymétriques qui favorisent la concentration des proies, soit en privant continuellement les baleines de l’accès aux parcelles