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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur l’Albatros à pieds noirs (Phoebastria Nigripes) au Canada

Importance de l'espèce

Importance pour les humains

Les albatros figurent dans les récits folkloriques et les œuvres littéraires classiques de la mer depuis des siècles (voir par exemple les poèmes « The rime of the ancient mariner » de Coleridge [en 1798] et « L’Albatros » de Baudelaire [1857]; Yocum, 1947; Tickell, 2000). Depuis longtemps, les marins considèrent les albatros comme des âmes sœurs ou les âmes réincarnées de leurs compagnons de bordNote de bas de page1. Plusieurs des premiers comptes rendus scientifiques sur l’Albatros à pieds noirs ont été écrits par des historiens spécialistes des sciences naturelles ou des biologistes qui servaient à titre d’officiers de marine (voir par exemple Richards, 1909; Yocum, 1947; Thompson, 1951; Jameson, 1961). Aujourd’hui, les marins ressentent encore une affinité avec les albatros qui suivent le sillage de leur bateau. En tant qu’albatros le plus commun dans l’est du Pacifique Nord, l’Albatros à pieds noirs est important pour les marins, tant amateurs que professionnels, qui naviguent dans ces eaux.

Les albatros faisaient partie du régime alimentaire des collectivités côtières des Premières Nations. En Colombie-Britannique, on a trouvé des os d’Albatros à queue courte dans des fouilles archéologiques, dont Maple Bank, à Esquimalt; Yuquot, sur la côte ouest de l’île de Vancouver; l’île Kunghit, dans l’archipel de la Reine-Charlotte (Haïda Gwaii) (Crockford et al., 1997; Harfenist et al., 2002; Wigen, 2005). D’après les débris recueillis dans des dépotoirs archéologiques, situés entre le nord de la Californie et les îles Aléoutiennes, plusieurs tribus côtières chassaient l’Albatros à queue courte (Crockford et al., 1997, Crockford, 2003). Toutefois, ces dépotoirs ne renfermaient pas d’os d’Albatros à pieds noirs (Crockford, 2003; Eda et al., 2002). Cette évidence archéologique indique que les collectivités côtières des Premières Nations ne chassaient pas régulièrement l’Albatros à pieds noirs, sans doute à cause de la préférence de l’espèce pour les habitats extracôtiers (avant sa décimation par la chasse pour ses plumes, l’Albatros à queue courte était probablement l’espèce côtière d’albatros la plus commune en Colombie-Britannique [voir par exemple Kermode, 1904; Crockford, 2003; Crockford, comm. pers., 2005; Keddie, comm. pers., 2005]). L’Albatros à pieds noirs était cependant connu des Premières Nations vivant sur les côtes, comme en fait foi la présence du nom de l’espèce dans le lexique des Haïdas (voir la sous-section Nom et classification).

Rôle écologique 

L’Albatros à pieds noirs est un prédateur de niveau supérieur dans le réseau trophique marin du Pacifique Nord. La perte ou la réduction de niveaux trophiques supérieurs peut entraîner une cascade d’effets sur les réseaux trophiques pélagiques (Pauly et al., 1998; Springer et al., 2003; Scheffer et al., 2005). Même si cet oiseau de mer n’est pas aussi abondant que d’autres espèces de niveaux trophiques supérieurs telles que le Puffin fuligineux, dont la population mondiale se chiffre dans les millions (c’était le cas de l’Albatros à pieds noirs dans le passé), il faut maintenir ses populations ou les ramener à leurs niveaux historiques pour assurer un écosystème marin sain et fonctionnel dans le Pacifique Nord.

Note de bas de page 1

Voici un poème de Sara Vial, en mémoire des marins morts  :

« Je suis un albatros qui
T’attends au bout du monde
Je suis l’âme oubliée des marins
Morts qui traversèrent le cap Horn
Venant de toutes les mers de La terre
Mais ils ne sont pas morts sur les vagues furieuses
Ils volent aujourd’hui sur mes ailes vers l’éternité
Dans La dernière crevasse des vents artiques
. »

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