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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la marmotte de l’île de Vancouver (Marmota vancouverensis) au Canada – Mise à jour

Facteurs limitatifs et menaces

 La plus grande menace immédiate à laquelle font face les marmottes de l’île de Vancouver est la prédation, que l’on croit être également la cause immédiate des déclins récents des populations (Bryant et Page, 2005). Les résultats des dénombrements et des activités de marquage et de recapture laissent croire que les taux annuels de survie ont chuté depuis les années 1980 (figure 7). Les pertes enregistrées par les colonies étaient souvent spectaculaires au cours d’années données, et les taux de survie propres aux colonies étaient spatialement corrélés (Bryant, 2000). 

Figure 7. Changements dans la survie des marmottes dans la région des lacs Nanaimo au fil des années. Les valeurs présentées sont des moyennes (erreur-type) et ne concernent que les colonies des prés naturels. La quantité de marmottes observées vivantes au cours d’une année donnée (marmottes-année) des individus marqués et non marqués est présentée. Les marmottes transplantées ou celles ayant été gardées en captivité, puis mises en liberté, sont exclues. (A. Bryant non-publié)

Figure 7.  Changements dans la survie des marmottes dans la région des lacs Nanaimo au fil des années. Les valeurs présentées sont des moyennes (erreur-type) et ne concernent que les colonies des prés naturels.

 Les indices d’abondance des couguars et des loups sur l’île de Vancouver ont augmenté de façon spectaculaire depuis le début des années 1980 (données inédites; Ministry of Environment de la Colombie-Britannique; Archibald et al., 1991), suivant peut-être les populations de cerfs (Bunnell, 1990; Bryant et Page, 2005). L’augmentation de la prédation de marmottes peut aussi refléter une réaction fonctionnelle des prédateurs. Les prédateurs pourraient avoir chassé plus souvent, ou plus efficacement, dans les habitats naturels entourés de coupes à blanc qui étaient aussi fréquentés par des marmottes (Bryant, 1998). 

L’impact des maladies sur les marmottes est mal compris, mais potentiellement important. La perte de colonies établies à North Hooper (1982-1983) et au pic Gemini (1986-1987), conjuguée à l’effondrement observé des populations du lac Haley et du pic Butler, laisse croire à des cas de mortalité épisodiques. Ces cas sont compatibles avec une hypothèse de prédation localisée, mais ils pourraient aussi être l’expression de maladies (Bryant, 2000).

Bien que les marmottes de l’île de Vancouver soient les hôtes d’une variété de parasites, dont les puces, les nématodes, les ténias, les otodectes et les coccidies, rien ne permet d’affirmer que les parasites ont une incidence considérable sur les populations. Quatre des six individus prélevés dans des colonies différentes et relocalisés à un site historique vacant en 1996 sont morts pendant qu’ils hibernaient, peut-être d’une infection bactérienne (Bryant et al., 2002). La gale chronique a été diagnostiquée au mont Washington

 La consanguinité peut abaisser les taux de reproduction ou de survie. La vulnérabilité des marmottes de l’île de Vancouver à une dépression de consanguinité ou à une dérive génétique n’est pas claire. Comme les populations sont sans doute demeurées faibles depuis de nombreuses générations, il se peut que les fardeaux génétiques délétères aient été purgés (Janz et al., 2000). Rien ne démontre que les taux de reproduction aient été réduits par une dépression génétique (Bryant, 2005), bien qu’un couple de marmottes sauvages mis en captivité ait donné naissance à deux petits de portées distinctes, frappés d’anomalies congénitales (M. McAdie, comm. pers.).

Les marmottes de l’île de Vancouver sont des hibernants obligatoires et requièrent des conditions microclimatiques spécifiques. Les changements climatiques pourraient avoir des effets sur la période d’hibernation (Inouye et al., 2000), et la survie des marmottes hibernantes pourrait être l’expression des conditions d’enneigement (Van Vuren et Armitage, 1991; Barash, 1989). Les marmottes pourraient devenir plus vulnérables à la prédation si elles demeurent actives plus longtemps durant l’automne ou si elles émergent plus tôt au printemps. Les données de radiotélémesure n’indiquent aucun changement significatif dans la période d’hibernation depuis les premiers enregistrements de 1992 (Bryant et McAdie, 2003).

L’étendue et la répartition de l’habitat de la marmotte de l’île Vancouver semblent limitées par les conditions climatiques (Milko, 1984; Milko et Bell, 1986). Les changements climatiques pourraient modifier l’habitat de la marmotte. En réaction au climat, les limites forestières des montagnes de l’ouest de l’Amérique du Nord se sont déplacées au cours des 10 000 dernières années (Rochefort et al., 1994). Une étude récente du pollen recueilli dans des habitats subalpins naturels de marmottes concorde avec l’hypothèse selon laquelle les habitats des marmottes étaient beaucoup plus étendus dans le passé préhistorique récent (Hebda et al., 2005). Les auteurs de cette étude concluaient également que le réchauffement climatique pourrait augmenter la disponibilité des habitats naturels. De tels changements climatiques à long terme expliquent probablement certains des enregistrements paléontologiques et archéologiques de marmottes trouvées bien en dehors de leur zone d’occurrence historique (Calvert et Crockford, 1983; Nagorsen et al., 1996).

La disponibilité de l’habitat des marmottes pourrait également avoir été influencée par les changements naturels qui se sont produits dans la végétation à différentes périodes historiques (c’est-à-dire depuis 1900). Les 100 dernières années ont été marquées par un climat plus chaud et plus sec, qui a entraîné un envahissement des prés subalpins par les arbres dans la plupart des montagnes de l’Ouest, y compris les Cascades, les Olympic et celles composant la chaîne Côtière méridionale. Mesurant les anneaux de croissance d’arbres provenant de colonies de marmottes historiques et existantes, Laroque (1998) a constaté qu’au moins 2 sites (le pic Gemini et le mont Green) avaient été envahis par les arbres en une période de seulement quelques décennies. En revanche, dans le parc provincial Strathcona, d’où les marmottes semblent avoir disparu il y a environ de 20 à 40 ans, la majorité des arbres situés à plus de 1 000 m d’altitude sont âgés de plus de 800 ans; il y a peu de signes d’un envahissement récent par les arbres malgré le chevauchement étroit des sites d’étude des anneaux de croissance avec les signalements de marmottes (par exemple, au canyon Cruikshank, au lac Circlet, à la crête Greig et à la crête Philips; C. Laroque, University of Victoria, comm. pers.).

Le rôle du feu dans la création et le maintien de l’habitat des marmottes n’est pas clairement établi, mais ce processus est probablement important à certains sites. Les intervalles entre les feux sont relativement courts (moins de 300 ans) dans la portion sud-est de l’île de Vancouver et beaucoup plus longs (de 700 à 3 000 ans) dans les régions occidentales et centrales (Laroque, comm. pers.; Lertzman et al., 1998).

La succession qui a suivi l’exploitation des coupes à blanc a eu un effet important sur les colonies de marmottes. Les 10 colonies des coupes à blanc décrites par Bryant (1996 et 1998) avaient toutes disparu en 2000. La survie maximale d’une colonie dans une coupe à blanc était de 19 ans (de 1981 à 2000; route K44a). La survie moyenne des colonies dans les coupes à blanc était de 10 ans (étendue = de 5 à 19 ans), soient 2 ou 3 générations de marmottes. Certaines des données recueillies par Bryant (1996 et 1998) indiquent que la survie dans les habitats artificiels était légèrement inférieure à celle dans les habitats de prés subalpins naturels. Il semble probable que les coupes à blanc aient été des gouffres pour les populations puisque la succession des stades forestiers a vite rendu les conditions de l’habitat inadéquates. Dans les 10 coupes à blanc colonisées par des marmottes, 6 populations ont disparu après que la dernière marmotte solitaire ou les dernières marmottes survivantes aient été « secourues » à des fins de transplantation ou d’élevage en captivité (lac Sherk, lac Pat, mont Franklin, route D13e, route K44a et « west roads » du pic Butler).

Les effets possibles des polluants perturbant le système endocrinien ont été abordés (Lichota et al., 2004). Les niveaux d’exposition actuels semblent peu susceptibles de constituer un risque pour la santé. Des données publiées (Bryant, 1996, 1998 et 2005) indiquent que les taux de reproduction des marmottes de l’île de Vancouver n’ont pas diminué avec le temps, et qu’ils sont comparables à ceux d’autres espèces de marmottes alpines. Rien ne démontre que la capacité de reproduction est moindre. Toutefois, tout semble indiquer (Bryant, 1998 et 2000; Bryant et Page, 2005) que les taux de survie sont plus faibles que ceux observés durant les années 1980.