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Programme de rétablissement de la baleine noire (Eubalaena glacialis) de l’Atlantique Nord dans les eaux canadiennes de l’Atlantique

Résumé

La baleine noire de l’Atlantique Nord (Eubalaena glacialis) est un grand cétacé(pouvant atteindre 17 m), de peau généralement noire, parfois tachetée de blanc sur le ventre, sans nageoire dorsale. Les baleines noires ont déjà été répandues dans les eaux tempérées de l’ouest de l’Atlantique, mais elles ont été décimées par la chasse à la baleine. Aucun calcul des effectifs de la population de baleines noires de l’Atlantique Nord n’a été fait, mais une estimation faite en2003 la chiffrait à 322. On croit qu’elle compte 350 individus à l’heure actuelle.Les baleines noires de l’Atlantique Nord sont protégées de par leur inscription à la liste de l’annexe 1, partie 2, de la Loi sur les espèces en péril (LEP).

Animal migrateur, la baleine noire de l’Atlantique Nord se déplace le long de la côte est de l’Amérique du Nord, principalement depuis l’est de la Floride jusqu’au golfe du Saint-Laurent et à Terre-Neuve. Le rôle du Canada dans la protection des baleines noires de l’Atlantique Nord et la promotion de leur rétablissement est crucial, parce qu’une très forte proportion de l’effectif actuel passe la totalité ou une partie de l’été et de l’automne dans les eaux canadiennes. On peut voir des baleines noires de l’Atlantique Nord en train de se nourrir et de socialiser à l’embouchure de la baie de Fundy et dans le bassin Roseway, dans la partie ouest du plateau néo-écossais.Depuis 1980, la baie de Fundy est inventoriée annuellement par des chercheurs. Les baleines noires de l’Atlantique Nord se nourrissent de divers organismes, mais semblent plus particulièrement privilégier le copépode Calanus finmarchicus.

Depuis que la chasse à la baleine a pris fin, les collisions avec des navires et les enchevêtrements dans des engins de pêche fixes constituent les facteurs les plus évidents ayant un effet négatif sur le taux de croissance de la population de baleines noires de l’Atlantique Nord. La plupart des secteurs fortement fréquentés par les baleines noires dans l’ouest de l’Atlantique Nord sont situés à l’intérieur ou aux abords des grands couloirs de navigation menant à des ports de l’est des États‑Unis et du Canada. Des mesures d’intendance qui permettent de réduire la menace de collisions avec des navires en eaux canadiennes ont été adoptées, tel l’évitement des aires de regroupement de baleines. Il a été établi que les cordages verticaux et horizontaux des engins de pêche fixes (filets maillants et casiers) sont les plus souvent en cause dans les enchevêtrements de baleines noires de l’Atlantique Nord. Des programmes actifs d’intervention d’urgence et des programmes de désenchevêtrement existent tant au Canada qu’aux États-Unis, quoique le programme américain soit mieux financé et de portée plus vaste. La dégradation de l’habitat peut également contribuer à ralentir le rétablissement de la population de baleines noires de l’Atlantique Nord. Les habitudes migratoires et pélagiques de l’espèce présentent un défi important dans le contexte de la mise en œuvre intégrale de toutes les stratégies de rétablissement. Le rétablissement de la baleine noire de l’Atlantique Nord nécessitera une collaboration et une coopération internationales importantes afin d’atténuer les effets négatifs des activités humaines dans l’ensemble de l’aire de répartition de l’espèce. 

En février 2007, le secteur des Sciences du MPO a effectué une évaluation du potentiel de rétablissement (EPR) de la baleine noire de l’Atlantique Nord, qui s’est soldée par la délimitation du bassin de Grand Manan, situé dans la baie de Fundy, comme un habitat essentiel de la baleine noire au sens de la LEP. Ce secteur a été reconnu dans le passé comme une zone importante de regroupement des baleines noires de l’Atlantique Nord, et cette observation a mené à la désignation de la zone de conservation des baleines noires dans la baie de Fundy. Le bassin Roseway, dans la partie sud-ouest du plateau néo-écossais, une autre zone de regroupement importante des baleines noires de l’Atlantique Nord, est aussi une zone de conservation désignée. Bien que les données disponibles lors de l’EPR étaient insuffisantes pour permettre de déterminer si cette zone constitue aussi un habitat essentiel pour l’espèce, les résultats préliminaires des recherches lancées suite à l’EPR portent à croire que le bassin Roseway répond aux critères de l’habitat essentiel de la baleine noire et il a donc été identifié comme habitat essentiel dans le programme de rétablissement. Les limites provisoires de cet habitat ont été choisies de façon à coïncider avec la zone à éviter (ZAE) désignée par l’Organisation maritime internationale (OMI, voir la section 2.7.1). Un calendrier des études requises a été établi pour compléter les activités de recherche entreprises en vue de préciser les limites de l'habitat essentiel de la baleine noire dans le bassin Roseway.

En raison de l’absence de données exactes sur l’abondance passée, il n’est pas possible de fixer une cible à long terme. Toutefois, on peut se servir des connaissances actuelles sur la situation et les tendances de la population pour établir le but de rétablissement suivant : « une tendance à la hausse de l’abondance sur trois générations ». Pour commencer à atteindre l’objectif d’une population viable de baleines noires dans l’Atlantique Nord, il sera nécessaire de mettre en œuvre les objectifs de rétablissement suivants ainsi que les stratégies qui s’y rapportent :

  1. Réduire le nombre de baleines noires tuées ou blessées à la suite de collisions avec des navires.
  2. Réduire le nombre de baleines noires tuées ou blessées à la suite d’interactions avec des engins de pêche (enchevêtrement ou piégeage).
  3. Réduire le nombre de baleines noires blessées ou perturbées par des navires, des contaminants ou d’autres formes de détérioration de l’habitat.
  4. Surveiller la population de baleines noires et les menaces auxquelles elle fait face.
  5. Approfondir, par le biais de recherches, les connaissances sur les caractéristiques du cycle de vie, le faible taux de reproduction et l’habitat de la baleine noire, ainsi que sur les facteurs qui menacent le rétablissement de l’espèce.
  6. Appuyer et promouvoir la collaboration entre les organismes gouvernementaux, les universités, les organisations non gouvernementales de l’environnement, les groupes autochtones, les collectivités côtières et les organismes internationaux afin d’assurer le rétablissement de la baleine noire.
  7. Élaborer et mettre en œuvre des activités de sensibilisation et d’intendance qui favorisent le rétablissement.

À l’heure actuelle, un certain nombre de recherches et d’efforts visant à atténuer ces menaces contribuent déjà à l’atteinte de ces objectifs (voir la section 2.7. Mesures parachevées ou en cours). Toutefois, il subsiste d’importantes lacunes dans nos connaissances sur la baleine noire de l’Atlantique Nord dans les eaux canadiennes, notamment en ce qui concerne la biologie et l’écologie de l’espèce, ses exigences en matière d’habitat et les menaces auxquelles elle pourrait faire face. Bien que des progrès importants aient été réalisés sur le plan de la correction des lacunes dans les connaissances au cours des dernières années, il est communément admis que les efforts de recherche doivent se poursuivre et que leur nombre doit croître. Le fait de pouvoir compter sur des ressources et des partenaires stables pour combler les lacunes dans les connaissances, mettre en œuvre des programmes de rétablissement et intervenir en cas d’urgences liées à la baleine noire de l’Atlantique Nord est un défi constant. Une fois le présent programme de rétablissement adopté en vertu de la LEP, on procédera à l’élaboration de plans d’action visant la baleine noire de l’Atlantique Nord. L’évaluation de l’habitat essentiel du bassin Roseway en vue de préciser ses limites viendra en tête des priorités à aborder dans un plan d’action. L’évaluation des interactions potentielles avec les engins de pêche est considérée comme une autre priorité dont il faut traiter dans un plan d’action.