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Taille et tendances des populations

Ce qui dans le sud‑ouest de l’Ontario constituait probablement une assez petite population sauvage avant l’arrivée des Européens prend beaucoup d’expansion après le déboisement au début du XIXe siècle. La population grandissante atteint le sud de la baie Georgienne et Kingston et, bien que peu abondants, les oiseaux se limitent surtout à une région située au sud d’une ligne allant de Goderich à Oshawa (Clarke, 1954 ‑ figure 2). Au milieu de ce siècle, la population atteint un pic, puis le nombre d’oiseaux diminue et l’aire de répartition rapetisse lentement mais de manière constante.

Durant une bonne partie du XXe siècle, on tente de rétablir les populations en déclin en remettant en liberté de nombreux colins élevés en enclos. Cependant, les taux de mortalité des oiseaux d’élevage sont très élevés, et on considère depuis peu qu’ils ne conviennent pas au rétablissement (DeVoss et Speake, 1995; Roseberry et al., 1987).

Au début des années 1970, Holdsworth (1973) estime qu’il y a environ 1 055 groupes de Colins de Virginie en Ontario, principalement dans les comtés de Lambton, de Middlesex et d’Elgin. Cependant, durant trois hivers successifs de la fin des années 1970, au cours desquels le temps a été inclément et qu’il y a eu accumulation de glace, la population de colins baisse encore plus. Au début des années 1980, les données de l’atlas des oiseaux nicheurs et, plus tard, celles du programme des oiseaux nicheurs rares (de 1989 à 1991), indiquent une répartition clairsemée et des observations de Colins de Virginie dans seulement 79 carrés de l’atlas (figure 3). Bon nombre de ces oiseaux ont vraisemblablement été relâchés, et il ne s’agit pas d’oiseaux sauvages indigènes. Dans l’ensemble, Page et Austen (1994) évaluent que le nombre de couples est de 232 à 1 545 durant la période de relevés pour l’atlas.

L’évaluation de l’atlas est fondée sur la compilation de cinq années de données et est peut‑être un peu trop élevée. Le relevé effectué durant les années 1970 dépasse aussi la limite maximale de l’atlas, ce qui laisse penser que non seulement la population ne s’est pas rétablie des hivers rigoureux, mais qu’elle a subi un autre déclin (Page et Austen, 1994).

En 1989‑1990, une vaste enquête postale menée dans le sud‑ouest de l’Ontario révèle que la population baisse à seulement environ 185 colins dans 16 groupes (Hunter, 1990). De plus, on pense que des individus sauvages ne persistent sans doute que dans deux zones distinctes des régions d’Aylmer et de Chatham (Page et Austen, 1994). Le relevé des oiseaux nicheurs de 1966 à 1998, qui n’est fondé que sur trois itinéraires d’observation, signale un déclin très important de la population de colins en Ontario durant cette période. De 1980 à 1998, les mentions trop rares sur seulement deux lignes de relevé ne permettent pas d’indiquer un changement important, même si la tendance est encore à la baisse (www.mbr‑prec.usgs.gov/bbs/trend/trend 98.html) (en anglais seulement).

Au cours des années 1990, aucun relevé complet n’est fait dans le but d’évaluer les changements dans la population. Cependant, on pense en général que le nombre d’oiseaux augmente légèrement jusqu’à 200 à 250, et la population semble se stabiliser à ce niveau durant la plus grande partie de la décennie (P. Hunter, comm. pers., 1999).

Les données des trois itinéraires de relevés des oiseaux nicheurs en Ontario qui font mention du Colin de Virginie (tiré du site Web du relevé des oiseaux nicheurs aux États‑Unis (http://www.mbr-pwrc.usgs.gov/bbs/bbs.html) (en anglais seulement) indiquent un déclin annuel moyen de 18,9 p. 100 (p = 0,04) pour l’Ontario entre 1966 et 2001, ce qui représente un déclin total de 99,9 p. 100 durant 35 ans ou de 88 p. 100 par décennie.

Au cours des dernières années aux États‑Unis, l’espèce subit d’importants déclins dans la plupart des États. Entre 1965 et 1995, des baisses d’effectif de 70 à 90 p. 100 à l’échelle de la région, de l’État ou de la zone sont courants dans 80 p. 100 des États où ils sont signalés (Brennan, 1999). Les déclins sont plus marqués dans le sud‑est du pays et moins prononcés dans le Midwest, et de nombreuses populations locales ont disparu. De 1966 à 1998, les résultats du relevé des oiseaux nicheurs révèlent d’importantes chutes des populations au Michigan, en Ohio, en Pennsylvanie et dans l’État de New York. Ces tendances sont aussi évidentes entre 1980 et 1998, mais peu importantes dans trois des quatre États (http://www.mbr-pwrc.usgs.gov/) (en anglais seulement). Dans le pays, la plupart des déclins sont surtout attribuables à la perte d’habitats, qui découle de changements dans l’utilisation des terres au profit de l’agriculture, des forêts et de l’urbanisation (Brennan, 1999).

En 1994, lors de la première évaluation du COSEPAC, on prévoit mettre en œuvre un programme de piégeage et de remise en liberté en utilisant des oiseaux piégés dans la nature dans une région des États‑Unis dont le climat est semblable à celui de l’Ontario. Le ministère des Richesses naturelles de l’Ontario et l’Ontario Federation of Anglers and Hunters sont prêts à lancer le programme dans les comtés de Middlesex et d’Elgin. La remise en liberté d’au moins 300 oiseaux vise à lier des populations clairsemées et à augmenter la population totale. Une deuxième remise en liberté de 200 à 300 oiseaux est prévue l’année suivante (Page et Austen, 1994).

Cependant, en raison de graves déclins concomitants signalés dans la plupart des États américains, les responsables de la faune hésitent à réduire leurs populations de Colin de Virginie pour remettre en liberté les oiseaux au Canada. Néanmoins, les deux pays maintiennent des échanges en vue d’éventuels transferts dès que possible. Cet oiseau a un grand potentiel de reproduction; dans le cas où les populations se rétabliraient aux États‑Unis, il y a de fortes chances que, dans un proche avenir, on remette en liberté en Ontario des individus piégés aux États‑Unis. Le programme n’a pas été abandonné, et les responsables du Ministère ont l’intention de le mettre en place le plus rapidement possible (P. Hunter, comm. pers., 1999).

Certains observateurs se préoccupent davantage du statut de l’espèce. Au cours de la dernière décennie, on a signalé la disparition du Colin de Virginie dans nombre de régions où on mentionnait sa présence dans le passé (D. Sutherland, comm. pers., 1999); cela indique un déclin continu dans certaines régions.

Dans l’ensemble, la population actuelle du sud‑ouest de l’Ontario, qu’elle y ait été mal évaluée auparavant ou qu’elle s’y soit mieux rétablie que prévu, semble plus grande que l’évaluation de 185 oiseaux du précédent rapport de situation (Page et Austen, 1994).

De mai à juin 1999 et de mai à juillet 2000, le Rural Lambton Stewardship Network et les membres de la Première Nation de l’île Walpole effectuent des relevés de sifflements de Colin de Virginie dans l’île (appelée comté de Lambton ouest in James, 1999), où se trouvent la plupart des habitats qui restent pour les colins indigènes au Canada. MacIntyre (2002) et Hector (en préparation) résument les résultats de ces relevés.

Soixante‑cinq stations, espacées d’au moins un kilomètre, sont établies sur le bord des routes dans l’habitat de prairie de l’île Walpole. Des relevés de sifflements sont effectués une demi‑heure avant jusqu’à 1,5 heure après le lever du soleil de la fin de mai jusqu’en juillet 2000. Pour chaque station, les observateurs inscrivent le nombre d’appels de mâles entendus durant une période de trois minutes. On estime que 75 p. 100 de l’habitat favorable à l’oiseau dans l’île a été échantillonné durant ces relevés.Cependant, on n’a pas réussi à faire des relevés à toutes les stations en une seule journée. Lorsque plus d’un relevé est effectué à une même station, on utilise le nombre maximum d’appels comptés à cette station pour estimer la population.

Le nombre total d’appels de mâles signalés durant le relevé varie de 92 durant une période d’échantillonnage de cinq jours à la fin de juin à 155 durant une période d’échantillonnage de vingt‑trois jours en juin. Au cours de cette dernière période, il y a plus de chances que les mâles se soient déplacés entre des stations de relevés et qu’ils aient fait gonfler l’évaluation parce qu’on les a comptés en double. Il est donc préférable d’utiliser l’évaluation la plus faible (92 oiseaux) pour déterminer le statut de l’espèce.

En présumant que chaque appel de mâle représente un couple et que les densités dans les habitats non échantillonnés sont semblables aux densités des zones échantillonnées (deux hypothèses non vérifiées), on estime que la population de colins dans l’île Walpole est de 230 oiseaux en 2000. En se fondant sur cette donnée, on peut extrapoler pour évaluer la production des couvées, les populations hivernantes et le taux de survie lorsque l’hiver est vigoureux (MacIntyre, 2002; Hector, en préparation).

La superficie totale de l’île Walpole est de 24 000 hectares, constitués de milieux humides, de zones agricoles, de prairies, de savanes, de communautés de feuillus et de lotissements résidentiels clairsemés. En 2000, on analyse le principal habitat du Colin de Virginie dans l’île Walpole en se servant d’images du satellite Landsat, de l’analyse ArcInfo et de vérifications sur le terrain. Une superficie totale de 1 840 hectares (7,7 p. 100) comprend d’importants habitats de prairies et de savanes. De plus, l’oiseau peut utiliser de nombreux habitats périphériques, comme les clairières, les arrière‑cours, les clôtures, les digues et même les zones agricoles.

On pense en général que le Colin de Virginie de l’île Walpole est indigène. On est moins certain cependant du nombre et de l’origine des oiseaux signalés à l’extérieur de l’île. Même si le relevé est incomplet, les données préliminaires provenant de l’atlas des oiseaux nicheurs de l’Ontario en préparation (trois des cinq années terminées) indiquent la présence de l’oiseau à 17 endroits à l’extérieur de l’île (figure 4). Le personnel du ministère des Richesses naturelles de l’Ontario signale d’autres endroits connus mais non cartographiés, qui n’ont pas été régulièrement mentionnés ou surveillés. Certains sont situés sur des terres voisines à l’île Walpole, tandis que d’autres se trouvent dans une plus grande partie du sud‑ouest de l’Ontario.