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Programme de rétablissement de la baleine noire (Eubalaena glacialis) de l’Atlantique Nord dans les eaux canadiennes de l’Atlantique

2. Rétablissement (suite)

2.4. Indicateurs de rendement

Des indicateurs de rendement mesurables sont une composante essentielle des plans d’action pour le rétablissement de la baleine noire dans la mesure où ils permettent d’évaluer le succès des activités de rétablissement par rapport au but de rétablissement établi pour l’espèce. Un ensemble d’indicateurs de progrès a été conçu pour chacun des sept objectifs de rétablissement. À ce stade, nombre d’indicateurs témoignent des lacunes actuelles dans les connaissances sur les baleines noires, et des recherches doivent être menées pour combler ces lacunes. Le programme et les plans d’action pour le rétablissement seront examinés à intervalles réguliers, et les indicateurs de progrès devraient être ajustés afin de tenir compte des nouvelles connaissances. Les indicateurs présentés au tableau 2 sont donc préliminaires et pourraient être modifiés au fil de l’approfondissement des connaissances et de la mise en œuvre des plans d’action.

Tableau 2. Liste des indicateurs généraux visant à faciliter la détermination des progrès réalisés en termes de rétablissement. Chaque ensemble d’indicateurs correspond à un objectif de rétablissement particulier pour la baleine noire de l’Atlantique Nord dans les eaux canadiennes.

But de rétablissement :

Une tendance à la hausse de l’abondance sur trois générations.

 

Objectif de rétablissementIndicateurs de progrèsIndicateurs de rendement

Objectif 1 :

Réduire le nombre de baleines noires tuées ou blessées à la suite de collisions avec des navires.

 

        Les stratégies de gestion et les options de réduction des risques ont été évaluées et des mesures appropriées ont été prises.

        Une base de données sur la circulation maritime est tenue à jour et les zones à risque ont été identifiées.

        Le taux d’interaction dans les eaux canadiennes est à la baisse.

        Le risque d’interaction navires-baleines et les mesures d’atténuation font régulièrement l’objet d’une analyse.

Objectif 2 :

Réduire le nombre de baleines noires tuées ou blessées à la suite d’interactions avec des engins de pêche (enchevêtrement ou piégeage).

 

 

        Les interactions possibles et connues entre les baleines noires et toutes les activités de l’industrie de la pêche sont identifiées, surveillées et documentées.

        Les stratégies de gestion et les options de réduction des interactions ont été évaluées et classées par ordre de priorité avec l’industrie de la pêche.

        Le réseau de désenchevêtrement des animaux marins est en place.

        Le taux d’interaction dans les eaux canadiennes est à la baisse.

        Le risque d’interaction engins-baleines et les mesures d’atténuation font régulièrement l’objet d’une analyse.

        Les pêcheurs dont les engins présentent un risque élevé pour les baleines participent davantage aux efforts d’atténuation.

        Des efforts possibles pour déprendre les animaux marins sont menés.

Objectif 3 :

Réduire le nombre de baleines noires blessées ou perturbées par des navires, des contaminants ou d’autres formes de dégradation de l’habitat.

 

 

        Les menaces possibles et connues pour l’habitat ont été identifiées et documentées.

        Les mesures d’atténuation visant à réduire les effets négatifs connus des activités humaines sur la qualité de l’habitat  ont été évaluées et mises en œuvre.

 

        L’évaluation des effets des contaminants sur les baleines noires est terminée.

        Les bruits dommageables dans l’habitat de la baleine noire sont maintenus à des niveaux acceptables et ne dépassent pas les durées acceptables.

        Les effets des activités humaines sur l’approvisionnement en nourriture sont connus et réduits dans la mesure du possible.

Objectif 4 :

Surveiller la population de baleines noires et les menaces auxquelles elle fait face.

 

        Des activités de surveillance de la population sont menées régulièrement.

        Les menaces existantes et émergentes font l’objet d’une surveillance régulière.

        Les observations récentes et historiques sont compilées et mises à jour.

        Les connaissances tirées des activités de surveillance sont mises à la disposition d’une vaste gamme de groupes d’utilisateurs.

 

        L’information recueillie dans le cadre des programmes de surveillance est diffusée.

        Des tribunes sont organisées régulièrement pour discuter des résultats des travaux de surveillance.

        Des autopsies sont effectuées dans la mesure du possible.

Objectif 5 :

Approfondir, par le biais de recherches, les connaissances sur les caractéristiques du cycle de vie, le faible taux de reproduction et l’habitat de la baleine noire, ainsi que sur les facteurs qui menacent le rétablissement de l’espèce.

 

        Les lacunes les plus importantes dans les connaissances ont été comblées.

        Les connaissances tirées des activités de recherche sont mises à la disposition d’une vaste gamme de groupes d’utilisateurs.

        Les études visant à déterminer les habitats essentiels ont été achevées.

 

        Les résultats des recherches sont publiés.

        Des tribunes sont organisées régulièrement pour discuter des résultats des recherches et de l’atténuation des menaces.

        L’habitat essentiel dans les eaux canadiennes est identifié et protégé.

Objectif 6 :

Appuyer et promouvoir la collaboration entre les organismes gouvernementaux, les groupes autochtones, les universités, les organisations non gouvernementales de l’environnement, les collectivités côtières et les organismes internationaux afin d’assurer le rétablissement de la baleine noire.

 

 

        Les parties intéressées se réunissent régulièrement pour discuter de la conservation de la baleine noire.

        Les Autochtones participent aux efforts de conservation de la baleine noire.

        Le Canada participe aux discussions internationales et bilatérales visant à promouvoir la protection et le rétablissement de la baleine noire.

        Des efforts ont été entrepris afin de coordonner les recherches menées par les diverses autorités compétentes de l’Atlantique Nord.

 

        La réussite de la mise en œuvre des activités de conservation de la baleine noire augmente.

        Des ententes de coopération bilatérales et multilatérales ont été conclues afin de faire progresser les travaux de conservation et de recherche axés sur la baleine noire.

Objectif 7 :

Élaborer et mettre en œuvre des activités de sensibilisation et d’intendance qui favorisent le rétablissement.

 

 

        Des programmes de sensibilisation sont en cours pour cibler les principaux groupes d’utilisateurs, le gouvernement et le grand public.

        L’efficacité des efforts de sensibilisation fait l’objet d’une évaluation.

        Le public peut signaler des baleines mortes, échouées, piégées ou enchevêtrées.

 

        La sensibilisation et l’appui aux activités de rétablissement augmentent de façon notable.

        Les principaux groupes d’utilisateurs travaillent à l’élaboration et à la mise en œuvre des meilleures pratiques (intendance).

        Les urgences liées aux baleines noires sont signalées rapidement.

2.5. Lacunes dansles connaissances

Il existe un certain nombre de lacunes dans nos connaissances sur la baleine noire dans les eaux canadiennes. Ces lacunes portent sur la biologie et l’écologie de l’espèce, sur ses exigences en matière d’habitat et sur les menaces auxquelles elle pourrait faire face. Les sous‑sections suivantes présentent une liste de mesures nécessaires pour combler les différentes lacunes.

2.5.1.  Menaces

  1. Évaluer les techniques d’atténuation existantes ou potentielles qui permettent de réduire le nombre de collisions avec des navires dans l’habitat de la baleine noire de l’Atlantique Nord au Canada.
  2. Déterminer les mécanismes intervenant dans la réaction des baleines noires aux navires, p. ex. la capacité d’évitement des collisions avec des navires, en vue de mettre au point des mesures d’atténuation.
  3. Établir la nature des enchevêtrements et évaluer diverses techniques d’atténuation, comme la modification des engins de pêche, susceptibles de réduire le nombre de cas de piégeage et d’enchevêtrement de la baleine noire dans des engins de pêches en eaux canadiennes (pêches existantes et nouvelles).
  4. Déterminer le chevauchement spatiotemporel entre les baleines noires et les engins de pêche pour faciliter l’élaboration de mesures d’atténuation potentielles.
  5. Déterminer les mécanismes de réaction des baleines noires aux stimuli acoustiques et définir les effets dommageables pour faciliter l’élaboration de mesures d’atténuation potentielles.
  6. Déterminer les teneurs en contaminants présentes chez les baleines noires et les sources de contaminants dans leur habitat canadien.
  7. Déterminer dans quelle mesure les activités récréatives et de recherche peuvent avoir des effets dommageables et établir des seuils pour faciliter l’élaboration de mesures d’atténuation.
  8. Étudier et évaluer la menace potentielle d’agents pathogènes.

2.5.2.  Écologie et biologie

  1. Déterminer pourquoi le taux de reproduction est faible.
  2. Étudier l’aire de répartition et l’abondance de la population à l’extérieur des deux zones de concentration connues de la baleine noire dans les eaux canadiennes.
  3. Étudier le mécanisme de reproduction de la baleine noire ainsi que les facteurs qui limitent le succès de reproduction.
  4. Étudier la condition physiologique des baleines noires en rapport avec leur performance de reproduction.
  5. Étudier la variabilité croissante de la production annuelle de baleineaux et de l’intervalle de temps entre chaque baleineau.
  6. Obtenir une estimation fiable de l’abondance historique de la population (avant que l’espèce soit chassée) en vue d’établir une cible de rétablissement.
  7. Recueillir les connaissances traditionnelles pertinentes des Autochtones du Canada.

2.5.3.  Habitat

  1. Localiser tout habitat essentiel supplémentaire dans les eaux canadiennes.
  2. Déterminer les facteurs et les indicateurs qui ont une incidence sur les préférences en matière d’habitat ou sur l’utilisation de l’habitat.
  3. Localiser les zones d’hivernage fréquentées par les mâles et les femelles qui ne sont pas sur le point de donner naissance.
  4. Localiser les sites d’allaitement à l’extérieur de la baie de Fundy.
  5. Déterminer l’aire de répartition et les concentrations des proies dans les eaux de l’Est canadien, ainsi que leur relation avec l’aire de répartition annuelle des baleines noires.
  6. Relever et modéliser les processus océanographiques qui ont une incidence sur la répartition spatiale et temporelle de la baleine noire dans les eaux canadiennes.

2.6. Énoncé surl’élaboration du ou des plans d’action pour le rétablissement

Les plans d’action sont les documents qui décrivent les modalités de mise en œuvre des programmes de rétablissement. Ils sont établis à partir des recommandations formulées dans le programme de rétablissement, considérées individuellement ou globalement, et précisent qui doit prendre part à chacune des mesures proposées et dans quelle mesure.

On s’attend à ce que le plan d’action pour la mise en œuvre du programme de rétablissement de la baleine noire comporte plusieurs chapitres. Le premier chapitre sera élaboré dans les deux ans qui suivent la diffusion du présent programme et le second, au plus tard cinq ans après. Pour l’heure, deux priorités d’action ont été établies : passer en revue la désignation du bassin Roseway comme habitat essentiel à la lumière des résultats des travaux en cours, et aborder les interactions potentielles entre les baleines noires et les engins de pêche.

Entre-temps, une grande partie des stratégies proposées dans le présent document peuvent être entamées. La mise en œuvre du rétablissement pourra donc constituer une activité continue même en l’absence d’un plan d’action officiel. De plus, les auteurs du programme de rétablissement reconnaissent la nécessité d’une gestion adaptative. Cela signifie qu’au fur et à mesure que de nouveaux renseignements sont obtenus, on pourra modifier les mesures de rétablissement.

2.7.  Mesures parachevées ou en cours

Au cours des 20 dernières années, des organisations gouvernementales et non gouvernementales ont entrepris un grand nombre d’efforts de recherche, de conservation, d’intendance, de sensibilisation et de rétablissement axés sur la baleine noire. L’Équipe de rétablissement de la baleine noire a été créée en 1997 et a publié un plan de rétablissement en 2000. Ce plan décrivait les principaux problèmes auxquels fait face la baleine noire ainsi que les recherches et les mesures nécessaires pour encourager son rétablissement (WWF-MPO, 2000). Un grand nombre des mesures proposées dans ce plan ont été menées à bien ou sont en cours. Les sous‑sections suivantes donnent un aperçu des mesures prises à ce jour et présentent des détails et références relatifs à plusieurs études décrites à la section 1 (Contexte).

2.7.1.  Atténuation des menaces

Le Programme d’intendance de l’habitat (PIH) a fourni un soutien financier à divers projets axés sur la baleine noire au Canada atlantique et favorise la participation directe d’un grand nombre de groupes de l’industrie, de groupes communautaires et d’individus qui participent aux efforts de rétablissement. Les projets financés ont compris notamment la collecte de données d’observation de baleines noires aux fins de l’élaboration d’activités d’atténuation particulières, avec des industries ou des groupes d’utilisateurs, au profit des baleines noires.

Dans les eaux canadiennes, deux zones où les baleines noires de l’Atlantique Nord se rassemblent ont été désignées « zones de conservation » par le ministère des Pêches et des Océans en 1993 : la zone située dans le bassin de Grand Manan à l’embouchure de la baie de Fundy et celle du bassin Roseway dans la partie ouest du plateau néo‑écossais. L’objectif général de cette désignation non réglementaire, qui a été ajoutée aux cartes de navigation les plus utilisées, est de sensibiliser les navigateurs aux baleines noires. Jusqu’à maintenant, la réalisation la plus importante en termes de conservation au Canada est l’adoption des modifications proposées au système de séparation du trafic de la baie de Fundy de l’Organisation maritime internationale (OMI) en 2002, suivie en 2003 du déplacement du système d’une zone très fréquentée par les baleines noires à une zone moins fréquentée. Ces travaux dirigés par des partenaires externes et soutenus par Transports Canada ont permis de réduire la probabilité relative de collisions accidentelles d’environ 80 %. Le Service hydrographique du Canada et la Garde côtière canadienne ont apporté avec succès les modifications proposées aux cartes de navigation, aux avis aux navigateurs, aux instructions nautiques et aux procédures liées à la circulation maritime. En 2007, Transports Canada a soumis une autre proposition à l’OMI en vue de la désignation d’une zone à éviter sur une base saisonnière dans le bassin Roseway. Cette zone devrait être évitée par tous les navires dont la jauge brute est égale ou supérieure à 300 tonneaux. Le Comité de la sécurité maritime de l’OMI a adopté cette mesure en octobre 2007 et a recommandé la désignation du bassin Roseway à titre de « zone à éviter saisonnière » (coordonnées 43° 16’ N 064° 55’ O; 42° 47’ N 064° 59’ O; 42° 39’ N 065° 31’ O; 42° 52’ N 066° 05’ O), et cette mesure a été mise en œuvre en mai 2008.

La sensibilisation des exploitants de navires marins est une grande priorité de l’équipe de rétablissement afin de réduire le nombre de collisions accidentelles et la perturbation des baleines noires de l’Atlantique Nord, particulièrement dans les habitats essentiels, c.-à-d. le bassin de Grand Manan et le bassin Roseway. Des mentions dans l’Avis annuel aux navigateurs, les Instructions nautiques, des affiches dans la timonerie, les brochures éducatives et les alertes saisonnières aux baleines de la Garde côtière canadienne visent à atteindre cet objectif. Le but est d’inciter les navigateurs à éviter les deux zones de conservation dans la mesure du possible et de fournir à la communauté maritime des directives sur le comportement à adopter en présence de baleines.

Une organisation sans but lucratif qui travaille avec des organisateurs d’excursions pour l’observation de baleines a établi un code d’éthique afin de réduire au minimum les répercussions des activités d’observation des baleines sur les baleines noires. Toutes les entreprises d’observation des baleines dans la baie de Fundy ont accepté le code établi et les travaux se poursuivent pour l’appliquer dans l’ensemble de la baie. Les exploitants d’entreprises en écotourisme et d’observation de baleines ont adopté des codes d’éthique semblables pour réduire les interactions avec les grosses baleines, y compris les baleines noires.

Un protocole a également été établi pour libérer les baleines enchevêtrées dans des engins de pêche. Il existe plusieurs groupes de premiers intervenants en eaux canadiennes. En plus du Centre de recherche sur la vie marine de Grand Manan et d’autres groupes en Nouvelle‑Écosse, une équipe de bénévoles, la Campobello Whale Rescue Team, intervient lorsque des baleines s’enchevêtrent dans des engins de pêche au Canada (principalement à l’embouchure de la baie de Fundy) et collabore avec les groupes de sauvetage des États-Unis au Provincetown Center for Coastal Studies et au New England Aquarium.

En 2006, un nombre relativement élevé de baleines noires est demeuré à proximité des côtes du sud‑ouest du Nouveau‑Brunswick jusque tard à l’automne. Des mesures de gestion réactive ont été élaborées en collaboration avec des associations de pêcheurs, le MPO, des scientifiques et les groupes environnementaux concernés afin de permettre le déroulement de la pêche au homard dans les zones de pêche du homard (ZPH) 36 et 38 tout en assurant une protection raisonnable des baleines. En même temps, un code de conduite a également été élaboré à l’intention des pêcheurs pratiquant la pêche à proximité de baleines noires. En 2007, en collaboration avec les mêmes groupes, le bureau de secteur du sud‑ouest du Nouveau‑Brunswick a élaboré une stratégie proactive d’atténuation avant le début de la saison du homard afin de réduire le risque d’interaction entre les baleines noires et les pêcheurs de homard dans les ZPH 36 et 38. Pour sa part, la Grand Manan Fishermen’s Association a ouvert une ligne téléphonique accessible 24 heures sur 24 pour enregistrer et communiquer les données recueillies sur l’emplacement des baleines noires. De plus, le Fonds mondial pour la nature (Canada) et le MPO ont entrepris d’évaluer, en collaboration avec l’industrie de la pêche, diverses options qui permettraient de réduire la probabilité d’enchevêtrement dans les engins de pêche, notamment l’essai d’une panoplie d’engins de pêche modifiés.

Divers efforts déployés dans la région des Maritimes visent à fournir un cadre écosystémique intégré et concerté pour la gestion des océans, notamment l’Initiative en matière de planification des ressources marines du sud-ouest du Nouveau-Brunswick et l’Initiative de gestion intégrée de l’est du plateau néo-écossais (GIEPNE). Une foule d’intervenants et d’autorités de réglementation participent à ces initiatives qui offrent une tribune pour l’élaboration et la mise en œuvre d’objectifs et d’indicateurs écosystémiques destinés à orienter la gestion d’une gamme d’activités, y compris des activités qui ont des incidences sur la baleine noire.

2.7.2.  Recherche

Des chercheurs du New England Aquarium (Boston, MA) et leurs collaborateurs continuent de surveiller les baleines noires dans les eaux canadiennes chaque année en août et en septembre, dans le bassin de Grand Manan à l’embouchure de la baie de Fundy et dans le bassin Roseway sur le plateau néo‑écossais. Aux relevés réguliers en bateau s’ajoutent parfois des relevés aériens. Les chercheurs surveillent la taille de la population et la survie des baleineaux, en plus de recueillir des échantillons de peau, de graisse et de fèces pour les études sur la génétique, les contaminants, les hormones et le cycle vital.

Les photographies de baleines noires prises durant les recherches ainsi que les études de surveillance sont utilisées pour identifier des baleines particulières à l’aide de leurs marques caractéristiques. Les photographies prises dans le cadre de nombreuses études sont compilées et archivées dans un vaste catalogue et une base de données au New England Aquarium. Le catalogue permet aux chercheurs d’utiliser ces données pour surveiller les paramètres liés au cycle de vie (naissances, morts, succès de reproduction, régimes d’utilisation de l’habitat et abondance) et le taux de blessures dues à l’humain chez les baleines noires.

Les projets de recherche conjointe en cours à la Station biologique de St. Andrews comprennent une évaluation de la réaction des baleines noires à l’activité des navires, la création d’une base de données sur les observations de baleines sur la côte est et des efforts visant à connaître l’aire de répartition et l’habitat des baleines noires dans les eaux canadiennes. Une formation sur l’identification des baleines est offerte aux membres de l’industrie marine, p. ex. aux naturalistes spécialisés dans l’observation des baleines et aux autres navigateurs œuvrant dans la baie de Fundy qui prennent l’initiative de signaler les baleines noires observées, dans le but d’augmenter le nombre de données d’observation au début et à la fin de la saison. On pense que ces programmes d’intendance pourraient mener à la découverte de nouvelles zones fréquentées par la baleine noire, outre la zone bien connue dans le bassin de Grand Manan.  

Le MPO et l’Université Dalhousie réalisent actuellement un projet visant à évaluer le risque d’enchevêtrement de baleines noires dans des engins de pêche dans la baie de Fundy. L’analyse porte sur l’identification des pêches et des secteurs d’engins qui présentent le plus grand risque pour les baleines noires. Les résultats seront utilisés pour conseiller l’industrie et les gestionnaires des pêches sur les mesures qui permettraient de réduire au minimum le risque pour les baleines noires tout en évitant le plus possible de perturber les pêches commerciales dans la région. En 2004-2005, le Fonds mondial pour la nature (WWF) a tenu des réunions avec des représentants de l’industrie et a préparé un document de travail sur les options possibles pour réduire le nombre de cas d’enchevêtrement dans des engins de pêche. Ces efforts concertés du Fonds mondial pour la nature (Canada) ont repris en 2007 grâce au soutien du Programme d’intendance de l’habitat (PIH) et d’autres sources de financement, et ont mis l’accent sur la collaboration avec l’industrie de la pêche pour élaborer et appliquer des solutions propres à réduire le nombre d’incidents d’enchevêtrement des baleines noires. Le Fonds mondial pour la nature (Canada), en collaboration avec des océanographes de l’Université Dalhousie, a financé les travaux d’un boursier de recherches postdoctorales. Ces travaux portent sur l’analyse quantitative de l’aire de répartition de la baleine noire et du risque associé aux activités de pêche dans les eaux canadiennes.

L’Université Dalhousie, en collaboration avec plusieurs partenaires, évalue la circulation maritime et les probabilités de collisions entre des navires et des baleines noires le long de la côte de l’Amérique du Nord. Ce projet comprend la compilation des données spatiales et temporelles disponibles sur les navires et les baleines noires afin de relever les zones où le risque de collisions est le plus élevé et de déterminer l’efficacité des mesures d’atténuation, p. ex. la désignation du bassin Roseway comme « zone à éviter saisonnière ». Les résultats appuieront la recherche et l’élaboration de stratégies de gestion avec la communauté maritime.

2.8. Activités autorisées

Le présent programme de rétablissement ne recourt pas au paragraphe 83(4) de la LEP pour exempter qui que ce soit des dispositions de la LEP qui se rapportent à la baleine noire.

2.9. Conflits ou défis prévus

Bien que des progrès importants aient été réalisés pour remédier aux lacunes dans les connaissances au cours des dernières années, il est acquis que les efforts de recherche doivent se poursuivre et que leur nombre doit croître. Ces lacunes en ce qui concerne plusieurs aspects importants de l’espèce et les méthodes qui permettraient d’atténuer les menaces, constituent l’un des principaux défis liés au rétablissement de la baleine noire. Deux grands impératifs sont encore associés à ce défi : un apport suivi de ressources et un réseau de partenaires disposant de possibilités de financement stables. Ces conditions sont indispensables pour combler les lacunes dans les connaissances, mettre en œuvre des stratégies de rétablissement et intervenir en cas d’urgences liées à la baleine noire, et c’est pourquoi l’on a pris soin de préciser dans ce document les domaines qui réclament un surcroît de connaissances et de ressources.

Les habitudes migratoires et pélagiques de l’espèce présentent un autre défi important dans le contexte de la mise en œuvre intégrale des stratégies de rétablissement. Le rétablissement de la baleine noire nécessitera une collaboration et une coopération internationales importantes afin de réduire ou d’éliminer les effets négatifs des activités humaines dans l’ensemble de l’aire de répartition de l’espèce.

Les études et les mesures d’intendance ciblées qui seront réalisées durant la mise en œuvre du programme de rétablissement devraient permettre de mieux comprendre les éléments nécessaires au maintien d’une population viable de baleines noires dans l’Atlantique (et donc le rétablissement de celle‑ci). La réussite des mesures de rétablissement doit être évaluée en tenant compte de cibles de rétablissement à long terme. En dépit des lacunes actuelles, il est possible et souhaitable de prendre certaines mesures pour atteindre les grands objectifs définis dans le présent document. L’approche itérative et adaptative du programme de rétablissement signifie que les mesures d’atténuation et de rétablissement seront définies et affinées au fur et à mesure de l’acquisition des connaissances.