Sauter l'index du livret et aller au contenu de la page

Plan de gestion du complexe des sébastes à œil épineux et à taches noires (Sebastes aleutianus et S. melanostictus) ainsi que du sébastolobe à longues épines (Sebastolobus altivelis) au Canada - 2012

1. Renseignements sur l'espèce

En avril 2007, le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a évalué le sébaste à œil épineux (Sebastes aleutianus) en tant que paire d’espèces sympatriques appartenant au complexe Sebastes aleutianus. En l’absence d’une révision de la classification taxonomique, ces espèces ont été nommées sébaste à œil épineux de types I et II (Gharrett et al., 2004; 2005). Dans la section 1.1 ci-après, on traite du sébaste à œil épineux des types I et II, conformément au premier rapport de situation sur l’espèce produit par le COSEPAC.

On reconnaît maintenant que le « type I » correspond à Sebastes melanostictus (nom commun : sébaste à taches noires) et le « type II », à Sebastes aleutianus (nom commun : sébaste à œil épineux) (Orr et Hawkins, 2008). À l’heure actuelle, le secteur des Sciences du ministère des Pêches et des Océans (MPO) considère que ces deux espèces sont distinctes (voir la section 1.2.1).

Avec la découverte de variantes au niveau de l’espèce chez le sébaste à œil épineux (S. aleutianus), l’on reconnaît maintenant que les renseignements historiques sur les prises et les caractéristiques biologiques du sébaste à œil épineux concernent aussi le sébaste à taches noires (S. melanostictus). En conséquence, le présent plan de gestion nommera cette paire d’espèces sympatriques « complexe des sébastes à œil épineux et à taches noires ».

En outre, le COSEPAC a également évalué en avril 2007 le sébastolobe à longues épines (Sebastolobus altivelis), une espèce benthique des eaux profondes. La pêche commerciale visant cette espèce a débuté en 1996, mais la population a par la suite connu un déclin caractéristique de ceux provoqués par la pêche.

1.1 Information du COSEPAC sur l’évaluation de l’espèce

La présente section contient l’information provenant de l’évaluation du COSEPAC de 2007, laquelle était fondée sur les connaissances disponibles sur ces espèces à ce moment-là, et ne reflète pas nécessairement l’avis de Pêches et Océans Canada. L’équipe technique reconnaît que cette information biologique n’est pas à jour et n’est plus pertinente. Pour obtenir de l’information à jour sur ces espèces, veuillez consulter les sections 1.2 à 1.6 du présent plan de gestion.

1.1.1 Information du COSEPAC sur l’évaluation du complexe des sébastes à œil épineux et à taches noires

Date de l’évaluation : avril 2007

Nom commun (population) : sébaste à œil épineux, type I

Nom scientifique : Sebastes sp., type I

Désignation par le COSEPAC : espèce préoccupante

Justification de la désignation : Cette espèce de sébaste de taille relativement grande (pouvant atteindre 90 cm de longueur) est l’une des plus longévives et peut atteindre un âge estimé à près de 200 ans. Il s’agit de l’une des deux espèces sympatriques qui ont été identifiées à partir de la description de l’espèce Sebastes aleutianus. L’aire de répartition de l’espèce s’étend depuis le nord du Japon jusqu’au sud de la Californie, à des profondeurs de 200 à plus de 800 m le long du rebord du plateau continental. Dans les eaux canadiennes, l’information sur l’abondance est tirée de relevés et de données sur la pêche commerciale, laquelle a enregistré une récolte relativement stable variant de 1 000 à 2 000 tonnes par année au cours des deux dernières décennies. Les indices d’abondance et les estimations de la biomasse sont incertains, car les données couvrent de brèves périodes et les techniques de relevé ne sont pas toujours appropriées pour l’espèce. Aucune tendance marquée de l’abondance ne ressort des indices disponibles. Des données sur la troncature de la répartition par âge au cours de la dernière décennie laissent entendre que la mortalité en provenance de toutes les sources pourrait avoir doublé (de 4,5 % y-1 à 9,1 % y-1). Les espèces longévives et de faible fécondité du genre Sebastes sont particulièrement vulnérables à un effondrement de la population, et leur rétablissement peut être compromis lorsque la pêche cause une troncature dans la répartition par âge et par taille (c.-à-d. quand le nombre d’individus reproducteurs diminue).

Répartition dans les eaux canadiennes : océan Pacifique

Historique du statut du COSEPAC : espèce désignée préoccupante en avril 2007. Évaluation fondée sur un nouveau rapport de situation.

Date d’évaluation : avril 2007

Nom commun (population) : sébaste à œil épineux, type II

Nom scientifique : Sebastes sp., type II

Désignation par le COSEPAC : espèce préoccupante

Justification de la désignation : Cette espèce de sébaste de taille relativement grande (pouvant atteindre 90 cm de longueur) est l’une des plus longévives et elle peut atteindre un âge estimé à près de 200 ans. Il s’agit de l’une des deux espèces sympatriques qui ont été identifiées à partir de la description de l’espèce Sebastes aleutianus. L’aire de répartition de l’espèce s’étend depuis le nord du Japon jusqu’au sud de la Californie, à des profondeurs de 200 à plus de 800 m le long du rebord du plateau continental. Dans les eaux canadiennes, l’information sur l’abondance est tirée de relevés et de données sur la pêche commerciale, laquelle a enregistré une récolte relativement stable variant de 1 000 à 2 000 tonnes par année au cours des deux dernières décennies. Les indices d’abondance et les estimations de la biomasse sont incertains, car les données couvrent de brèves périodes et les techniques de relevé ne sont pas toujours appropriées pour l’espèce. Aucune tendance marquée de l’abondance ne ressort des indices disponibles. Des données sur la troncature de la répartition par âge au cours de la dernière décennie laissent entendre que la mortalité en provenance de toutes les sources pourrait avoir doublé (de 4,5 % y-1 à 9,1 % y-1). Les espèces longévives et de faible fécondité du genre Sebastessont particulièrement vulnérables à un effondrement de la population, et leur rétablissement peut être compromis lorsque la pêche cause une troncature dans la répartition par âge et par taille (c.-à-d. quand le nombre d’individus reproducteurs diminue).

Répartition dans les eaux canadiennes : océan Pacifique

Historique du statut du COSEPAC : espèce désignée préoccupante en avril 2007. Évaluation fondée sur un nouveau rapport de situation.

1.1.2 Information du COSEPAC sur l’évaluation du sébastolobe à longues épines

Date de l’évaluation  :avril 2007

Common Name (population) : sébastolobe à longues épines

Nom scientifique : Sebastolobus altivelis

Désignation par le COSEPAC : espèce préoccupante

Justification de la désignation : Ce sébaste à croissance lente s’est adapté pour survivre en eaux profondes où la concentration en oxygène est minimale et la productivité est faible. Depuis le début de son exploitation au milieu des années 1990, on estime que la capture commerciale par unité d’effort a chuté de plus de 50 % en huit ans. La pêche est la principale et probablement la seule cause de ce déclin. Même si la pêche est gérée par des limites de récolte et que les activités de pêche sont surveillées de près, aucune stratégie de gestion ne prévoit de mesures visant à rectifier la récolte en fonction des changements dans l’abondance. Le déclin considérable des indices d’abondance sur une courte période ainsi que le cycle vital très lent de l’espèce sont des sources de préoccupation, mais la capture par unité d’effort à des fins commerciales pourrait ne pas refléter avec précision les changements dans l’abondance. De plus, une immigration en provenance de populations avoisinantes depuis les États-Unis est possible. La principale raison de la protection accordée au sébastolobe à longues épines à l’heure actuelle est d’ordre économique.

Répartition dans les eaux canadiennes : océan Pacifique

Historique du statut du COSEPAC : espèce désignée préoccupante en avril 2007. Évaluation fondée sur un nouveau rapport de situation.

1.2 Description des espèces

1.2.1 Description du complexe des sébastes à œil épineux et à taches noires

Le sébaste à œil épineux appartient à la famille des scorpénidés, et son nom (œil épineux) lui vient d’une série d’épines présentes le long du bord inférieur de ses yeux. Le sébaste à taches noires fait également partie de la famille des scorpénidés. Récemment, on a conclu, à l’aide de données sur la génétique, que l’espèce que l’on désignait auparavant « sébaste à œil épineux » comportait en fait deux espèces distinctes, à savoir le sébaste à œil épineux comme tel (Sebastes aleutianus) et le sébaste à taches noires (S. melanostictus); on a en outre constaté que leur répartition était probablement différente selon les profondeurs. Ces deux types de poissons ont une apparence similaire, mais présentent de légères différences sur le plan de la couleur. En outre, l’hybridation entre les deux espèces a vraisemblablement lieu.

Ordinairement, le sébaste à œil épineux est de couleur rouge avec des taches pigmentaires foncées ou sombres dans la région dorsale. Il présente une ligne latérale rouge claire et, à l’exception des pectorales, ses nageoires sont habituellement bordées de noir. Le sébaste à taches noires ressemble au sébaste à œil épineux, mais il est plus foncé dans l’ensemble et peut présenter des taches distinctes sur sa nageoire dorsale épineuse, même si celles-ci sont parfois moins visibles en raison de sa coloration sombre (Orr et Hawkins, 2008).

Les individus du complexe des sébastes à œil épineux et à taches noires ne dépassent pas en général 80 cm; dans les premiers signalements indiquant une taille maximale de 97 cm, il se peut qu’on ait confondu l’espèce avec des sébastes boréaux (S. borealis) (Love et al., 2002). Le complexe des sébastes à œil épineux et à taches noires fait probablement partie des espèces de poissons les plus longévives de la planète. En Alaska, des scientifiques ont en effet établi l’âge d’un spécimen à 205 ans (Munk, 2001).

1.2.2 Description du sébastolobe à longues épines

Le sébastolobe à longues épines, une espèce de sébaste appartenant au genre Sebastolobus qui fait également partie de la famille des scorpénidés, est un poisson à croissance lente qui s’est adapté pour survivre dans les eaux profondes où les concentrations d’oxygène sont minimes et la pression de l’eau élevée. Dans les eaux canadiennes du Pacifique, le sébastolobe à longues épines est souvent l’espèce prédominante des milieux benthiques profonds (> 800 mètres sous la surface), où il joue vraisemblablement un rôle écologique important. Cette espèce possède un corps rouge avec un peu de noir sur ses nageoires, atteint une longueur de 39 cm et est caractérisée par des grands yeux et des épines dures et pointues sur sa tête (Love et al., 2002).

1.3 Populations et répartition

1.3.1 Complexe des sébastes à œil épineux et à taches noires

Le complexe des sébastes à œil épineux et à taches noires est présent dans l’océan Pacifique au nord du Japon, depuis la péninsule de Kamtchatka jusqu’à la mer de Béring, aux îles Aléoutiennes, dans le golfe d’Alaska et, sur la côte ouest de l’Amérique du Nord, de la Colombie-Britannique (C.-B.) jusqu’au sud de la Californie (figure 1). Les observations effectuées dans le nord-ouest du Pacifique sont peu documentées (Froese et Pauly, 2005).

Dans les eaux de la C.-B., on observe le complexe des sébastes à œil épineux et à taches noires le long du talus continental, et on en capture des individus à des profondeurs allant de 174 à 640 m. L’aire d’occurrence estimée dans les eaux de la C.-B., comprise comme la superficie où des individus du complexe ont été capturés par la flottille de pêche au poisson de fond, couvre environ 58 691 km² (figure 2). Il est difficile de différencier la répartition et l’abondance des populations de sébaste à œil épineux de celles des populations de sébaste à taches noires. En conséquence, la répartition et l’abondance relative de ces deux espèces dans les eaux canadiennes demeurent inconnues.

Figure 1. Aire de répartition nord-américaine du complexe des sébastes à œil épineux et à taches noires.

Figure 1. Aire de répartition nord-américaine du complexe des sébastes à œil épineux et à taches noires. (Voir description longue ci-dessous.)
Longue description pour la figure 1

La figure 1 montre une carte de la côte nord-américaine du Pacifique, de l’Alaska au Mexique, présentant la répartition du complexe des sébastes à œil épineux et à taches noires, laquelle s’étend, au nord du Japon, de la péninsule de Kamtchatka à la mer de Béring, aux îles Aléoutiennes et dans le golfe d’Alaska ainsi que sur la côte ouest de l’Amérique du Nord, de la Colombie-Britannique jusqu’au sud de la Californie.

L’aire de répartition de ces espèces à proximité de l’Asie n’est pas bien documentée (Froese et Pauly, 2005). Reproduction autorisée (Love et al., 2002).

Figure 2. Prises par unité d’effort (PUE) moyennes (kg/h) d’individus du complexe des sébastes à œil épineux et à taches noires dans les eaux de la C.-B. enregistrées dans des cellules de quadrillage de 0,075° longitude par 0,055° latitude (environ 32 km² chacune).

Figure 2. Prises par unité d’effort (PUE) moyennes (kg/h) d’individus du complexe des sébastes à œil épineux et à taches noires dans les eaux de la C.-B. enregistrées dans des cellules de quadrillage de 0,075° longitude par 0,055° latitude (environ 32 km² chacune). (Voir description longue ci-dessous.)
Longue description pour la figure 2

La figure 2 montre une image détaillée de l’étendue estimée de l’aire de répartition des sébastes à œil épineux et à taches noires dans les eaux canadiennes du Pacifique. L’image montre les PUE moyennes (kg/h) réalisées dans l’aire de répartition du complexe des sébastes à œil épineux et à taches noires, dans des cellules de grille mesurant 0,075° (longitude) par 0,055° (latitude), c’est‑à‑dire environ 32 km² chacune. L’image illustre de façon approximative l’aire d’occurrence (58 691 km²), à l’aide de cellules ombrées établies à partir d’événements de pêche de diverses flottilles (poisson de fond au chalut, flétan, morue charbonnière, aiguillat commun/morue-lingue, sébaste à la ligne) qui ont eu lieu de février 1996 à juin 2010.

Les cellules ombrées donnent une approximation de l’aire d’occurrence (58 691 km²) et sont établies à partir d’événements de pêche de diverses flottilles (poisson de fond au chalut, flétan, morue charbonnière, aiguillat commun/morue-lingue, sébaste à la ligne) qui ont eu lieu de février 1996 à juin 2010 (Source : Rowan Haigh, MPO, comm. pers., 2010).

1.3.2 Sébastolobe à longues épines

Le sébastolobe à longues épines est présent depuis Cabo San Lucas, en Basse-Californie, jusqu’aux îles Aléoutiennes (figure 3) à des profondeurs observées allant de 201 à 1 756 m, mais est d’ordinaire présent à des profondeurs allant de 500 à 1 300 m (Love et al., 2002). Cette espèce préfère les fonds mous constitués de sable ou de boue.

Le sébastolobe à longues épines est présent le long du talus continental de la C.-B. Son aire d’occurrence la plus plausible se situe entre les isobathes de 500 et de 1 600 m, sur une superficie à plat de 17 775 km² (Haigh et al., 2005b) (figure 4); cependant, d’après les traits de chalut effectués, cette superficie s’établirait plutôt à 19 599 km² (Rowan Haigh, MPO, comm. pers, 2010).

Figure 3. Aire de répartition nord-américaine du sébastolobe à longues épines.

Figure 3. Aire de répartition nord-américaine du sébastolobe à longues épines. (Voir description longue ci-dessous.)
Longue description pour la figure 3

La figure 3 montre une carte de la côte nord-américaine du Pacifique, de l’Alaska au Mexique, présentant la répartition du sébastolobe à longues épines, laquelle s’étend depuis les îles Aléoutiennes jusqu’à Cabo San Lucas, en Basse-Californie. L’aire de répartition adjacente aux pays asiatiques n’est pas bien documentée.

L’aire de répartition de l’espèce à proximité de l’Asie n’est pas bien documentée (Froese et Pauly, 2005). Reproduction autorisée (Love et al., 2002).

Figure 4. Prises par unité d’effort (PUE) moyennes (kg/h) de sébastolobes à longues épines dans les eaux de la C.-B. enregistrées dans des cellules de quadrillage de 0,075° longitude par 0,055° latitude (environ 32 km² chacune).

Figure 4. PUE moyennes (kg/h) de sébastolobes à longues épines dans les eaux de la C.-B. enregistrées dans des cellules de quadrillage de 0,075° longitude par 0,055° latitude (environ 32 km² chacune). (Voir description longue ci-dessous.)
Longue description pour la figure 4

La figure 4 montre une image détaillée de l’étendue estimée de l’aire de répartition du sébastolobe à longues épines le long de la pente continentale dans les eaux canadiennes du Pacifique. L’image montre les PUE moyennes (kg/h) réalisées dans l’aire de répartition du sébastolobe à longues épines, dans des cellules de grille mesurant 0,075° (longitude) par 0,055° (latitude), c’est‑à‑dire environ 32 km² chacune. L’image illustre de façon approximative l’aire d’occurrence (19 599 km²), à l’aide de cellules ombrées établies à partir d’événements de pêche au poisson de fond au chalut qui ont eu lieu de février 1996 à juin 2010. L’aire d’occurrence la plus probable se trouve entre les isobathes de 500 m et de 1 600 m, également montrées sur l’image.

Les cellules ombrées donnent une approximation de l’aire d’occurrence (19 599 km²) et sont établies à partir d’événements de pêche au poisson de fond au chalut qui ont eu lieu de février 1996 à juin 2010 (Source : Rowan Haigh, MPO, comm. pers., 2010). Les isobathes illustrées sont celles de 500 et de 1600 m; la superficie approximative entre les deux courbes est de 17 775 km² (Source : Haigh et al., 2005b).

1.4 Besoins des espèces

1.4.1 Besoins en matière d’habitat et besoins biologiques du complexe des sébastes à œil épineux et à taches noires

Les densités les plus importantes du complexe des sébastes à œil épineux et à taches noires se trouvent sur le fond marin où il y a des substrats mous, dans des zones aux rochers abondants et sur des pentes de plus de 20° d’inclinaison. L’association avec les substrats mous peut être attribuable à la présence de proies de prédilection, comme les crevettes de la famille des pandalidés (analyses de contenus stomacaux, Yang et Nelson, 2000). Les rochers peuvent servir de marqueurs territoriaux, de déflecteurs de courant ou de structures qui aident les sébastes à chasser leurs proies (Krieger et Ito, 1999). Les individus de ce complexe coexistent avec de nombreuses espèces visées par la pêche commerciale, dont la plie à grande bouche (Atheresthes stomias), le sébaste à longue mâchoire (Sebastes alutus), la limande sole (Microstomus pacificus), la plie de Californie (Eopsetta jordani), le sébastolobe à courtes épines (Sebastolobus alascanus) et la morue charbonnière (Anoplopoma fimbria).

La biologie du complexe des sébastes à œil épineux et à taches noires demeure mal connue. La durée de vie de ces espèces semble dépasser celle de la plupart des autres espèces de sébastes (Chilton et Beamish, 1982). Le spécimen le plus vieux jamais observé était âgé de 205 ans et provenait du sud de l’Alaska (Munk, 2001). Les femelles ont environ 20 ans à 50 % de maturité (McDermott, 1994). La principale période de frai au large des eaux de la C.-B. a lieu en avril. Comme pour la plupart des espèces de sébastes ovovipares, les œufs fertilisés demeurent dans les ovaires des femelles jusqu’à l’extrusion des larves et peuvent obtenir au moins une partie de leur alimentation de leur mère pendant leur développement (MPO, 1999). Les larves de sébastes vont près de la surface, où elles s’alimentent de façon opportuniste d’œufs d’invertébrés, de copépodes et d’euphausiacés; les juvéniles sont présents à des profondeurs intermédiaires où ils s’alimentent de proies de plus grande taille (Moser et Boehlert, 1991). Les larves planctoniques de sébastes sont présentes jusqu’à 500 km au large de la côte de la C.-B., loin de l’habitat des adultes. Cependant, leur période de résidence dans les eaux intermédiaires (de 200 à 250 m) au stade juvénile les rend vulnérables aux phénomènes d’advection géostrophique qui les ramène vers la côte (Moser et Boehlert, 1991). Présentement, rien n’indique que les larves et les juvéniles du complexe des sébastes à œil épineux et à taches noires affichent des profils différents de ceux des autres espèces de sébastes.

1.4.2 Besoins en matière d’habitat et besoins biologiques du sébastolobe à longues épines

Les individus de cette espèce préfèrent les fonds mous de sable ou de boue dans des eaux profondes où la productivité est faible (Vetter et Lynn, 1997), la diversité également faible (Haigh et Schnute, 2003), la pression élevée et les concentrations d’oxygène réduites. À de telles profondeurs, très peu d’espèces peuvent survivre, et les aliments disponibles sont limités. Le sébastolobe à longues épines s’est adapté à cet environnement d’eau profonde grâce à un métabolisme extrêmement lent et à sa nature sédentaire – les individus de l’espèce peuvent attendre jusqu’à 180 jours avant de s’alimenter (Vetter et Lynn, 1997).

Les populations de sébastolobe à longues épines des eaux situées au large de l’Oregon et de la Californie fraient principalement dans une zone où les concentrations d’oxygène sont minimales, entre 600 et 1 000 m de profondeur (Jacobson et Vetter, 1996). Chaque sébastolobe à longues épines femelle libère de 20 000 à 450 000 œufs (Wakefield, 1990) dans une matrice gélatineuse flottante. Moser (1974) a déterminé que le frai survenait généralement de février à mai et qu’une crête se produisait en avril. Des données récentes provenant du programme MOCNESSNote de bas de page 1, dans le sud de la Californie, indiquent que les larves de sébastolobe à longues épines s’éloignent des eaux de surface. Les juvéniles restent dans la colonne d’eau pendant environ un an (Moser, 1974). Smith et Brown (1983) ont remarqué que l’abondance des sébastolobes à longues épines juvéniles était maximale à 600 m de profondeur, à proximité d’une couche diffusante profonde. En conséquence, la chronologie de la phase pélagique (de 18 à 20 mois) peut être décrite de la façon suivante :

  1. Les œufs flottent à la surface (février-mai) où ils éclosent et se développent pendant 3 à 4 semaines.
  2. Les larves quittent la surface mais demeurent dans les 200 premiers mètres pendant 6 à 7 mois.
  3. Les juvéniles restent dans la zone mésopélagique (~600 m) pendant une autre année.

Après la phase pélagique, les sébastolobes à longues épines juvéniles (longueur totale moyenne de 55 mm; Wakefield et Smith, 1990) s’établissent directement dans l’habitat benthique des adultes, soit entre 600 et 1 200 m, où l’on pense qu’ils demeurent (Wakefield, 1990).

1.5 Rôle écologique

1.5.1 Complexe des sébastes à œil épineux et à taches noires

Le complexe des sébastes à œil épineux et à taches noires coexiste avec de nombreuses espèces exploitées commercialement, y compris le sébaste à longue mâchoire (Sebastes alutus) et la plie à grande bouche (Atheresthes stomias), qui sont exploités par la flottille de pêche au poisson de fond au chalut, ainsi que le sébaste à bandes rouges (S. babcocki) et le sébaste boréal (S. borealis), qui sont exploités par la flottille de pêche au poisson de fond à la ligne (figure 5). Outre la concurrence pour les ressources alimentaires, on ne dispose actuellement d’aucune information sur les interactions avec ces espèces qui pourraient limiter la survie du complexe des sébastes à œil épineux et à taches noires.

Dans le golfe d’Alaska, on a constaté que les individus du complexe des sébastes à œil épineux et à taches noires s’alimentent principalement de crevettes (Pandalus borealis, P. montagui tridens, des hyppolytidés et des crangonidés), lesquelles représentent, en poids, de 45 à 60 % environ du total des contenus stomacaux (Yang et Nelson, 2000). Ils consomment également des espèces de poissons, y compris la goberge de l’Alaska (Theragra chalcogramma), le hareng du Pacifique (Clupea pallasi), l’eulakane (Thaleichthys pacificus), le lançon du Pacifique (Ammodytes hexapterus), des myctophidés, des zoarcidés, des cottidés, des limaces de mer et des poissons plats. Dans le golfe d’Alaska, les poissons constituent de 15 à 20 % environ du total des contenus stomacaux (Yang et Nelson, 2000). Parmi les autres proies, mentionnons le crabe des neiges du Pacifique (Chionoecetes bairdi), des céphalopodes, des amphipodes, des mysidés, des euphausiacés, des cumacés, des isopodes et des polychètes. Même si toutes les catégories de taille d’individus du complexe des sébastes à œil épineux et à taches noires consomment principalement des crevettes, les individus ayant moins de 30 cm de longueur présentent une proportion plus grande d’amphipodes dans leur régime alimentaire, tandis que les individus mesurant plus de 30 cm de longueur consomment davantage de poissons. Krieger et Ito (1999) rapportent que les individus du complexe des sébastes à œil épineux et à taches noires quittent le fond pour capturer divers types de proies.

Parmi les prédateurs potentiels, mentionnons le flétan du Pacifique (Hippoglossus stenolepis), la morue du Pacifique (Gadus macrocephalus) et la morue charbonnière (Amoplopoma fimbria) (Shotwell et al., 2009).

Figure 5. Abondance des 20 principales espèces observées lors d’événements de pêche où l’on a capturé au moins un spécimen du complexe des sébastes à œil épineux et à taches noires dans la fourchette des profondeurs de prédilection (170–675 m).
Haut :
traits de chalut (1996–2006);
Bas : calées de ligne (2001–2006). L’abondance est exprimée en tant que pourcentage du poids total des individus de toutes les espèces capturées dans les traits et les calées. Source : Haigh et al.(2005a).

Figure 5. Abondance des 20 principales espèces observées lors d’événements de pêche où l’on a capturé au moins un spécimen du complexe des sébastes à œil épineux et à taches noires dans la fourchette des profondeurs de prédilection (170–675 m). (Voir description longue ci-dessous.)
Longue description pour la figure 5

La figure 5 montre deux graphiques illustrant l’abondance des 20 principales espèces observées dans les événements de pêche où l’on a capturé au moins un spécimen du complexe des sébastes à œil épineux et à taches noires dans la fourchette des profondeurs de prédilection (170–675 m). L’abondance est exprimée en tant que pourcentage du poids total des individus de toutes les espèces prises dans les traits (premier graphique, données de 1996 à 2006 : sébaste à longue mâchoire : 27,20%, plie à grande bouche : 24,14%, limande-sole : 17,31%, sébaste à oeil épineux : 8,77%, plie de Californie : 2,82%, sébastolobe à courtes épines : 2,80%, morue charbonnière : 2,32%, sébaste à bouche jaune : 2,12%, merlu du Chili : 1,05%, Plie royale : 1,02%, flétan du Pacifique : 0,93%, sébaste à bandes rouges : 0,88%, pocheteau long-nez : 0,87%, aiguillat commun : 0,86%, sébaste argenté : 0,79%, sébaste boréal : 0,70%, sébaste à raie rouge : 0,61%, sébaste à menton pointu : 0,58%, bec-de-lièvre : 0,48%, goberge de l'Alaska : 0,46% ) et les calées de ligne (second graphique, données de 2001 à 2006 : sébaste à oeil épineux : 77,50%, sébaste boréal : 10,90%, sébaste à bandes rouges : 6,13%, sébaste argenté : 1,74%, sébaste aux yeux jaunes : 1,05%, morue-lingue : 0,67%, aiguillat commun : 0,54%, sébastolobe à courtes épines : 0,49%, sébaste à bouche jaune : 0,25%, pocheteau long-nez : 0,20%, sébastolobes : 0,17%, bocaccio : 0,13%, sébaste canari : 0,06%, sébaste rosacé : 0,05%, sébaste à longue mâchoire : 0,05%, sébaste à queue jaune : 0,03%, plie à grande bouche : 0,02%, sébaste à dos épineux : 0,01%, veuve : 0,01%, sébaste tacheté : 0,00%). Le complexe des sébastes à œil épineux et à taches noires coexiste avec de nombreuses espèces exploitées dans la pêche commerciale, y compris le sébaste à longue mâchoire (Sebastes alutus) et la plie à grande bouche (Atheresthes stomias), qui sont exploités dans la pêche au poisson de fond au chalut, ainsi que le sébaste à bandes rouges (S. babcocki) et le sébaste boréal (S. borealis), qui sont exploités dans la pêche au poisson de fond à la ligne.

1.5.2 Sébastolobe à longues épines

Le sébastolobe à longues épines coexiste principalement avec le sébastolobe à courtes épines (Sebastolobus alascanus) et la morue charbonnière (Anoplopoma fimbria) (figure 6). Le sébastolobe à courtes épines s’alimente fréquemment de sébastolobes à longues épines. Au fur et à mesure que l’on descend à partir de la zone de cooccurrence où la densité des deux espèces est la plus grande (de 500 à 800 m) jusqu’aux zones où les concentrations d’oxygène sont minimales et les pressions élevées, S.altivelis gagne un avantage concurrentiel grâce à son adaptation physiologique aux conditions extrêmes et, finalement, prédomine.

Les principales espèces de proies des sébastolobes à longues épines juvéniles pélagiques sont probablement les euphausiacés, tandis que les adultes établis s’alimentent d’ophiures (Ophiophthalmus normani) (Smith et Brown, 1983). Les adultes consomment également un éventail d’autres organismes benthiques, dont le crabe des neiges du Pacifique (les petits spécimens dont la carapace fait moins de 30 mm de largeur, les adolescents en mue de moins de 70 mm de LC et les subadultes en mue de moins de 110 mm de LC), les myctophidés (poissons lanternes) et les petits sébastolobes (Greg WorkmanNote de bas de page 2, comm. pers., rapport sur l’état du stock du COSEPAC).

Figure 6. Abondance des 20 principales espèces observées dans les traits de chalut (1996-2006) au cours desquels on a capturé au moins un sébaste à longues épines dans la fourchette des profondeurs de prédilection (500–1400 m).
L’abondance est exprimée en tant que pourcentage du poids total de toutes les espèces capturées dans les traits. Source : Haigh et al. (2005b).

Figure 6. Abondance des 20 principales espèces observées dans les traits de chalut (1996-2006) au cours desquels on a capturé au moins un sébaste à longues épines dans la fourchette des profondeurs de prédilection (500‑1400 m). (Voir description longue ci-dessous.)
Longue description pour la figure 6

La figure 6 montre un graphique illustrant l’abondance des 20 principales espèces observées dans les traits de chalut (1996-2006), lorsqu’au moins un sébastolobe à longues épines a été capturé dans la fourchette des profondeurs de prédilection (500–1400 m). L’abondance est exprimée en tant que pourcentage du poids total de toutes les espèces prises dans les traits. Le sébastolobe à longues épines coexiste principalement avec le sébastolobe à courtes épines (Sebastolobus alascanus) et la morue charbonnière (Anoplopoma fimbria) (sébastolobe à longues épines : 32,59%, sébastolobe à courtes épines : 19,75%, morue charbonnière : 10,80%, limande-sole : 10,78%, grenadiers : 7,20%, plie à grande bouche : 4,93%, crâbe des neiges du Pacifique : 4,13%, plie de profondeur : 1,71%, étoile de mer : 0,82%, lottes : 0,66%, pocheteau long-nez : 0,58%, sébaste à oeil épineux : 0,44%, sébaste boréal : 0,43%, calmars : 0,36%, grenadier pectoral : 0,32%, grenadier à écailles rdes : 0,29%, raie à queue rude : 0,25%, plie royale : 0,21%, lycode à deux lignes : 0,21%, merlu du Chili : 0,19% ).

1.6 Facteurs limitatifs

Les facteurs limitatifs sont intrinsèques à la biologie de l’espèce et, comme tels, ne peuvent être atténués ni gérés. Ces processus naturels ascendants et descendants sont fonction de facteurs comme la disponibilité et la qualité des proies ainsi que l’abondance des prédateurs, respectivement. Cependant, l’activité humaine peut contribuer à modifier ces facteurs limitatifs et avoir une incidence sur la population ou son potentiel de conservation. Les facteurs limitatifs pour le complexe des sébastes à œil épineux et à taches noires et le sébastolobe à longues épines comprennent des caractéristiques du cycle biologiques telles que l’âge tardif à la maturité, une dispersion tributaire des courants océaniques, le cannibalisme, la vulnérabilité aux captures et les barotraumatismes.

Âge tardif à la maturité

Les caractéristiques du cycle biologique, comme l’âge tardif à la maturité (estimé à 20 ans pour le complexe des sébastes à œil épineux et à taches noires et à 18 ans pour le sébastolobe à longues épines), de ces espèces longévives à croissance lente peuvent faire en sorte que le sébaste à œil épineux et le sébastolobe à longues épines subissent d’importantes fluctuations démographiques lorsqu’ils sont exposés à des perturbations d’origines naturelle ou anthropique (causées par l’homme).

Dispersion tributaire des courants océaniques

Les larves des sébastes à œil épineux et à taches noires ainsi que les œufs du sébastolobe à longues épines gagnent la zone pélagique supérieure lorsqu’ils sont relâchés et y demeurent. En conséquence, le succès du recrutement chez les trois espèces dépend largement des courants océaniques et des conditions qui prévalent dans la zone pélagique. Les conditions pélagiques comme l’importance et le moment des productions primaire et secondaire, les remontées d’eau, les plongées d’eau, la vitesse et la direction des vents, la température et la salinité ont une incidence sur le succès du recrutement. Les fluctuations océaniques et atmosphériques à grande échelle comme le phénomène El Niño-oscillation australe (ENSO) et l’oscillation décennale du Pacifique (ODP) ont une incidence sur les conditions régnant dans la zone pélagique et, de ce fait, produisent des profils épisodiques observés dans le succès des classes d’âge. En outre, comme les sébastolobes à longues épines et les sébastes à œil épineux et à taches noires aux stades larvaire et juvénile passent des mois dans la zone pélagique supérieure, ils sont soumis à des facteurs comme la prédation et les conditions environnementales qui caractérisent cette zone pendant cette période. Cela a des répercussions importantes sur le succès du recrutement chez les trois espèces.

Concurrence et prédation

Lorsque les juvéniles s’établissent dans leur habitat benthique, ils sont soumis à des facteurs liés à la densité, comme la concurrence pour la nourriture et les lieux où se dissimuler ainsi que la prédation. La situation du sébastolobe à longues épines est davantage aggravée par le cannibalisme du fait que les juvéniles s’établissent directement dans l’habitat des adultes, où les poissons de plus grande taille s’alimentent de ceux de plus petite taille (Love et al., 2002).

Vulnérabilité aux captures

Les sébastes de plus grande taille et plus âgés contribuent davantage au recrutement de l’espèce que les spécimens plus petits et plus jeunes. On sait que les sébastes de grande taille sont plus prolifiques, tandis que les sébastes plus âgés produisent des larves dont la teneur en triglycérol, un lipide, est plus élevée (Berkeley et al., 2004; Bobko et Berkeley, 2004). Une teneur plus élevée en triglycérol permet une croissance plus rapide et une plus grande résistance au manque de nourriture, ce qui accroît le niveau de recrutement. Cependant, les sébastes de plus grande taille et plus âgés sont plus vulnérables aux engins de pêche. En conséquence, les activités de pêche peuvent entraîner de plus grandes fluctuations dans le recrutement de l’espèce.

Barotraumatismes

Comme dans le cas de toutes les espèces de sébastes, les sébastes à œil épineux et à taches noires ont des vessies natatoires physoclistiques qui ne peuvent s’adapter rapidement à des changements subits de pression lorsque les individus sont ramenés à la surface par les engins de pêche. Les barotraumatismes qui en découlent entraînent la mort de presque tous les sébastes. L’Unité de gestion des poissons de fond (UGPF) du MPO reconnaît cette caractéristique biologique limitatrice et, de ce fait, a mis en œuvre des mesures de gestion pour en tenir compte (voir section 1.8). Le sébastolobe à longues épines (genre Sebastolobus) n’a pas de vessie natatoire et, par conséquent, ne subit pas de barotraumatisme lorsqu’il est capturé et ramené à la surface. Sa capacité à survivre à une exposition temporaire à de faibles pressions lorsqu’il est capturé et remis à l’eau demeure cependant inconnue. Ces poissons meurent vraisemblablement davantage après avoir été confinés et entassés dans des filets de pêche pendant de longues périodes (jusqu’à 10 heures) (Starr et Haigh, 2000).

1.7 Menaces

L’évaluation des menaces pesant sur ces populations (tableau 1) permet d’établir les priorités en ce qui concerne les mesures de gestion recommandées et autres qui permettront d’éviter que ces populations ne deviennent menacées ou en voie de disparition. Les menaces ont été évaluées en fonction de leur probabilité d’occurrence actuelle et de la gravité des effets qu’elles peuvent avoir sur ces populations. En outre, la certitude d’un effet touchant l’ensemble de la population a été prise en compte afin que l’on puisse obtenir une mesure de la fiabilité de l’évaluation du « niveau de préoccupation » et relever les menaces pour lesquelles d’autres activités de surveillance ou d’autres études peuvent être utiles pour éliminer des incertitudes ou combler des lacunes dans les connaissances. Lorsque la certitude d’un effet n’est pas démontrée, le poids des preuves scientifiques pour d’autres espèces de sébastes peut convenir pour évaluer le niveau de préoccupation correspondant à la menace.

Les menaces anthropiques qui causent un stress aux individus du complexe des sébastes à œil épineux et à taches noires ainsi qu’au sébastolobe à longues épines comprennent la pêche (commerciale, récréative et autochtone [à des fins alimentaires, sociales et cérémonielles] et à des fins de recherche), la pollution et le changement climatique. Il convient de noter que la menace posée par la pêche est historique et encore d’actualité, tandis que la menace posée par le changement climatique est anticipée. En outre, la menace posée par la pollution est plausible et pourrait être une menace historique ou actuelle. L’effet cumulatif d’une quelconque combinaison de ces menaces (tableau 1), de concert avec les facteurs limitatifs intrinsèques à l’espèce (voir la section 1.6), peut entraîner des conséquences plus graves que celles que peut avoir une menace unique sur la population.

Les menaces énumérées au tableau 1 sont présentées en ordre de priorité selon le niveau de préoccupation, en commençant par le niveau le plus élevé à l’égard de la survie de l’espèce, d’après les preuves les plus probantes. Les attributs de chaque menace  comme son ampleur, son occurrence, sa fréquence, sa gravité, son étendue locale ou dans l’ensemble de l’aire de répartition de l’espèce et sa certitude causale, ont été pris en considération pour établir le niveau de préoccupation. En outre, la capacité d’atténuer ou d’éliminer la menace peut avoir une incidence sur le niveau de préoccupation.

Voir l’annexe I pour des définitions concernant les attributs des menaces et les termes connexes utilisés dans le tableau 1.

1.7.1 Classification des menaces pesant sur le sébastolobe à longues épines et le complexe des sébastes à œil épineux et à taches noires

Tableau 1. Tableau de classification des menaces
Catégorie de menaceMenace généraleMenace particulièreStressAmpleurOccurrence : LocaleOccurrence : Toute l’aire de répartitionFréquence : LocaleFréquence : Toute l’aire de répartitionGravité : LocaleGravité : Toute l’aire de répar-titionCertitude causale : LocaleCertitude causale : Toute l’aire de répar-titionNiveau de préoc-cupation : LocaleNiveau de préoc-cupation : Toute l’aire de répar-tition
Utilisation des ressources biologiquesPêchePêche commercialeRéduction de la taille/ viabilité de la population, épuisement localÉtendue Actuelle Continue Moyenne Élevée Moyen
Utilisation des ressources biologiquesPêchePêche récréativeRéduction de la taille/ viabilité de la population, épuisement localÉtendue Actuelle Continue Inconnue Faible Faible
Utilisation des ressources biologiquesPêchePêches à des fins alimentaires, sociales et cérémoniellesRéduction de la taille/viabilité de la population, épuisement localÉtendue Actuelle Continue Inconnue Faible Faible
Utilisation des ressources biologiquesPêchePêche à des fins de rechercheRéduction de la taille/ viabilité de la population, épuisement localÉtendue Actuelle Récurrente Faible Faible Faible
Climat et catastrophes naturellesChangement climatiqueExpansion de régimes de faible productivité (sur les plans temporel et spatial)Les larves planctoniques ne peuvent trouver suffisamment de nourriture; vulnérabilité à une prédation accrue; habitat des profondeurs de moins en moins appropriésÉtendue Inconnue Inconnue Inconnue Moyenne Faible
PollutionDéversements d’hydrocarbures des vraquiers; fuites d’hydrocarbures de navires ayant sombré; déchets provenant des navires océaniquesToxines, déséquilibres chimiques localisés, conditions anaérobiquesAccroissement de la mortalité et diminution du succès de la reproduction au stade des larves pélagiquesLocaliséeAnticipée Récurrente Inconnue Faible Faible 

1.7.2 Description des menaces

Pêche

La capture d’individus de ces espèces peut entraîner une réduction de la taille et de la viabilité des populations d’individus et, dans certains cas, l’épuisement local du stock. Parmi les menaces pesant sur ces trois espèces inscrites à la liste de la LEP, mentionnons la possibilité de surpêche d’une espèce longévive qui vit dans un environnement de faible productivité. La section qui suit décrit plus en détail les menaces que pose la pêche selon sa nature : commerciale, récréative, à des fins alimentaires, sociales et cérémonielles et à des fins de recherche.

i) Pêche commerciale

Des pêches commerciales visent présentement le complexe des sébastes à œil épineux et à taches noires et le sébastolobe à longues épines; certains registres de la pêche commerciale au complexe des sébastes à œil épineux et à taches noires remontent aux années 1970 (voir la section 1.8). Étant donné la nature benthique du complexe, celui-ci est visé par la pêche commerciale au poisson de fond au chalut et à la ligne. Par contre, le sébastolobe à longue épines est visé uniquement par la pêche commerciale au poisson de fond au chalut étant donné la fourchette de profondeurs qu’il occupe et son aire de répartition.

La pêche commerciale de ces espèces (tableaux 2 et tableau3) est gérée par le MPO. Le MPO établit pour chacune un total autorisé des captures (TAC) qui définit les prélèvements maximaux permis ainsi que la zone d’exploitation, par saison de pêche. Ces TAC sont modifiés au fil du temps lorsque de nouvelles informations scientifiques passées en revue par des pairs sont disponibles. Le TAC pour l’ensemble de la côte est actuellement de 1 140 tonnes pour le complexe des sébastes à œil épineux et à taches noires et de 425 tonnes pour le sébastolobe à longues épines. En outre, ces pêches sont gérées à l’aide de quotas individuels transférables (QIT), qui permettent l’échange de quotas entre les diverses flottilles de pêche commerciale au poisson de fond et au sein de celles-ci. Qui plus est, le secteur de la pêche commerciale fait l’objet d’une surveillance intégrale en mer et à quai.

Depuis le début de la pêche au sébastolobe à longues épines régie par des QIT, en 1996, les prises par unité d’effort (PUE) des pêches commerciales ont décliné de 6,3 %/année, soit une baisse totale de 60 % depuis 14 ans (Rowan Haigh, MPO, comm. pers., 2010). Schnute et al. (2004) ont estimé des baisses similaires pour la région de la côte ouest de l’île de Vancouver (où se trouve la majorité de la population de la C.-B.) en utilisant divers modèles et diverses hypothèses (voir le tableau 9.1 de leur document de recherche, p. 41). Ces chiffres peuvent indiquer une baisse provoquée par la pêche d’une espèce auparavant non exploitée (prélèvements de la biomasse accumulée, théoriquement associés à une productivité accrue en raison d’une baisse de la densité). Des rapports récents de l’industrie laissent sous-entendre que la pêche au sébastolobe à longues épines est de moins en moins attrayante en raison de la chute des prix offerts sur le marché pour cette espèce, de l’augmentation des coûts du carburant et du taux de change élevé de la devise canadienne. La combinaison de ces facteurs a réduit l’effort de pêche visant cette espèce. Cela se reflète dans les données sur les prises annuelles (tableau 3). Cependant, on ne peut prévoir les conditions futures de la pêche. À l’heure actuelle, on sait peu de choses à propos des prélèvements de sébastes par les pêches commerciales autres que celles au poisson de fond (p. ex. crevettes au casier).

En outre, les erreurs d’identification de ces espèces de sébastes peuvent constituer un problème du fait qu’elles sont semblables, sur le plan morphologique, à d’autres espèces du même genre. Ce phénomène était probablement plus fréquent au cours des premières années du programme des observateurs (Haigh et Schnute, 2003), ce qui laisse supposer que la précision des données sur les prises a changé au fil du temps. Cependant, depuis que les observateurs et les surveillants à quai ont acquis de l’expérience, on croit que l’identification des espèces s’est améliorée. La difficulté actuelle à distinguer le sébaste à taches noires du sébaste à œil épineux nécessite une résolution génétique. Il semble peu probable qu’une distinction à l’œil nu puisse suffire.

Même si les prises des pêches commerciales constituent la plus importante source connue de mortalité, la gravité et le degré de préoccupation associés à cette menace demeurent moyens étant donné les mesures d’atténuation adoptées et le fait que les prises font l’objet d’une surveillance intégrale (voir la section 1.8).

Tableau 2. Prises des pêches commerciales annuelles déclarées (t), y compris les rejets, de spécimens du complexe des sébastes à œil épineux et à taches noires dans les cinq principales pêches au poisson de fond.
Les entrées « --- » indiquent qu’aucune prise n’a été déclarée; les entrées « 0 » indiquent des prises inférieures à 0,05 t. Les dossiers sur les prises pour 2010 sont incomplets. Sources de la base de données du MPO : PacHarv3, GFCatch, PacHarvest, PacHarvHL, PacHarvSable, GFFOS.
AnnéeChalutFlétanMorue charbonnièreAiguillat : Morue-lingueLigne : SébastesTotal
1971
8,6
---
---
---
---
8,6
1972
8,2
---
---
---
---
8,2
1973
---
---
---
---
---
---
1974
---
---
---
---
---
---
1975
---
---
---
---
---
---
1976
14
---
---
---
---
14
1977
77
---
---
---
---
77
1978
140
---
---
---
---
140
1979
218
---
1,4
---
0,5
220
1980
82
---
0,3
---
5,0
88
1981
117
---
---
---
2,1
119
1982
386
---
---
---
---
386
1983
214
---
---
---
0,3
214
1984
346
---
---
---
1,4
347
1985
616
---
---
---
1,9
618
1986
758
---
---
---
---
758
1987
490
---
1,5
---
---
491
1988
1 092
---
5,1
---
---
1 097
1989
1 039
---
---
---
1,7
1 040
1990
1 196
---
1,6
---
19
1 216
1991
997
---
18
---
33
1 048
1992
1 646
---
2,8
---
29
1 678
1993
1 886
---
5,1
---
23
1 915
1994
1 344
---
8,2
---
122
1 474
1995
1 147
1.6
6,1
---
673
1 828
1996
988
17
5,7
1,5
420
1 432
1997
366
23
16
0,2
622
1 027
1998
523
16
7,4
2,5
547
1 096
1999
477
27
14
11
825
1 355
2000
449
135
134
12
771
1 501
2001
498
184
27
0,5
341
1 051
2002
544
163
18
0
355
1 080
2003
509
107
3,1
0,1
375
994
2004
448
143
5,0
0,2
305
901
2005
481
263
17
0,7
197
959
2006
584
178
48
0,2
24
834
2007
649
140
68
0,1
19
875
2008
848
137
50
0,3
72
1 107
2009
951
127
61
0,1
130
1 270
2010
499
79
33
0,1
96
708
Total
22 636
1 741
557
30
6 013
30 976

 

Tableau 3. Prises des pêches commerciales annuelles déclarées (t), y compris les rejets, de sébastolobes à longues épines dans les cinq principales pêches au poisson de fond.
Les entrées « --- » indiquent qu’aucune prise n’a été déclarée; les entrées « 0 » indiquent des prises inférieures à 0,05 t. Les dossiers sur les prises pour 2010 sont incomplets. L’année 1996 indique le début de la pêche visant le sébastolobe à longues épines. Cependant, celui-ci a toujours été confondu avec le sébastolobe à courtes épines, avant d’être reconnu en tant qu’espèce distincte. Sources de la base de données du MPO : PacHarv3, GFCatch, PacHarvest, PacHarvHL, PacHarvSable, GFFOS.
AnnéeChalutFlétanMorue charbonnièreAiguillat : Morue-lingueLigne : SébastesTotal
1996
876
0
---
---
---
876
1997
752
---
---
---
---
752
1998
876
---
---
---
---
876
1999
966
---
---
---
---
966
2000
847
---
---
---
---
847
2001
678
---
---
---
1,9
680
2002
696
0
---
---
0,5
696
2003
437
---
---
0
0
437
2004
327
---
---
---
---
327
2005
69
---
---
---
---
69
2006
291
0
---
---
---
291
2007
177
---
---
---
---
177
2008
63
---
---
---
---
63
2009
97
---
0
---
---
97
2010
76
---
---
---
---
76
Total
7 227
0
0
0
2,4
7 230
ii) Pêches récréatives

Les engins de pêche récréative peuvent atteindre des profondeurs où résident les populations, ce qui peut avoir un impact sur les espèces. Étant donné la nature benthique et hauturière du sébastolobe à longues épines et les engins spécialisés requis pour prélever des individus de l’espèce, on présume que les prises des pêches récréatives sont minimes. Par contre, l’interaction entre les engins de pêche et le complexe des sébastes à œil épineux et à taches noires peut être plus courante du fait que la pêche a lieu à des profondeurs moins grandes.

Les prises de sébastes des pêches récréatives font présentement l’objet d’une gestion fondée sur des limites quotidiennes et le nombre de spécimens capturés, qui varient selon la zone de gestion statistique et la période de l’année. Même si aucune déclaration de prises de spécimens du complexe des sébastes à œil épineux et à taches noires ne figure dans les enquêtes menées auprès de pêcheurs récréatifs par le Ministère, l’identification des espèces de sébastes est médiocre au sein de cette pêche et, de ce fait, il est possible que des prises d’individus de ces espèces ne soient pas distinguées précisément de celles déclarées comme étant des « sébastes mélangés » ou « autres sébastes ». Des informations anecdotiques confirment que des sébastes sont souvent capturés de façon accidentelle par certains pêcheurs récréatifs qui recherchent des espèces plus populaires, comme le saumon ou le flétan du Pacifique (Hippoglossus stenolepis).

Comme il est difficile d’évaluer l’impact du secteur de la pêche récréative, la gravité de la menace demeure inconnue. Cependant, étant donné la fourchette de profondeurs à laquelle vivent les individus du complexe des sébastes à œil épineux et à taches noires et le sébastolobe à longues épines, il est peu probable que ces espèces soient capturées couramment par les pêcheurs récréatifs. Le niveau de préoccupation est par conséquent considéré comme « faible ».

iii) Pêches des Premières nations à des fins alimentaires, sociales et cérémonielles

Les pêches des Premières nations à des fins alimentaires, sociales et cérémonielles ont lieu dans l’ensemble des eaux côtières de la Colombie-Britannique. On ne dispose présentement d’aucune donnée détaillée sur les prises associées à ces pêches. En raison de l’absence de vérification des prises d’individus de ces espèces dans les pêches à des fins alimentaires, sociales et cérémonielles, la gravité de la menace demeure inconnue. Cependant, compte tenu de la fourchette de profondeurs et de la répartition de ces espèces de sébastes, on présume que l’impact des pêches à des fins alimentaires, sociales et cérémonielles ainsi que le niveau de préoccupation sont « faibles ». Des renseignements anecdotiques indiquent qu’aucune de ces espèces n’a de valeur sociale ou cérémonielle, c’est pourquoi on considère que les prélèvements de ces pêches sont minimes.

iv) Pêche à des fins de recherche

Le secteur des sciences du MPO, de concert avec l’industrie de la pêche commerciale au poisson de fond et l’International Pacific Halibut Commission (IPHC), mène une série de relevés de recherche pour évaluer l’état des stocks de poisson de fond le long de la côte de la C.-B. Ces relevés varient quant à leur durée, à leur fréquence, à leurs objectifs, aux espèces visées et à la méthodologie.

On a relevé des prises de toutes les espèces dans la plupart des relevés de recherche; les données (tableau 4) sont conservées dans une base de données électronique du MPO (GFBio). Un tableau d’identification des relevés appelé « C_Activity » énumère la plupart des relevés présents dans GFBio (il est possible que des relevés soient entrés mais non identifiés précisément par un code d’activité propre). Présentement, les prises enregistrées dans les relevés de recherche ne sont pas incluses dans les évaluations des stocks du complexe des sébastes à œil épineux et à taches noires et du sébastolobe à longues épines du fait que les prises sont considérées comme minimes. La gravité de cette menace est considérée comme « faible » par rapport aux formes de prélèvement continues, ce qui donne un niveau de préoccupation « faible ».

Tableau 4. Relevés de recherche et prises (t) enregistrées d’individus du complexe des sébastes à œil épineux et à taches noires (RBC) et de sébastolobes à longues épines (LST). Le champ ACTIVITY_CODE du tableau C_Activity de GFBIO couvre la plupart des relevés, mais pas tous. Les années indiquent la capture de spécimens dans le cadre des relevés.
Code de l'activitéDescription de l'activitéAnnéesRBC (tonnes)AnnéesLST (tonnes)
1Relevé de la biomasse au chalut
 
---
 
---
2Relevé sur les larves
 
---
 
---
3Relevé hydroacoustique
1997
0,008
 
---
4Relevé d'échantillonnage biologique
1997
0,008
 
---
5Relevé par submersible
 
---
 
---
6Relevé sur les sébastes près de la côte
 
---
 
---
7Relevé océanographique
 
---
 
---
8Relevé des monts sousmarins
 
---
 
---
9Relevé de la biomasse au casier
1991-2001
4,913
1999-2001
0,012
10Relevé en plongée
 
---
 
---
11Marquage
 
---
 
---
12Relevé plurispécifique au chalut – Détroit d'Hécate
1987,2002-03
0,020
 
---
13Relevé au chalut de la population du goulet de l'île Goose
1966-1995
3,033
 
---
14Relevé au chalut du sébastolobe – côte ouest de l'ìle de Vancouver
2001-2003
0,074
2001-2003
12,330
15Relevé de la merluche – Détroit de Georgia
2001
0,044
 
---
16Relevé de la merluche – côte ouest de l'ìle de Vancouver
1995-2001
0,062
 
---
17Relevé au chalut de surveillance (PCOD) – Détroit d'Hécate
 
---
 
---
18Relevé à la palangre par navire affrété – sébaste aux yeux jeunes
1997-2003
5,902
 
---
19Relevé d'évaluation et de recherche – morue charbonnière
1991-2010
17,040
1999-2010
0,050
20Relevé à la turlutte
 
---
 
---
21Relevé au chalut synoptique – Détroit de la Reine-Charlotte
2003-2009
5.238
2004-2009
0,114
22Relevé au chalut synoptique – côte ouest de l'ìle de Vancouver
2004-2010
3,457
2004-2006
0,030
23Relevé à la palangre en eaux côtières – sébaste
 
---
 
---
24Relevé à la palangre de l'IPHC
2003-2009
4,323
 
---
25Relevé de la crevette – section des mollusques et des coquillages
1976-2010
1,231
1994, 2008
0,383
26Relevé au chalut synoptique – Détroit d'Hécate
2005-2009
0,443
 
---
27Relevé synoptique – côte ouest des îles de la Reine-Charlotte
2006-2010
48,124
2006-2010
1,422
28Relevés à la palangre du PHMA
2007-2009
0,243
 
---
29Relevé au poisson plat juvénile – Détroit d'Hécate
 
---
 
---
30Délimitation des stocks de merluche
2008
0,018
 
---
31Relevé acoustique de la merluche Canada–États-Unis
1995-2009
0,178
2009
0,007
TotalPrises d’espèces (tonnes) à l’aide des codes de la base GFBIO
1966-2010
94,359
1994-2010
14,349

Note : Il existe une base de données miroir appelée GFBioSQL qui contient en outre un champ appelé SURVEY_SERIES ID à des fins de bootstrapping.

Expansion des régimes de faible productivité (sur les plans temporel et spatial)

Les larves du complexe des sébastes à œil épineux et à taches noires et du sébastolobe à longues épines peuvent passer des mois dans la partie supérieure de la zone pélagique. En conséquence, la survie de ces espèces est fonction des conditions régnant dans cette zone, conditions qui sont tributaires de facteurs ayant une incidence sur la productivité comme le phénomène El Niño- oscillation australe (ENSO) et l’oscillation décennale du Pacifique (ODP). Comme la dispersion des juvéniles du complexe des sébastes à œil épineux et à taches noires et du sébastolobe à longues épines repose sur l’advection océanique, tout changement dans les courants et les remontées d’eau peut avoir une incidence directe sur les niveaux de recrutement, ce qui entraîne l’apparition de profils épisodiques dans le succès des classes d’âge.

Le changement climatique et les changements de régime à grande échelle peuvent avoir une incidence sur l’écologie du nord du Pacifique (p. ex. Beamish et Bouillon, 1993; McFarlane et al., 2000; Benson et Trites, 2002). Des recherches récentes montrent qu’un déclin planétaire du phytoplancton est associé à une augmentation des températures à la surface de la mer (Boyce et al., 2010). Comme les larves des sébastes s’alimentent de zooplancton (qui dépend au départ du phytoplancton) au cours de la phase pélagique de leur cycle biologique (Moser et Boehlert, 1991), une réduction des quantités de phytoplancton entraînerait une diminution de la disponibilité des proies, ce qui compromettrait la survie des sébastes à œil épineux et à taches noires ainsi que du sébastolobe à longues épines au stade juvénile.

Il est également plausible que les changements à grande échelle engendrés par ces perturbations climatiques aient des impacts variables sur l’habitat et la répartition géographique de ces espèces de poissons. Ainsi, le déclin de la productivité de l’océan probablement attribuable aux augmentations des températures à la surface de la mer pourrait réduire l’aire de répartition du complexe des sébastes à œil épineux et à taches noires (l’aire de répartition actuelle s’étend au sud jusqu’en Oregon). En outre, des études récentes font apparaître des liens de causalité entre le réchauffement planétaire et l’expansion verticale et horizontale des zones où les concentrations d’oxygène sont minimales dans l’océan. Les zones affichant des concentrations d’oxygène minimales sont des caractéristiques normales des profondeurs intermédiaires. L’expansion de ces zones au cours de la dernière décennie (Stramma et al., 2010) a donné lieu à une augmentation des incursions d’eaux pauvres en oxygène dans les plateaux continentaux productifs (p. ex. Bograd et al., 2008; Chan et al., 2008).

Même si la gravité de cette menace est considérée comme « moyenne », l’occurrence du phénomène qu’est le changement climatique et les menaces qui en découlent demeurent « inconnues ». En outre, notre capacité à atténuer cette menace est faible. En conséquence, d’autres travaux de recherche sont nécessaires pour que l’on puisse relever et quantifier les impacts qu’a le changement climatique sur ces espèces de sébastes. En ce qui concerne les autres menaces recensées pour ces populations de sébaste, le niveau de préoccupation est considéré comme « faible ».

Toxines, déséquilibres chimiques localisés et conditions anaérobiques

La menace posée par la pollution peut provenir de déversements d’hydrocarbures des vraquiers, de fuites d’hydrocarbures provenant de navires ayant sombré ou de déchets rejetés par des navires océaniques. Les rejets de déchets par les navires océaniques sont des événements récurrents le long de la côte de la C.-B., et leur probabilité d’occurrence peut s’accroître avec de fortes densités de trafic. Les navires océaniques peuvent rejeter leurs eaux grises et leurs eaux usées chauffées, ce qui a une incidence sur la qualité de l’eau dans la zone pélagique. En outre, la production primaire et la disponibilité des proies du complexe des sébastes à œil épineux et à taches noires et du sébastolobe à longues épines pourraient être gravement compromises par l’introduction de polluants synthétiques et non biodégradables dans l’environnement.

Bien que des mesures pour prévenir et atténuer les effets des déversements soient en place actuellement, lorsqu’un déversement a lieu, l’efficacité des mesures de nettoyage se situe d’ordinaire entre 5 et 15 % (Graham, 2004) et est grandement fonction de la proximité des centres habités où se trouvent des installations et des experts en nettoyage.

Comme la gravité de cette menace est en grande partie « inconnue », d’autres travaux de recherche sont nécessaires pour que l’on puisse en établir la probabilité et la gravité. Le niveau de préoccupation de cette menace est considéré comme « faible ».

1.8 Mesures déjà prises ou en cours

Programme d’intégration de la pêche commerciale du poisson de fond (PIPCPF)

Depuis 2003, le Ministère s’applique à collaborer avec les pêcheurs commerciaux de poisson de fond et d’autres intervenants pour traiter de questions concernant la gestion et la durabilité des pêches commerciales au poisson de fond. Le Ministère a relevé cinq principes directeursNote de bas de page 3 pour le secteur de la pêche commerciale au poisson de fond.

  1. Toutes les prises de sébastes doivent être comptabilisées.
  2. Les prises de sébastes doivent être gérées conformément aux zones de gestion du sébaste établies.
  3. Les pêcheurs doivent être individuellement responsables de leurs prises.
  4. De nouvelles normes de surveillance doivent être établies et mises en œuvre pour permettre l’atteinte des trois objectifs ci-devant.
  5. Les espèces et les stocks préoccupants doivent faire l’objet d’un examen minutieux, et des mesures telles que la réduction des TAC et autres limites relatives aux prises doivent être envisagées et mises en œuvre pour assurer l’application de l’approche de précaution dans la gestion des stocks.

En 2006, à la suite d’importants travaux effectués par l’entremise du Commercial Groundfish Industry Advisory Committee (CGIAC) et du Commercial Industry Caucus (CIC), on a mis de l’avant un projet pilote d’une durée de trois ans dans le secteur des pêches commerciales au poisson de fond. La réforme visait une surveillance intégrale en mer ainsi qu’une surveillance intégrale à quai, la responsabilisation de chaque navire pour l’ensemble des prises, tant conservées que rejetées, des quotas individuels de navires (QIN) et la réattribution de ces quotas entre les navires et les pêches pour couvrir les prises d’individus d’espèces non visées.

Ce programme pilote est maintenant terminé, et la saison de pêche commerciale au poisson de fond 2010-2011 marque la première année de sa mise en œuvre complète. Une évaluation exhaustive du PIPCPF a eu lieu en 2009, et les résultats indiquent que le programme permet l’atteinte des objectifs du Ministère en matière de conservation et satisfait aux préoccupations sociales ainsi qu’aux exigences en matière de rendement économique (MPO, 2009a).

L’industrie de la pêche commerciale au poisson de fond joue un rôle actif dans la gestion des pêches en collaborant avec les scientifiques, y compris en finançant généreusement les relevés de recherche et les activités de couverture par des observateurs ainsi que de surveillance électronique et à quai des navires.

Relevés de recherche scientifique sur le poisson de fond

Des scientifiques spécialistes des poissons de fond du MPO mènent présentement quatre relevés synoptiques au chalut en collaboration avec la Canadian Groundfish Research and Conservation Society (CGRCS). Le premier relevé synoptique a été effectué dans le détroit de la Reine-Charlotte, en 2003, et a depuis permis la collecte de données servant à établir cinq indices annuels de 2003 à 2009. Compte tenu du succès de cette initiative, d’autres relevés synoptiques ont été amorcés sur la côte ouest de l’île de Vancouver (en 2004), dans le détroit d’Hécate et dans l’entrée Dixon (en 2005) et sur la côte ouest de Haida Gwaii (en 2006).

Les pêches à la ligne reposent sur un ensemble de relevés différent, les principaux étant : i) les relevés à la turlutte (1984-1993); ii) le relevé à la palangre par navire affrété sur le sébaste aux yeux jaunes (1997-2003); iii) le relevé à la palangre dans les eaux côtières sur le sébaste (2003-2008); iv) le relevé à la palangre de l’IPHC (2003-2009); v) le relevé à la palangre de la Pacific Halibut Management Association (PHMA) (2006-2009).

Mentionnons également les relevés sur la crevette effectués au large de la côte ouest de l’île de Vancouver (1976-2010) et dans le détroit de la Reine-Charlotte, près de la côte (1998-2010). Ces relevés sont parfois utiles pour les sébastes vivant en eaux moins profondes ou les sébastes juvéniles vivant en eaux plus profondes. Selon l’espèce, certaines combinaisons des relevés énumérés au tableau 4 peuvent se révéler utiles.

Consolidation des bases de données

Les données sur les prélèvements et les données de recherche sont présentement conservées dans de nombreuses bases de données établies sur diverses plateformes. Les bases de données Oracle comprennent PacHarv3, GFBIO et GFFOS. Les bases de données SQL Server comprennent GFCatch, PacHarvest, PacHarvHL, PacHarvSable et GFBioSQL. En outre, il existe ici et là des bases de données qui se trouvent uniquement sur des postes de travail individuels, p. ex. Historical_Catch.mdb, qui comprend des données provenant de manuscrits et de tableurs (Haigh et Yamanaka, en prép.), les données du relevé triennal du NFMS pour la région de l’île de Vancouver. On prévoit que la consolidation des bases de données permettra une gestion efficace des données sur les pêches et un meilleur accès à celles-ci.

Pêche exploratoire au sébastolobe à longues épines 2000-2006 – Mesures de gestion

Avant 2000, en vertu du programme de gestion fondé sur des QIN, le MPO a établi un total autorisé des captures (TAC) unique pour l’ensemble de la côte à l’égard du sébastolobe à longues épines. Même si le quota s’appliquait à toute la côte, l’industrie du chalutage a concentré son effort de pêche dans les eaux profondes au large de la côte ouest de l’île de Vancouver. Dans cette industrie, les prises de sébastolobes à longues épines représentaient plus de 70 % du total combiné des prises de sébastolobes à longues épines et à courtes épines. L’industrie croyait que les stocks de sébastolobe à longues épines d’autres zones côtières étaient fortement abondants. Cependant, ces zones n’étaient pas exploitées en raison d’un fond marin peu propice, des fortes marées, des forts niveaux de prises accessoires (p. ex. morue charbonnière) et des coûts élevés de la pêche.

En 2000, à titre de précaution et en l’absence de conseils découlant d’une évaluation des stocks, le MPO a réduit le TACapplicable à toute la côte de plus de 50 % après avoir constaté un déclin dans les PUE des pêches commerciales au sébastolobe à longues épines par rapport aux niveaux initiaux observés dans les zones où les prises étaient concentrées. En outre, le MPO (de concert avec l’industrie) a mis de l’avant un programme exploratoire afin de favoriser un déplacement de l’effort de pêche de la côte ouest de l’île de Vancouver vers des aires de pêche situées plus au nord en offrant des possibilités de pêche supplémentaires jumelées à des exigences d’échantillonnage biologique accrues. Les données biologiques recueillies devaient servir à des analyses de la structure des âges dans la population, de la croissance et de la reproduction. Ces analyses devaient par la suite permettre l’établissement d’estimations plus fiables de l’abondance des stocks et de la productivité à long terme, car on avait remarqué que les données sur les PUE des pêches commerciales étaient fortement biaisées par le comportement des pêcheurs.

D’autres mesures de gestion ont été prises en 2002 avec la création de cinq régions de gestion et la fermeture d’un grand secteur afin d’assurer un refuge à une certaine partie de la population. Le programme exploratoire a pris fin en 2006, et la pêche est revenue au niveau du TAC réduit pour l’ensemble de la côte en raison d’une réduction importante de l’effort de pêche.

Pêche visant le complexe des sébastes à œil épineux et à taches noires dans le secteur des monts sous-marins – mesures de gestion

En 1992, le Ministère a permis une pêche (à la ligne) visant les sébastes dans le secteur du mont sous-marin Bowie. Le complexe des sébastes à œil épineux et à taches noires représentait la majeure partie des prises de sébastes et a été ciblé pendant plusieurs années. En 2006, en raison de l’introduction des QIN, des exigences en matière de surveillance intégrale des prises imposées à la flottille de pêche au sébaste à la ligne et de l’intérêt du Ministère à faire du secteur du mont sous-marin Bowie une zone de protection marine (ZPM), l’effort de pêche visant le complexe des sébastes à œil épineux et à taches noires a cessé dans le secteur du mont sous-marin Bowie.

À l’heure actuelle, une pêche dirigée à la morue charbonnière a lieu dans le secteur des monts sous-marins du large (y compris le mont Bowie). La pêche à la morue charbonnière dans le secteur des monts sous-marins fait l’objet d’un suivi intégral en mer et à quai, et les prises indirectes d’individus du complexe des sébastes à œil épineux et à taches noires sont permises en vertu de limites mensuelles pour les navires. De 2007 à 2009, les débarquements d’individus du complexe des sébastes à œil épineux et à taches noires se sont établis en moyenne à 8 000 livres par année pour l’ensemble des monts sous-marins combinés (Adam Keizer, MPO, coordinateur – flétan et morue charbonnière, comm. pers., 2010).

Fermetures de zones de récifs d’éponges, aires marines nationales de conservation (AMNC) et zones de protection marine (ZPM)

En 2007, le MPO, avec le soutien de l’industrie de la pêche au poisson de fond au chalut, a fermé trois zones où se trouvaient des récifs d’éponge afin d’assurer la protection de quatre écosystèmes uniques de récifs d’éponges siliceuses. Ces fermetures de zones présentant des récifs d’éponges ont eu lieu dans les eaux (environ 200 m de profondeur) de l’est du détroit de la Reine-Charlotte et du détroit d’Hécate et s’appliquent tout au long de l’année pour l’ensemble des activités de chalutage de fond. Il est probable que la couverture dense des récifs d’éponges fournisse un abri aux jeunes adultes du complexe des sébastes à œil épineux et à taches noires. En raison de la fourchette de profondeurs et de la répartition hauturière du sébastolobe à longues épines, il est moins probable que cette espèce ait tendance à s’y réfugier. Une stratégie de conservation des coraux et des éponges d’eau froide a été approuvée récemment par le Ministère.

La Loi sur les aires marines nationales de conservation du Canada prescrit l’établissement d’aires marines nationales de conservation (AMNC). En 2010, l’AMNC de Gwaii Haanas a été établie dans le cadre d’une initiative conjointe de Parcs Canada, du MPO et du Conseil de la nation Haida. On travaille présentement à l’élaboration d’un plan de gestion intégrée des pêches pour cette AMNC.

En outre, en vertu de la Loi sur les océans du Canada, le MPO a désigné deux aires de protection marine (ZPM) dans les eaux côtières de la C.-B., à savoir celle du champ hydrothermal Endeavour et celle du mont sous-marin Bowie. Les AMNC et les ZPM ont pour but de protéger les écosystèmes et d’en améliorer la résilience et peuvent contribuer à la durabilité de pêches locales en favorisant la survie des grandes femelles reproductrices et la dispersion future potentielle des jeunes poissons depuis les zones protégées vers les zones de pêche extérieures. Ces zones peuvent donc contribuer à conserver les espèces de sébastes présentes sur le talus comme le complexe des sébastes à œil épineux et à taches noires et le sébastolobe à longues épines.

Projets de recherche en collaboration

Le MPO collabore régulièrement avec des chercheurs universitaires d’autres secteurs à divers projets de recherche qui améliorent les connaissances sur les enjeux auxquels les gestionnaires des pêches et les chercheurs sont confrontés aujourd’hui.

Ainsi, le CRSNG (Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada) a lancé récemment un projet visant à évaluer les impacts potentiels des engins de pêche de fond sur l’habitat du plancher océanique. Les caractéristiques physiques et biologiques des habitats marins benthiques jouent souvent un rôle important en matière de soutien de la production des espèces marines. En conséquence, la gestion des perturbations de l’habitat de fond est un critère dont il faut tenir compte dans l’évaluation de la durabilité d’une pêche et aidera l’industrie de la pêche à apporter des changements opérationnels pour atténuer ces impacts.

1.9 Lacunes dans les connaissances

Renseignements biologiques sur le complexe des sébastes à œil épineux et à taches noires

La découverte récente de l’existence de deux espèces de sébaste au lieu d’une seule, que l’on appelait auparavant « sébaste à œil épineux » (Jordan et Evermann, 1898), ainsi que les lacunes dans les connaissances biologiques (y compris la répartition et les menaces) sur le complexe des sébastes à œil épineux et à taches noires peuvent représenter une menace comme telle puisque, dans le cas d’espèces cryptiques de ce genre, le risque de perte de diversité génétique non reconnue est accru. D’importants travaux scientifiques supplémentaires devront être effectués pour que l’on puisse décrire l’abondance relative des deux espèces dans les eaux canadiennes, leur répartition ainsi que les impacts des pêches (et probablement d’autres menaces) sur celles-ci.

Orr et Hawkins (2008) ont redéfini les deux espèces sur le plan taxonomique et établi des marqueurs diagnostiques pour distinguer S. aleutianus (œil épineux) de S. melanostictus (à taches noires). Leurs constatations indiquent que la répartition du sébaste à œil épineux est limitée à l’est de l’océan Pacifique, tandis que le sébaste à taches noires est présent dans l’ensemble du Pacifique Nord, du Japon jusqu’à la Californie. Les auteurs indiquent que même si elles sont similaires sur le plan morphologique, les deux espèces présentent des différences uniformes au niveau de la coloration du corps; le sébaste à taches noires a toujours des taches distinctes sur sa nageoire dorsale épineuse (même si celles-ci sont parfois obscurcies par une coloration sombre), tandis que le sébaste à œil épineux à une coloration pâle sur tout son corps, sans taches distinctes. Orr et Hawkins ont dérivé une fonction discriminante en utilisant des caractéristiques morphométriques et méristiques permettant de différencier correctement les deux espèces 97,8 % du temps. À ce stade, mis à part la fonction discriminante et les analyses de l’ADN, il n’existe aucune autre méthode connue pour identifier avec précision les deux espèces.

Présentement, le MPO dispose de peu d’information sur le sébaste à œil épineux et sur le sébaste à taches noires (S. melanostictus) dans les eaux canadiennes du Pacifique. D’après les diagnostics mentionnés dans la littérature, le secteur des Sciences du MPO a tout d’abord tenté, dans ses relevés, de distinguer les deux espèces d’après la présence ou l’absence de taches distinctes sur la nageoire dorsale, mais cette pratique a été abandonnée en raison de la grande variabilité des formes de coloration entre les deux espèces. Présentement, des échantillons génétiques des individus du complexe sont prélevés dans le cadre de certains relevés du secteur des sciences du MPO. Une étude pilote est en cours pour que l’on puisse établir une façon rentable d’identifier couramment les prises ainsi que la complexité de l’analyse génétique nécessaire pour distinguer les deux espèces et leurs hybrides (Rick Stanley, MPO, comm. pers, 2010). L’échantillonnage génétique deviendra évidemment une pratique régulière dans tous les relevés futurs, et des coûts supplémentaires sont à prévoir. L’échantillonnage des prises des pêches commerciales sera vraisemblablement plus compliqué, mais des protocoles doivent être élaborés si les deux espèces doivent être identifiées précisément dans les prélèvements des pêches commerciales. En attendant, des ratios de la composition des deux espèces dérivés de l’échantillonnage génétique du complexe dans le cadre des relevés du secteur des Sciences du MPO peuvent être utilisés pour estimer la composition des prises des pêches commerciales.

La distinction du sébaste à œil épineux et du sébaste à taches noires pose une difficulté pour la gestion des deux espèces. En l’absence de données biologiques suffisantes sur l’une ou l’autre des espèces, les deux ne peuvent être gérées qu’en tant que complexe d’espèces, et ce, jusqu’à ce que des recherches appropriées permettent d’établir une méthode pour les gérer séparément.

On prévoit qu’avec le temps et les ressources consenties, on en saura davantage sur l’abondance et la répartition du complexe des sébastes à œil épineux et à taches noires.