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Programme de rétablissement de la baleine noire (Eubalaena glacialis) de l’Atlantique Nord dans les eaux canadiennes de l’Atlantique

1.0 Contexte (suite)

1.3. Protection juridique

Les baleines noires sont inscrites à la liste des espèces en voie de disparition de l’annexe 1, partie 2, de la LEP; par conséquent, il est interdit de tuer un individu de l’espèce, de lui nuire, de le harceler, de le capturer ou de le prendre. Il est également interdit de posséder, de collectionner, d’acheter, de vendre ou d’échanger un individu de l’espèce – notamment partie ou produit qui en provient (article 32 de la LEP), ainsi que de détruire ou d’endommager sa résidence (article 33 de la LEP). Smedbol (2007) et MPO (2007) exposent les motifs pour lesquels une description de la résidence de la baleine noire de l’Atlantique Nord n’a pas été faite.

Lorsque l’habitat essentiel de l’espèce aura été identifié, des interdictions seront mises en place pour le protéger de la destruction (article 58 de la LEP). L’habitat essentiel est défini à l’article 2 de la Loi comme étant l’« habitat nécessaire à la survie ou au rétablissement d’une espèce sauvage inscrite, qui est désigné comme tel dans un programme de rétablissement ou un plan d’action élaboré à l’égard de l’espèce ». L’habitat essentiel des baleines noires dans les eaux canadiennes est examiné à la section 1.9.

Outre la LEP, d’autres textes législatifs fédéraux protègent les baleines noires et leur habitat au Canada. C’est le cas de la Loi sur les pêches (Règlement sur les mammifères marins et dispositions sur la protection de l’habitat) administrée par le ministre des Pêches et des Océans. Le Règlement sur les mammifères marins confère aux baleines noires une protection juridique contre les perturbations et l’abattage délibéré, tandis que les dispositions relatives à la protection de l’habitat de la Loi sur les pêches interdisent les travaux ou les ouvrages qui pourraient entraîner la détérioration, la destruction ou la perturbation de l’habitat du poisson, y compris de l’habitat des mammifères marins. 

1.4. Biologie générale et description

1.4.1. Nom et classification

Classe :            Mammifères

Ordre :            Cétacés

Famille :            Balénidés

Espèce :          Eubalaenaglacialis

Noms communs de l’espèce 

Français :         Baleine noire de l’Atlantique Nord ou baleine franche

Anglais :           North Atlantic Right Whale

1.4.2. Statut taxonomique

 La Commission baleinière internationale (IWC) a recommandé, lors d’un atelier tenu en 1998, de maintenir le genre Eubalaena (baleines franches). Le comité scientifique de l’IWC, après examen des données génétiques et morphologiques, a décidé en 2000, lors de sa réunion annuelle, d’accepter l’analyse et la proposition de nomenclature de Rosenbaum et al. (2000). Il a été convenu de garder le nom générique Eubalaena pour les baleines franches, et de reconnaître trois espèces, E. glacialis dans l’Atlantique Nord, E. australis dans l’hémisphère Sud et E. japonica dans le Pacifique Nord(IWC, 2001a).

 La structure des stocks de baleines noires dans l’Atlantique Nord est mal connue. Lors d’un atelier de l’IWC sur la baleine noire, on a divisé provisoirement l’Atlantique Nord en zones est et ouest « à des fins statistiques », et proposé de considérer séparément la zone située au large du cap Farewell (de 60 à 62 °N, de 33 à 35 °O). Pourtant, des photographies d’individus identifiables prises dans l’ouest de l’Atlantique Nord ont été appariées avec des photographies d’individus prises dans le bassin du Labrador au sud-sud-est du Groenland et au large de la Norvège (Knowlton et al., 1992; IWC, 2001b). Compte tenu des connaissances actuelles sur les déplacements et la répartition des baleines noires, il serait raisonnable de continuer à considérer les baleines de l’est et de l’ouest de l’Atlantique Nord comme des « stocks » distincts, tout en reconnaissant que ces animaux sont très mobiles et s’aventurent parfois loin de leurs habitats bien connus de l’ouest de l’Atlantique Nord (Knowlton et al., 1992; Reeves, 2001).

 1.4.3. Description

 Les baleines noires sont des cétacés de grande taille et assez ronds, reconnaissables à leur menton carré, à leur peau généralement noire parfois tachetée de blanc au ventre et au menton, ainsi qu’à l’absence de nageoire dorsale (figure 3). Elles atteignent une longueur d’environ 17 m, les femelles adultes mesurant en moyenne 1 m de plus que les mâles adultes (Allen, 1908; Andrews, 1908). Les adultes pèsent entre 60 et 70 tonnes métriques. Une couche de graisse mesurant jusqu’à 20 cm d’épaisseur sert à la fois au stockage de l’énergie et à l’isolation(Angell, 2005). La tête représente environ 25 % de la longueur totale du corps chez les adultes, et jusqu’à 35 % chez les jeunes. Le rostre étroit et très arqué, ainsi que la mâchoire inférieure très recourbée, sont caractéristiques de l’espèce.

Des plaques de peau épaissie grises ou noires, appelées callosités, sont observables sur le rostre (le bonnet), à l’arrière de l’évent, au-dessus des yeux, aux coins du menton, et à des emplacements variables le long de la lèvre et de la mâchoire inférieures (figure 3). La disposition des callosités étant unique à chaque baleine noire, les chercheurs s’en servent pour identifier les individus(Crone et Kraus, 1990; Hamilton et Martin, 1999; Kraus et al., 1986a). Les callosités semblent jaune clair ou crème à cause des infestations de crustacés de la famille des Cyamidés (poux de baleine). Les fanons sont noirs ou marrons, au nombre de 205 à 270 de chaque côté, longs de 2 à 2,8 m en moyenne, et relativement étroits (jusqu’à 18 cm de largeur) avec de fines franges analogues à des poils vers l’intérieur de la bouche. Il n’y a aucun sillon le long de la gorge. La queue, large, mesure jusqu’à 6 m de pointe à pointe. En mer, lorsqu’il est observé dans l’axe de l’animal, le jet prend nettement l’apparence d’un V et peut atteindre 7 m de hauteur.