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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le méné d’argent de l’Ouest au Canada – Mise à jour

Biologie

Général

Le méné d’argent de l’Ouest est un petit cyprinidé qui vit généralement jusqu’à 4 ans ou plus et atteint une longueur à la fourche allant jusqu’à 140 mm (Watkinsonet al., 2007). La taille des poissons capturés dans la rivière Milk en 2005 et en 2006, dont on estime l’âge à 1 an ou plus, 2 ans ou plus et 3 ans ou plus, correspondait à une longueur à la fourche respectivement de 51 à 63 mm, de 67 à 88 mm et de 95 à 114 mm (Watkinson et al., 2007). Durant cette même étude, en mai 2006, 100 ménés d’argent de l’Ouest ont été recueillis dans la rivière Milk, au Montana. Ces ménés présentaient une répartition multimodale de la longueur sur la plage d’échantillonnage qui suggérait deux sommets dans la plage de 26 à 74 mm de longueur à la fourche. La fréquence maximale observée était une longueur à la fourche de 58 à 60 mm. La relation entre la longueur et le poids de ces spécimens était exprimée par l’équation suivante : Log W = 3,3878 (Log L) – 5,6199, où W est le poids en grammes et L la longueur à la fourche en millimètres. Les deux sexes semblent atteindre leur maturité sexuelle durant leur deuxième année ou au début de leur troisième année. La femelle du méné d’argent de l’Est commence à frayer à l’âge de 1 an, alors que sa longueur standard est de 50 à 55 mm; le mâle commence à frayer durant sa deuxième année (Raney, 1939).

La croissance du méné d’argent de l’Ouest se trouvant dans la rivière Milk était plus lente que ce qu’on avait signalé pour le méné d’argent du Mississippi (Becker, 1983; Taylor et Miller, 1990), mais plus rapide que celle du méné d’argent de l’Est (Raney, 1942), et semblable à celle du méné H. placitus (Taylor et Miller, 1990). La croissance des jeunes de l’année du méné d’argent du Mississipi est rapide, atteignant, en septembre, une longueur totale moyenne de 52 à 69 mm dans deux rivières du Wisconsin (Becker, 1983; Taylor et Miller, 1990). Becker (1983) n’a signalé qu’une femelle de l’espèce du Wisconsin mesurant 107 mm de longueur totale qui a vécu jusqu’à l’âge de trois ans. Les ménés d’argent de l’Est (H. regius Girard, 1856) éclos à la fin d’avril mesuraient 31 mm de longueur totale le 20 juin et 45 mm le 15 juillet (Raney, 1942). À la fin de leur deuxième été, ils atteignaient une longueur totale moyenne de 80 mm; à la fin du troisième été, les mâles atteignaient une longueur totale moyenne de 82 mm, et les femelles, de 88 mm (Raney, 1942). Les ménés d’argent de l’Ouest mesurant 140 mm de longueur à la fourche capturés par Watkinson et al. (2007) présentaient les plus grandes des longueurs à la fourche signalées chez les individus de l’espèce prélevée au Canada. Les âges obtenus pour le méné d’argent de l’Ouest étaient plus élevés que ceux d’espèces Hybognathus très proches (Watkinsonet al., 2007). Il ne s’agit pas d’une observation inhabituelle pour une espèce prélevée dans l’extrême nord de son aire de répartition.

La taille des larves du méné d’argent de l’Ouest à l’éclosion n’a pas été déterminée. Raney (1939) a établi que les larves du méné d’argent de l’Est récemment écloses mesuraient 6 mm de longueur totale en juillet et environ 51 mm en août. Les étapes de la croissance des larves du méné d’argent de l’Est ont été décrites et illustrées par Mansueti et Hardy (1967).

Reproduction

Dans les eaux canadiennes, la reproduction du méné d’argent de l’Ouest semble avoir lieu entre la fin de mai et le début de juillet, lorsque les températures de l’eau varient de 13,6 °C à 26,8 °C (Watkinson et al., 2007). Des femelles portant des œufs matures ont été recueillies dans la rivière Milk en mai 2006 (Watkinson et al., 2007). En juillet 2005, alors que les températures de l’eau dépassaient les 20 °C, de femelles de grande taille ont été recueillies, mais elles ne portaient qu’un nombre limité d’œufs matures attachés. Au Montana, l’Hybognathus nuchalis (=argyritis) fraye en mai et en juin (Eddy et Underhill, 1974).

Chez l’Hybognathus placitus, la période de fraye s’étend d’avril à août (Gilbert, 1980), et on pense qu’il en est de même pour le méné d’argent de l’Est (Scott et Crossman, 1973) et pour le méné d’argent du centre (Forbes et Richardson, 1920).

Dans le précédent rapport de situation sur le méné d’argent de l’Ouest, Houston (1998a) avance que, tout comme le méné d’argent de l’Est (Raney, 1939), le méné d’argent de l’Ouest peut se reproduire dans les bras morts à végétation abondante des tronçons à lent débit de la rivière Milk. Il est possible que le méné d’argent de l’Ouest fraye dans les eaux calmes peu profondes où le courant est faible ou nul sur un substrat de limon, conditions semblables à l’habitat de fraye des ménés d’argent de l’Est élevés en étang par Raney (1942), ou comme on l’a signalé pour le méné d’argent du Mississippi (Eddy et Underhill, 1974). Cependant, contrairement à l’habitat de fraye du méné d’argent de l’Est, la rivière Milk est une rivière de prairie turbide, dynamique sur le plan hydrologique, qui n’a pas ou qui a seulement très peu de végétation aquatique, son lit étant hautement mobile. Il est plus probable que le méné d’argent de l’Ouest emploie une stratégie de fraye similaire à celle du méné d’argent de Rio Grande ou du méné H. placitus. Ces deux espèces très proches sont des espèces pélagiques qui dispersent leurs gamètes au hasard (pelgophiles) et qui produisent des œufs non visqueux, semiflottants qui demeurent en suspension tant qu’il y a du courant (Platania et Altenbach, 1998).

Parmi les ménés d’argent de l’Ouest recueillis au cours de l’étude de Watkinson et al. (2007), la plus petite femelle, capturée en juillet 2005, avait 2 ans ou plus et mesurait 81 mm de longueur à la fourche. Les autres femelles matures recueillies mesuraient de 82 à 127 mm de longueur à la fourche. La fécondité de 11 de ces poissons variait selon la taille de la femelle : la plus petite, mesurant 81 mm de longueur à la fourche, portait 2 924 œufs; la plus grosse, d’une longueur à la fourche de 127 mm, portait 19 573 œufs. Par comparaison avec les dénombrements de la fécondité du méné d’argent de l’Est effectués par Raney (1942), un méné d’argent de l’Ouest de plus grande taille produit un nombre d’œufs significativement plus important.

Physiologie

La tolérance du méné d’argent de l’Ouest à une mauvaise qualité de l’eau, à des températures élevées ou basses, à une turbidité élevée et à de faibles teneurs en oxygène dissous n’est pas connue. Cependant, étant donné les types d’habitat qu’il utilise, le méné d’argent de l’Ouest semble très tolérant aux niveaux de turbidité élevés et peut-être aux températures élevées et aux faibles teneurs en oxygène dissous. Matthews et Maness (1979) ont découvert que le méné H. placitus, un Hybognathus très proche, était plus tolérant à de faibles teneurs en oxygène dissous et à des températures élevées (40 °C) que beaucoup d’autres cyprinidés. On a trouvé que le méné laiton tolère des températures de l’eau pouvant aller jusqu’à 35,5 °C et des teneurs en oxygène dissous de 0,03 mg/L (Scheureret al, 2003). De plus, Buhl (comm. pers., 2007) a constaté que le méné d’argent de Rio Grande pouvait vivre sur de longues périodes (de 21 à 28 jours) dans des concentrations d’effluent atteignant 100 p. 100 sans mortalité (0 p. 100). De façon générale, ces observations suggèrent que la plupart des espèces d’Hybognathus sont des poissons très robustes et qu’elles peuvent tolérer des conditions extrêmes.

Déplacements et dispersion

Aucun renseignement sur les habitudes migratoires ou la capacité de dispersion du méné d’argent de l’Ouest n’est disponible. Raney (1939) a noté que les adultes du méné d’argent de l’Est migrent vers les sections intérieures des lacs et des grandes rivières au printemps pour la fraye, mais on n’a pas pu établir clairement sur quelle distance ces poissons migraient. En tant qu’espèce dispersant ses gamètes au hasard, les adultes remontent probablement la rivière pour frayer, dispersant ainsi leurs œufs sur une certaine distance vers l’aval (Pollard, comm. pers., 2008). De même, on ne dispose d’aucun renseignement sur la capacité de l’espèce à se disperser et à recoloniser des habitats nouveaux ou libres. Le fait que le méné d’argent de l’Ouest ait vraisemblablement subi assez régulièrement des conditions de sécheresse dans le passé, mais soit toujours présent dans la rivière Milk, porte à croire qu’il a la capacité de se disperser sur de courtes distances dans des tronçons du cours d’eau qui pourraient avoir été temporairement asséchés.

Alimentation

Toutes les espèces du genre Hybognathus possèdent des papilles gustatives pharyngiennes disposées d’une manière qui suggère la présence d’un système de filtrage des diatomées et d’autres éléments de l’alimentation (Hlohowskyjet al., 1989). Une analyse du contenu de l’estomac de spécimens de la rivière Milk (Watkinson et al., 2007), réalisée en mai 2006, a révélé que le méné d’argent de l’Ouest se nourrissait largement de bacillariophytes (35 p. 100), de chlorophytes (26 p. 100), de vestiges de plantes (23 p. 100) et de cyanophytes (10 p. 100). De plus petites quantités de carbone, de champignons, de chrysophytes, de pollen, de vestiges de zooplancton, d’hétérocystes, de rotifères et de protozoaires ont également été trouvées. Des contenus gastriques similaires ont été trouvés chez les ménés d’argent de l’Est (Gascon et Leggett, 1977), les ménés d’argent du Mississippi (Forbes et Richardson, 1920) et les ménés H. placitus (Gilbert, 1980). Toutes les espèces semblent ingérer du limon et de la boue de fonds provenant des bras morts et des mares qu’ils habitent, filtrant et digérant les algues, les diatomées et la matière organique.

On ne connaît pas le régime alimentaire des jeunes ménés d’argent de l’Ouest de l’année. Dans le lac Memphrémagog, au Québec, chez le méné d’argent de l’Est d’âge 0+, ce régime passait d’une combinaison de cladocère (82 p. 100 par volume), de rotifères (8,4 p. 100) et de chironomes (7 p. 100) à des détritus organiques (95 p. 100) et des cladocères (3 p. 100), à mesure que la moyenne de la longueur à la fourche passait de 32 à 44 mm (Gascon et Leggett, 1977). Les individus de plus de 40 mm de longueur à la fourche se nourrissaient presque exclusivement de détritus organiques, sauf en juin, où les cladocères composaient 46 p. 100 de leur régime.

Relations interspécifiques

On ne sait pas quels prédateurs, parasites et maladies affectent le méné d’argent de l’Ouest. Il a été déterminé que les ménés d’argent de l’Amérique du Nord présentaient trois espèces de parasites associés, dont trois espèces de trématodes, une espèce de protozoaire et la forme larvaire du cestode, le Ligula intestinalis (Hoffman, 1967). On a répertorié 17 espèces de poissons cohabitant avec le méné d’argent de l’Ouest dans la rivière Milk (tableau 1). Les espèces piscivores comme le sauger (Sander canadensis [Griffith et Smith, 1834]), la lotte (Lota lota [Linnaeus, 1758]), le grand brochet (Esox lucius[Linnaeus, 1758]) et la perchaude (Perca flavescens[Mitchill, 1814]) pourraient avoir un effet négatif sur les populations de méné d’argent de l’Ouest de la rivière Milk. De plus, si le débit devient faible pendant l’été, le méné d’argent de l’Ouest pourrait être exposé aux prédateurs aquatiques, aviaires et terrestres.

Tableau 1. Espèces de poissons du bassin de la rivière Milk trouvées à l’intérieur de l’aire de répartition du méné d’argent de l’Ouest
(Ministry of Sustainable Resource Development de l’Alberta, 2003: Milk River Fish Species at Risk Recovery Team, 2007).
Nom communNom scientifique
Méné laitonHybognathus hankinsoni
Épinoche à cinq épinesCulaea inconstans
LotteLota lota
Tête-de-boule Pimephales promelas
Méné à tête plateHybopsis gracilis
Méné du lacCouesius plumbeus
Naseux de rapidesRhinichthys cataractae
Meunier rougeCatostomus catastomus
Meunier des montagnesCatostomus platyrhynchus
Grand brochetEsox lucius
Doré noirSander canadensis
Chabot du versant estCottus sp.Y
Barbotte des rapidesNoturus flavus
OmiscoPercopsis omiscomaycus
Meunier noirCatostomus commersonii
Doré jauneSander vitreum
PerchaudePerca flavescens

Comportement et adaptabilité

Les ménés d’argent de l’Ouest sont des poissons se rassemblant en bancs, et on a observé qu’ils s’associent avec des ménés à tête plate (Platygobio gracilis [Richarson, 1836; Watkinson et al., 2007]). Ils ont maintenu des populations dans la rivière Milk, où la sécheresse, les températures basses et élevées et les faibles teneurs en oxygène dissous sont courantes.