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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le méné d’argent de l’Ouest au Canada – Mise à jour

Habitat

Besoins en matière d’habitat

Le méné d’argent de l’Ouest adulte vit dans le cours inférieur de la rivière Milk où celle-ci est décrite comme présentant un faible gradient et un débit uniforme, ainsi que de nombreuses zones d’eau calme et d’habitat peu profond, comportant des fluctuations constantes du débit. Dans ce secteur de la rivière, la présence d’adultes a été étroitement associée aux bras morts et aux fosses où les courants sont minimes, variant de 0 à 1,1 m/s, avec une vitesse moyenne de 0,22 m/s, où les températures varient de 13,6 °C, en mai, à 27,2 °C, en juillet, où la profondeur moyenne est de 0,32 m (profondeur maximale de 1,0 m) et où le limon est le substrat dominant (Watkinson et al., 2007). Des ménés d’argent de l’Ouest ont été capturés dans des milieux de forte turbidité, où les mesures au disque de Secchi variaient de 0,13 à 0,16 m, en mai 2006, et de 0,12 à 0,18 m, en juillet 2005, en aval du pont Aden (Watkinson et al., 2007). Selon Watkinson et al. (2007) et Quist et al. (2004), le méné d’argent de l’Ouest est corrélé positivement avec le pourcentage de substrat fin dans les tronçons du bassin du Missouri et il préfère les milieux où l’on trouve des accumulations de limon et un accroissement de la turbidité. Selon Sikina et Clayton (2005), et compte tenu du manque d’autres refuges dans le cours inférieur de la rivière Milk, le méné d’argent de l’Ouest utiliserait la turbidité à des fins de protection et d’abri.

Au total, seulement cinq spécimens ont été recueillis de trois sites de la rivière Milk, en amont de la ville de Milk River (soit à 208, à 213 et à 223 km en amont de la frontière canado-américaine) (Watkinson et al., 2007). À ces endroits, la rivière traverse des formations de grès résistant à l’érosion et se caractérise par un plus grand nombre de rapides, de radiers et de rigoles (RL&L, 2001). Ces données portent à croire que ces habitats n’ont qu’un usage limité ou marginal. Les vitesses de courant varient de 0,41 à 0,65 m/s et la profondeur de 0,42 à 1,2 m, les mesures de disque de Secchi étaient de 0,63 m et la température de l’eau en juin était de 17,7 °C (Watkinson et al., 2007). Le sable était le substrat dominant à deux des sites, alors que le troisième montrait plutôt une dominance du gravier (Watkinson et al., 2007).

Aux États-Unis, la présence et l’abondance du méné d’argent de l’Ouest sont fortement associées à un certain nombre de caractéristiques de l’habitat, dont le type de fond, la pente et la turbidité (Quist et al., 2004). Le méné d’argent de l’Ouest ne se trouve dans le Mississippi à proprement parler qu’en aval de l’embouchure du Missouri, une zone de transition présentant plus de turbidité, un courant plus rapide, des sables mobiles ainsi que des substrats de limon qui offrent un habitat propice au méné d’argent de l’Ouest (Burr et Page, 1986). Ces caractéristiques sont aussi fréquentes dans le Missouri, où le méné d’argent de l’Ouest est commun à dominant dans l’ensemble du réseau hydrographique (Cross et al., 1986). En particulier, le cours inférieur du Missouri montre des fluctuations extrêmes de débit à l’année, des charges élevées de limon et des lits instables et dépourvus de végétation (Cross et al., 1980), conditions généralement présentes également dans le cours inférieur de la rivière Milk.

On pense que le cours inférieur de la rivière Milk, en Alberta, abrite un milieu favorable à l’élevage et à l’alimentation pour le méné d’argent de l’Ouest (RL&L, 2001). À l’exception des conditions extrêmes de sécheresse, comme celles survenues de 1998 à 2004, il s’agit surtout d’eaux dormantes, accompagnées de vitesses de courant faibles à moyennes (RL&L, 2002a).

Les exigences d’hivernage du méné d’argent de l’Ouest ne sont pas connues (Clayton et Ash, 1980). Selon des données restreintes provenant de la rivière Milk, les profondeurs d’eau et les niveaux d’oxygène ne semblent pas limiter l’hivernation (Clayton et Ash, 1980).

L’habitat de fraye du méné d’argent de l’Ouest n’a pas été déterminé. Les zones riches en végétation aquatique ont été répertoriées comme caractéristiques clés pour l’habitat de fraye du méné d’argent du Mississippi et du méné d’argent de l’Est (Scott et Crossman, 1973; Ramshaw et Mandrak, 1997). Le méné d’argent de l’Ouest doit utiliser un habitat ou une stratégie de fraye différents puisque la rivière Milk est dépourvue de végétation aquatique à cause des charges de limon élevées et de l’instabilité des lits. Bien que l’on ait avancé que les bras morts tranquilles inondés soient un habitat de fraye possible dans la rivière Milk, les échantillonnages récemment effectués dans ces zones n’ont pas permis d’y trouver des œufs, des larves ou des femelles reproductrices (Clayton et Pollard, comm. pers., 2008). Il est plus probable qu’il s’agisse d’une espèce pélagique qui libère ses gamètes au hasard, comme le fait le méné d’argent de Rio Grande (Hybognathus amarus Girard, 1856) et le méné H. placitus avec leurs œufs semiflottants (Platania et Altenbach, 1998). Ces espèces ont besoin d’un débit suffisant et de tronçons de rivière intacts pour disperser passivement leurs œufs en aval de leur habitat. Les retenues et les changements apportés à l’hydrologie touchent donc sérieusement cette stratégie de reproduction.

Tendances en matière d’habitat

Les plus grands changements subis par l’habitat du méné d’argent de l’Ouest, en Alberta, ont été associés aux besoins en irrigation. En 1917, le canal St. Mary (figure 5), a été creusé au Montana pour détourner à cet effet l’eau de la rivière St. Mary vers la rivière North Milk. La plupart des années, le canal détourne les eaux de mars à octobre, ce qui fait augmenter le volume d’eau dans la rivière North Milk et la rivière Milk proprement dite. Les eaux de la rivière Milk (et la rivière St. Mary) sont partagées entre le Canada et les États-Unis en vertu du Traité des eaux limitrophes internationales. Pendant la période d’augmentation du débit dans la rivière Milk au Canada (de mars à octobre), le Canada doit garder la majorité de cette eau disponible pour les États-Unis, ce qui fait qu’elle n’est pas disponible aux fins de l’irrigation. Aux termes de l’entente, les États-Unis ne peuvent utiliser la rivière Milk au Canada que pour le transport de l’eau (Petry, comm. pers., 2008).

Figure 5. Système de la rivière Milk, en amont du réservoir Fresno

Figure 5.  Système de la rivière Milk, en amont du réservoir Fresno

Avant la construction de la dérivation, la rivière Milk était probablement un petit cours d’eau de prairies typique, peut-être intermittent en période de sécheresse, et généralement moins turbide (Willock, 1969b). Avant cette construction, les eaux à débit uniforme que l’on observe aujourd’hui dans le cours inférieur de la rivière Milk, en Alberta, étaient probablement restreintes essentiellement à la portion en aval de la frontière internationale (Willock, 1969b). On croit que l’augmentation substantielle du volume d’eau depuis la mise en service du canal a profondément altéré le régime écologique de la rivière Milk (à l’exception de la partie située en amont du confluent avec la rivière North Milk). Il en a résulté un système plus turbide à débit plus élevé dans les rivières North Milk et Milk, en Alberta (Willock, 1969b).

Depuis la construction du canal St. Mary, il n’y a eu aucune perte ni changement important de l’habitat. En fait, la disponibilité de l’habitat varie beaucoup d’année en année et dépend surtout de débits suffisants, particulièrement à la fin de l’été et à l’automne, ainsi que pour l’hivernage. Durant les périodes de très faible débit, le méné d’argent de l’Ouest peut être touché par des réductions temporaires de l’habitat disponible et, au cours d’extrêmes sécheresses, comme celles de l’automne et de l’hiver 2001-2002, des fragmentations temporaires de l’habitat. L’étendue de la sécheresse était alors telle que le cours inférieur de la rivière Milk, en Alberta, où la plupart des ménés ont été observés, était réduit à une série de mares isolées, dont un grand nombre n’étaient pas assez profondes pour soutenir les poissons en hivernage (RL&L, 2002a). Un relevé effectué au cours de l’hiver sur une fraction de ces mares d’eau n’a pas permis d’y relever la présence de ménés (RL&L, 2002a). De plus, au sud de la frontière internationale, la rivière Milk a été complètement à sec jusqu’au réservoir Fresno de septembre 2001 à février 2002, et le réservoir n’était qu’à 4 p. 100 de sa capacité (K. Gilge, comm. pers.). Le méné d’argent de l’Ouest pourrait aussi être présent dans le réservoir Fresno, mais les relevés n’ont pas permis de confirmer cet état des choses (K. Gilge, comm. pers.). On ne trouve donc qu’un potentiel de recolonisation limité dans les sections amont et aval du système. En aval du réservoir Fresno, au Montana, six autres barrages infranchissables situés en amont de la confluence avec le Missouri empêchent toute dispersion du méné d’argent de l’Ouest vers l’amont (Stash, 2001; K. Gilge, comm. pers.).

Le sud de l’Alberta est susceptible de conditions de sécheresse extrême durant l’été, et les débits naturellement faibles de cette saison peuvent être exacerbés par l’exploitation saisonnière du canal St. Mary et par le prélèvement d’eau à des fins d’irrigation (Pollard, 2003). En 2001, les débits en août, en octobre et en décembre étaient respectivement à 50 p. 100, à 7 p. 100 et à 6 p. 100 de leur valeur historique, et ceux en octobre et en décembre 2002 à 11 p. 100 et à 20 p. 100. Des débits si bas pourraient sérieusement limiter l’habitat d’hivernation et, en fait, à la fin de l’automne et pendant l’hiver 2001-2002, le cours inférieur de la rivière Milk s’est complètement asséché, à l’exception d’un certain nombre de mares isolées (RL&L, 2002a; idem, 2002b). Des sécheresses aussi graves ne sont pas rares dans le sud de l’Alberta (Pollard, 2003) et pourraient être encore plus fréquentes avec les changements prévus des écosystèmes aquatiques sous l’effet des changements climatiques planétaires (Poff et al., 2002). De telles sécheresses pourraient en effet freiner la croissance des populations et, de manière plus significative, le réchauffement qui accompagne la sécheresse estivale exposerait toutes les espèces de poissons, y compris le méné d’argent, à un risque accru qui pourrait être exacerbé par l’entretien continu du canal St. Mary, lequel oblige la fermeture du canal pendant de longues périodes.

La conservation du méné d’argent de l’Ouest au Canada passe probablement par le maintien du débit ainsi que de l’érosion et du dépôt de sédiments dans la rivière Milk. Alors que l’habitat d’élevage et d’alimentation du méné d’argent de l’Ouest, en Alberta, semble abondant la plupart des années, la disponibilité de l’habitat d’hivernage peut être limitée certaines années, selon les conditions de débit. En particulier, la combinaison des conditions de sécheresse extrême et de prélèvement d’eau pourrait gravement réduire, voire éliminer, les refuges hivernaux des ménés d’argent de l’Ouest dans le cours inférieur de la rivière Milk.

Protection et propriété

La Loi sur les pêches du Canada (S.R. 1985, ch. F-14) assure la protection de l’habitat du méné d’argent de l’Ouest en interdisant la détérioration, la destruction ou la perturbation de l’habitat du poisson, à moins d’avoir l’autorisation du ministre (art. 35). Elle interdit également le déversement de toute substance nocive dans des eaux où vivent des poissons [par. 36(3)].

La Loi canadienne sur la protection de l’environnement (1999) (ch. 33), adoptée pour prévenir la pollution et protéger l’environnement et la santé humaine, est axée sur la réglementation et l’élimination de l’usage de substances nocives pour l’environnement. En outre, l’habitat du méné d’argent de l’Ouest bénéficie d’une protection supplémentaire grâce aux dispositions de la Loi canadienne sur l’évaluation environnementale (1992, ch. 37). Lorsque l’on exerce certaines tâches réglementaires aux termes de la Loi sur les pêches, on procède à une évaluation environnementale obligatoire qui prend en compte une plage plus large d’effets environnementaux, dont ceux qui touchent les espèces en péril. Aux termes de l’article 33 de la Loi sur les espèces en péril (LEP) (2002, ch. 29), est une infraction le fait d’endommager ou de détruire la résidence d’une ou de plusieurs espèces en voie de disparition ou menacées [par. 58(1); LEP, 2007].

L’Alberta considère actuellement le méné d’argent de l’Ouest comme une espèce en péril (at risk), selon The General Status of Alberta Wild Species 2005. Bien que cette liste ne fournisse pas de protection supplémentaire, la priorité peut être donnée à cette espèce pour que soient menées des recherches supplémentaires afin de déterminer sa situation avec plus de précision. En 2003, l’inscription du méné d’argent de l’Ouest à la liste des espèces menacées (threatened) a été approuvée à l’échelle provinciale et, depuis 2002, il est interdit de l’utiliser comme appât, mort ou vif, en Alberta. Le méné d’argent de l’Ouest est actuellement inscrit à la liste des poissons en péril (« Endangered Fish ») de la Wildlife Act de l’Alberta. Cette loi réunit les espèces menacées et en péril sous l’appellation « Endangered Fish », mais elle précise par la suite à quelle catégorie (menacées ou en péril) les espèces appartiennent (Court, comm. pers., 2008). Bien qu’elle figure à la liste des espèces menacées, aucune interdiction ou protection ne s’applique aux ménés d’argent de l’Alberta. Une ébauche d’ensemble de réglements a été préparée, mais n’est pas encore adoptée.

À l’échelle provinciale, tout comme à l’échelle fédérale, divers règlements et diverses lois offrent une protection aux espèces en péril. La Wildlife Act de l’Alberta (R.S.A., 2000, W-10) exige que le ministre responsable mette sur pied un comité de conservation des espèces menacées qui offrira des conseils sur des questions liées aux espèces en péril en Alberta. L’Environmental Protection and Enhancement Act (E–12, RSA, 2000) protège les terres, l’eau et l’air au moyen d’un processus d’évaluation environnementale obligatoire. L’Alberta Public Lands Act (R.S.A., 2000, ch. P-40) règlemente l’utilisation des terres de la Couronne et l’Alberta Water Act (W-3, RSA, 2000) couvre la gestion, la protection et l’allocation des ressources en eau provinciales.

À l’heure actuelle, environ 56 p. 100 des terres qui bordent le bras principal de la rivière Milk et de la rivière North Milk sont de propriété publique; le reste est privé. Seulement 11 p. 100 des terres publiques et 14 p. 100 des terres privées sont visées par des plans de conservation comprenant une protection des rives (Milk River Fish Species at Risk Recovery Team, 2007). Traditionnellement, les terres restantes s surtout utilisées comme pâturages ou pour de petits projets d’aménagement municipaux (p. ex. la ville de Milk River). Des terres publiques situées le long de la rive, 6 p. 100 ont été désignées « parcs », pour l’usage et l’accès du public pendant l’été.

Parmi les autres organismes qui peuvent être associés à divers aspects de la conservation des bassins hydrographiques figurent l’Environmental Farm Planning, l’Alberta Riparian Habitat Management Society (Cows and Fish), l’Operation Grassland Community, Canards Illimités, MULTISAR, Conservation de la nature, Agriculture et Agroalimentaire Canada et Alberta Agriculture (Milk River Fish Species at Risk Recovery Team, 2007).